‹ Mgr. de Saint-Vallier et son temps [microforme]Chapitre 21 sur 54 · RS ÈS · texte numérisé non relu

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religieuses à un Conseil ecclésiastique. Les difficultés entre Mer de Saint-Vallier et le séminaire de Québec furent réglées par François de Harlay (1), archevèque de Paris (2), et le P. La Chaise. La question du retour de l’évêque dans son diocèse fut déférée à Bossuet et au cardinal de Noailles, qui répondirent tous deux qu’on pouvait bien essayer d'obtenir du prélat qu'il se démit volontairement de son siège, mais que s’il refusait, on ne pouvait l'empêcher d'aller résider dans son diocèse, suivant les Canons.

Mais Ms de Saint-Vallier était d'autant moins décidé à donner sa démission, qu'il aurait craint par là de paraitre céder aux désirs de Frontenac et des ofliciers avec lesquels il était brouillé, M. Tremblay écrivait de Paris en 1695 :

« Ia agi depuis son arrivée à Paris comme étant absolument résolu à retourner à quelque prix que ce soit au Canada : il ne faut pas s'attendre à sa démission : c'est un coup du ciel, s'il la fait; et je la regarderai comme un miracle. Il faut s'attendre au contraire que, quelle que chose que disent les ofliciers contre lui, il retournera au Canada, peut-être dès l’année prochaine; il y fera du moins ce qu'il pourra. »

Se voyant retenu malgré lui en France, il écrivit à ses deux

(4) Quel triste personnage que ce Harliy, le Pape d'en deça des monts, comme l'appelait son secrétaire Le Gendret Voici ce que Féselon ne craignait pas d'écrire de lui à Louis XIV : « Vous avez un archevêque corrompu, seandaleux, incorrigible, faux, malin, artificieux, ennemi de toute vertu, et qui fait gémir tous les gens de bien. Vous vous en accommodez, parce qu'il ne songe qu'à vous plaire par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu’en prostituant son honneur il jouit de votre confiance, Vous lui livrez les gens de bien; vous lui laissez tyranniser l'Église, et nul prélat vertueux n'est traité aussi bien que lui. » (Charles Gérin, Recherches sur l'Assemblée de 1682, p. 221).

Sainte-Beuve résume ainsi le portrait de cet évêque de eour : « Le catholique et le chrétien cédèrent le pas au sujet, Dieu et le Pape ne vinrent qu'à la suite. Le roi avant tout, ce fut sa devise, »

Mae de Coulanges, écrivant à Mme de Sévigné, après la mort triste et subite de cet archevêque : © IE s'agit maintenant, dit-elle, de trouver quelqu'un qui se charge de l'oraison funèbre du défunt, On prétend qu'il n’y a que deux petites bagatelles qui rendent cet ouvrage difficile, c'est la vie et la mort, »

Et dire que cet homme exerça plusieurs années la juridiction au Canada, et que Mer de Laval, nommé par le Saint-Siège vicaire apostolique de la Nouvelle- France, eut bien de la peine à maintenir son autorité contre lui!

(2) Et non pas « cardinal-archevéque de Paris, » comme écrit le P. de Rochemonteix, dans Les Jésuites et la Nouvelle-France, t. 1, p. Lui. Harlay, grâce à Dieu, ne fut jamais cardinal.

grands vicaires, Dollier et de Montigny, pour se plaindre de ce qu'on ne faisait rien au Canada pour procurer son retour : « Avertissez bien, disait-il, tous ceux qui sont cause de mon exil loin de mon diocèse, que je leur ferai ressentir un jour toute la force et le poids de l'autorité épiscopale, S'ils ne travaillent efficacement à me faire retourner en Canada (1). » Iaurait voulu que les fidèles et les communautés religieuses eussent envoyé des requêtes à la cour en sa faveur, [lne fut fait aucune démarche dans ce sens.

Dans son désir ardent de retourner au Canada, le prélat s’avisa même d'écrire à son vénérable prédécesseur, qu'il avait toujours tenu dans l'ombre et loin des affaires, anquel il avait même demandé de vouloir bien demeurer à Saïnt-Joachim plutôt qu'à Québec : il le suppliait d'intercéder en sa faveur auprès de Ta cour pour hâter son retour au Canada. M£ de Laval lui répondit qu'en conscience il:ne pouvait rien faire, J'ai cité plus haut quelques lignes de sa lettre à la fois si franche et si respectueuse.

Une seule requête partit du Canada en sa faveur : M. Dollier de Casson, supérieur du séminaire de Montréal, écrivit au ministre le 25 octobre 1695 : le principal grand vicaire du Canada devait bien cela à son évèque. Mais sa lettre était conçue en termes si extraordinaires qu'elle se détruisait presque d'elle-même. Voici comment elle débutait :

« Permettez, monseigneur, au pauvre grand vicaire du Canada de dire à Votre Grandeur que. depuis certains bruits arrivés d'outremer, qui menacent le pays de ne plus voir son cher évèque, il se troure accablé des peuples de ce diocèse qui, la plupart. d'une voir qgémissante et tremblante lui demandent leur pasteur, et s'il est vrai qu'on le leur veuille ravir : ce qui Favait tellement attendri et pressé qu'il se serait trouvé contraint de promettre à plusieurs de vous exposer leurs eommuns gémissements... »

Cette lettre fut remise à l'abbé Geoffroy, qui partait pour la France (2). Ilavait ordre d'en tirer plusieurs copies, et d'envoyer ces copies par des voies différentes. [saperçut, en la transerivant, de l'exagération qu'elle contenait. et doutant de la vérité des

(4) Lettre de Mer de Laval à Saint-Vallier, Québec, 1696,

(2) A son retour, il devint curé de Champlain, et il eut un procès avec M. Paul Vachon, curé du Cap de la Madeleine (Sainte-Marie-Madeleine-du-Cap), au sujet de la délimitation de leurs paroisses, (Jugements du Conseil Supérieur:

22 janvier 1720).

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