Brooklyn et Jersey City
dernier, il me confia qu’il essaierait d’avoir les Jésuites \ mais ils venaient de se décider à fonder un nouvel établissement à Cincinnati; ils ont donc refusé. Les Dames du Sacré- Cœur vont commencer, ce printemps, un établissement pour les jeunes personnes 1 2 ; mais pour les garçons, il n’y a rien que des pensions fort chères, où ils apprennent à mépriser leurs parents et à rogner chaque jour leur très légère dépendance.
« Les Américains commencent à comprendre le vice d’une telle éducation . Un assez grand nombre de protestants recherchent nos collèges de Baltimore 3 et de Georgetown 4. En tout
1. Le collège que Mgr Hughes aurait voulu mettre entre les mains des Jésuites, s’ouvrit à l'automne de 1841. Les Jésuites en prirent la direction en septembre 1846.
2. Les Dames du Sacré-Cœur arrivèrent en mai 1841, avec, comme supérieure, Madame Elizabeth Galitzin, fille du Prince Alexis Galitzin. Elle s’était convertie à l’âge de vingt ans, et à l’âge de trente et un ans elle entrait au noviciat du Sacré-Cœur. Cette religieuse distinguée est morte de la fièvre jaune, en Louisiane, le 8 décembre
3. Le collège de Ste-Marie, à Baltimore, reçut sa charte de la législature du Maryland, en janvier 1805. Il existait depuis peu de temps.
4. Le collège de Georgetown, ouvert en 1791, n'eut qu’en 1796, un sulpicien pour supérieur. C’était l’abbé Du Bourg. En 1808, les Sulpiciens y avaient un noviciat.
cas, 80,000 irlandais ou natifs, et 20,000 Français ne suffiraient-ils pas pour assurer la prospérité d’un collège? Mgr Hughes nous favorisera de tout son pouvoir. Le grand séminaire qu’il vient d’entreprendre à cinq lieues de New- York, au Mont-des-Rosiers 3, colline délicieuse, avec 106 arpents de prés et de bonnes terres. . .. il vous l’ofifre pour établir un collège. . . Il ne faudrait que de bons professeurs et quelquesprédicateurs un peu distingués, prêchant dans notre église française, pour fonder une réputation colossale (pour le collège) et faire un bien très considérable dans toute l’Amérique,' car, je le répète, l’influence de New-York est incalculable. Baltimore était moins important, et cependant les Sulpiciens y ayant fondé les premiers leur beau collège, jamais les protestants n’ont pu rivaliser ni soutenir la concurrence. . .
« Tournez donc vos regards vers New-York, mon bien cher ami, avant que le premier pasteur nous soit enlevé. Ayez encore, si vous le pouvez et voulez, le collège de South Bend ; il
3. C’est à cet endroit, dit Rose Hill , à Fordham, que les Jésuites ont aujourd’hui un collège très florissant.
Mgr Hughes paya $30,000 pour l’achat du terrain.
sera bien suffisamment fourni d’élèves, et puis enfin hâtez-vous d’accepter la facile et fructueuse mission du Canada. Huit cent mille catholiques vous devront de conserver leur foi bretonne et vendéenne. Ce sera un repos de cœur pour nos missions. Une jolie maison leur est déjà préparée ; vous aurez trois ou quatre bons sujets qui viendront tout aussitôt se grouper autour de celui que vous enverriez comme chef et qui n’aurait besoin que de deux ou trois compagnons. . . Croyez-moi, je vous le dis devant Dieu, je ne crois pas que, nulle part, notre Société puisse opérer un bien aussi vaste et aussi durable. Je vous prie de réfléchir mûrement sur ces propositions dont vous avez maintenant l’ensemble sous les yeux. Veuillez ensuite m'écrire et me faire écrire le résultat de vos conseils de famille. Je suis disposé à ajouter de nouveaux et considérables sacrifices à l'affermissement et à la pleine exécution de ces projets que je crois inspirés de Dieu.
« Veuillez me répondre à Montréal, au grand séminaire. Je crois m’y rendre dès ce soir, et commencer bientôt la grande retraite pour laquelle j’aurais tant désiré quelqu’un de nos vieux frères d’armes. Je reviendrai prêcher ici le carême. . . Je vous embrasse de tout mon
cœur, vous, les vieux et les jeunes amis. Soyons toujours tout au Seigneur par Marie ! »
Comme il le disait dans sa lettre, Mgr de Janson se hâta de se rendre à Montréal, afin de commencer cette grande et importante retraite qui devait surpasser en bons résultats tout ce qui s’était fait jusque-là à Montréal.