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longtemps si je lui en enverrais cette année deux que j'ai entre les mains; mais comme elles ne m'ont point paru belles, à cause que l'hiver a été fort doux cette année en ce pays-ci, je n’ai pas eu assez de confiance pour le faire. J'en ferai venir une demi-douzaine, des mieux choisies, du meilleur endroit du nord, pour l’année prochaine, afin qu’au retour des vaisseaux vous me fassiez la grâce de vouloir bien les accepter... » (1).
Le Règlement des districts de paroisses finit par être reçu partout sinon de bonne grâce, du moins comme un fait accompli. Quant à M. Ulrice, en particulier, M#" de Saint-Vallier employa, pour le ‘almer, un moyen qui lui réussit à souhait, et qui a réussi depuis également en maintes occasions : il le transféra à la belle cure de Varennes; et les habitants de Mouille-pieds ne songèrent plus à se plaindre de leur annexion à Longueuil : le gouverneur et l'intendant écrivaient à la cour l'année suivante :
€ Il y a lieu de croire que le sieur Ulric, curé de la Prairie de la Madelaine, agissait sous le nom de ceux des Mouille-pieds, qu'il voulait avoir: car ces habitants ne demandent plus d'être de cette paroisse, à présent qu'il est curé de Varennes; et le sieur Poulin qui est à sa place est content de son district... »
Ils ajoutaient : « Il est assez difficile, dans un règlement général, de concilier l'intérêt particulier avec la vue que M. l'évèque a eue d'égaliser autant que faire se pourrait les cures, et d'éviter que des habitants ne fussent obligés de traverser le fleuve pour aller à leur paroisse... » (2).
Le Règlement de 1722 avait donné naissance à quatre-vingt-deux paroisses ou districts paroissiaux. Dix ans plus tard, on en comptait une centaine, au témoignage de ME Dosquet: mais, d'après ce même témoignage, que nous avons déjà cité, 11 n'y avait pas plus
d’une vingtaine de paroisses qui fussent « remplies par des curés en titre : » toutes les autres n'étaient « desservies que par de simples missionnaires. » C'est-à-dire que le temps et l'expérience avaient démontré la sagesse du système établi au Canada par Mar de Laval : ce système était le seul pratique « dans ces espaces
(A) Ibid., Lettre de M, Ulrie (Paul-Armand) au comte de Morville, 8 octobre
(2) Ibid., vol. 47, Lettre de MM, de Longueuil et Bégon au ministre, 41 octobre
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immenses de dix, douze et quinze lieues, qui ne faisaient qu'une seule mission. »
« Ce système, disait M£r Dosquet, conforme à celui de toutes les églises naissantes de l'Amérique, des Indes, des Philippines (1), etc, est une exécution précise de la déclaration du mois d'avril 1663, qui porte par exprès que, pour se conformer autant qu'on le pourrait à la primitive Église, l'évêque de Québec ne fixerait irrévocablement aucun prêtre dans aucune paroisse, mais la ferait desservir par un simple missionnaire (2). On s'en est tenu constamment à cet usage. [l'est vrai que de temps en temps on y a fait quelque changement. Il est venu des lettres de la cour qui portaient une permission du Roy pour les fixer toutes : mais cela n'a point eu de suite. M. de Saint-Vallier a fait venir des ordres contraires: il en a fixé peu lui-mème:; le peu même qu'il a jugé à propos de fixer, il l'a remis à son ancien état, à la mort du premier titulaire... » (3).
De fait, nous croyons qu'à part celui de Notre-Dame de Québec, il n'y eut jamais au Canada de curés inamovibles dans le sens véritable et canonique du mot. Ce que l’on entendait généralement. à l'époque qui nous occupe, par curés fixes, c’étaient, comme l'explique quelque part lintendant de Meulles, des curés « qui ne seraient pas obligés d'aller d'habitation en habitation pour desservir les peuples, mais qui auraient leurs églises et presbytères, où ils demeureraient toujours, et où les peuples iraient entendre la messe... » (%).
Les paroisses que nous venons d'indiquer, échelonnées sur une étendue de plus de deux cents lieues, formaient le diocèse de Québec proprement dit : que de fois M#r de Saint-Vallier en fit la visite pastorale! Mais son diocèse s'étendait aussi jusqu'aux missions lointaines de l'Acadie, jusqu'à l'ile Saint-Jean et au Cap- Breton, jusqu'aux missions reculées du Détroit, des Tamarois, de
(1) Les Philippines, dont on parle tant aujourd’hui, furent converties en 1571, et un évéché fut alurs fondé à Manille, (Histoire de l'Église, par l'abbé Beurlier, p. 203).
(2) Approbation du roi pour l'établissement du Séminaire de Québec, dans les Édits et Ordonnances, &. 1, p. 35.
(3) Archives de la marine, Canada, correspondance générale, vol. 46, Mémoire sur l'affaire des curès fixés par le Chapitre de Québec.
(4) Lettre de M, de Menlles au ministre, # novembre 1683.
la Louisiane. Deux fois, 1686 et 1689, le prélat fit en visite pastorale le voyage, alors si périlleux et si diflicile, de l’Acadie. S'il n’eût écouté que son zèle, il se serait rendu jusqu'aux extrémités les plus lointaines de l'immense territoire soumis à sa juridiction ; mais son àge et ses infirmités ne le lui permirent pas. Il dut se contenter d’y envoyer de bons et intrépides missionnaires : les prêtres de Saint-Sulpice et des Missions-Étrangères ‘ivalisaient de zèle en Acadie; le Séminaire de Québec avait la mission des Tamarois; les Récollets, les Jésuites. les Capucins exerçaient leur zèle au Détroit, dans les différents postes de l’ouest, à la Louisiane (4).
(4) Nous avons signalé dans notre étude sur Henri de Bernières les doléances du P. de Rochemonteix à propos de la mission des Tamarois confiée au Séminaire de Québec, et de ce qu’il appelle « la mesure arbitraire » de Mer de Saint-Vallier. Celles dont il nous fait part au sujet du rappel « douloureux, mais obligé, » des Jésuites de la Louisiane, en 1703, ne sont pas moins touchantes.
Ces religieux, nous dit-il, y avaient été envoyés par le ministre de la marine, à la demande de M. d’berville; et ils établirent, d’abord à Biloxi, puis à Mobile leur résidence. On doit supposer, bien qu'il n’en fasse nullement mention, que la chose ne s'était pas faite à l'insu de l’Ordinaire, ou que du moins, une fois arrivés dans cette partie du diocèse de Mer de Saint-Vallier, ils s'étaient assurés de son agrément et mis en règle avec lui.
Le malentendu commença lorsque les prêtres des Missions-Étrangères vinrent, eux aussi, se fixer à la Louisiane, et que le prélat nomma l’un d'eux son grand vicaire pour la colonie. Les Jésuites, ne voulant pas se soumettre à la juridiction de ce prêtre, proposèrent qu'on leur donnât un district séparé où ils fussent seuls, « et sans concurrents; » ils demandaient que leur supérieur y « fût le grand vicaire né » de l’évêque :
«€ Jamais, dit le prélat, je ne ferai un Jésuite mon grand vicaire, quand même la cour leur accorderait un district où il n’y aurait point d’autres missionnaires que de leur ordre. » (Les Jésuiles el la Nouvelle-France, t. I, p. 580).
On fit auprès de l’évêque instances sur instances; on fit intervenir le ministre; on menaça de retirer les Jésuites de la Louisiane : « Monseigneur resta ferme, écrit le P. de Rochemonteix. Il n’entrait pas dans le tempérament de ce prélat, autoritaire et entêté, de lâcher une seule de ses idées. »
Les Jésuites, apparemment, n'étaient pas moins tenaces : « Le Provincial de France, ajoute-t-il, prit aussitôt, de l'avis de ses consulteurs, la résolution que lui dictait le devoir, résolution douloureuse, mais obligée : il rappela les trois Pères, missionnaires à la Louisiane. Le P, du Rue... se fit une place parmi les prédicateurs en France. Le P. de Limoges et le P. Dongé revinrent le cœur profondément navré : ni l'un ni l’autre ne survécurent longtemps à leur grande douleur. »
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Quatre fois Mer de Saint-Vallier réunit ses curés en synode : les résolutions qui y furent prises, de même que les nombreuses ordonnances qu'il rendit dans le cours de son administration, constituent les principaux éléments de « la belle discipline ecclésiastique et paroissiale de nos jours, » dont M£r de Laval avait, avec tant de solidité, « posé les fondements » (1).
Ajoutons à cela le catéchisme qu’il publia en 1700 pour son diocèse, le Rituel qu'il donna en même temps à son clergé, son Règlement pour les Conférences ecclésiastiques, et l’on aura une idée de l’œuvre pastorale de M#r de Saint-Vallier (2).