‹ Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]Chapitre 20 sur 54 · BE · texte numérisé non relu

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Puis il ajoutait. au sujet des contestations entre son ami Lamotte- Cadillac et les Jésuites, pour lesquels ni lun ni l'autre n’eurent jamais de tendresses :

« Le pauvre M. de Lamotte-Cadillae (D) aurait eu besoin de vous envoyer un journal pour vous instruire de toutes les perséeutions qu'on lui à faites dans le poste où je l'ai mis, et où il fait merveilles, s'étant acquis beaucoup de crédit sur l'esprit des Sauvages, qui laiment et qui le craignent. Mais il n'a pas eu le temps de le copier pour vous le faire tenir...

€ I n'y avait que deux mois que les Pères qui sont à Michilli-

(1) I était alors (1695) commandant à Michillimakinae, Il fonda en 1700 la ville de Détroit, où il resta commandant jusqu'en 1710, et devint ensuite gouverneur de la Louisiane.

Antoine de Lamothe-Cadillac, fils de Jean de Lamothe, seigneur de Cadillac, de Launay et de Montet, conseiller au Parlement de Toulouse, et de dame Jeanne de Malenfant, vint au Canada vers 1686, et épousa à Québec l'année suivante, le 25 juin 1687, Marie-Thérèse Guyon, fille de Denys Guyon, petitefille de Jean Guyon, l'un des premiers censitaires de Robert Giffard, et cousine germaine de l'abbé Jean Guyon, l'ami et le protégé de Mer de Laval, Il avait alors vingt-six ans. il se fixa à Port-Royal, en Acadie, et obtint, en 1685, de M. de Denonville la concession d’une seigneurie qui comprenait l'ile du Mont- Désert, aujourd'hui dans l'état du Maine. En 1691, il n'était encore que simple lieutenant; mais grâce à la protection de M. de Frontenac, dont il avait su mériter la confiance, il acquit bientôt de l'avancement, et devint capitaine d'une compagnie du détachement de Ta marine, Au mois de septembre 169%, il accompagne Frontenae à Montréal et c'est là qu'il est choisi par le gouverneur pour aller à Michillimakinac relever M, de Louvigny de son gouvernement, Il fut rappelé de Michillimakinace en 1697, et remplacé par M. de Tonti le jeune.

I était accusé d'avoir profité de sa position pour faire le commerce des pelleteries en contrebande, Deux procès qu'il eut au Conseil Supérieur et à la Prévôté de Québec, l'un avec les nommés Louis Durand et Joseph Moreau, l'autre avee un nommé Sauton — trois hommes qu'il avait induits à former une société pour le commerce des fourrures — font voir qu'il était peu serupuleux.

« I promettait, dit M. Verreau, de leur fournir des marchandises pour la valeur de sept mille livres, les profits devant être partaués par les trois associés, Ceux-ci eurent garde de refuser une proposition aussi avantageuse, Le marché conclu, les marchandises furent livrées, Mais, au bout d'un mois, Lamothe emprisonna ses hommes et fit enlever toutes les marchandises, celles qu'il venait de fournir, comme celles que Sauton avait apportées de Montréal, à l'exeeption de quelques objets de peu de valeur, »

La sentence de l'intendant Champigny et celle de M, de Lothinitre, lieutenant-cénéral de la Prévôté, furent défavorables à Lamothe-Cadillie, (Quelques notes sur Lamothe-Gadillac, par l'abbé Verreau).

makinac m'en avaient écrit des merveilles, et comme d’un homme le plus judicieux, le plus prudent et le plus ennemi du désordre que j’eusse jamais pu envoyer dans ce pays-là. Mais je ne sais s'ils ont reconnu qu'il avait trop d'esprit et de pénétration, et qu’ainsi ils ont jugé qu'il fallait changer de langage et qu'il ne leur était pas propre. Enfin on a trouvé moyen par une cabale toute visible de soulever trois où quatre ofliciers qui étaient dans les postes dépendants du sien, et qui lui ont fait des algarades si extraordinaires et si inouïes, que j'ai été obligé de les faire mettre en prison, quand ils ont été descendus...

« Un certain Père Carheil, Jésuite, qui m'avait écrit il y a quelques années des lettres si insolentes, a joué dans tout cela des rôles étonnants. J'en écrirai un mot au R. P. La Chaise, afin qu’il y donne ordre. Les supérieurs d'ici promettent assez de le faire, sans que j'en aie vu jusqu'ici aucun effet. Cependant, si cela continuait, il faudrait bien v trouver quelque remède, car il n’y aurait plus moyen que quelque officier qu'on envoyât soit à Michillimakinac, Miamis, Illinois et autres endroits, püt v demeurer, par les perséeutions qu'on leur fait, sur la gène qu'on donne à leur conscience, et sur l'absolution qu'on leur refuse sitôt qu'ils ne font pas tout ce qu'on désire. IT y à même sur cela un commerce d'intérêt et d'argent qui est honteux à dire (D). M. de Tonti vous en aurait pu écrire, S'il n'avait été obligé, pour se délivrer de tous ces tourments, de s'en aller aux Assiniboines, et de laisser M. de Laforêt en son absence, qui, avec toute son adresse et sa douceur, aura de la peine à s'en bien tirer... »

Cette lettre de Frontenac nous fait voir comme tout était mêlé, à cette époque. le religieux et le civil, le spirituel et le temporel : on allait jusqu'à se plaindre à la cour du refus de l’absolution au saint tribunal, et de la gêne des conciences. Fort heureusement, le roi avait le bon esprit de confier le règlement des questions

(1) Frontenae persistait dans son actusation de commerce contre les Jésuites. Le procureur général d'Auteuil écrivait lui aussi sur ce sujet en 1705 : Quand j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Grandeur que ces Pères Jésnites faisaient un commerce ouvert, je n'ai pas prétendu parler des marchandises qu'ils vendent dans Québec, qu'on recherche avee empressement parce qu’elles sont de bonne qualité. Cela ne leur fait pas honneur, mais ne préjudicie à personne : les marchands ne s'en plaignent pas. Mais j'ai parlé de ce commerce qu'ils font aux Outaouais, où qui se fait par leur moyen, qui est public, et contre lequel tout le monde murmure... »

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