‹ Mgr de Forbin-Janson, evêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine;Chapitre 22 sur 47 · CHAPITRE VIII ! · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII !

Missions autour de Montréal. — Dédicace de l’église de Burlington et de celle de Bytown. — Mgr de Nancy sur son départ pour l’Europe. — Lettre à son coadjuteur.

onsEigneur de Nancy consacra tout le mois d’octobre à son œuvre des missions. Sainte-Marie de Monnoir, Saint-Jean Dorchester, Saint - Benoît, Saint - Polycarpe, Châteauguay, furent tour à tour les témoins de son zèle incomparable.

Le 3 — un dimanche — il était présent à la dédicace de l’église catholique de Burlington, que présidait l’évêque de Boston. Les Canadiens-Français, assez nombreux déjà, accoururent saluer cet évêque, comme s’il eût été un vieil ami. Ainsi que partout ailleurs, cette visite

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produisit à Burlington un bien considérable, en ravivant la foi de gens un peu attiédie dans le service de Dieu. Fait bon à noter : durant son séjour là-bas, Mgr de Nancy logea chez M. Ludger Duvernay, qui, à la suite des troubles de 37, avait dû s’expatrier.

De 26 octobre, il assistait à la bénédiction de la première pierre de l’église de Bytown \ Il était loin de se douter que cet humble village deviendrait, plus tard, la belle et opulente capitale de la Puissance du Canada.

Mgr de Forbin-Janson avait terminé son œuvre de missionnaire. Pendant un peu plus d'un an, il avait porté la parole dans soixante endroits différents, sans proférer une plainte, bien que sa santé fût notoirement affaiblie. Les diocèses de Québec, de Montréal, de Kingston

1. I/inscription suivante fut placée sur la pierre angulaire :

Grégoire XVI étant Souverain Pontife, l’Illustr. et Révér. Rémi Gaulin étant évêque de Kingston, S. M. Victoria régnant heureusement en Angleterre, le général R. D. Jackson administrant la 'Province du Canada, Jean-François Cannon étant missionnaire et pasteur de Bytown, l’Illustr. et Révérend. Charles-Auguste-Marie- Josepli de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, a posé cette pierre angulaire : l’an du Seigneur 1841, le XXVI octobre.

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et clés Provinces Maritimes, avaient plus ou moins participé à cette surabondance de faveurs divines. Ce fut une année de bénédictions et de grâces pour les familles canadiennes. Bel exemple de ce qu’un homme, seul, lorsque la main de Dieu le conduit et que son Esprit le vivifie, peut opérer de prodiges !

Cependant Mgr de Nancy songeait à s’en retourner dans son pays. Il écrivait, vers ce temps-là, à son coadjuteur:

« Je me suis déterminé à accéder aux désirs vivement exprimés par l’évêque de Montréal et MM. de Saint-Sulpice. Je ne quiterai le Canada que le cinq novembre. La veille, jour de ma fête, j’aurai officié pontificalement à la cathédrale de Montréal, et prêché une ou deux fois pour mes adieux à la Nouvelle-France. Chemin faisant vers New- York, je visiterai de nouveau quatre ou cinq villes où nous avons déjà donné quelques jours de retraite et favorisé la construction de nouvelles églises. Ainsi, je ne suppose pas être de retour à New- York avant le io novembre, et, sauf accident grave, je suis déterminé à m’embarquer le 15 ou le 16. . .

« Je ne saurais en efifet vous exprimer toutes les marques d’affection que j’ai reçues et que

je reçois chaque jour des évêques, du clergé et de toutes les populations. La plupart des protestants eux-mêmes me donnent des marques d’un profond respect, vaincus dans leurs préjugés par le désir de m’entendre (plusieurs officiers s’agenouillent devant nos croix) ; ceuxlà même qui ne savent pas assez le français pour m’entendre, viennent me voir prêcher. L’attention de ces foules immenses 11e faiblit point. J’en suis le premier surpris; ce n'est pas au reste le setd sujet de mon étonnement et de ma reconnaissance envers le Seigneur, car tant de sermons, tant de travail, tant de confessions, puis des abjurations fréquentes, des baptêmes d’adultes, etc., exigent une dépense de force et de patience à laquelle je ne sais pas comment j’ai pu résister jusqu'à ce moment. . . il est bien reconnu maintenant que 10,000 à 12,000 personnes en plein air, et même 30.000, comme dernièrement au lac et sur la montagne de Rouville, peuvent m’entendre trois heures de suite en plein air et quelquefois malgré le vent. De cette manière, des foules immenses qui ne tiendraient jamais dans les églises, sont remuées et entraînées à peu près comme la grâce me l’inspire. Et avec quelle docilité, quelle confiance de la part de toutes ces

masses !... Cela tient du prodige!... Que le Seigneur est donc bon ! Comme il aime le pauvre peuple canadien, qui, malgré ses faiblesses et ses désordres, a du moins conservé une foi vive et pure ! Que je suis heureux moi-même d'avoir pu servir d’instrument à tant de merveilles de la grâce !. . . Mais que je me sens humilié! et que je comprends bien, ou du moins mieux que jamais, ce que tant de faveurs divines, reçues et distribuées, ajoutent à la malice des fautes qui pourraient n’être que légères à l'égard de plusieurs autres! Priez donc et faites vigoureusement prier pour moi. . . Que je vous revienne tout renouvelé, tout ressuscité.. . J’espère aussi, avec la grâce du Seigneur, que si je revois l’Europe et la patrie, ce sera pour y faire beaucoup de conquêtes à la religion. . . car je porterai avec moi ma grande armée. . . Quelques centaines de milliers d’âmes m’ont promis de venir partout combattre et vaincre avec moi. . . Puisse notre commun petit royaume être le premier à ressentir les effets de ces heureux triomphes !. . . je n’ai pas une minute de loisir: c’est toujours travail forcé. Dernièrement, à Saint-François- Régis, paroisse de sauvages sur le Saint Laurent, j'ai dû confesser une nuit entière sans

pouvoir achever tout l’ouvrage, et cependant la préparation de mes sermons ne me coûte guère que quelques minutes de méditation et de prière. »

On nous pardonnera ces citations multipliées; elles étaient nécessaires pour rendre notre récit plus complet et plus conforme aux faits. Les écrits de l’évêque de Nancy, rapportés textuellement, donnent à ce travail une portée spéciale qu’il nous aurait été difficile, pour ne pas dire impossible, de donner nousmême par de pâles analyses.

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