‹ Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]Chapitre 16 sur 54 · CR AUS ER · texte numérisé non relu

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veut intéresser le Conseil qui, depuis le commencement des diflicultés, a beaucoup souffert. Je supplie de nouveau le Conseil de considérer que ce que j'ai été obligé de dire et d'écrire, après avoir évité de le faire autant qu'il m'a été possible, n’a été que par nécessité, pour ma propre détense et celle de mon clergé, qu'on a attaqué tant de fois... Je le prie d'ordonner que le tout soit envoyé au roi qui. par sa sagesse et son autorité, peut d'un seul mot et sans réplique régler toutes ces contestations (1). »

On voit comme tout cela était habile. Après avoir répandu la terreur un peu partout dans son diocèse, après avoir bouleversé son séminaire épiscopal et interdit trois des principaux directeurs de cette institution. après avoir lancé ses foudres contre plusieurs personnages en vue de la colonie, interdit tout un couvent de Religieux, et fait fermer leur église durant plusieurs mois, le prélat posait en victime, prenait la défense de son clergé paroissial, tâchait de s'assurer les sympathies du Conseil, Ia première autorité de la colonie après le gouverneur et l'intendant, et s'inclinait d'avance devant la sagesse des décisions royales.

C'est sans doute avec la mème habileté qu'il sut se défendre à la cour. Malheureusement il s'y heurta, cette fois. à une masse de préjugés qui s'étaient accumulés contre lui, On S'y montra d'autant moins disposé à lui donner raison dans les difficultés qu'il avait avec les principaux personnages de l'Église et de l'État dans la colonie, qu'on avait plus attendu de la largeur de ses vues et de son esprit de conciliation, en le nommant évêque de Québec. Pontchartrain, surtout, ne pouvait taire son désappointement : parent de Frontenae, il ne lui pardonnait pas de s'être mis à dos le gouverneur, après avoir été son ami :

€ Il ne faut pas, disait-il, qu'il retourne au Canada, de peur qu'il n'achève de bouleverser l'Église et l'état politique d'un pays où l’on a besoin d'un grand flegme pour gouverner, et où il ne peut recevoir de conseils que de ceux dont il ne veut point en prendre, »

C'est la note qui parut dominer à la cour à Pégard du prélat. On décida de le retenir le plus longtemps possible en France. dans l'espoir de l’engager à résigner son siège; on l'y regardait comme

(1) Jugements du Conseil Supérieur, HE, 923.

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impossible, et « d'un caractère d’esprit à ne pouvoir vivre en paix avec personne (1). »

Il est probable qu'il rencontra des sympathies, des marques de bienveillance et d'intérêt, surtout parmi les amis qu'il avait dù se faire autrefois à la cour. On ne cite pourtant que des déconvenues Celle qu'il alla chercher chez Mme de Frontenac mérite d’être notée.

Comment s'avisa-t-1l. dans les circonstances, de se présenter chez cette dame, € la divine, » comme on l'appelait à cause de son esprit, l'une des habituées de cette société d'élite que fréquentait Me de Sévigné? Que pouvait-il espérer d’une visite chez la femme du gouverneur avec lequel il s'était si pitoyablement brouillé, et qui devait être au courant de toutes ces misères? I v alla cependant; mais il n'eut pas à s'en féliciter. La comtesse le reçut d'abord très froidement: puis le prélat s'étant avisé d'aborder le sujet si délicat des difficultés qu'il avait eues au Canada, et de lui dire qu'il regrettait de voir M. de Frontenac soutenir de son autorité des impies et des scandaleux, elle prit feu là-dessus et lui répliqua qu'elle était sûre que le comte n’en était pas capable. Le prélat se leva aussitôt; etelle le laissa partir sans faire un pas pour le reconduire.

IL est regrettable que l'on n'ait pas les diverses décisions de la cour sur toutes les difficultés qui lui furent soumises à cette époque par l'évêque, le gouverneur, Pintendant, le Conseil : on ne connait guère que ce qui fut réglé pour le Séminaire. Ge qui parait

certain, c’est que, comme il arrive presque toujours dans Îles règlements donnés au delà des mers. il v eut des paroles d’encouragement, comme aussi un mot de bläme, pour tout le monde. Frontenac eut certainement le sien, comme on le voit par les répliques qu'il adressa au ministre. Mais il en prit d'autant plus bravement son parti qu'il n'avait Jamais été gâté de compliments par la cour; et les remarques qu'on lui fit ne le rendirent pas plus tendre pour le clergé. On lui reprocha, par exemple, ce marché par lequel, moyennant finance, il avait renoncé à faire jouer le Tartuffe au château : il écrit au ministre le # novembre 1695 :

« A l'égard des cent pistoles que M. l'évêque m'a données, c'est une chose si risible, que je n'ai jamais cru qu'on la püt tourner à

(4) Lettre de M. Tremblay, 1695,

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