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les infirmités qu'il avait contractées et qui lui rendaient extrèmement difficile l'exercice de son ministère épiscopal dans un pays aussi rigoureux qu'était alors le Canada.
Mais il v en avait d'autres. moins avouées, sans doute, mais plus déterminantes encore peut-être : «© Son humilité, écrit la sœur Juchereau (4), lui persuadait qu'un autre en sa place ferait plus de bien que lui, quoiqu'il en fit véritablement beaucoup. parce qu'il ne cherchait que la gloire de Dieu et le salut de son troupeau; » ce qui me semble vouloir dire qu'il se sentait débordé par l’ingérence de plus en plus pressante de la cour et des autorités coloniales dans l'exercice de ses fonctions épiscopales, la lixalion des cures, Fadministration des paroisses, débordé surtout par les ravages de la traite de l'eau-de-vie, qu'il ne lui était plus permis de combattre avee la mème vigueur qu'autrefois. N'avaitil pas été obligé quelques années auparavant (1679), à la prière du roi, de restreindre son cas réservé au fait seulement de ceux qui allaient dans les bois, loin des habitations françaises, vendre de l'eau-de-vie aux sauvages? (2) Partout ailleurs le commerce des boissons était à l'abri des peines ecclésiastiques. Les hommes les plus énergiques finissent par s'user, à la lutte. M# de Laval se persuada « qu'un autre en sa place ferait plus de bien que lui; » c'est-à-dire, qu'un évêque plus jeune et plus ardent pourrait reprendre et continuer avec vigueur et efficecité les bons combats d'autrefois « pour la gloire de Dieu et le salut de son troupeau. »
€ Il eut cependant plus de peine qu'il ne croyait à obtenir un successeur, écrit la sœur Juchereau. Le roi connaissait parfaitement son mérite, et le besoin que le Canada avait d'un vigilant pasteur. Mais enfin, après bien des instances, 11 consentit à ce qu'il désirait, et lui laissa le choix de la personne qu'il jugerait digne de ceite place.
« M. de Québec s'adressa au P. Valois (3), jésuite, pour trouver un homme vertueux et zélé qui continuât en Canada le bien qui
A) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, AT,
(2) « L'ordonnance du roi sur ce qui regarde le différend des boissons enivrantes a été registrée au Conseil, et depuis publiée, Le grand vicaire de M. l'évêque de Québec a réduit, suivant ses ordres, le cas réservé, conformément aux intentions de Sa Majesté, » (Lettre de Duchesneau au ministre, octobre 1679).
(3) Ou Le Valois.
était commencé. Le P. Valois lui dépeignit l'abbé de Saint-Vallier, aumônier du roi (1), comme un prêtre d’une grande piété, d'un rare exemple et d'un zèle ardent. En effet, il s'était fort distingué à la cour par sa modestie et sa régularité, M, de Laval crut qu'il ne pouvait faire un meilleur choix : ilen parla à M. de Saiot-Vallier: le roi lui donna son agrément, et l'affaire fut conclue... »
Si grand est son désir de se démettre, et de contier les rènes de l'administration à des mains plus jeunes et plus vigoureuses, si grande aussi sa bonne foi, et son habitude d'agir sans arrièrepensée, que le prélat ne parait s'occuper aucunement d'une question personnelle, savoir si celui qu'il choisit pour son successeur continuera son œuvre de la même manière qu'il la commencée, s'assujettira à emboiter le pas derrière lui, laissera surtout son séminaire tel qu'il est, avec le contrôle de la nomination des curés et missionnaires. Quand on sait combien il tenait à cette institution, on est surpris qu'il ne l'ait pas mise en première ligne dans ses calculs.
L'abbé de Saint-Vallier était bien l'homme « d'une grande piété. d'un rare exemple et d'un zèle ardent » qu'on lui avait représenté: il avait même, suivant l'expression très juste d'un contemporain (2), « un désir excessif @ faire tout le bien qu'il avait une fois envisagé » : il s'opposa avec non moins de zèle que Mer de Laval aux désordres de la traite de l'eau-de-vie; 11 suivit à peu près la même ligne de conduite que son prédécesseur quant à la fixation des cures : sous ce rapport l'ancien évêque n’éprouva aucune déception de la part de son successeur.
Mais celui-ci n'était nullement disposé à partager avec son séminaire la direction du diocèse 1H voulait être maitre et gouverner par lui-même: il voulait pouvoir disposer librement de ses prêtres, les nommer aux postes pour lesquels il les croirait aptes, assurer à chacun d'eux le revenu de leurs bénéfices ecclésiastiques. et faire lui-même la disribution des suppléments que l'État accordait au clergé canadien: il voulait réduire son séminaire à n'être comme partout ailleurs. qu'un lieu de formation ecclésiastique. Aussi, à peine arrivé aux affaires, travailla-t-il de toutes ses
(4) Et non pas « aumônier d'un régiment, s comme il a été écrit quelque part. (2) M. Jean-Heori Tremblay, prêtre du séminaire de Québec, résidant à Paris, comme procureur, au sémivaire des Missions-Etrangères.
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