CHAPITRE IV
Mgr de Forbin-Janson à Québec. — Son premier sermon. — L,a retraite de quinze jours à la Cathédrale. — Retraite chez les Ursulines. — Fondation d’une société de tempérance. — Historique de ces sociétés. — Départ de l’évêque de Nancy pour Montréal. — Missions à Terrebonne et au lac des Deux-Montagnes. — Retraite ecclésiastique à Saint-Sulpice. — Courte visite à New- York.
! uKbëc fut la première ville qui eut l’honneur et l’avantage de posséder Mgr de Forbin-Janson. Ee British America l’y avait conduit le jeudi, 3 septembre.
Le sermon du dimanche, à la cathédrale, produisit un grand effet. L’orateur sacré conquit du coup l’admiration de son auditoire et la sympathie publique. « Le sermon de Mgr de Nancy », disait le Canadien du 7 septembre, « est devenu le sujet de toutes les conversations; on en est revenu tout enthousiasmé ».
Ce n’était là que le prélude d’une retraite, pendant laquelle toute la population de la ville et des faubourgs envahit la nef de l’église paroissiale. On calcula que six mille personnes purent, malgré l’insuffisance du local, suivre les exercices d’une manière régulière.
Entre temps, Mgr de Janson donna la confirmation aux enfants du faubourg Saint-Roch, et il prêcha une retraite au monastère des Ursulines.
Cet homme était vraiment inépuisable; son zèle ne connaissait point de bornes.
Un des premiers résultats de la retraite fut la fondation d’une société de tempérance parmi les citoyens, d’après le modèle des sociétés recommandées par les évêques d’Irlande et des Etats-Unis. L’intempérance, cette plaie de tous les temps et de toutes les conditions, faisait alors des ravages alarmants, surtout en Irlande et en Angleterre. Il était à propos de grouper les personnes de bonne volonté pour travailler à détruire ce fléau ou du moins à en amortir les coups.
Vers l’année 1835, un prêtre irlandais, le Père Mathew. conçut le projet, bien vaste mais aussi bien patriotique, de former de l’Irlande entière une société sous le titre de Société de
tempérance, laquelle devait combattre l’abus et même 1 usage des liqueurs enivrantes. Les succès du prêtre furent lents à se produire. Pendant les trois ou quatre premières années de sa croisade, il ne réussit qu’à faire de rares prosélytes. Mais, en 1839, par un revirement d’opinion confinant au prodige, les Irlandais s’enrôlèrent par millions sous la bannière de la tempérance. Aussi vit-on immédiatement disparaître, ou à peu près, les crimes qui naguère désolaient le cœur des Irlandais tempérants. O'Connell ne craignit pas alors d’affirmer qu’il se commettait moins d’infractions graves à la morale et à la loi dans toute l’Irlande que dans une seule grande ville d’Angleterre.
Certains esprits ne virent d’abord dans l’œuvre du Père Mathieu qu’une des nombreuses éclosions du protestantisme, et se tinrent sur la réserve. D’autres, n’apercevant qu’une organisation matérielle, étrangère à l’esprit de l’Eglise, ne pouvaient augurer des résultats bien consolants pour la morale.
Tout le monde comprit bientôt que l’œuvre était bonne de sa nature, et excellente dans ses effets.
Quatorze évêques américains déclarèrent que la société de tempérance portait en elle-même
un moyen puissant que le ciel donnait à la terre pour détruire les maux du peuple, et ils invitèrent leur clergé à s’en faire les zélateurs. Evidemment la Providence, qui sait appliquer les remèdes convenables aux grands fléaux qui, de temps à autre, viennent tourmenter les sociétés, sut inspirer à tous les hommes bien pensants l’idée qu’il fallait soutenir une œuvre dont les fruits étaient si doux et si consolants.
Le Souverain Pontife lui-même lui donna une solennelle approbation dans les honneurs qu’il conféra au Père Mathew.
Fort de toutes ces recommandations et inspiré par son zèle brûlant pour le bonheur des Canadiens - Français, qui, eux aussi, avaient bien des fautes d’intempérance à se faire pardonner, Mgr de Janson arbora l’étendard du Père Mathew sur la vieille citadelle de Québec. Un comité de citoyens se forma, le 26 septembre 1 ; l’on dressa des règlements, d’après les principes posés ailleurs. On enrôlait deux catégories de sociétaires : les partisans de l’abstinence totale et ceux de l’abstinence partielle.
1. Les officiers furent: président, M. l’abbé Baillargeon, curé de Québec; vice-présidents; M. l’abbé A. Parant et le juge Panet ; trésorier: Louis Massue; secrétaires : Thomas Amiot et A. -B. Sirois.
L’année suivante, à pareille date, 2570 citoyens de Québec étaient inscrits à divers titres sur la liste des membres de la société. Ce résultat consolant était dû, sans aucun doute, à l’initiative de Mgr de Janson, mais aussi à la sage direction du curé de Québec et au bon exemple donné par les premiers citoyens. ,
L’œuvre des sociétés de tempérance se répandit en Canada comme une traînée de poudre, et on la vit prospérer longtemps à la voix de plusieurs prêtres canadiens qui, armés de la croix, parcoururent les villes et les campagnes, prêchant la croisade avec des accents remplis des plus beaux sentiments religieux et patriotiques. La génération actuelle n’a pas oublié les sermons éloquents des Quertier, des Mailloux et — souvenir douloureux à rappeler — des Chiniquy. Leur œuvre de régénération sociale dure encore, glorieuse en beaucoup de paroisses.
Avant que de se séparer de Mgr de Janson, les citoyens de Québec voulurent lui exprimer leur reconnaissance. Le lundi, 28 septembre, les marguilliers et les notables se rendirent au séminaire où les attendait le prélat. Une adresse lui fut présentée \ Dans sa réponse, toute