X VI
M#t DE SAINT-VALLIER ET VAUDREUIL (suite).
Mont De M. DE VaubreuIr.…
Ce que j'ai cité des reproches que Ms de Saint-Vallier eut à faire en diverses occasions à M. de Vaudreuil montre que les
« La Providence, ajoute-t-il encore plus loin, a parfois des retours cruels... » (Ibid., p. 573 à 589).
En effet, les Jésuites, « qui n'avaient pas dit un éternel adieu » à la Louisiane, y étant revenus quelques années plus tard, ce fut à leur tour de voir leur juridiction méconnue, Mer de Pontbriand ayant nommé l'un d'eux son grand ,icaire pour la colonie, les Capucins ne voulurent pas se soumett-e à son autorité : « Ils refusent, écrit l'abbé de l’Ile-Dieu, de reconnaitre la juridiction dans la main d'un Jésuite, nommé grand vicaire pour la Nouvelle-Orléans et le cours du fleuve en remontant jusqu’à Mobile... Ils prétendent, ajoute-t-il, être indépendants de l'Ordinaire, se donner pour missionnaires apostoliques, et ne reconnaitre que la mission du Pape.., » (Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 100, Lettres de l'abbé de l’Ile-Dieu au ministre, 21 juillet et 3 nov. 1755).
Il fallut que Mer de Pontbriand écrivit à la cour et implorât sa protection pour faire reconnaître par les Capucins la juridiction de son grand vicaire à la Louisiane. 11 fut même obligé d'en interdire deux, « les plus mutins et les plus révoltés contre l'autorité légitime de l'Ordinaire. » (Ibid., vol. 102, Lettre de l'abbé de l’fle-Dieu, 30 oct. 1757).
(1) Lettre de S. E, le cardinal Taschereau à l’auteur, publiée au commencement de la Vie de Mer de Laval.
(2) Mandements des évêques de Québec, t. I, p. 393.
relations entre ces deux éminents personnages ne furent jamais aussi tendues qu'elles l’avaient été entre l’évêque et Frontenac. On ne peut dire toutefois qu’elles furent bien cordiales. Pour être ami de Mfr de Saint-Vallier, il fallait l’admirer en tout et ne le contredire en rien. Il suffisait certainement que M. de Vaudreuil penchât évidemment du côté du séminaire, pour que le prélat se montrât peu sympathique au gouverneur.
Tacite dit quelque part que c’est le propre de l’esprit humain de haïr ceux que l’on a une fois offensés — proprium humani ingenii est odisse quem læseris. — M: de Saint-Vallier avait profondément blessé le séminaire de Québec en s’attaquant à la constitution que lui avait donnée M£r de Laval et en ébranlant les bases mêmes sur lesquelles il était fondé. Malgré toute sa vertu, il ne put jamais se défendre d’une certaine aversion contre cette institution; et cette aversion se révélait en toute occasion par mille tracasseries de toutes sortes,
Le prélat avait fait régler par la cour, en 1713, qu’on ne pourrait, à l'avenir, être à la fois chanoine et membre du séminaire (1) : et, dans la division des fonds attribués à l'Église du Canada, entre l’évêque, le séminaire et le Chapitre, il avait fait la part très large à ce dernier (2). Son but était de se créer à Québec un clergé indépendant du séminaire, et sur lequel il pût s'appuyer (3). Mais
(4) Édits el Ordonnances, v. 1, p. 339.
(2) Mer de Saint-Vallier semblait le regretter plus tard : ces chanoines n'étaient jamais contents de ce qu'ils avaient : « Je vois peu de corps plus à son aise que ce chapitre, écrivait le prélat, quoiquils aient voulu écrire et persuader le contraire. » (Lettre au ministre, 9 oct. 1727 — Voir Henri de Bernières, ch, xvr).
(3) Voici, d’après son successeur, Ms Dosquet, quelle fut la conséquence de cette politique : ce prélat écrivait à la cour : « Il serait à propos qu'il pût nommer aux canonicats vacants quelques directeurs du séminaire de Québec qui peuvent aisément assister à tous les offices du chœur et remplir les devoirs de leur maison. Par ce moyen, il n'y aura pas à Québec tant d’ecclésiastiques inutiles qui, faute d'occupation, commencent à donner dans les amusements mondains, le jeu, la bonne chère et le dérèglement, Gette oisiveté fait qu'ils ne pensent qu'à chicaner et à semer la division tant entre eux qu'entre les laïques. IL y en a même qui tiennent des discours qni peuvent porter les peuples à l'indépendance et à la révolte.
« Son dessein serait aussi de mettre dans le Chapitre quelques-uns des anciens curés qui, ayant travaillé avec zèle dans leurs missions, et ne pouvant en soutenir les travaux, seraient en état d'assister au chœur, et de rendre plus
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il arriva que quelques prêtres qu'il avait décidés à passer au Canada ne voulurent pas, pour une raison où pour une autre, y rester (1), et retournérent en France. Le prélat se figura que c'était le séminaire qui les « avait dégoûtés de rester dans son diocèse; » et il écrivit à la cour, en 1715, pour obtenir « qu'aucun prêtre ne püt repasser en France sans sa permission par écrit. »
Alin d’éloigner autant que possible le clergé du séminaire, il prépara un projet d'ordonnance, dans lequel il réglait, entre autres choses, que « les missionnaires ne pourraient à l'avenir y loger sans la permission de l’évêque; » et il soumit ce projet à la cour.
Enfin, pour s'assurer de la direction de cette maison, il demandait comme supérieur un homme de son choix. Il mettait de côté MM. de Maizerets, Glandelet et Thiboult, et proposait son ancien grand vicaire, M. de Montignv, qui exerçait alors les fonctions de procureur des Missions-Étrangères, à Rome.
M. de Vaudreuil se trouvait à cette époque à Paris : il ne manqua pas d'être consulté sur ces différents projets de M#f de Saint- Vallier; et son opinion fut carrément favorable au séminaire :
« Si les prêtres s'en retournent du Canada, dit-il. c’est la faute de M. l'évèque. Je ne crois pas qu'il convienne de fi donner un ordre pour empècher les prêtres de repasser en France quand leurs affaires le demandent : ce serait le moyen qu'il n’en passât jamais de France.
« J'ai toujours vu, ajoute-t-il, M. l'évêque brouillé avec le séminaire de Québec. Les curés de la campagne qui viennent
de services aux peuples de Québec que ces jeunes chanoines en qui ils n'ont pas confiance et qui, le plus souvent, les seandali ent, Il à communiqué cette idée à M. de Beauharnais, qui l'a fort goûtée.
« Le défaut de prêtres le porte à proposer les directeurs du séminaire pour être chanoines, n'ignorant pas qu'ils en ont été exelus à la pritre de feu M. de Saint-Vallier. Il ne conçoit pas pour quelle raison il l'a demandé, dans un temps où il n'y a pas assez d’ecelésiastiques pour fournir aux missions. » (Lettre de Mer Dosquet au ministre, 25 oct. 1729).
(4) Le séminaire réussit à en faire rester un, M. Daurie, curé de Saint-Pierre, ile d'Orléans, qui avait voulu partir pour se faire Trappiste : « C'est un si bon ouvrier, écrivait à son sujet M. Trembley! Ne peut-il pas trouver à Saint- Pierre la Thébaïde et la Trappe? » I resta en effet à Saint-Pierre, et y mourut le 10 mai 1713. M. Dauric était natif du diocèse de Grenoble, comme Mer de Saint-Vallier.
faire leurs provisions à la ville ont de tout temps demeuré au séminaire : cela me parait fort convenable: et il serait désagréable à des prêtres d'aller demander à M. l'évêque où il veut qu'ils logent.
« Il me semble, ajoute-t-il encore, que le séminaire doit être le maitre de nommer son supérieur (1). »
Il n’en fallait pas davantage pour que la cour rejetàt les propositions de l’évêque. L'échec lui fut fort sensible : il ne manqua pas d'en regarder M. de Vaudreuil comme l’auteur principal et demeura très indisposé contre lui.
Cela ne suflit pas toutefois pour expliquer pourquoi Ms de Saint-Vallier refusa de faire sonner les cloches à la mort de ce gouverneur (2). et je n'ai pu en trouver la raison nulle part.
On en est réduit aux conjectures. Le prélat crut devoir en plusieurs occasions réclamer l'appui du bras séculier pour l'exécution de ses ordonnances, et se plaignit de n'avoir pas trouvé en M. de Vaudreuil le zèle sur lequel il avait compté. Les archives mentionnent deux cas en particulier.
L'un de ces cas est assez étrange : il fut l’objet d’une lettre pastorale « à nos très chers enfants les habitants de la paroisse de La Prairie de la Madeleine. » Cettre lettre fut adressée au curé de l'endroit et lue au prône :
« C'est avec douleur, disait le prélat, que nous avons appris, à notre retour de France (1713), le mauvais usage où vous étiez de paraitre, contre la bienséance, en simple chemise, sans caleçon et sans culotte, pendant l'été, pour éviter la grande chaleur, ce qui nous a d'autant plus surpris que nous voyons violer par là les règles de la modestie que l’apôtre demande dans tous les chrétiens. et donner une occasion si prochaine de péché à vous et aux autres personnes qui peuvent vous voir dans cet état.
« Nous avons demandé, ajoutait-il, à M. le marquis de Vau-
(4) Archives de la marine, correspondance générale, vol, 35.
(2) L'abbé Marchand fait allusion à ce fait, dans sa poésie sur Les Troubles de l'Église du Canada en 1728, lorsqu'il dit, en parlant des obsèques qu'on avait préparées à la cathédrale de Québec pour Msr de Saint-Vallier :
« C'est en vain qu’à l’envi partout on se prépare A lui rendre un honneur dont il fut trop avare. »
(Bulletin des Recherches Historiques, vol. I, p. 117).
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M. de Vaudreuil avait-il hésité à intervenir dans une affaire aussi scabreuse, et laissé ce soin au gouverneur particulier de Montréal, dont dépendait La Prairie de la Madeleine? Il semble, dans tous les cas, que l’évèque n’était pas satisfait, car il ajoute :
« Si vous nous obligez de gémir devant Dieu sur l’opiniâtreté avec laquelle quelqu'un de vous voudrait garder une si détestable coutume, que nous regardons comme pernicieuse à la société civile, aussi bien qu'aux bonnes mœurs, il n’y a rien que nous ne tentions auprès de Dieu et des hommes pour vous faire entrer sur cela dans votre devoir... (1). »
Le deuxième cas, meniionné dans les archives, où M# de Saint- Vallier sollicita l'intervention du gouverneur, était encore plus grave et important. Il s'agissait de faire repasser en France un moine Bénédictin janséniste. qui s'était introduit furtivement au Canada, et menaçait de répandre partout le venin de son erreur. Laissons tout d’abord l'annaliste de l'Hôtel-Dieu nous donner quelques détails sur ce singulier personnage :
« [l vint en ce pays, dit-elle, par les vaisseaux de 171%, un jeune homme fort modeste, qui se faisait appeler M. Dupont. Il se logea dans la meilleure auberge de Québec (2). On remarquait en lui quelque chose de gêné, qui le fit soupçonner d’être un moine défroqué : il s'en défendait de son mieux et menait ici une vie assez réglée. Il s'informait de toutes les coutumes du Canada. et laissait entrevoir qu'il avait envie d'y fonder un monastère...
« Cet aventurier, qui demeura quatre ans en Canada, après avoir connu la ville, se retira proche de Kamouraska, à la rivière des Trois-Pistoles. 1! se tit dresser dans le bois une petite cabane, à une lieue des habitations. Il y menait une vie très dure, et venait chez ses plus proches voisins chercher du pain et des pois, qui faisaient toute sa nourriture. IT trainait lui-même son bois, était vêtu comme un ermite, se prosternail devant tous ceux qu'il
(4) Archives de l'archevéché de Québec, Lettre pastorale du 28 mai 1719. (2) Peut-être celle qui se trouvait alors à la Haute-Ville, coin des rues Buade et Des Jardins, tout près des Jésuites. (Recensement de 1716).
rencontrait, leur baisait les pieds et leur disait quelques paroles édifiantes. [Il passait pour un saint, dans l'esprit de plusieurs, quoiqu'il n’approchàt point des sacrements.
« Quand il eut demeuré quelque temps là-bas, sa cabane brüûla, et cet accident, qui n'était peut-être pas arrivé par hasard, le contraignit de revenir à Québec. Il y fut fort bien reçu: on le régala dans plusieurs maisons, on lui prèta des livres, et on tâchait de deviner qui il était, sans y réussir. On ne put savoir que deux ans après que c'était un Bénédictin (1) nommé Dom George-François Poulet. Son Supérieur, ayant appris de ses nouvelles, écrivit à M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur, pour le lui recommander comme un de ses religieux, qui avait plus de faiblesse d'esprit que de malice. Il le pria de lui faciliter son retour en France. Il écrivit aussi à Mme Baudouin, une bonne veuve de Québec (2), pour la prier de lui fournir tout ce dont il aurait besoin, avec promesse de la payer aussitôt qu'elle le souhaiterait.
« Ce pauvre moine fut done reconnu pour ce qu'il était, c'està-dire pour un Bénédictin prêtre, qui n'avait pas dit la messe depuis qu’il était en Canada.
€ On sut tout le détail de sa conduite et le sujet de sa cam-
(1) C'était le deuxième Bénédictin ou prétendu Bénédietin qui venait au Canada. On lit en effet dans le Journal des Jésuiles, à la date du 23 septembre 1646 :
« Le 23 (septembre 1646) arriva (à Québec) M. de Repentigny. Avec M. de Repentigny étaient le P, Quentin et quelques hommes pour les Hurons et pour iey-bas. [em un jeune gentilhomme (à la marge : le sieur de L’Aubinière) de la maison de Courtené, qui s'était converti à La Rochelle, et ensuite avait fait vœu d'aller aux Hurons; mais il s'est trouvé que ce n'était qu'un fourbe, qui avait paru en Angleterre comme petit-fils de la maison de Sancerre et neveu de M. Desnoyers, qui faisait mine de se vouloir faire hérétique, et sentant que les nouvelles de France venaient sur l'avis qu'on en avait donné, s'enfuit : on eut en même temps avis de plusieurs autres fourbes. I fit mille pièces ici, et enfin avoua ou mentit qu'il était religieux Bénédictin profès de plusieurs années; qu'il était sous-diacre; et on déposa ici qu'il était passé par Alençon en un monastère de Bénédictines, où il avait confessé une religieuse mourante : il fit mine de vouloir demeurer, et faisait rage sur ce qu'on avait écrit de luy qu'il était bâtard; mais ceux qui l'avaient vu en Angleterre lui dirent à l'oreille qu’il se tût : il s’en alla donc. Il nous a affrontés de plus de 200 livres qu'on avança pour luy. »
(2) Elle demeurait à la Basse-Ville, rue Sous-le-Fort, et avait avec elle une nièce nommée Marie-Anne Franklin. (Recensement de 1716.).
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pagne. Il avait été quelque temps en Hollande, sous le P, Quesnel, où il s'était fortifié dans le jansénisme, dont il faisait profession ouverte. [Il s'était enfui de son couvent, parce qu'on le cherchait pour l’emprisonner, et il vint en Canada déguisé en séculier... »
On comprend les inquiétudes de M£' de Saint-Vallier à la vue de ce triste personnage, et l’on s'explique qu'il ait fait tous ses efforts pour l'éloigner de son diocèse. Il ne put toutefois recourir à M. de Vaudreuil avant l'automne de 1716, celui-ci étant absent en France depuis 171%. Le moine avait réussi à se faire des amis au Canada :
« I trouva moyen, continue la sœur Juchereau, d’éluder en 1717 son embarquement. L'année suivante, en 1718, étant tombé malade, on l’amena dans nos salles, où on le traita fort charitablement. Il eut le pourpre; et, pendant sa maladie, tous les prêtres séculiers et réguliers le visitèrent pour le gagner et le faire soumettre à la constitution Unigenitus. I ne voulut point y entendre : tout ce qn'on lui disait là-dessus redoublait sa fièvre. Il ne put jamais se résoudre d'abandonner le parti de M. le cardinal de Noailles (1) : c'était la raison la plus solide qu'il apportait pour se défendre. Enfin, il aima mieux être privé des sacrements, comme M. l’évêque l'ordonna. que de rentrer dans la soumission due au Saint-Siège. »
A peine fut-il rétabli, que ses amis de la campagne vinrent le chercher pour le dérober aux poursuites qui le menaçaient. Mais M: de Saint-Vallier fit acte d’autorité et lança une ordonnance sévère, adressée « aux prêtres séculiers et réguliers qui se trouvent dans l’étendue des missions du sud de notre diocèse, surtout à M. Auclair, curé de Kamouraska. et au P. Michel, missionnaire de Rimouski :
« Comme rien, dit-il, ne nous parait plus déplorable que de voir l’empressement que font paraître quelques-uns de nos diocésains de favoriser des personnes qui cherchent à se perdre pour l'éternité par leur entêtement, nous avons été véritablement touché, en remarquant dans les sieurs Côté et Jean Gagnon, de
(4) M. d'Avenel écrit quelque part à propos du cardinal de Noailles : « (a été un de ces hommes rares, respectables et désolants, qui font plus de mal avec leurs vertus que d’autres avec leurs vices. » (Le Correspondant, 1877, t. IV, p. 598).
la Bouteillerie, la résolution prise et exécutée d'emmener là-bas Dom George-François Poulet, Bénédictin sorti furtivement de son couvent à l'insu de ses supérieurs, et sans obédience, dans un habit laïque, malgré tous les avis que nous leur avons pu faire donner par des personnes même considérables.
« C'est pourquoi voulant faire connaitre à ces personnes et autres de notre diocèse, où demeure George-François Poulet, religieux, l'obligation qu'ils ont de nous obéir sous peine de péché mortel en tel cas, nous leur déclarons que celui ou ceux qui ont pris et emmené de Québec le dit religieux ont commis une grande faute, dont ils mériteraient que nous nous réservassions l’absolution. Cependant, pour agir avec douceur, nous leur faisons seulement à savoir, à eux et à tous autres semblables, que s'ils viennent à le protéger, retirer chez eux dans leur domaine, et à l’aider à pouvoir demeurer éloigné de nous, pour nous ôter le moyen de le renvoyer en France à ses supérieurs, ils encourront après trois jours de séjour et d’aide, s'ils ne le font partir incessamment et sortir de leur dépendance après les dits trois jours passés, l'excommunication majeure par le seul fait, dont nous nous réservons l’absolution à nous seul.
« Et pour faire voir l'horreur que nous avons des religieux
qui se sont séparés de leur communauté, qui par la continuation de leur séparation doivent être regardés comme apostats et excommuniés par le droit, que les évêques doivent poursuivre et faire rentrer dans leur devoir pour satisfaire au décret du saint Concile de Trente au défaut de leur supérieur. nous enjoignons à tous les curés et missionnaires qui desservent les missions de ce côté-là jusqu'à Rimouski. non seulement de tenir la main à ce qui est porté par la dite ordonnance à l'égard des séculiers qui y contribueraient. mais encore de refuser les sacrements au dit Dom Poulet, religieux, excepté en cas de mort, et même de dire la messe devant lui, ce que nous leur défendons sous peine de suspense de leurs fonctions ou interdit des lieux où la dite messe aura été célébrée, pour un espace de temps que nous règlerons (1). »
Cette fois, M£#r de Saint-Vallier fut plus heureux que l’année précédente, et mieux écouté de ses ouailles. Le religieux jansé-
(4) Archives de l'archevéché de Québec, Ordonnance du 15 septembre 1718,
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ue l'année ieux jansé-
tembre 1718,
uiste, délaissé de tout le monde, se vit obligé de remonter à Québec, puis de s'éloigner de la colonie :
« I s'embarqua sur le Cheval marin, vaisseau marchand, écrit la sœur Juchereau, et arriva heureusement en France. Il ne manqua pas de se faire mettre l’année suivante d’une manière pompeuse dans la Gazette de Hollande, comme un homme qui avait été persécuté en Canada, et banni de ce pays pour la foi: parce que les Jésuites n'avaient pu souffrir l'éclat des vertus de ce grand anachorète... (1). »
Si l’on en croit M. de Vaudreuil et l’intendant Bégon, il s'était décidé de lui-même à repasser en France, et l'autorité séculière n'avait pas même été obligée d'intervenir. Voici en effet ce qu'on lit dans leur lettre collective du 26 octobre 1719 :
« Le religieux Bénédictin qui s'était retiré en cette colonie a passé en France le 2 octobre de l’année dernière sur /& Mutine (2), commandée par M. le chevalier de Courcy : ce qu'il a fait de son propre mouvement, et sans y avoir été contraint. Le sieur de Vaudreuil est surpris que M. l'évêque se soit plaint de n'avoir pu obtenir de lui un ordre pour le faire repasser en France, ce qu’il ne lui a jamais demandé.
« Ce religieux a souvent écrit et présenté des requêtes au sieur de Vaudreuil pour se plaindre de ce que M. l’évêque le persécutait. Le seul usage qu'il en à fait a été de renvoyer toujours ces écrits à M. l’évêque, atin qu'il en usât sur ce sujet comme il le jugerait à propos, le sieur de Vaudreuil n'ayant voulu rien répondre aux demandes que lui faisait ce religieux... »
Il est bien évident que M#r de Saint-Vallier était resté sous l'impression que le gouverneur n'avait pas voulu l'aider, en cette circonstance, puisqu'il avait écrit à la cour pour s’en plaindre. C’est ainsi que "aissent quelquefois entre des personnages haut placés et du plus haut mérite, de regrettables malentendus, des situations fausses, souvent pires que la guerre ouverte et violente. On évite de se voir. de s'expliquer, de s'entendre: et l’on garde indéfiniment de fâcheuses impressions qui ne s’eflacent jamais.
(1) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec.
(2) Le gouverneur et l'intendant étaient évidemment mieux en état que la sœur Juchereau de donner le véritable nom du vaisseau sur lequel était passé le moiue Bénédictin.
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Le marquis de Vaudreuil mourut à Québec le 10 octobre 1725, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, après la plus longue et l’une des plus bienfaisantes administrations qu'ait eues le Canada. Il exerçait les fonctions de gouverneur général depuis le 26 mai 1703, et était au Canada depuis 1687. Il fut inhumé comme ses deux prédécesseurs immédiats dans l'église des Récollets,
L'un des derniers actes de son administration avait été en faveur des Abénakis de Narantsouak. Ces bons et fidèles amis des Français avaient eu la douleur de voir, dans l'été de 172%, leur saint missionnaire. le P. Sébastien Rasle. tomber sous les coups des Anglais de Boston, et leur église incendiée, « cette église si belle, écrivait un Jésuite, qui rappelait les jolies églises de campagne de France. » Ils étaient inconsolables. M. de Vaudreuil, apprenant leur malheur, se hâta de leur envoyer des secours: et leur petite église se releva bientôt de ses ruines (1).
La colonie canadienne pleura sincèrement la mort de son gouverneur, C'était pour elle une perte d'autant plus cruelle qu’elle venait d'en subir une autre bien lamentable par le naufrage d'un vaisseau du Roi, chargé de provisions sur lesquelles comptaient des centaines de personnes.
Ce serait une histoire à la fois triste et intéressante, que celle des naufrages dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent; et, parmi ces naufrages, celui du Chameau compterait parmi les plus désastreux :
€ Un accident funeste, dit Charlevoix, mit la colonie presque toute en deuil, et lui fit perdre en un jour plus qu'elle n'avait perdu en vingt ans de guerre. La nuit du 25 août 1725, le vaisseau du roi le Chameau. qui allait à Québec. se brisa près de Louisbourg, et il ne s'en sauva pas un homme. M. de Chazel, qui venait relever M. Bégon, intendant du Canada, M. de Louvignv, nommé gouverneur des Trois-Rivières. M, de la Gesse (2), capitaine, lils de M. de Ramesay, mort l’année précédente gouverneur de Montréal, plusieurs autres ofliciers de la colonie, des ecclésias-
(1) Lettres édifiantes ol curieuses, édit, de 1819, t. IV.
(2) Ainsi appelé du lieu de naissance de son père, dans l'évêché de Langres. Le capitaine de la Gesse était par sa mère, Marie-Charlotte Denys, le neveu du P. Joseph Denys, dont il a été question dans l'affaire du prie-dieu de M, de Callières, et qui faisait en 171% les fonctions curiales aux Trois-Rivières.
» 1729, ine des [l exeri 1703, :s deux
été en mis des >, leur s COUPS église si de camudreuil, ‘ours: Ct
son goue qu'elle age d'un mptaient
que celle ot, parmi les plus
> presque le n'avait 1725, le sa près de iazel, qui Louvignv, capitaine, rneur de ecclésias-
de Langres.
le neveu du bu de M, de
ières.
tiques (1), des Récollets, des Jésuites y périrent avec tout l’équipage, et la côte parut le lendemain toute couverte de cadavres et de ballots.
« La mort du marquis de Vaudreuil, ajoute-t-il, mit le comble à toutes ces pertes. Ce général mourut à Québec le 10 octobre suivant, regretté à proportion de l'empressement qu'on avait eu de le voir à la tête de la colonie, et après vingt-et-un ans d'un gouvernement dont les événements heureux furent en bonn partie le fruit de sa vigilance, de sa fermeté, de sa bonne conduite. du bonheur qui accompagnait toutes ses entreprises. et dont les disgrâces n'ont pu lui être imputées. »
DERNIÈRES ANNÉES DE MEr DE SAINT-VALLIER. — SA MORT.
Mir de Saint-Vallier survécut à M. de Vaudreuil un peu plus de deux ans, occupé jusqu'à la fin à administrer son diocèse. mais surtout à faire du bien aux pauvres, qui furent toujours la portion choisie de son troupeau. et à l'hôpital général, sa communauté de prédilection et son œuvre par excellence. Le gouverneur et
(1) Parmi ces ecclésiastiques, il y en avait un qui était destiné pour le séminaire de Québec. Voici ce que je lis à son sujet dans l'Histoire manuscrite de cette institution, par M, l'abhé Taschereau, devenu plus tard Son Éminence le cardinal Taschereau :
« C'était un jeune prêtre, dont nous ignorons le nom, plein de santé et de bonne volonté, qui avait une pension du roi assez considérable et bien paye. Comme il avait du zèle et du talent pour la prédication, il eût pu soulager M. Boulard, à la fois supérieur du séminaire et curé de Québec. I jouissait d'un grand crédit à la cour, qui pouvait lui faire espérer de grands bénéfices; mais, se sentant touché de Dieu, il s'offrit au séminaire des Missions-Étrangères pour aller travailler au salut des âmes dans un pays éloigné et y vivre dans l'humilité, 11 témoigna surtout désirer prendre avec le temps le bon esprit qui avait été inspiré au séminaire de Québec par les fondateurs et premiers directeurs. Mais Dieu se contenta de sa bonne volonté et le récompensa avant qu'il eût commencé ses travaux, Le vaisseau qui le portait périt avec tout son monde. Ce vaisseau était le Chameau, qui sombra dans le golfe, à la hauteur de Louisbourg, la nuit du 27 au 28 août 1725, avec 400 personnes, et pour 400.000 livres d'effets au roi. »
l'intendant, écrivant au ministre le 30 octobre 1726, rendaient à la vertu et au zèle du prélat un magnifique témoignage :
« M. l’évêque de Québec, prélat respectable en tout, mais qui se distingue particulièrement par son dépouillement pour les pauvres, nous demande de nous joindre à lui pour vous faire nos prières en faveur des religieuses qui desservent l'hôpital général de Québec, destiné à tenir renfermés les insensés de ce pays. à recevoir tous les pauvres hors d'état de gagner leur vie, et les vieillards... »
Quel beau couronnement d’une longue. difficile et laborieuse carrière!
Il mourut dans la nuit du 25 au 26 décembre 1727, à l'Hôpital- Général, où il faisait sa demeure depuis son retour d'Europe en 1713. [l mourut « les armes à la main, » mais dans le sens le plus chrétien et le plus épiscopal du mot. On ne voit pas, en effet, que ses dernières années aient été troublées par aucun désaccord sérieux avec les autorités coloniales. Il y avait bien assez du gouverneur et de lintendant qui en venaient souvent aux prises, et ne pouvaient s’'endurer :
« Je suis bien fâché que M. Dupuy (1) me donne si souvent occasion de vous faire des plaintes contre lui, écrit un jour M. de Beauharnais au ministre. Il a une trop grande facilité à écouter tous les discours que ses prétendus amis lui tiennent, et qu'il croit comme articles de foi. Il est le jouet de tous les mauvais esprits du pays.
« Il n’est pas trop aisé, ajoute-t-il, de vivre avec un homme d’une hauteur qui passe l'imagination. Il s'imagine être devenu une divinité, ne voulant entendre sur rien ni rime, ni raison. C'est un homme impraticable, si jamais il y en a eu : il suflit que je dise Blanc pour qu'il dise Noir. »
M. de Beauharnais ajoute encore :
« M. Dupuy fait en ce pays-ci le général, l'évéque et l'intendant. Il'en donne tous les jours de belles preuves. IF a poussé la chose, en dernier lieu. jusqu'à faire mettre des sentinelles aux portes des
(1) Claude-Thomas Dupuy, chevalier, conseiller du roi en ses conseils d’état et privé, maitre des requêtes ordinaires de son hôtel, Il fut nommé intendant du Canada en 1726 pour remplacer l'infortuné de Chazel, I avait un fils Jésuite au collège de Québec,
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Ce sont sans doute ces archers dont parle encore ailleurs M. de Beauharnais :
«€ M. Dupuy, dit-il, prétend être en droit d’avoir deux archers de la marine, dans les cérémonies, et les avoir dans son banc à l’église, la carabine sur l'épaule, contre les règlements... »
Comment se fait-il que M#" de Saint-Vallier ait mis sa confiance dans cet homme impossible, jusqu'à lui contier l'exécution de son testament? Dupuy était un homme de talent et d’une science légale incontestable. IT était rempli de grands projets et de plans magnifiques : « Si M. Dupuy suit toutes ses idées de jets d'eau, de canaux, de réservoirs, d'architecture, écrit encore M. de Beauharnais, nous serons bientôt en ce pays sons un sou. » Il en imposait par ses théories, ses dissertations savantes, son érudition. Ajoutons à cela qu’il était tout dévoué à l'hôpital général, et avait une dent contre l'Hôtel-Dieu (1) et le séminaire de Québec. I y avait d’ailleurs plus d’un point de rapprochement entre le caractère formalisie, méticuleux, retors de Dupuy et celui de Mer de Saint-Vallier. Ces deux hommes étaient faits pour s'entendre.
Mais c’est un malheur pour le prélat d’avoir eu comme exécuteur de ses dernières volontés un personnage tranchant, soupçonneux, violent comme l'intendant Dupuy. On sait ce qui arriva, et les scènes burlesques et scandaleuses qui se passèrent sur ses cendres à peine refroidies. La sépulture de Mir de Saint-Vallier, — 2 janvier 1728, — à la dérobée et à la hâte, à l'insu du public, à l'entrée de la nuit (2), est probablement le seul exemple de ce genre dans les annales ecclésiastiques (3). Une sépulture d'évêque
(4) Documents de Paris, Église du Canada, Lettre de Dupuy au ministre, 20 octobre 1727.
(2) Ferland, Histoire du Canada, t, M, p. 431; Mandement et Manifeste du vicaire-général Boulard, du 6 janvier 1728, dans les Mandements des évêques de Québec, t. 1, p. 522,
(3) M. Gérin, pourtant, raconte une scène qui ne le cède guère en scandale à celle de la sépulture de Mer de Saint-Vallier : « Le nonce Varese, dit-il, était mort au mois de novembre 1678, à Paris, après avoir reçu les sacrements de la main d'un capucin italien, son confesseur ordinaire, et demandé que son corps fût inhumé aux Théatins. L'archevêque de Paris (Harlay), au nom des libertés gallicanes, s'empara de force de son cadavre pour le faire porter à l'église
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qui fait l’objet d’un poème héroï-comique (1), et donne lieu à l'interdiction d’une église et d’une communauté : M#' de Saint- Vallier méritait mieux que cela, non-seulement par la haute dignité de sa position, mais surtout par ses grandes vertus, son désintéressement et la sainteté de sa vie.
Quelle qu'opinion, en effet, que l’on se fasse de son caractère, d’après les documents, — j'ai cité aussi fidèlement que possible le pour et le contre — on ne peut s'empêcher d'admirer le zèle, le dévouement, le désintéressement de ce saint prélat. C'était, comme Laval, une figure taillée dans le marbre antique : les traits ne sont pas tous réguliers ni aimables, mais l’ensemble commande le respect. Quelle reconnaissance la patrie canadienne ne doit-elle pas à ce prélat pieux, laborieux et actif, qui s’est attaché à elle, qui l’a préférée à toute autre patrie, et lui a consacré quarante ans de vie épiscopale!
Et pourtant, il n’aimait pas les Canadiens, les prêtres nés au pays, surtout; il était préjugé contre eux :
« Nous avons ici, écrit-il à la cour, une expérience journalière de l'inquiétude d'esprit des Canadiens, qui se portent à examiner ce qui ne les regarde pas et à faire part souvent en France de leurs fausses lumières sur des desseins dont ils ne connaissent pas le fruit ni l'avantage. » Il ajoute ailleurs : « M. Bégon connait aussi bien que moi la disposition de leurs esprits. peu portés à se soumettre et à reconnaitre leurs supérieurs temporels et spirituels... (2) »
Mais il aimait le Canada, il aimait la patrie canadienne, il aimait surtout les pauvres, pour le soulagement desquels il n’a cessé de se dé“ouer. Quand un homme est assez généreux pour fonder trois hôpitaux et dépenser un million pour le soutien des pauvres, des nécessiteux, on lui pardonne facilement certains côtés dificiles ou belliqueux de son caractère, Mir de Saint-Vallier a été, suivant l'expression de Jacques Viger, « un fervent ami de l'humanité souffrante; » il nous apparait dans l’histoire avec l’aréole de la charité et du désintéressement : sa mémoire ser: immortelle.
paroissiale, et envoya dans les prisons de son officialité le moine qui l'avait assisté à ses derniers moments. » (Recherches sur l'assemblée de 1682, p. 219). (4) Les troubles de l'église du Canada en 1728, par l'abbé Marchand, (2) Lettre de Mer de Saint-Vallier au ministre, 10 septembre 1726.
lieu à | She INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS PROPRES ; la haute rtus, son
“aractère, | A
Jossible le ABÉNAKIS (les), tribu sauvage du Canada, 132.
le zèle, le | ACADÉMIE FRANÇAISE (un Callières, membre de l), 68. C'était, ACADIE.
Saint-Vallier visite cette partie de la Nouvelle-Faance, 12:
: les traits 99, 121, 192. — Les de à en Acadie, ouvrage cité, 59.
ommande AGNIERS (les), tribu iroquoise, 2 e doit-elle AGUESSEAU (d'), 86.
hé à elle, AIGREMONT (d’), accuse Vaudreuil, 87; louangé par Beauharnais, 90. quarante ALBANY, 68.