Voir en appendice Pièce F
Puis, M. Quiblier, au nom du clergé, renouvela, du haut de la chaire, ces protestations de gratitude. Mgr de Janson répondit aux deux adresses en des termes qui ne s’oublieront jamais.
L’écrivain des Mélanges Religieux disait, à l'occasion de ce jour remarquable:
« Le 21 janvier 1841 ne s’effacera pas facilement de la mémoire des habitants de Montréal. La cérémonie imposante qui a marqué ce jour, a fait une impression trop vive, pour que le souvenir n’en soit pas conservé. La paroisse en masse s’est portée à l’église, et l’on a vu avec admiration tous les rangs et toutes les conditions se confondre et ne rivaliser que dans l’empressement que chacun mettait à prendre rang dans l’immense procession qui s’est rendue au temple. .. Monseigneur montant en chaire, s’est livré avec tout son talent à développer toutes les richesses et toutes les beautés de cette grande pensée : « Le ciel est à nous, si nous « pensons au ciel. » Il a aussi fait ressortir les traits les plus beaux et les plus consolants d’un tableau magnifique qu’il a déroulé et esquissé en le précédant de ces paroles : « Ce « jour est un jour d’allégresse. » Ce discours
a été, sans contredit, un des plus brillants que
nous ayons entendus, et fait le plus grand honneur au digne prélat. »
Dix-sept mille personnes s’approchèrent de la sainte table pendant ces jours de grâces, et douze cents enfants reçurent le sacrement de confirmation.
La reconnaissance des Montréalais se traduisit de bien des manières. La presse regorgea de louanges à l’adresse du grand orateur sacré ; la poésie unit sa voix à la prose pour chanter le nom de cet envoyé de Dieu. Trois pièces de vers de longue haleine se firent jour dans les colonnes des Mélanges. Détachons en quelques extraits \
O toi qui voulus bien des rives de la Seine Venir régénérer cette plage lointaine,
En façonnant nos cœurs à toutes les vertus,
Daigne, illustre Prélat, accueillir les tributs Que tes nombreux bienfaits, ton zèle apostolique Imposent tour à tour à tout cœur catholique.
...Qui peut résister aux ardeurs qui t’embrasent? Tes foudres d’éloquence attèrent, nous écrasent,
i. Extrait d’une pièce parue dans les Mélanges Religieux du 22 janvier 1841. Voir en appendice Pièces G. et H.
Le profane imagine, en son illusion, Entendre Démosthène, écouter Cicéron.
. . .Qui sait mieux que toi de la religion Nous peindre les grandeurs, nous faire aimer le nom Retracer ses bienfaits, sa bénigne influence Sur la société, morte sans sa présence?
Qui sait mieux foudroyer le vice et ses horreurs, Dompter les passions qui déchirent les cœurs?
Ton zèle, tes talents assuraient tes succès.
Jouis de ton triomphe et goûte tes bienfaits.
. . .Que ferons-nous donc aussi pour reconnaître Tes bienfaits, le bonheur que surent faire naître Au sein de nos foyers, plus encore dans nos cœurs, Tes efforts triomphants et régénérateurs? Viendrons-nous sur tes pas prodiguer les couronnes? Tu n’en demandes pas quand c’est toi qui les donnes. Non! il te faut des prix moins fragiles, plus beaux, Pour immortaliser tes glorieux travaux.
Le seul laurier qui puisse attester ta victoire,
Le monument qu’on doit ériger à ta gloire Devra se retrouver au fond de tous les cœurs,
Si la persévérance atteste tes labeurs. . .
A la persévérance, oui, nous serons fidèles !
Nos promesses, tu sais, ont été solennelles,
Dans cet auguste temple où ta puissante voix Accueillit nos serments et nos vœux à la fois.
Les fruits de tes travaux seraient-ils donc stériles? Serions-nous apostats?... à la grâce indociles?
Non ! non ! ton souvenir sera le bouclier Qui nous protégera, qui nous fera marcher,
Comme de preux soldats, au sentier de la gloire,
Où la persévérance a placé la victoire.