Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]
On connait le nom donne dans l'histoire à cette fameuse journée, où Richelieu, sur le point de succomber aux intrigues de la Reine- Mère, Marie de Médicis, et de se voir politiquement ruiné, fit en un instant, per son habileté, tourner de son côté la roue de la
(1) D'après la correspondance générale des gouverneurs et des intendants du Canada, aux archive: de la marine, les jugements et délibérations du Conseil supérieur de la Nouvelle-France, les archives du séminaire et de l'archevêché de Québec.
(2) Ce sous-titre indique suffisamment que je n'ai nullement l'intention de raconter, dans ces quelques pages, toute la vie ni toute l'œuvre de Mer de Saint- Vallier, mais seulement quelques-unes des difficultés qu'il eut avec les autorités coloniales de son temps. Ceux qui ont lu la vie de Mer de Laval, et se rappellent les luttes qu'eut à soutenir ce saint prélat contre la traite de l'ou-de-vis et pour la liberté de son Éghse, trouveront ici du moins un aperçu des rapports de l'Église et de l'État sous son successeur.
fortune, se retrouva avec Louis XIE, et resta maître de la situation : on l'a appelée la journée des dupes.
Que de fois cette expression m'est venue à l'esprit — avec quelques distinctions nécessaires. sans doute — à propos de la nomination de l'abbé de Saint-Vallier comme successeur de Ms' de Laval sur le siège épiscopal de Québec! Que de déceptions, le lendemain de cette nomination, que de regrets, que d'espérances trompées! On s'aperçoit qu'on n'a pas suffisamment étudié le personnage, qu'on a été dupe des apparences où d'une trop grande confiance : on essaie alors de forcer le nouveau prélat à résigner son siège; et ces tentatives se renouvellent jusqu'à trois fois. Mais, comme Richelieu, — si parra licet componere magnis — le second évêque de Québec réussit à déjouer tous ces projets et à rester maitre de la situation.
D'un autre côté, les autorités coloniales et les officiers de la cour, ennuvés des embarras que leur cause depuis longtemps le premier évêque de Québec par sa lutte courageuse contre la traite de l'eau-de-vie, applaudissent à sa démission et au choix de son successeur. [ls espèrent trouver dans cet aumônier de la cour un prélat plus facile, plus maniable, moins opposé à leurs vues et à leurs prétentions. [ls sont bien trompés lorsqu'ils s'aperçoivent que Mer de Saint-Vallier n'est pas moins inflexible que son prédécesseur pour tout ce qui regarde laccomplissement de sa charge pastorale et qu'il fait une guerre sans merci à tous les désordres.
Oui, c'est surtout pour eux que le jour où l'abbé de Saint- Vallier fut proposé au Roï et agréé comme évèque de Québec fut vraiment la journée des dupes.
DécEPTIONS DE M£f DE LAVAL AU SUJET DE SON SUCCESSEUR
Mer de Laval, qui gouvernait l'Église du Canada depuis 1659, — évèque de Pétrée et vicaire apostolique de la Nouvelle-France jusqu'en 167%, puis évèque en titre de Québec, — se rendit en France dans l'automne de 168%, avec le dessein bien arrêté de donner sa démission et de la faire agréer au roi d’abord, puis au Saint-Sièxe. La raison apparente de cette détermination, c'étaient
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