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CHAPITRE II l'épiscopat

C'est au moment où la plus grande œuvre de sa vie était âprement contestée que l'abbé Dupanloup dut se laisser imposer l'épiscopat. Qu'on le prenne à la lettre. « Il m'a fait ministre malgré moi, disait Falloux; je l'ai fait évêque malgré lui. » Encore ne pouvait-il pas s'en attribuer tout le mérite. Seul, il n'avait pu réussir à contraindre ce prêtre qui avait à Paris t des liens de Providence (1) >. Ravignan aussi y avait échoué, Ravignan, qui, le vendredi saint, l'avait adjuré d'accepter cette croix. Le cardinal Giraud, archevêque de Cambrai, parvint à l'ébranler. Une phrase du bréviaire, qu'il avait opposée lui-même aux refus du comte de Falloux, emporta son consentement. II écrivit au ministre : < Le mot qui vous a

',1; C'est ce qu il avait répondu aux offres flatteuses du roi Oiarlos-Albert.

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décidé me décide : « Satins est Dei causa servitatem subire quant, crucis fugà, perfrui libertate... »

Sacré le 9 décembre 1849, à Notre-Dame, il fit, deux jours après, son entrée à Orléans. Il avait dépassé le dimidium vitte. Avait-il accompli la moitié de sa tâche ? De l'œuvre de Mgr Dupanloup ou de l'œuvre de l'abbé Dupanloup, laquelle pèse le plus ? Nous ne saurions le dire, si grande fut l'action du simple prêtre.

Son premier mot d'évêque, celui qu'il consignait pour lui seul dans ses Memoranda, sitôt dite son oraison matinale, le jour de son intronisation, fut : « Il faut agir... » Aussi étonna-t-il clergé et laïques par son zèle administratif et ses sollicitudes pastorales. Le bien qu'il fît pendant ses trente années d'épiscopat, nous ne pouvons ici le détailler. La liste seule de ses réformes ou de ses fondations remplirait des pages. Son initiative, si prompte fût-elle, n'allait pas, d'ailleurs, sans s'éclairer avant de s'engager. A peine installé, il s'informa des besoins de son diocèse, adressant à tous les curés un questionnaire précis. Mais, une fois instruit de ce qu'il avait à faire, il ne s'accordait nul répit. Après des retouches à l'or* ganismc même de son administration et un choix

de collaborateurs auxquels il distribua attributions et responsabilités définies, il « agit » selon le vœu qu'il avait formulé en mettant le pied à Orléans ; il « agit » et il se montra, à la tète d'un grand diocèse, tel qu'il avait été à la tête d'un petit séminaire : « un principe de vie (1) ». Il n'oubliait rien, avisait à tout, remplissant, outre les devoirs propres de sa fonction pastorale, ceux que son ardeur jamais lasse y annexait.

Il fit sentir d'abord les effets de son attention bienveillante aux prêtres âgés et infirmes, dont, en peu de temps, il doubla les pensions de retraite. Il se mit bientôt en état de procurer aux malades et aux convalescents « une campagne, un médecin, les eaux, un asile...» Mais la santé spirituelle de ses subordonnés lui importait encore plus que l'autre.

Il n'épargnait aucune enquête délicate pour bien placer et bien grouper les jeunes prêtres ; il instituait deux retraites pastorales annuelles, au lieu dune ; il restaurait les synodes, à peu près tombés en désuétude ; il exigeait la vie commune entre les curés et les vicaires ; enfin, par d'ingénieuses inventions, il stimulait le zèle sacerdotal. Par où il atteignait le double résultat de faire pro-

(1) E. Kennn, Soupenin ienfanc* ^ de jeunesse, p. 177.

gresser la sanctification du clergé et d'activer l'évangélisation des fidèles.

Mais il ne se contentait pas d'atteindre ceax-ci à travers celui-là. Instruit du degré de pratique de ses diocésains par le Status unimaramy inven* taire spirituel dont il prescrivait la tenue exacte dans chaque paroisse, il se dépensait personnellement, et sans compter, à la conquête des âmes. Les Orléanais se montraient avides de l'entendre. Il leur prodigua son éloquente parole, en sermons ou en homélies, pendant les carêmes, pendant les octaves, remplissant son immense cathédrale, où il eut la joie d'instituer avec un succès inattendu la retraite pascale des hommes. Sa cité épiscopale ne faisait, d'ailleurs, dans ses soins, aucun tort aux autres villes, ni aux villages de sa juridiction. Nul évêque ne voyagea plus que lui à travers son diocèse. De 1854 à 1857, il en visita les quatre cents paroisses, et, observe le plus informé de ses biographes, il ne se simplifiait pas la tâche. Au lieu de s'assigner pour un an un archidiaconé et de s'y tenir, il allait d'une extrémité à l'autre de son domaine apostolique, le sillonnant en tous sens (1). Ces visites colncidnirnt avec les confirmations. Or, il avait

(l) Mgr Lagnuiga, ouy. cil., t. H, p. 66.

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établi que toute conGrmation serait précédée d'une mission paroissiale, qualiûée retraite, par crainte, sans doute, de rappeler celles de la Restauration. Mais, pour ces retraites ou missions, il fallait des prédicateurs. Il en suscita. A sa voix, des missionnaires bénévoles se levèrent de tous côtés. Il en fit un escadron volant. Cette image vient naturellement sous la plume de qui a lu les instructions qu'il adressait à son clergé dans le style d'un général d'armée, parlant de la « stratégie » des missions, dont il faisait des c campagnes spirituelles ». Pour prendre sur le fait un sens pratique que nous aurons d'autres occasions de signaler, notons qu'une caisse par lui fondée garantissait des ressources à cette œuvre destinée à lui survivre.

Travaillant pour l'avenir, et catéchiste tel que nous le connaissons, allait-il négliger les catéchismes ? Il les trouva médiocrement faits, en de ternes et routinières leçons ; mais il comprit que la réforme ne pouvait s'en décréter d'emblée. Il se mit d abord en devoir de former une élite d'enseignants, et la chapelle de son officialité devint une école normale de catéchistes. Quelques maîtres formés sous sa direction changèrent vite la manière et le ton de l'enseignement, et il vit enfants et adolescents afQuer à Sainte-Croix,

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comme jadis à l'Assomption. Il fit ensuite que de sa cathédrale ce renouveau se propageât rapidement.

Il lui tint de même à cœur d'introduire dans son petit séminaire la méthode par laquelle il avait régénéré Saint-Nicolas du Chardonnet. Aussi transporta -t-il le règlement de cette maison à la Chapclle-Saint-Mesmin, où il releva rapidement les études et la discipline, sans parler de la piété, que sa chaude influence raviva. Comme à Saint-Nicolas, il y institua une « Académie », et les Orléanais ne sont pas seuls à se rappeler l'éclat des fêtes littéraires qui s'y donnaient. Philoctète, joué en la langue de Sophocle, dans un décor d'archéologie exacte, par des acteurs qui portaient sans gaucherie le pallium et le péplum, eut, un jour, pour spectateurs, à la Chapelle, Villemain, Patin, Saint-Marc Girardin... Une autre fois, Œdipe à Colone fut représenté devant un Athénien, le président même de l'Aréopage, qui attesta la vérité de la mise en scène et « se crut à Colone » (1).

(l)J.-J. Wciss HNsIsInil il A rrttr rrpro^rnlntion T Parmi les lettres qu'un iiilcli- (•arili< n dr Ml iiK-iuoirr, le prince Slirbcy, ■ extraites de son i)or1ofcuillc et impriinrc!! r^crmmrni, on peut lire 1 invitation aimable que lui avait adressée Mgr Dupanloup.

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L'organisateur de pareilles solennités se désignait comme l'adversaire du mouvement qui eut pour initiateur l'abbé Gaume. Anticlassique ? l'abbé Gaume eût répudié ce nom. Il entendait n'être qu'antipaïen. Homère, Sophocle, Virgile, Horace..., étaient, depuis des siècles, enseignés à la jeunesse par des maîtres ecclésiastiques approuvés en cela, d'approbation tacite, sinon formelle , par les plus hautes autorités de l'Eglise. Longue aberration. Il fallait éliminer des programmes ces païens et mettre à leur place des classiques chrétiens. Voilà, dans son audacieuse franchise première, la thèse de M. Gaume. Elle fut reprise ensuite, et amendée, sans cesser d être excessive. UUnivers y adhéra avec vivacité.

Le fervent de lettres anciennes qui dès longtemps s'était afGrmé en Mgr Dupanloup n'attendait sans doute qu'une occasion pour en dire son sentiment. La ût-il naître ? Provoqua-t-il la question que lui adressèrent à ce sujet les professeurs de la Chapelle et de Sainte-Croix (1)? Sa consultation fut, en tous cas, une éloquente et juste apologie de la culture classique. Sans nul accent

(1) L« petit séminaire de Sainte-Croix, créé par loi, est une succursale de la ChapeUe-Saint-Mesmin.

de polémique, il affirmait le droit pour des éducateurs chrétiens de conserver aux philosophes, poètes, historiens de l'antiquité grecque ou latine, leur place traditionnelle dans l'enseignement. Tout n'est pas païen chez les païens. Ce qui est beauté pure mérite-t-il ce nom ? Pourquoi donc ne pas nous l'assimiler, le faire nôtre? Que des précautions soient nécessaires, qu'une sélection s'impose, qu'il faille expurger, et, en outre, expliquer, que, d'ailleurs, l'aliment ainsi préparé et assaini doive être servi chrétiennement, c'est sur quoi insistait la lettre de l'évêquc d'Orléans. Ajoutons qu'il avait inscrit au programme de ses petits séminaires des fragments choisis des Ecritures et des Pères.

Or, de cette lettre, nullement provocatrice, Louis Veuillotprit texte pour une série d'attaques contre son auteur. Sainte-Beuve a dit de I^ssuct qu'il c s'entendait à se tenir droit dans la lutte » et c avait peu d'effort à faire pour garder le port de tête et la majesté de l'évcque i». Cette tenue était naturelle aussi à Mgr Dupanloup. Il répondit de haut. Oubliant ses griefs personnels, il dénonça, dans les articles de Y Univers, une atteinte à la dignité et à la prérogative épiscopales. Des laïques journalistes s érigeraient-ils désormais en juges des points de doctrine et de conduite qui ressor-

tissaient à la juridiction des chefs de l'Eglise? Leur serait-il permis de « venir se mettre entre un évêque et ses prêtres pour enseigner les prêtres après et contre leur évêque ? » Cette question de l'intrusion de la presse dans les hantes affaires ecclésiastiques lui semblait primer Tautre, celle des classiques païens, qu'il ne négligeait pas cependant. Avec un ferme bon sens, il appuyait sur l'inopportunité d'une pareille querelle, au lendemain de la victoire si difficile à laquelle l'enseignement catholique devait la liberté et alors que le terrain conquis était encore menacé. Puis il revenait sur les empiétements du laîcisme, attentatoires à l'ordre hiérarchique, et terminait par l'interdiction « à tous les supérieurs, directeurs et professeurs » de ses séminaires, de s'abonner à l'Univers et de continuer les abonnements en cours.

A ce mandement, — car c'en était un, — des adhésions vinrent nombreuses et importantes. Mais ce ne fut pas tout. Les archevêques de Paris et de Besançon rédigèrent avec Mgr Dupanloup une déclaration affirmant les propositions essentielles de son mandement, et quarantesix signatures épiscopales s'apposèrent bientôt à ce manifeste, qu'appuyèrent, sous des formes différentes, d'autres approbations d'évéques. De

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quoi un vicaire général d'Orléans porta notification à Louis Veuillot, et l'incident fut clos (1).

Ainsi la polémique venait le chercher, et, en pleine action pastorale, il lui fallait se rappeler sa vocation de combattant. Autre chose, pourtant, qu'une âpre controverse fît, en 1854, diversion à son labeur. Ses luttes de l'année précédente n'avaient pas nui à sod renom. Dès longtemps, au reste, sa valeur d'orateur et d'écrivain l'avait désigné à l'attention du monde littéraire. Un jour, donc, l'Académie française, s'avisant qu'il lui manquait un évcque, songea tout naturellement à celui d'Orléans. Des ouvertures lui furent faites par le duc de Noailles. Le fauteuil vacant était celui de M. Ancelot. Mais la succession offerte à Mgr Dupanloup n'était pas, en réalité, celle de cet insignifîant auteur dramatique. C'était celle de Mgr de Quélen, celle de l'archevêque qui jadis avait accueilli le petit Savoisien, « distingué son enfance, encouragé sa vocation, dirigé son sacerdoce », et à la mémoire de qui, investi lui-même de la charge

(1; Louis Vpiiillot nvnit, notons-le, protesté de C »on obéissance et de »on respect pour IVpiscopat », cl promis do s'amender.

pastorale, il avait dédié son épiscopat. On devait le lui rappeler avec un à -propos éloquent, le jour que, solennellement, il prendrait place.

Elu le 8 mai 1854, non à la place de M. Ancelot, mais à celle de M. Tissot, il fut reçu le 9 novembre suivant, et loué, en un discours de grand ton et de grande manière, par M. de Salvandy, qu'il avait autrefois combattu, lors de la campagne pour l'école libre, mais en qui il avait su estimer un galant homme.

Revenons à ses travaux d'évêque, dont aussi bien il ne se laissa jamais tout à fait distraire.

Parti pour Rome au lendemain de la fête académique, hâtée en vue de son voyage, il en avait rapporté un induit l'autorisant à conférer les deux premiers grades théologiques. C'était la permission de réaliser un rêve ancien déjà. Avec lardeur qu'il mettait à toutes choses, il élabora, sans tarder, une Instruction et des Règlements relatifs aux études ecclésiastiques^ fit aménager au grand séminaire une salle où la soutenance des thèses pût avoir lieu avec apparat, institua des concours, décerna des récompenses... Un renouveau de zèle laborieux s'ensuivit parmi son clergé. Nombreux furent les jeunes prêtres qui

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prirent leurs grades, et l'évéque d'Orléans pat se féliciter d'avoir suscité autour de lui un véritable mouvement d'études.

Mais l'avancement proprement religieux dans son diocèse primait à ses yeux le progrès de la haute culture théologique. N'entreprenons pas d'énumérer les actes qui manifestèrent ce souci constant : dévotions instaurées, ou relevées, on encouragées par l'éclat ravivé de leur forme extérieure, impulsion aux bonnes œuvres, invitation à divers Ordres de fonder en Orléanais des écoles ou des établissements charitables, création de la communauté des Sœurs de Saint- Aignan...

Et le spirituel ne le détournait pas du nintériei ; — j'entends du matériel intéressant le spirituel. C'est ainsi qu'il réparait sa cathédrale délabrée, en remplaçait le clocher ruineux par une flèche d'un jet élégant, qu'il sauvait d'une destruction prochaine Saint-Euverte, intéressante église du douzième siècle, attirait l'attention du gouvemenement sur la basilique de Saint-Benoft, chefd'œuvre de l'art roman.... La petite merveille d'architecture carolingienne qu'on admire à Gerraigny lui dut aussi de ne pas périr (1). Enfin il

(1) Notu^voDS parlé de md iacompétoac* «o art. 11 »<i\Hii parfois éooutar de bons oooMtls.

éveilla, parmi ses curés, une belle émulation pour la réfection des monuments sacrés. Ainsi sa sollicitude pour les âmes ne l'empêchait pas de penser aux édifices. Bien au contraire, dans le bâtisseur et le rebâtisseur, le pasteur se retrouvait.

Comme si tant de travaux, et si variés, ne pouvaient suffire à son activité, il patronnait la réorganisation du Correspondant par MM. de Falloux, Foisset, Cochin, de Broglie. A temps perdu, il poursuivait son grand ouvrage surV Education, et continuait, la plume à la main, le ministère très aimé de la direction, en écrivant la vie de M"* Acarie. Ce lui fut l'occasion de rencontrer, chez les Carmélites de la rue Saint-Jacques, l'un de ses adversaires de 1850, Cousin, qui venait, lui, se documenter sur l'héroïne moins austère dont sa vieillesse de philosophe s'était éprise, la duchesse de Longueville.

Vivant ainsi, Mgr Dupanloup avait, certes, le droit de dire : « Il me faut l'action. » Pourtant un besoin de repos le prenait parfois. Son repos, il est vrai, consistait souvent dans le déplacement de son labeur. A la Chapelle, maison d'été de son évêché, il a écrit bien des pages de VEducationy et combien de visiteurs, accourus, non pas seu-

letnent d'Orléans et de Paris, mais du fond de la Pologne ou de la Russie (1), ou bien des Etats- Unis, du Canada... l'assiégeaient dans cette retraite où il cherchait la solitude... Et puis, ayant son petit séminaire là, à côté, il ne résistait guère à la tentation d'aller à l'improviste visiter les classes, ou, le soir, à l'heure de la lecture spirituelle, donner aux maîtres et aux élèves le régal d'une de ces causeries abandonnées dont, jeune supérieur, il avait charmé Saint-Nicolas du Chardonnet.

Ses fugues à la Chapelle lui étaient cependant un relâche. Il s'y rendait à pied, par le chemin de halage de la Loire, son chapeau sous le bras, quelque temps qu'il fit, se détendant à la marche, se rafraîchissant le cerveau à la brise du fleuve. Il y récitait son office au grand air, sous les tilleuls qui bordent le haut du parc ou dans cette longue allée qu'ombrage une charmille et qu'on appelle encore < l'allée de Monseigneur ».

Il allait, tête nue toujours, d'un pas rapide,

(1 1 C'est lA que vint le tronT«r le gAnéral baron de Nicolal, gouverneur de Tiflis. CooTertt par U ChriatianitoM priunté aux hommea du ntonde, il avait voula remardar l'auteur de ce livre et lui ronCer la pensée, qu'il réalisa* de le retirer & la Grande Chartreuse (V. M§r Aqpaalotq), par le comte Milnire de Lacombe, dans le Comeponrfanf du 10 octobre 1880.)

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avec de brusques arrêts, quand la méditation coupait la lecture. On se gardait d'interrompre cette heure d'office. Les surs'enants, si qualifiés fussent-ils, s'imposaient la consigne de l'attente silencieuse. A la nuit. Tété, quand ses voisins les

-oliers dormaient, il s'oubliait à écouter le chant d'un batelier ou le clapotis d'une barque à l'amarre (1).

Mais c'était à la montagne que ce fils de la montagne trouvait la meilleure réfection de ses forces : en Savoie et en Dauphiné, à Menthon et à Lacombe, qu'il ne voulait pas comparer, mais € admirer tous deux ». Ici et là, l'invitaient de chères amitiés. Pouvait-il, cependant, ne point

ntir un faible pour Menthon, où il retrouvait sa Savoie, Annecy ?.. Le matin de son entrée à Orléans, relisant, au son des cloches, ce verset : Ilccefacta sunt omnia nooa^ Alléluia... il se disait : « L' Alléluia est le seul mot qui saisisse mon âme comme les choses d'Annecy. » Nous savons le détail de ses journées au château où il recevait une hospitalité affectueuse et magnifique. Orai-

>n et travail y remplissaient les matinées tout

(1, Nous empruntons quelques-uns de ces détails aux belles pages du comte Hilaire de Lacombe sur ces journées de La Chapelle : Mgr Dupanloup. {Correspondant du 10 octobre 1880.)

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entières. L'après-midi, il donnait du temps à la conversation, que la distinction d'esprit de ses hôtes et leur fine culture lui rendaient agréable ; il dictait des lettres urgentes, puis partait sur un âne, et, au balancement de cette monture, disait ses heures. Il arrivait que la victorieuse beauté alpestre le tirait de sa lecture. Il jouissait de cette splendeur. Mais, plus encore qu'à ces mers'eilles pittoresques, il se plaisait aux pensées qu'elles éveillaient en lui. Quelles pensées ? le marquis Costa de Beauregard, un jour qu'il l'accompagnait, en reçut inopinément la confidence. L'âne qui portait Monseigneur s'étant arrêté au bout d'un chemin coupé court par un torrent, il fallut « mettre le signet au bréviaire». Le paysage s'étendait immense et superbe. Le vieil évêque — c'était l'année qui précéda sa mort — regarda, admira. Puis une émotion d'autre sorte vint à le gagner. Le spectacle de l'horizon natal remuait dans son cœur des souvenirs qui jaillissaient avec des larmes. Il revoyait ses toutes premières années et l'humble condition que sa naissance lui avait faite, puis celle où, par la grâce de Dieu, il était monté. Et, devant ce gentilhomme qui raccompagnait, devant deux paysannes étonnées, il prononça ce mot qu'on devait lire dans son testament : Et de stercore erexit pauperem.

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Mais la généralité de ces impressions, quelque profondes qu'elles fussent, ne lui suiUsait pas. Il voulait éprouver la vertu évocatrice de chacun des lieux témoins de sa petite enfance et de son originelle bassesse. Il allait au village où il était né, revoir la maison d'où on l'avait porté à l'église ; il allait à Saint-François, paroisse de son vieux grand-oncle qui lui donnait des pièces (Je huit sols ; il allait aussi à la Puya et au petit jardin qu'avait loué sa mère, tout voisin d'une fontaine. Enfin il revoyait la cabane de « la Françon ». De ces environs d'Annecy, de ce petit coin tout proche du lac, il rapportait des fleurs dans son bréviaire. Et ne cultivait-il pas, dans son jardin épiscopal, des primevères de Savoie...

Au château de Lacombe, où il avait des amis de même qualité, à Lacombe, où il devait mourir, l'emploi de son temps ne différait guère, et c'était encore la montagne. Il y faisait des ascensions « à pied, à âne, priant, admirant > (1). Tous les sentiers lui étaient familiers comme à un guide. Il connaissait les gens aussi, entrait familièrement dans les maisons des hameaux, semait de bonnes paroles, au hasard des rencontres. Autrement que ceux de Savoie, — ne comparons pas,

(1^ Journal intime, partie dtée par Mgr Lagrange, mais non publiée par M. Brancbereau.

puisqu'il se l'interdisait, — les aspects de ce paj's lui étaient chers, et combien reposante la promenade dans telle allée du parc, « palais de fraîcheur et de verdure... » Il y admirait, certain jour d'octobre, la poésie de l'automne, la tombée des feuilles au souffle du vent, et, sur le soir, le jeu a inexprimable » de deux lumières : « la lune à cinq heures et demie, tandis que le soleil couchant illuminait encore les grands arbres. >

Lacombe, d'ailleurs, de même que Mcnthon, était un foyer de vie intellectuelle. — On en aurait, au besoin, une preuve dans le beau récit publié par la fille du châtelain, M'" Netty du Boys (1). — Pas plus qu'à Menthon, Sauzet ne manquait d'y accourir, dés qu'il apprenait l'arrivée du prélat. Rio y lut, encore inédit, un livre de son Art chrétien.

L'évêquc d'Orléans était à Lacombe en juin 1859. Il y apprit la victoire de Solférino. Son patriotisme se réjouit, mais il fut de ceux que les stipulations du traité de paix alarmèrent bientôt pour le Saint-Siège. Marquons cette date. Une période nouvelle est à la veille de s'ouvrir pour lui. La lutte va le reprendre ; non plus la lutte

(1) L«» dêrnùn Joun 4a Mgr Vètiqtm tOrUaju^ par W^ Natty du Bojs.

contre un journal. La papauté est menacée de spoliation. II se fera son défenseur contre le gouvernement, les gouvernements, auteurs ou complices de ce forfait. De huit années, il ne désarmera (1). Son premier « fait de guerre » est, presque au lendemain de Villafranca , sa vaillante Protestation contre l'attentat qui se prépare. Depuis lors jusqu'à Mentana, il oe dégrafera guère sa cuirasse. — Ce prélat, trop belliqueux aux yeux de certains, ne fut-il point, par métaphore, accusé d'en porter une ?

Nous ne pouvons, ici encore, que nous borner à des mentions rapides. A la Protestation, Montalerabert vint c à la rescousse », comme le Siècle l'y avait ironiquement invité. Puis parut la Lettre à un catholique sur la brochure le Pape et le Congrès (2). Le prince Napoléon fut désigné par tout le monde comme l'auteur de cette brochure anonyme. A sa lecture, l'ardent prélat s'était écrié: « C'est l'enfer ! c'est l'enfer» ; et, de suite, il avait pris la plume pour « tuer cela sur place ».

(1) Dès 1849, il s'était consacré A la défense du pouvoir temporel. S'il avait poussé le comte de Falloux si impérieusement au ministère, c'était parce qu'il attendait de lui rintenrention française à. Rome, non moins que la liberté de l'enseignement.

(2) La convocation était annoncée d'un congrès à Vienne pour régler les afloires d'Italie.

Il ne se contentait pas de combattre lui-même ; il cherchait et trouvait des adversaires à la politique autiromaine. Il décidait Villemain à lancer son vigoureux écrit : la France, FEmpire et la Papauté. Cousin l'autorisait à publier une conversation tenue dans l'escalier de l'Institut, et où se déclarait le sentiment du philosophe sur les entreprises dirigées contre le Saint-Siège. E\\e fut, en effet, bientôt imprimée et insérée dans la Souveraineté pontificale. Le procès fameux avec le Siècle et les héritiers Rousseau ne fut qu'un incident de cette lutte. Cousin, dans l'admiration, répétait : « Mgr d'Orléans, c'est un athlète, un véritable athlète... »

Un mot de la réponse au libelle le Pape et le Congrès avait fait s'écrier Pimodan : c Si l'on fait quelque chose, j'en suis. » Mgr Dupanloup n'a pas, en frappant du pied le sol, créé l'armée pontificale, mais il en a le premier prononcé le nom, et je ne sais s'il se vit devancer pour instituer, en dépit des circulaires ministérielles, le Denier de Saint-Pierre.

Une accalmie se produit. Pic i\ prend occasion de la canonisation des martyrs japonais pour inviter à Rome lesévéques du monde entier. Ils viennent en grand nombre. Manifestation qui veut affirmer la souveraineté temporelle du {uipe du

même coup que sa primauté spirituelle. Mgr Dupanloup arrive des premiers, reçoit des adresses, des ovations, et, toujours en armes, même pendant la suspension d'armes, harangue les zouaves de Marino.

Comment son attitude en Italie fut-elle dénaturée par certaines feuilles ? Comment surtout le gouvernement crut-il à propos de le féliciter et de le remercier (1), de telle sorte que les choses dussent être par lui remises au point ? Il le fit par ses Souvenirs de Rome, adressés à son clergé, avec une lettre, bientôt suivie d'un Post-scriptum. Garibaldi et ses bandes venaient, en efifet, de reparaître sur la frontière des Etats de TEglise, et il fallait jeter le cri de la vigie.

Sur cette liste — non encore close — de ses interventions, osons dire armées, dans la question romaine, nous avons omis son oraison funèbre des soldats pontificaux tués à Castelfidardo. Elle peut compter cependant pour un acte de militant. Car, en pleurant les morts, il exhortait les vivants, et ses lamentations sonnaient comme un coup de clairon.

Faut-il parler des escarmouches à côté où, pendant cette campagne, il dépensait son trop-

(1) Le ministre des cultes, M. Rouland, lui «Tait écrit au nom de l'empereur.

M*' DvPAXuHJT 2**

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plein (lardeur : polémique avec Edgar Quinct au sujet de la Pologne ; opposition à la candidature académique de Littré (1), et, à ce propos, Avertissement à la jeunesse et aux pères de famille sur les périls de l'athéisme ; lutte contre Taiuc, qui présentait aux Quarante, pour le prix Bodin, son Histoire de la littérature anglaise (2) ; lettre sur les élections (1863), déclarée d'abus.. Entre temps, il composait un volume sur la Charité chrétienne et ses oeuvres, écrivait une Lettre sur l'esclavage (3), continuait son traité de l'Education, adressait aux « hommes du monde > des Lettres sur les études qui leur conviennent^ créait à Orléans un centre de vie intellectuelle qu'il appelait V « Académie de Sainte-Croix », fondait les Annales orléanaisesy faisait des « conférences aux mères chrétiennes »... Enfin il allait triompher à Malines...

Nous anticipons.

Le second congrès de Malines, où il fît applau-

0) Qu'il estimait personnallament. Il lui dècUni, «n un* noble lettre, m tristMM d'être obligé d« k combattre.

(2) Mgr Dupanloap empèdia Tatlribution du prix à Taine. Il convainquit l'Académta par des cttatioDS fametues, eelle, notamoiant, de la pbraM sorle vitriol et U mère. TaiiM an • dooné, depuis, dans wm lettre au direetaor dM Dihat» (19 décembre 1873), une aipHcaition qui n'ettt p««h élre pas déeanné Mgr Dupanloup.

(S) A l'occasion de la guerre de eécatefaMi.

dir l'éloquence française et l'épiscopat français, se tint en août 1864. Deux ans auparavant, il avait profité de l'avènement au pouvoir d'un homme dont il savait les bonnes dispositions, M. Drouyn de Lhays, pour faire parvenir au gouvernement une note l'incitant à de salutaires réflexions. Napoléon III y était averti de la désaffection croissante du clergé et des catholiques pour le régime impérial, à cause de la défaveur qu'ils subissaient en punition de leur fidélité au Pape. Nous voilà ramenés à la question romaine.

Deux faits importants avaient marqué Tannée 1864 : la Convention du 15 septembre et l'Encyclique du 8 décembre. La Convention, conclue entre la France et le Piémont, sous prétexte d'établir an modas vivendiy avait comme on l'a observé, disposé du Pape sans le Pape. Nous ne saurions nous étendre sur l'Encyclique ni sur l'Index (catalogue de propositions censurées) adressé en même temps aux évêques de la catholicité. Appelons-le de son nom : le Sgllabus. On sait quel accueil de clameurs il reçut et quelles gloses en furent faites.

Tandis que les organes de la libre pensée se plaisaient à y dénoncer un trait de folie, le défi jeté au monde moderne par le chef d'une religion

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finissante, drs catholiques semblaient prendre à tâche de leur donner raison par des commentaires outranciers : « La civilisation moderne, écrivaient-ils, c'est la fin de la civilisation chrétienne.... Il y aurait duperie à distinguer tiitic le bon et le mauvais libéralisme... En aiirdn sens, un catholique ne peut être ni se dire iil)éral... » Ils ajoutaient que les chartes constitnfionnelles c ne sont que la profession publiqiu du mensonge » et que < chercher des garanties contre le pouvoir est en politique ce qu'est en géométrie la quadrature du cercle >.

L'évêque d'Orléans, avec une audace habile qui étonna ses adversaires des deux camps, ne se contenta pas de la défensive. Du môme coup, il maintint les positions vraies de l'orthodoxie par une explication nette et autorisée du Syllabas et battit rennemi sur son terrain en montrant c les équivoques, les lacunes, les fissures de la convention, par lesquelles les armées mêmes du Piémont pourraient passer > (1).

Les catholiques purent le féliciter d'avoir mis en pièces l'acte diplomatique du 15 septembre. < hinnt à l'Encyclique, on lui reprocha, de côté et d'autre, de l'avoir accommodée au temps» de

(1) Mgr La«nin««. t. II. p. 459.

l'avoir «transfigurée». Il n'avait fait qu'y appliquer la classique distinction de la thèse et de l'hypothèse et s'approprier cette formule décisive de la Cipiltà cattolicà : c LiCs libertés modernes, considérées comme des institutions appropriées aux conditions et aux nécessités de tels ou tels peuples, les catholiques peuvent les aimer et les défendre ». Sa doctrine fut, d'ailleurs, hautement garantie. Avec le nonce apostolique de Paris, MgrChigi, qui loua son < magnifique travail », six cent trente évêques adhérèrent à son interprétation dans les termes d'une louange enthousiaste, et, parmi ces prélats, le futur Léon XIII, Mgr Pecci, archevêque de Pérouse, lai écrivait : « Cet ouvrage, qui a rencontré les applaudissements des catholiques et qui a fait tant de bruit en Europe, est bien digne de votre doctrine, Monseigneur. » Enfin, Pie IX lui-même lui adressa un Bref d'approbation sans réserve (1). En promulguant le Sgllabas, la Papauté venait, disait-on, de prononcer sa propre condamnation. C'était la servir, même au point de vue de ses droits temporels, que de réfuter ceux qui interprétaient dans un sens de déraison la plus récente affirmation de son autorité spirituelle. Mais

^1 . Daté du 4 février 1865.

66 Mon DUPANLOUP

Mgr Dupanloup allait avoir à défendre de nouveau, plus directement, sa souveraineté territoriale.

Le 17 octobre 1865, il prononçait dans la cathédrale de Nantes, devant une foule où se remarquaient le comte de Falloux et Berryer, l'oraison funèbre de Lamoricière. Quelques mois après, les visées de l'Italie sur Rome se déclaraient par des emprunts, des enrôlements, des mouvements de troupes, et une recrudescence était signalée de l'agitation garibaldicnne. Mgr Dupanloup écrivit au ministre italien Ratazzi une lettre où son devoir était dicté de haut au gouvernement du roi Victor- Emmanuel ; leçon qui atteignait par ricochet celui de Napoléon III. Puis, les événements, après un semblant d'arrêt, ayant renouvelé leur n enace. un Post-scriptam à cette lettre suivit. Mentana vint clore cette phase de la question romaine.

Entre temps, l'infatigable évêque avait soutenu, à côté encore et comme dans les entr'actes du drame italien, quelques controverses : Tune à propos d'un écrit pastoral sur les Malheurs et les signes du temps, l'autre au sujet de Voltaire. Il avait été au troisième congrès de Malines recueillir de nouvelles ovations. Il avait achevé son livre De rEducatioiif publié des Conseils aux

L'ÉPI SCOPAT 67

femmes chrétiennes sur le travail intellecluel qui leur convient et les pages qui lui valurent d'Allemagne, d'Angleterre, d'Amérique, tant et de si vifs remerciements : Femmes savantes et femmes studieuses. Sur la question de l'éducation intellectuelle des femmes, il rencontrait un redoutable adversaire en Victor Duruy, qui, préludant aux entreprises de Jules Ferry, voulait déchristianiser cette éducation, sans l'avouer, à vrai dire. Mais le clairvoyant évèque ne s'y trompa point, et, grâce à lui, la tentative échoua.

Est-ce alors qu'il agissait si vigoureusement au dehors qu'on lui reprocha d'être évèque d'Orléans « aussi peu que possible »? Pour toute réponse, nous renvoj^ons à la table du tome troisième de Mgr Lagrange. On y trouvera, an chapitre ii, un état éloquent des travaux de Mgr Dupanloup, durant cette période, « pour son diocèse )>.

Nous touchons aux préliminaires du G)ncile.

Au printemps de 1865, le Saint-Père avait confidentiellement invité trente-six évèques à donner leur avis sur le dessein de convoquer l'épiscopat à ces solennelles assises. Mgr Dupanloup, l'un de ces trente-six prélats, avait seulement exposé le

68 Mon DUPANLOUP

pour et le contre, sans conclure. Deux ans plus tard, dans un entretien avec Pie IX, il se déclarait nettement pour la convocation. Il l'eût même souhaitée plus prompte qu'elle ne fut, ainsi qu'en témoigne sa lettre du 16 mars 1868 an Souverain Pontife. Lorsque, le 29 juin suivant, parut la bulle d'indiction, il se réjouit. Il n'y était point parlé, notons-le, de l'infaillibilité, et nul acte pontifical n'y avait fait encore allusion, quand un manifeste du 7 février 1869, publié par la Cioillà callolicà et aussitôt reproduit par V Univers, fit savoir au monde que l'assemblée conciliaire définirait ce dogme. Une revue, si c catholique > fûtelle, fixer à la réunion œcuménique un objet que le Pape lui-même n'avait pas annoncé, le procédé pouvait paraître insolite et osé. Mgr Dupanloup exprima ce sentiment dans le Français des 18 et 19 mars, en deux articles non signés, mais où on le reconnut. Puis il adopta et soutint une attitude de silence (1) dont il ne se départit que lorsqu'il crut enfin de son devoir de parler.

Que le Corps législatif interpelle, que le Gouvernement français ou d'autres s'émeuvent et.

(1) Il «Taitt dbom'U, poblié «oparaTant on* ItÊtn paalo» raie «or la Oxieik* mais étrangèra à louta polémiqua, tout antièra, oonuaa la <ih Mgr Laywaga, «r à la paix cl à la eoD> 6anea », annonçant c l'aurora da lampi meilleur* »•

à mots plus on moins couverts, menacent, il s'inquiète, mais se tait. Que les catholiques se divisent et se querellent, il en souffre, mais se tait. Que des mandements paraissent où un avis s'afGrme qui n'est pas le sien, qu'un livre (1) paraisse qu'il estime c une imprudence aveugle », il se tait encore. Il travaille à son ouvrage sur les catéchismes ; il venge la patronne de sa ville épiscopale, Jeanne d'Arc, de l'injure qui lui est faite par la glorification de Voltaire ; il va se recueillir à Einsiedeln, son lieu de retraite favori. Ce n'est pas que le grand événement prochain ne l'occupe. Il rédige pour le Concile ses postalata ; il consulte, il s'enquiert. En se rendant à Einsiedeln, il a incliné vers le Nord pour s'entretenir à Cologne avec l'archevêque ; il s'est arrêté aussi à Coblentz ; il a rencontré à Hernsheim le savant et illustre Dœllinger. Quelques mois auparavant, il a vu à Malines Mgr Dechamps, récemment promu archevêque de cette ville, et Mgr Ketteler, évêque de Mayence. Il s'est informé avec anxiété de l'état des esprits en Allemagne ; il s'est effrayé de l'impression produite chez les protestants, — dont il ne parle jamais qu'avec estime, — par la

(I Noti« pensons au lÏTre d« Mgr Maret, U Concile général et la paix religieuse.

(léfînition annoncée. Mais, publiquement n>, toujours il se tait.

Il fallut, pour le tirer de cette expectative muette, une manifestation qui le choqua comme une inconvenance. Par un de ces « mouvements de presse » qui ne sont nulle part plus déplacés qu'en matière religieuse, un pétitionnement s'organisait pour demander au Concile l'inscription à son programme de la question de l'infaillibilité. Ainsi une manière de référendum intervenait en un ordre d'idées où l'incompétence du suffrage universel éclate plus qu'ailleurs ; — sans compter que les adhésions s'accompagnaient parfois de professions où la ferveur de la foi s'exprimait par de fâcheuses outrances doctrinales ou verbales. Alors Mgr Dupanloup se re> procha son silence.

Contre ces voix de plébiscite, confuses, non autorisées et violentes, — plus d'une l'était, — il pensa qu'il fallait faire prévaloir une parole d'évêque, nette et pacifiante. Sa lettre pastorale du 10 novembre célébra la beauté de l'unité, recommanda la charité pour moyen, la paix comme but. De controverse, il s'en était interdit

(1) Une réunion fut tenue à Fulda par 1m évAqa— d'AlIcmiigne. L'éréque d'()rl^«n> leur adi nuiia non destinée à la publicité.

LÉPISCOPAT 71

le moindre mot dans cette épître d'adieu à ses prêtres où il évoquait l'imposant et touchant souvenir de saint Paul quittant les anciens de l'Eglise d'Ephése. Il eût pu s'en tenir là. Des amis, le comte de Falloux entre autres, le lui conseillaient. Il écouta ceux qui le pressaient de conjurer par un acte de vigueur décisive le péril des manifestations anticonciliaires. Il développa une note confidentielle adressée aux évèques d'Allemagne, et ce furent ses fameuses Observalions (1). Cette fois, il se prononçait. Il se déclarait contre l'opportunité de la définition du dogme et donnait ses raisons. Eût-il mieux fait de persister dans sa réserve ? Il est permis de le penser. Pour arrêter des débats de presse, irrévérente préface aux délibérations conciliaires, était-ce un bon moyen que de publier soi-même son avis ? On a prétendu que sa qualité de juge le lui interdisait. Nous nous refusons à suivre jusque-là des censeurs qui oublient, sans doute, qu'à l'heure où il intervint, la question n'était point encore ofiiciellement posée. Ce n'était pas, en effet, la Civillà catlolicà qui avait pu valablement l'inscrire au programme de l'assemblée œcuménique. Nous

[ï) Le titre complet est : Obierwxiions sur la eontrttoene $oatevée nlativeaunt à la définition de r infaillibilité au futur

avons vu, au reste, combien tardivement il se laissa entraîner. De tous ceux qui, juges comme lui, parlèrent, il parla, lui, le dernier. S'ils ne furent point blâmés , pourquoi l'accusa-t-on ? Il céda à la tentation de répondre ; en quoi peutêtre il eut tort. II sembla, par son Aoertissement à M. Veuillot^ abaisser le débat à une querelle personnelle.

Pour en finir sur ces préliminaires, disons que l'évêque d'Orléans acceptait d'avance respectueusement les décisions du concile : f D'avance j'adhère, je suis soumis, et je suis heureux d'adhérer, joyeux de me soumettre (1). »

C'est ce qu'oublièrent, sans doute, ceux qui créèrent autour de lui l'atmosphère de défiance dont il se vit enveloppé dès son arrivée à Rome. N'allait-on pas jusqu'à insinuer que ses Observittions étaient le prix d'un marché ? Il en avait payé le siège archiépiscopal de Lyon... Ici la haine s'aveuglait et la calomnie se faisait maladroite. Nulle imputation contre Mgr Dupanloup ne pouvait trouver moins de créance que celle d'ambition. A quarante-trois ans, on s'en souvient, il avait refusé du roi de Sardaigne la mitre et le portefeuille de l'instruction publique. A vingt-sept,

(1; Lattr* pMtonla du 10 oovembrt 1868.

il avait décliné l'offre du secrétariat général des affaires ecclésiastiques. Plus jeune encore, il avait découragé les avances non moins flatteuses qu'affectueuses de Mgr Borderies, du cardinal de Rohan, qui voulaient se l'attacher. Il n'avait consenti à devenir aumônier de M™* la Dauphine qu'à la condition de demeurer catéchiste. « Il aurait voulu, disait Mgr de Quélen, rester toujours catéchiste...» Avec de tels antécédents, il pouvait dédaigner le soupçon d'avoir « vendu le Pape » pour un archevêché ! Il interdit à ses amis de l'en défendre (1).

Une fois ouvertes les délibérations du concile, il formula et soutint son sentiment ; ce qui était son droit, et plus. Il put dire qu'il avait sacrifié à « un grand devoir » sa popularité (2). Son désaccord avec la majorité ne portait, du reste, nullement sur le fond. Il estimait inopportune la définition proposée ; mais, pour tenir la promesse d'adhésion qu'il avait faite, il n'avait qu'à renouveler l'aflîrmation de la doctrine développée, vingt - sept années auparavant, dans sa thèse de doctorat en théologie. Donc, son oppo-

(1) Ajoutons que cet archevêché de Lyon, il le refusa sous le gouvernement de Thiers.

(2) Réponse & Mgr Dechoinps, qui avait critiqué sm (^nervations.

Ma' Dlpa.nlocp •

sition, qui eût pu légitimement toucher au dogme non encore défmi, ne visait que les circonstances où il allait l'être ; et, pour incriminer son attitude, il fallait nier l'autorité de précédents sans nombre, depuis qu'il y avait une Eglise catholique. Aussi bien ses adversaires lui ont-ils adressé des reproches d'un autre ordre.

Comment la diplomatie fut-elle provoquée à intervenir dans le débat engagé au Vatican ? Une indiscrète communication aux journaux du Schéma de Ecclesià, où s'indiquait un ensemble de propositions sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat, émut les chancelleries. Le gouvernement de Napoléon III désira faire présenter, sur ce point particulier, des observations par un ambassadeur extraordinaire, pour lequel il demanda l'accès du concile. Une dépêche en ce sens vint du quai d'Orsay. On l'a crue inspirée par Mgr Dupanloup. Il est bien vrai que l'illustre prélat pensait, en la circonstance, comme le comte Daru, signataire du télégramme. Spécialement sur la représentation des puissances à Tassem* blée œcuménique, l'évoque d'Orléans et le ministre des affaires étrangères de France avaient des vues conformes. Et ces vues s'autorisaient de la tradition constante qui admettait les princes A paraître en personne, ou par mandataires, et à

LÉPISCOPAT 75

prendre la parole dans les conciles. Tradition présente au souvenir des cardinaux qui, dans la Congrégation secrète du 9 mars 1805, avaient conclu à l'entrée des souverains catholiques selon l'usage suivi notamment à Trente. Donc, le sentiment du comte Daru rencontrait celui de MgrDupanloup ; mais il n'y avait eu entre eux, quoi qu'on en ait pu dire, nul concert. Ils n'échangèrent, durant tout le concile, aucune lettre : nous en avons l'affirmation nette du ministre.

Cette connivence prétendue avec le gouvernement impérial est, au surplus, le moindre chef d'accusation produit contre l'évêque opposant. N'alla-t-on pas jusqu'à insinuer qu'il avait suggéré au chef du cabinet français de menacer le Souverain Pontife, de lui donner à craindre le retrait de l'armée d'occupation ? Cette calomnie, qui avait trop vécu, a été tuée par la déclaration sans réplique de M. Emile OUivier dans le Correspondant du 10 décembre 1892 : « Aucun évêque de la minorité, et pas plus Mgr Dupanloup que tout autre, n'a réclamé l'évacuation du territoire pontifical. »

Le 17 juillet 1870, la veille de la session solennelle où le schéma de l'infaillibilité devait être lu pour le vote définitif, les prélats de la minorité se réunirent pour délibérer sur la conduite à tenir.

76 Mgr DUriVNLOUP

Ici, écoulons le récit de Mgr Dupont des Loges, mis en note par M. l'abbé Branchcrcau (1) dans les Memoranda si souvent cités par nous : t Notre avis fut de dire . Non placet. Mgr Dupanloup arriva en retard ; on lui fit connaître la résolution prise. Il nous dit qu'il ne pouvait se rendre à notre manière de voir ; que nous ne pouvions pas dire : Placet^ on ne nous croirait pas ; que nous ne pouvions pas dire : Non placet^ le monde catholique ne nous comprendrait pas, et peut-être se scandaliserait; qu'il fallait s'abstenir. Son avis prévalut. »

Le soir même, il quittait Rome en compagnie de l'archevêque de Cologne.

On sait maintenant si ce fut par un mouvement d'orgueil ou un indigne dépit.

Un jour, peu après son arrivée dans la Ville éternelle, il avait dit : « Ici... c'est l'œuvre de Dieu, et il la fait. » Rentré à Orléans, il célébra la « victoire de la foi et de Dieu » en cette décision finale qui, aux yeux du monde, avait fait de lui un vaincu. C'est en ces termes qu'il « adhéra » des premiers, peut-être le premier, dans une lettre pastorale dont la guerre fut Toccasion ; —

(1) D'après 1« témoignage d« M. l'abbé Bourdon, eh*notno do Rmums. V. Journal iit/tnw, pp 310-311.

In guerre où il allait montrer un autre aspect de lui-même, gagner à jamais la gratitude des

OrIi':in:iis et t»ramlir encore.

On savait que cet homme de parole éloquente se doublait d'un homme d'action énergique et généreuse. Il avait paru tel dans ses œuvres diocésaines, non moins que dans ses entreprises ou luttes extérieures. Mais on découvrit en lui une autre forme de dévoûment et de vaillance. A l'heure des grandes calamités publiques, l'évêque moderne égala les grands évéques des temps primitifs. Il fut, dans la vérité du terme, le defensor civitatis ; il se fit reconnaître pour le successeur de saint Aignan.

Dès les premiers jours de l'occupation bavaroise, il eut à défendre les biens des Orléanais sur qui pesaient d'énormes taxes en nature, outre une contribution de guerre d'un million. Par une démarche auprès du général von der Tann, avec le maire, il obtint un délai pour 400.000 fr. dont il demanda, par lettre au roi de Prusse, la remise définitive. Mais il ne sauva pas seulement l'argent de ses diocésains. Saint-Sigismond et les Aydes lui durent mieux qu'un allégement de rançon. Pour quelques coups de feu tirés, une nuit, sur un corps prussien, soixante et un habitants de

T\ Mon DUPANLOUP

CCS villages, arrêtés et détenus dans ane caserne de la ville, allaient être fusillés le lendemain. Averti, Mgr Dupanloup écrit en hâte au général bavarois, qui se laisse fléchir et va en personne mettre en liberté les malheureux, avec ces mots : a N'oubliez jamais que vous devez la vie à votre évêque. »

Autre inter^'ention promptement efficace. Le chef allemand se croyait en droit de considérer nos blessés comme prisonniers et de les envoyer en Allemagne, aussitôt convalescents. L'évéque, assisté du premier président, M. Duboys d'Angers, protesta au nom de la convention de Genève, et le général céda encore. Il lui était venu de haut lieu l'ordre de ne faire ù l'illustre prélat u aucune peine ». Il subissait, d'ailleurs, son prestige : « Comme vous le voulez, Monseigneur, lui répondit-il ; c'est vous qui commandez ici. >

Tel fut le rôle de Mgr Dupanloup pendant la première occupation. Il put moins pendant la seconde, les Prussiens — c'étaient eux, cette fois, qui garnissaient la ville — lui tenant rigueur de son cri de délivrance après Coulmiers, surtout d'une citation de Grégoire de Tours sur saint Aignnn et Attila. Il réussit pourtant, à force de volonté courageuse, & conserver sons son toit cinquante blessés français que les vainqueurs

LÉPISCOPAT 79

voulaient expulser aa proBt des leurs. II avait pour allié dans ses résistances vaillantes le préfet, M. Pereira, dont il nous plait d'associer la mémoire à la sienne. Ces deux hommes, que bien des choses séparaient, se rapprochèrent dans la communauté de leur deuil patriotique et de leurs efforts pour atténuer les pires conséquences de la défaite (1).

Un mot seulement d'une mission que Mgr Dupanloup aurait acceptée pour le bien du pays, mais qu'il n'eut point à assumer. Le roi Guillaume, avec qui il avait correspondu pour la défense de ses diocésains, eût souhaité de le voir se faire, entre lui et le gouvernement de la Défense nationale, le médiateur de la paix. Il ne s'y refusait pas, mais à cette condition, signifiée nettement par une admirable lettre à Sa Majesté prussienne, que la France resterait intacte {2:.

(1) M. Pereira mourut de chagrin et des durs procédés que lui infligèrent les occupants.

(2) Nous ne mentionnons que pour mémoire l'Impulatloa formulée par M. Clemenceau d'après le Journal du comte de Frankenberg, gentilhomme allemand qui ser>'it d'intermédiaire à l'évèque d'Orléans auprès du roi de Prusse, pour les intereessions que nous avons dites. D'après les notes fragmentaires de ce personnage, le prélat lui avait déclaré qu'il ne trouvait pas exagérées les conditions posées à la i-'rnnce d.ins l'entrevue de Ferrières ; qu'on devait se résigner à la cession de Strasbourg et de Metx, avec une partie de l'Alsace et de la Lorraine « et il l'avait prié, lui, oomta

80 McR DLI'ANLOLT

Les Orléanais avaient, maintes fois, exprime leur gratitude à leur évcque. Ils la lui manifestèrent de la plus éclatante manière en l'élisant député à l'Assemblée nationale. Nous n'avons fait que des allusions incidentes à ses opinions politiques. Nous l'avons vu royaliste ; il l'était resté. Jamais attiré par l'Empire, il n'avait pas eu à retenir, au lendemain du Deux-Décembre, le mouvement d'adhésion que regretta Montalembert, et, pendant tout le règne de Napoléon III, il avait observé dans ses relations avec le pouvoir une attitude d'indépendance correcte, et même, à l'occasion, pour le bien de l'Eglise, d'activé opposition légale.

Royaliste, mais non retranché dans 1 iuii.ui^igeance où s'obstinaient certains légitimistes, il voyait le salut de la France dans la réconciliation, la c fusion > de la branche afnée et de la branche cadette. Il s'en était expliqué pendant 1 affreuse tourmente, un jour de novembre, avec le prince de Joinville, accouru pour mettre son épée au service de la France : c La France est

de Frankenberg, de le répéter A Vertaillet. • Après l'artiele du roml« Hilnire de Incombe, Mgr Dupanloap H h eomtt dt Frankenhrrg en 1870 (CorretpondanI du 25 «Tril IfiM), il n'est plus pcrmU de pnricr de celle prélendiM • intrigue enlrv Tév^lié d'Orléans et le roi GuillauiM >, coaune t'cKprimail la Lanttriu.

une nation perdue et éperdue. Tous les vingt ans une révolution. Toujours à recommencer... Une restauration orléaniste? Nouvelle aventure, avec des rancunes éternelles... // faut à la France le port, non la rade (1) » — Sa politique tendit donc à ce but : la fusion.

Dès février 1871, il écrivait au prince pour lui rappeler leur conversation à ce sujet. Quatre mois après, trois membres de la Droite, délégués en hâte auprès du comte de Chambord pour le supplier de renoncer à son manifeste prévu sur la question du drapeau, firent prier par M. de Falloux l'évêque d'Orléans de s'associer à leur démarche. Mgr Dupanloup refusa d'abord ; M. de Falloux insista et le décida. Parti trop tard, il arriva à Chaii.bord quand les ambassadeurs de la majorité monarchiste avaient déjà reçu audience et échoué, et le prince lui fît entendre que la question était épuisée. Il ne s'en tint cependant pas à cette tentative auprès de l'héritier du trône. Vers la fin de janvier 1873, il lui adressa une lettre confidentielle pour l'engager à la fusion et au sacrifice du drapeau blanc. C'est alors que le prétendant lui fit la réponse fa-

{1 ) Le mol esl de Thiers. Mgr Dup.tnloup l'avait recueilli, Ters la fio de lEmpire, de la bouche de l'illusUv botnin* d'Etat, qui alon parUgeait ses vues.

82 MoB DLPANLOUP

mcuse : «... La France ne comprend pas plus le chef de la maison de Bourbon reniant l'étendard d'Alger qu'elle n'eût compris l'évêque d'Orléans se résignant à siéger à l'Académie française en compagnie de sceptiques et d'athées. »

Il venait, en effet, de s'opposer vainement à l'admission de Lattre parmi les Quarante, et, par protestation, de se démettre. En quoi, oseronsnous le dire, il nous paraît avoir excédé. A^'ant discuté, selon son droit, le candidat, il n'avait pas à manifester contre l'élu ; il devait même l'accueillir, comme dans un salon, à l'Académie, qui en est un.

Son zélé monarchiste n'absorbait pas, on le voit, toute son activité.

Son début à la tribune de l'Assemblée nationale avait été un discours pour le Saint-Père, en faveur de qui un pétitionnement s'était organisé. Il s'agissait d'obtenir que notre gouvernement prît l'initiative de réclamer des garanties d'indépendance pour le Saint-Siège. Là se retrouvait le vieux défenseur de la souveraineté pontificale. Il ne s'en tint pas à cette inter\'cntion parlementaire. Bientôt il adressa à M. Minghetti, ministre des finances de Victor-Emmanuel, deux lettres pleines de vigueur polémique : l'une sur

les spoliations du gouvernement italien envers tEglise à Rome et dans Vltalie ; l'autre sur la loi militaire italienne (1). Mais la politique intérieure de la France l'occupait surtout.

Nous aussi, nous avions à r.efaire notre législation militaire, et les intérêts moraux ou intellectuels touchés par cette réforme ne pouvaient le laisser indifférent. Les volontaires d'un an lui durent un sursis de cinq ans, au lieu de quatre, pour l'accomplissement de leur engagement, et le dommage en fut moins grand pour leurs études, ainsi non interrompues. Grâce à lui aussi, nos garnisons, nos camps, nos forts eurent des aumôniers, et ses discours en faveur de cette institution sont restés mémorables.

Mais voici qui le ramène à ce qui fut, en sa vie de prêtre et d'évêque, sa plus grande sollicitude : l'enseignement.

(1) En reconnaissance de tant de seo-ices. Pie IX avait •ongé à le faire cardinal, malgré sa naissance, décidé à enfrandre la tradition. Sous Léon XIII, dans les preoiièrw semaines du nouveau pontiScat, il ne tint qu'au gooremement français que cette récompense ne fût donnée au vieil évèque. Mais M Dufaur* loi tenait rigueur de son vote an Sénat le leodemain du Seize Mai. On aurait eu raison toutefois dfl« féiirtanffi du ministre, et il allait céder, si Mgr Dupanloup eût consenti A retirer une demande d'interpellation, dont il sera parlé, sur le centenaire de Voltaire. Mais ses amis ne purent obtenir de lui ce retrait.

»1 Mg» DUi'ANLOLI'

En 1872, Jules Simon, grand-maître de l'Université, prépare, sur l'instruction primaire, un projet estimé, au point de vue religieux, « plein de pièges et de périls •». Mgr Dupanloup y oppose un contre-projet qui le paralyse Quelques mois écoulés, c'est sur un autre terrain qu'il attaque le ministre. Il se prend à une circulaire attentatoire, prétend-il, aux études classiques. Deux ans plus tard, en décembre 1874. viendra à l'ordre du jour le projet sur l'enseignement supérieur, qui, après dix-huit mois de discussion, aboutira à une concession de liberté relative. Ce sera pour le bouillant évéque d'Orléans l'occasion d'un duel oratoire avec le passionné et froid Challemel-L4icour.

Les instituts catholiques lui doivent la loi, aujourd'hui mutilée, par laquelle ils vivent. Ayant préparé et, l'on peut presque dire, fait la liberté de l'enseignement secondaire, il donna cette suite et ce complément à son ouvrage, ce couronnement à sa vie. Ce n'est pas que, cette fois encore, on ne l'ait accusé d*avoir trahi les droits de l'Eglise. Disons que l'C/nitfrs lui rendit justice.

La loi nouveau-née fut menacée de retouches amoindrissantes. Mgr Dupanloup la défendit, et, momentanément, la préserva.

Il était sénateur. Jusqu'alors sa santé restait

LEPISCOPAT 85

intacte, et, pas plus que son talent n'avait fléchi, sa vigueur physique n'avait faibli. Sa personne avait même longtemps gardé un air de jeunesse. Dans l'incarnat de son visage, on eût pu reconnaître les couleurs que le petit Savoisien n'avait pas perdues à Paris. La vivacité de son regard, en dépit du voile qui ternissait un de ses yeux, et le frémissement de ses narines affirmaient encore chez le vieillard l'ardeur qui faisait du premier communiant de Saint-Sulpice un si intrépide joueur de barres. Enfin, dans la nette carrure du menton, dans le dessin de la bouche, aussi ferme que délicat, persistait l'air de volonté et de décision.

Le déclin s'annonça pourtant. La robuste santé chancela soudain II sentit le besoin de partager avec un auxiliaire de son choix le fardeau de son ministère II désigna à l'agrément du pouvoir civil et présenta, en termes élogieux, à l'acceptation du Saint-Siège, un de ses élèves de Saint- Nicolas, prêtre éclairé, pieux et doux. L'abbé Coullié devint son coadjuteur.

Une interpellation sur le caractère olBciel des fêtes annoncées pour le centenaire de Voltaire fut son dernier acte d'homme politique. Ses derniers actes d'évêque furent une lettre pour le

86 MoH DUPANLOUP

Denier de Saint-Pierre et un Appel ù la France pour les vitraux de Jeanne d'Arc. Il avait voué à la libératrice d'Orléans et de la France un culte d'admiration qui n'attendait que la consécration de l'Eglise — sollicitée par lui — pour devenir un culte de prière.

Malgré d'apparentes rétrocessions, le mal gagnait vite. C'était en 1878, aux vacances. Après un séjour à la Chapelle, le malade partit pour Lacombe. La montagne le rappelait. De Lacombe il voulut aller encore une fois à Einsiedeln, sans doute pour y faire une retraite préparatoire à cette fin qu'il scatait proche : Finis venit, oenit finis. Puis, il rentra chez ses amis dauphinois, pour y mourir. Un petit garçon de la maison qui, à toute heure, entrait dans sa chambre et jouait avec ses bagues pastorales, charma ses suprêmes journées, c Laissez-le faire », disait-il, quoi que son espièglerie osât , « c'est mon ami. » Il restait jusqu'au bout cet ami des enfants qui les voyait^ à Orléans, s'attrouper sur son passage, attendant sa caresse coutumière et le petit signe de croix qu'il traçait du doigt sur leur front. Ainsi se réalisait le mot de son discours à l'Académie : t L enfance, qui a été le premier amour de ma vie, en sera le dernier. >

LEPISCOPAT 87

Cependant, la maladie pressait de jour en jour et aggravait ses atteintes. L'automne commençait. Déjà des sufTocations répétées avaient alarmé l'entourage attentif du prélat. Dans la soirée du 11 octobre, un des hôtes de Lacombe, un jeune homme, vint à lui se confesser. Il l'entendit, et ce fut le dernier acte de prêtre de celui que Grégoire XVI avait appelé « l'apôtre de jeunesse *. Une crise nouvelle l'assaillit, moins d'une heure après ; le souffle lui manqua, il porta à sa poitrine sa main qui égrenait encore un chapelet (1), et Orléans pleura son grand évêque.

(1) Le coup ne fut pas si foudroyant que le mourant ne pût recevoir, en pleine connaissance, l'absolution. Il fut assisté et exhorté par M. l'abbé Chapon, alors jeune vicaire de sa cathédrale, qu'il estimait et aimait particulièrement, et qu'il avait choisi pour compagnon de voyage. Nous avons indiqué, dans une précédente note, les ouvrages publiés sur Mgr Dupanloup par Mgr Chapon, évéque de Nice.

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