‹ Mgr de Forbin-Janson, evêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine;Chapitre 21 sur 47 · III · texte numérisé non relu

III

cérémonie. L’Eglise du Canada était représentée par ses plus hauts dignitaires : Mgr Signay, évêque de Québec et Mgr Turgeon, son coadjuteur, Mgr Bourget, évêque de Montréal, et Mgr Gaulin, évêque de Kingston.

Comment exposer dignement toute la beauté de cette démonstration? Il faudrait pour ce faire, décrire avec une plume inspirée le spectacle de tout un peuple de croyants, recueilli, ému jusqu’aux larmes, gravissant les pentes rocailleuses de ce nouveau Calvaire.

Qu’il était grand ce spectacle! Qu’elle était puissante la prière qui s’élevait de la montagne, emportée vers les collines éternelles ! Qu’il est heureux le peuple pour qui de semblables moments sont encore ses plus beaux jours de fête !

Le mont Saint-Hilaire s’élève à 1,100 pieds au-dessus du niveau du fleuve. L’endroit est un des plus charmants que l’on puisse voir. Que l’on se figure tout d’abord une montagne gracieusement assise au milieu cl’une contrée riante et fertile. Au pied et à perte de vue, la rivière Richelieu se déroule comme un immense ruban argenté, formant tantôt des bassins à la surface tranquille, tantôt des rapides murmurants dans les prairies ombreuses.

Epars, de coquets villages avec leurs clochers de fer-blanc et leurs maisonnettes élégantes. Vers le nord-ouest, l’on devine plutôt qu’on aperçoit le fleuve Saint-Laurent, et au delà apparaissent des montagnes groupées en amphithéâtre, qui ferment l’horizon. Si vous gravissez jusqu’à la cime du mont par le sentier sinueux qui y conduit, vous serez agréablement surpris d’y apercevoir, encaissé dans sa margelle granitique, un petit lac, dont les eaux tranquilles semblent comme un miroir placé au fond d’une coupe de verdure. On dirait que la nature a voulu utiliser un vieux cratère éteint pour servir de réservoir aux eaux du ciel. Du haut de ce belvédère naturel, le regard de l’observateur se repose avec plaisir sur des campagnes florissantes, dont le cercle immense forme un tapis velouté de gazon qui rend plus agréable l’accès de cette citadelle gigantesque. C’est ici que la religion va, dans un instant, planter son drapeau.

Neuf heures ont sonné. C’est l’heure où la procession doit se mettre en marche pour faire l’ascension de la montagne. La foule s’ébranle, et entonne le touchant cantique: Suivons sur la montagne sainte , puis elle s’arrête bientôt, pour se prosterner devant la croix figurative

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de la première station du chemin parcouru par N'otre-Seigneur Jésus-Christ durant sa passion/ Mgr de Janson bénit cette croix. Et l’on continue ainsi jusqu’à la quatorzième station, représentée par la croix géante plantée au sommet du mont.

Quel ravissant coup d’œil que cette longue file de pèlerins, disparaissant dans une ravine ou se perdant à un détour de la voie, ou surgissant au sommet d’un monticule ou à travers la forêt dépouillée de son feuillage. On eût dit l’armée des bienheureux escaladant le ciel, pour y recueillir la couronne promise à ceux qui marchent dans les sentiers de la vertu.

Les bords du lac sont vite encombrés par la foule des spectateurs.

Les évêques, revêtus de leurs habits pontificaux, descendent dans l’embarcation qui doit lès conduire à un petit radeau, assez distant pour leur permettre d’être vus de tous et de tout voir. C’est de ce radeau que Mgr le comte de Forbin- Janson, à l’instar du Sauveur, qui instruisait son peuple sur les bords du lac de Génézareth, va adresser aux Canadiens la parole évangélique.

Prenant lui-même la croix en main, l’orateur redit les immortelles destinées du bois sacré,

son influence prestigieuse sur le monde en général, et sur le Canada en particulier. In hoc signo vinces, dit-il, c’est par ce signe que vous vaincrez l'ennemi, le vieux serpent, qui cherche à corrompre les hommes par toutes sortes de ruses ou de subterfuges nouveaux. Il faut lui résister en le déjouant, en restant fidèle à la promesse de tempérance que, depuis un an, presque toutes les bouches canadinnes ont formulée. Crions donc, chers frères, du plus profond du cœur, ces mots qui manifestent hautement notre foi et notre amour : Vive la Croix! Vive Jésus! Vive Marie! Une immense acclamation s’ensuivit, et l’écho des bois redit pendant plusieurs minutes ces invocations jetées vers le ciel, et que le ciel entendit mieux que la terre.

Bientôt la procession rebroussa chemin, et du lac l’on pouvait entendre les chants sacrés, mais diminuant de force, à mesure que la colonne mobile, disparaissant de plus en plus sous le couvert du bois, s’éloignait de son point de départ.

La croix du mont Saint-Hilaire avait cent pieds de hauteur, six de largeur et quatre d’épaisseur. Ce monument gigantesque avait

été fabriqué au moyen d’une charpente régulière, dont les principales parties consistaient en de grosses pièces de bois solidement unies les unes aux autres par de lames de fer aux entures. On avait laisse a l’intérieur un vide assez considérable pour permettre à une personne de se rendre jusqu’au sommet.

Les bras de la croix avaient trente pieds d envergure ; ils étaient à quinze pieds du sommet.

Enfin, comme base de ce monument, l’on avait érigé une chapelle de vingt-cinq pieds carrés, dont le comble se terminait en plateforme, avec une galerie tout autour. Cette chapelle ou oratoire fut dédiée à saint Charles Borromée, patron du vénérable évêque de Nancy. Le premier il y célébra le saint Sacrifice, le 3 novembre 1841. Il était juste que le prélat attachât son nom à ce monument national et religieux, qui devait perpétuer en Canada le souvenir de ses travaux apostoliques. Ce lieu fut pendant longtemps un lieu de pèlerinage très fréquenté; il attirait des centaines de touristes de toutes religions et nationalités. Pas un catholique ne faisait l’ascension du mont Saint-Hilaire sans songer à Mgr de

Forbin-Janson, au grand bienfaiteur du catholicisme en Canada \

x. M. l’abbé T. Durocher, alors curé de Belreil, fit, à l’occasion de cette fête, lithographier deux vues du mont Saint-Hilaire, dont l’une est prise de la plaine, et l’autre, des bords du petit lac. Ces deux gravures ainsi que le portrait de Mgr dejanson, exécutés par N. Aubin, existent encore dans beaucoup de bibliothèques et de familles canadiennes. Iya croix est tombée en 1S48, et la chapelle fut brûlée le 20 octobre 1877.

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