VI PRÉFACE
reproche d'être trop sévère pour te défunt. Rien de pareil ne s' est produit en moi pour Mgr Dupanloup : voilà vingt-six ans qu'il est sorti de l'arène de ce monde, vingt-six ans quil n'est plus; j'ai toujours senti croître, par le souvenir et la réflexion, Vextraordinaire respect qu'il m'avait inspiré. La science assure qu'on ne voit le ciel que la nuit. Sur le grand fond immobile de la mort, les vertus d'un homme se détachent mieux, comme les étoiles sur l'immensité silencieuse et noire.
Il avait reçu du ciel une âme généreuse et noble s'il en fut. Ce qui frappait tout d'abord dans son commerce, c'était la hauteur naturelle de ses pensées. Honoré de sa bienveillante amitié, Fuyant vu de prés dans les circonstances les plus diverses et souvent les plus graves, je n'ai jamais remarqué en lui aucune trace de préoccupation personnelle, jamais une ombre d'orgueil, d'envie, de rancune, de calcul humain, d'ambition terrestre. Il a pu se tromper sur des questions de conduite ou sur des points de détail : il a pu excéder dans ses réprobations et dans ses résolutions : la flamme qui ranimait était toujours pure, toujours allumée à quelque foyer sacrée Dieu, la religion, la patrie, le bien des àmeâ, la paix des sociétés dans l'équité et le droit. Loin d'être impatient de la contradiction, il la provoquait et la supportait avec une facilit'- "'nnnfiire.
PRÉFACE Vn
// consultait beaucoup, et des côtés les plus diffirtuts : même lorsque sa conviction était faite^ il réprouvait encore par le choc des avis. Une fois sa décision prise, elle revêlait à ses yeux l'impérieuse majesté d'un devoir à remplir; il l'exécutait simplement, sans souci des obstacles et des périls, avec une intrépidité tranquille où le sacrifice lui était un attrait de plus. Examinez-le à quelques-unes des époques qui firent date dans sa vie, au lendemain de 1 830 lorsque la monarchie tombe^ ou bien au lendemain du S Décembre lorsque l Empire s'élève, ou encore à la veille du concile ; qu'on approuve ou qu'on désapprouve ce qu'il fit alors, force sera de reconnaître qu'entre les voies qui s'offraient à lui, il choisit celle qu'aurait déconseillée l'égoïsme attentif à se ménager et à se pousser. Tel il se montra Jusqu'à la fin ; dans les derniers mois de sa vie, on vint lui dire que le ministère de M. Dufaure, qui, d accord avec le pape Léon XIII nouvellement élu, désirait son élévation à la dignité de cardinal, lui saurait gré de ne pas faire d'éclat public contre le centenaire de Voltaire dont il regrettait, mais dont il ne pouvait empêcher la célébration presque officielle. V évoque répondit qu'il n'avait pas à entrer dans cet ordre de considérations ; et il lança ses lettres qui portèrent coup.
Dans un chapitre de votre ouvrage où vous étU'
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diez avec beaucoup de finesse et de sagacité Tinstituteurdans Mgr Dupanloup, vous dites^ d'un mot très heureux, qu'à son petit séminaire de Paris il avait inauguré l'éducation par l'honneur. L'honneur^ le respect de soi-même, la délicatesse suprême et t exquise pudeur de V homme ! Mgr Dupanloup compléta sa méthode par son exemple, il fut un type achevé d'honneur. Dans cet art difficile de V éducation, il avait eu pour inspirateur et pour collaborateur un maître que vous ne me semblezpas estimera son incomparable valeur, Fénelon, ce limpide et merveilleux esprit qui eut presque autant de génie que Bossuet et bien plus d'intelligence que Voltaire. Le Téléniaque dont vous parlez avec un demi-sourire est une imitation originale de Fantique et un chefd'œuvre, unique en son genre, de la littérature moderne : beau vase grec où fut versée la divine liqueur de FEvangile. Au milieu des fictions, et même, si vous le voulez, des chimères, le moraliste, le connaisseur des âmes y le directeur des consciences, s' g révèlent à chaque instant par des traits profonds. Un des anciens élèves du petit séminaire de Paris, Mgr Coullié, le vénérable archevêque de Lgon, se plaît à raconter l'effet prodigieux que, dans ses entretiens de la lecture spirituelle, l abbé Dupanloup produisit sur son jeune auditoire en lui expli' quant d'après le Tù\éma(iue, les âges de la oie.