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Mgr. Gaume, sa thèse et ses défenseurs [microforme]

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LES CLASSIQUES CHRETIENS ET LES CLASSIQUES PAYENS. DANS L'ENSEIGNEMENT.

J’ai lu avec un vif intérêt et un très sensible plaisir la série d’articles publiés dans le Courrier du Canada, sous le titre de Christianisme et Paganisme. C'est, à mon jugement, un magnifique et splendide plaidoyeren faveur de la thèse de Mgr. Gaume; et je ne sais ce qu’on doit admirer le plus, où de la profondeur d's vues qui y sont émises, on de la puissante érudition, tant ecclésiastique que profañe, qui s’y déploie avec la majesté d’un beau et grand fleuve,

La discussion, soulevée à lInstitut de Montréal, touchant les causes de La Révolution française, a encore fourni à ce journal l’occasion de mettre dans un nouveau jour, en précisant davantage, un des points les plus culminants de cette importante question, je dirai mieux, de cette question vitale. Je félicite donc de tout cœur Mr. le Rédacteur du Courrier du Canada de l’heureuse inspiration qu’il a eue. Qu'on me permette ici d'exprimer un regret: il me semble qu’il y a une lacune dans ce travail. J'aurais désiré qu’on nous eu! un peu fait connaître ce qu'est Mgr. Gaume, quelles sont les sources où il a puisé les idées renfermées dans son système d'enseignement, 2t enfin quelles sont les autorités favorables à ce système.

Je sais bien que la thèse, telle qu’elle a été exposée, se recommande d'elle-même, Il devrait suflire d’avoir

quelque teinture des Livres Saints, de l'histoire ecclésiastique et profane, de sentir battre dans sa poitria» un cœur chrétien, pour lui donner une entière et complète adhésion.

Toutefois, on n’ignore pas que les préjugés, issus de l'éducation première, exercent une influence considérable sur.les meilleurs et les plus solides esprits, et que cette influence est d'autant plus forte que les préjugés datent de plus loin. Or, les préjugés en faveur du système actuel d'éducation, qui veut qu? Îles jeunes gens consument les plus précieuses années de leur vie à pâlir sur les livres païens, sont des préjugés qui remontent à trois siècles. Tout ce qu’on a eu l: soin de nous faire lire, tout ce q'r’on a jugé nécessaire de nous dire en matière d'éducation se résume à ceci: Les génis patens sont nos mailres en loul ; leurs œuvres sont les dernières limites de la perfection dans le genre. Et nous, dans un âge où la foi tient lieu de raison et où les impressions déteignent si fortement sur l’âme et s’y gravent en caractères presque ineffacables, de nous incliner avec respect et de recueillir religieusement de pareils oracles, C’est à un point tel, qu’après l’Evangile, nous ne connaissons rien de plus respectable aue les œuvres de Platon et de Cicéron, de Virgile et d’Homère,de Pindare et d’'Horace, et encore ponr la forme les plaçons-nous bien au-dessus de nos-Saintes Ecritures. I] y en a même eu, et ils étaient loin de se regarder comme ignares, qui ont eu la bonhomie de penser que Platon, s’il lui eut été donné de vivre encore quelques années, aurait révélé la re'igion chrétienne au monde ébahi.

On n’ignore pas encore que Mgr. Gaume ne nous est guère connu que par ce qu’en ont dit ses adversaires, et, entr’autres aménités qu’ils ont fait parvenir à son adresse, ils n’ont pas oublié les épithètes d’utopiste, de movaleur, d’exallé, d’exagéré, voir même d’irsulteur

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de l'Eglise. Je ne dirai rien des fausses et malveillantes interprétations qu’on a fait jaillir d’idées très clairement exprimées pourtant ; cet examen des mille et une petites ruses en usage dans les guerres à coup de plume nous entraînerait trop loin.

Ces quelques réflexions me semblent justifier le léger reproche que j'ai fait en commençant à Mr. le Rédacteur du Courrier du Cunada, de ne nous avoir pas fait connaître Mgr. Gaume, non plus que ses respectables défenseurs et les fondements qui servent à étayer son systême. Elles me font de plus espérer qu’on me verra avec plaisir exposer ce que, dans mon humble opinion, je regarde comme indispersable pour compléter le travail, déjà si palpitant d'intérêt, qui a éié publié dans le Courrier du Canada.

On a dit, et sur tous les tons, que Mgr. Gaume est un exallé, un exagéré, un homme à idées singulières. Soit. Mais à présent que les adversaires de cet illustre auteur veuillent bien examiner un instant avec moi certains de ses ouvrages où n’est pas traitée la question des classiques, son Manuel des Confesseurs, par exemple. Oh! ici nous nous trouvons parfaitement d’accord pour louer et admirer. Nous n’hésitons pas à dire que ce Manuel est une œuvre unique, parfaite, si excellente que c’est quasi un devoir pour tout prêtre de le lire aussi assilûment que l’Ecriture Sainte. Nous proclamons encore que ce livre, ne füt-il qu’une pure compilation eût exigé comme tel dans son auteur une science, une érudition, une prudence, une sagesse, un esprit de discernement, un bon sens pratique chrétien plus qu'ordinaire.

Qui n’admirerait encore les Trois Rome qui decèlent une étude si approfondie, une connaissance si parfaite des temps anciens et surtout des premiers âges de P£giise? Et sans parler de plusieurs autres livres

excellents, sortis de la plume du même auteur, ne suflitil pas de nommer l'Histoire de la Société domestique, le Signe de la Croix au dix-neuvième siècle, que S. E, le cardinal prince Altiéri, préfet de la S. C. de l’Index, appelle un livre admirable, et particuliérement ce beau Catléchisme de Persévérance qui a conquis une popularité européenne et mème américaine. Souvenons nous enfin que Grégoire XVI, dans un Bref adressé à Mgr. Gaume et par lequel il le crée Chevalier de l’Ordre de la Milice Dorée, lui dit, après les éloges les plus flatteurs donnés à ses grands talents et à sa piété, que ses ouvrages n’ont pas rendu un médivcre service à la religion.

Quand done un prètre, aussi grave, aussi savant, aussi zélé, aussi expérimenté que l’est celui qui a doté la bibliothèque chrétienne de ces précieux ouvrages, entreprend de parler de la rélorine à opérer dans l’enseignement, on doit 4 priori, raisonnablement supposer qu’il n’a point entrepris de traiter une question de cette importance, sans savoir ce qu'il disait, sans faire de longues réflexions et de sérieuses études, sans prendre de nombreux et surs conseils Un bon sens, assez peu cultivé même, nous dit qu'il faut tenir compte de tout un ensemble de faits lorsqu'il s’agit de mesurer estime qu'on accorde à quelqu'un. Si les adversairesde Mgr. Gaume eussent daigné suivre ce dictamen de la commune raison, ils n'auraient pas été aussi prompts à s’écrier qu’ils ne voyaient dans sa thèse contre le paganisme dans l’enseignement, qu’un amas d’accusations dont le titre seul révèle l’inanité, des té mérilés d'opinion el de launwage, des emportements d'espri!, des déclamalions violentes, bonnes seulement à produire le trouble el le scandale, enfin, une aberration.

Qu'est-ce donc maintenant que cette thèse de Mgr. Gaume qui a soulevé en France de si chaudes et de si

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vives discussions? ÜUette thése? Elle se résume à dire : eu égard aux penchants de l'homme déchu, eu égard surtout à l’état du monde actuel, païen dans le Juxe et l’immodestie de ses habits, païcn dans sa littérature dont le fonds est ou puéril ou immoral, païen dans ses arts d'agrément, qui ont fait servir le pinceau, le ciseau, la musique à reproduire des objets que la pudeur ne nomme pas, à exalter des sentiments dont la présence est une souillure, païen dans sa philosophie qui ne tend qu’à émanciper la raison individuelle, païen dans sa politique qui nie les droits de Dieu en proclamant ceux de l’homme, qui veut le rêgne de la démocratie pure et l’anéantissement de toute influence religieuse sur le pouvoir civil, païen enfin dans toutes ses aspirations qui sunt grossières, terrestres, bestiales, il est d’une extrême importance de nourrir la jeunesse chrétienne et catholique de christianisine et de catholicisme.

Mgr. Gaume fait ensuite voir de quel contre-bon sens l'éducation se rend coupable depuis trois siècles en donnant, pour précepteurs et pour modèles, à des âmes baptisées toute cette pléïade de prétendus grands hommes de l’antiquité qui, sans en excepter le divin Platon et l’immaculé Cicéron, peuvent tous être désignés par ce mot d’un Père de l'Eglise : Animalia gloriæ et voluptalis. 11 nous révèle les ignominies de ces grands modèles de perfection humaine et nous fait voir que tous leurs mouvements, au lieu de tendre vers en haut, tendent vers ce qu’il y a de plus bas; qu’au lieu de s'élever comme laigle, ils rampent comme la efenille ; qu’au lieu de se nourrir comme l’abeille du suc parfamé des fleurs, comme la mouche stercoraire ils s’abattent sur l’ordure. Pas une violation de la plus sainte des lois devant laquelle ils reculent ; pas une souillure qu’ils s’épargnent.

Voilà probablement ce qni a mérité à Mgr. Gaume le titre d'insulieur de l’Eglise, et en effet il y avait de quoi. Passe pour jeter une poignée de boue à la face d’un saint Père avec nn sourire niaisement impie, ce n’est là qu’une peccadille; mais attaquer Ciceron ! Platon!! le divin Platon!!! oh! pour le coup un tel attentat doit exciter une indignation universelle ; c’est un attentat trois fois sacrilége !

Qu'est-ce encore qne la thèse de Mgr. Gaume ? C’est un long et magnifique commentaire de l’un des décrets du Ve concile général de Latran qui déclare que la philosophie et la lillérature païenne sont infecles dans leurs racines, et qui n’en permet j’étude qu'après avoir exigé des précautions infinies; c’est la démonstration parfaite, histoire en main pour prouver par des faits nombreux les t rribles ravages exercés dans le monde moderne par la mise en honneur du paganisme gréco-ron.ain, de la sagesse divine qui inspirait le St, Concile de Trente quaud dans la Vile des X régles de l'Index, éditées par son orüre, il défendait pour aucune raison de laisser tire aux enfants, même sous prétexte d'élégance de style et de langage, les livres des payens qui renferment des choses lascives ét obscènes,

Il importe encore de signaler ici que l'Eglise avait formulé cette thèse, inême dès les premiers siècles de son existence, par l'organe de ses membres les plus ‘saints et les plus éclairés, je venx dire les Saints Pères. C’est ce que reconaait Rollin lui-même, tout saturé de paganisme qu’il était lorsqu'il dit: La lecture dés poëtes, condamnée si unanimemrnt par les Pères, et même par les païens, peut elie donc être permise dans les écoles? (l'r. des Et. p. 576.) Pour abréger, je n’en citerai que deux : Si. Angustin et St Jérôme. Le premier, qu’on ne traitera ce.tainement pas d’esprit léger,

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regarde la coutume où l’on était, de son temps, d'exs pliquer les fables des poëtes dans les écoles chrétiennes comme un funeste torrent auquel personne ne résistait, et qui entraînait les jeunes gens dans l’abîme éternel. (Conf, lett. ch. XVI.) Le second ne craint pas de qualifier très énergiquement l’ensemble de la philosophie et de Ja littérature païenne, en l’appelant nourrilure des démons. Cibus est dæmoniorum, sæcularis philosophia, carmina pæœtarum, rheloricorum pompua verborum (Lt. Hier, Epist. ad. Dam. de decob. filiis opp. t. IV, p. 153.)

Ces textes sont précis, comme on le voit, et vont directement au but ; ils ne permettent guère de regimber. Toutefois on a trouvé le moyen de leur faire signifier toute autre chose que ce qu’ils veulent dire, pris dans leur sens naturel, et l’on a même eu le courage de composer de gros volumes pour prouver que donner la préférence aux classiques chrétiens sur les c:assiques païcns, loin d’être conforme à l'esprit de l'Eglise, était en complète opposition avec lui, et que par conséquent les ouvrages de Mgr. Gaume contre le Paganisme dans l’éducation était digne de censure. Il fallait une pareille sortie pour faire briller la vérité dans tout son jour. Aussi Mgr. Gaume alla:t-il luimême à Rome soumettre à la Congrégation de l'Index les ouvrages où il avait traité la question des classiques, et, quelques temps après, le Père Cirino, consulteur des clercs réguliers, lui fit parvenir la consultation suivante :

‘ Monsieur et très respectable abbé, les principes de foi et de zèle, qui vous ont inspiré le rare courage de soulever une question aussi utile et aussi délicate qu'est la question de l’abus des classiques païens dans Jes écoles seront infailliblement reconnus et admirés de quiconque voudra se procurer l'avantage de lire ce que vous avez publié à ce sujet.

‘“ Attaquer de front une coutume invétérée et universelle a paru à quelques-uns une présomption et une injure envers l'Eglise. Rassurez-vous cependant ; car d’un autre côté des personnages, non point en petit nombre ce obscurs, mais en grand nombre et on ne peut plus distingués, vous encouragent, vous secondent

.et se font vos compagnons d’armes dans cette guerre contre le paganisme, infiltré dans l’éducation et débordé contre les sociétés modernes.

‘ Empêcher les jeunes gens qui doivent étudier le grec et le latin de puiser leurs premières idées dans les auteurs païens, desquels, excepté Ja langue, on n’apprend rien de bon et dont on peut apprendre beaucoup de mal, et d’autre part, leur mettre entre les mains des livres chrétiens où, tout en apprenant une langue, qui est aussi une langue grecque ou latine, l’esprit et le cœur des enfants, faciles à recevoir et fidèles à retenir les premières impressions, se pénètrent, presque sans s’en appercevoir, de religion, de vertu, de piété, qui; en fin de compte, sont l’essentiel de la vie morale de l’homme : rien de tout cela assurément ne peut être appelé un outrage à l’Eglise. Je dirai pli ôt que c’est un moyen de seconder ses vues.

‘ Il me semble que c’est faire trop d’honneur à Homère et à Virgile, à Démosthènes et à Cicéron, que de déclarer PEglise solidaire de l’injure qu’on leur fait en les banissant de quelques écoles. Je ne sache pas que l’Eglise ait jamais fait de canon pour sanctionner une règle, un programme d’étude élémentaires. Aussi, ehaque évêque, chaque congrégation religieuse, a pleine liberté de suivre telle méthode qu’elle reconnait plus appropriée aux circonstances des temps et plus: eonforme à la pratique des lieux, ou bien d’introduire:

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