‹ Mgr. Grandin oblat de MArie ImmaculéeChapitre 22 sur 31 · FM · texte numérisé non relu

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quinze ou vingt ans, il m'avait déjà parlé de ce projet, et je lui avais défendu absolument d'y penser. Cette fois, il s'est adressé à Mgr Légal et encouragé par ma famille et par les Pères du vicariat, il a fait cette bêtise. Je n'ai pas voulu faire de la peine au cher Père dont les intentions étaient excellentes, mais j'appelle cependant cela une bêtise que je regrette sincèrement. C'est déjà beaucoup de m' avoir fait peindre sur toile après toutes les photographies possibles; mais c'est un excès d'avoir voulu ce buste. Bon pour les grandes célébrités, pour les grands évêques comme il y en a beaucoup, mais pour un pauvre évêque comme moi connu sous le nom d'Evêque pouilleux et qui suis de fait un évêque mendiant, la chose devient une ironie.

" Xe fut-ce que par économie, on devait s'abstenir de ce luxe déplacé chez moi. Le Père a cru bien faire d'offrir un de ces bustes au très révérend Père Général qui n'a pu moins faire que de l'accepter. Mais que tous les évêques Oblats en fassent autant et le salon de la maison-mère ressemblera bientôt à un magasin de statues.

" D'après ce que je vois, ces sortes de bustes ne résistent pas tant que le papier. Celui-ci est arrivé brisé; il a fallu coller les difïéiH nts morceaux."

Il ajoute gaiement :

" Ma jambe est aujourd'hui bien malade. Ce n'est pas avec de la colle qu'on la guérira."

L'humilité l'accompagnait partout dans ses relations, dans sa correspondance, dans sa vie privée. Elle montait avec lui en chaire, et lui dictait un langage qui soulevait et transportait l'auditoire.

Mgr Grandin avait la foi des simples et des petits, qui, familière avec le bon Dieu, le tient en Seigneur sans doute, mais aussi en Père. De là, le caractère de sa piété : très

sérieuse, très éclairée, très profonde, mais aussi très chaude, très aimante, très confiante; piété d'enfant tendre, qui, gêné par les compliments d'office, jette, là, sa page d'écriture et va se serrer contre le cœur qu'il aime. Cette piété produisait, chez lui, l'abandon complet, filial à la volonté de Dieu, ce qui lui faisait dire au milieu des épreuves : " C'est bien, puisque le bon Dieu le veut ainsi."

N'est-ce pas le Père Faber qui a dit que sur dix personnes pieuses il y en a neuf qui trouvent le moyen de rendre la piété repoussante ? Cela vient sans doute de ce qu'elles sont plus occupées à tuer le lion qu'à tuer l'ours; elles voient le but à atteindre, mais ne cherchent pas suffisamment à rentrer les angles, elles travaillent beaucoup plus à la réforme des autres qu'à leur propre réforme. Nous avons dit combien la piété de Mgr Grandin était aimable. Cette piété l'accompagnait partout.

La méditation quotidienne, la visite au Saint-Sacrement, l'examen particulier le trouvèrent toujours fidèle.

Il se reprochait amèrement ses distractions à la méditation. " Voilà cinquante et un ans que je suis censé faire oraison tous les matins, écrivait-il, le 3 octobre 1901, et je ne crois pas avoir réussi une seule fois d'une manière- satisfaisante. Non seulement sicut jumentum foetus sum apud Deum, mais je ne puis pas même tenir ma pauvre bête en sa présence. Quelles échappées elle fait parfois ! Je mourrai, sans doute, sans avoir fait une bonne oraison. Puissé-je, au moins, me dédommager au ciel ! "

Voilà du saint François de Sales, ou nous n'y connaissons rien.

Le centre de sa dévotion était l'Eucharistie. Il était insatiable du tabernacle. Tous les matins, à l'arrivée de la communauté pour la méditation en commun, on le trouvait à genoux au pied de l'autel. Le soir, il prolongeait ses adorations, parfois jusqu'à une heure bien avancée de la nuit.

Avant le lever de la communauté, il avait déjà fait son chemin de croix. Quand ses forces, épuisées, ne lui permettaient pas de se lever, on le surprit souvent se traînant, à genoux, d'une station à l'autre.

A l'église, il pontifiait avec une dignité et une dévotion sans égales. Lui, si dédaigneux de l'extérieur et de la forme, là, manifestement, il était solennel; mais c'était, chez lui, si naturel et si simple ! Il n'y avait rien de guindé, rien d'affecté ; simplement, il n'était plus de ce monde. Parlant d'un autre évêque qui visait un peu à la solennité, les Métis disaient : " On voit qu'il est fier d'être évêque. Ah ! ce n'est pas comme Mgr Grandin. Celui-ci est humble même avec la mitre."

Il n'est pas besoin de parler de son culte envers la Mère de Dieu. Chacun de ses voyages, en France, était marqué par plusieurs visites à Notre-Dame des Victoires, à Paris. On se souvient avec quel empressement il consacra son nouveau diocèse au Cœur immaculé de Marie. " Voilà, aujourd'hui, quarante-quatre ans, écrivait-il, le 11 décembre 1901, que je fus élu par Dieu, par l'intermédiaire de son Vicaire, bien que la nouvelle de cette élection ne me soit parvenue que sept mois après. Je suis heureux que ce choix se soit fait dans le temps de la fête de l'Immaculée Conception et que l'ordre m'ait été envoyé pendant l'octave. Je crois voir, en cette circonstance, une preuve de la protection de l'Immaculée Mère de Dieu, de notre bien-aimée Patronne."

Le rosaire était une de ses prières de prédilection. Que d'Ave Maria il a confiés aux brises du Mackenzie, de l'Athabaska ou de la Saskatchewan ! C'est, sans aucun doute, à ses ardentes recommandations que les Sauvages et les Métis doivent leur constante dévotion pour le chapelet.

Une des formes de sa piété fut d'honorer les saints qu'il avait connus ou qui avaient des relations intimes avec ses œuvres.

C'est avec joie qu'il apprit la béatification de son ancien compagnon et ami le bienheureux Chapdelaine. Il s'adressa à leur commun condisciple, M. Delpech, pour en obtenir des reliques ainsi que du vénérable Théophane Yénard. Et à M. Fleur}", directeur au séminaire des missions étrangères, il écrivait : " Vraiment, votre charité me poursuit. Combien je vous suis reconnaissant de m'avoir envoyé l'office de vos saints martyrs. Je m'unirai à vous de tout cœur le jour de leur fête. Ce jour-là, nous solenniserons, à Saint-Albert, la fête de notre titulaire quem Deus constituit Ecclesiœ defensorem. Je n'en réciterai pas moins, en mon particulier, l'office des saints martyrs . . . Mon cousin, Mgr Grouard, est le parent, je ne sais à quel degré, du bienheureux Chapdelaine. Si j'étais moins près de mon éternité, je ferais des recherches à cet effet. Si j'apprenais que nous sommes parents, ne fut-ce qu'au sixième degré, je dirais, avec un certain orgueil : Mon cousin le bienheureux Auguste Chapdelaine. Si, comme je l'espère, au ciel nous nous reconnaissons, si éloigné que je me trouve de ce bienheureux ami, nous cousinerions à l'aise, sinon comme icibas, au moins à la façon du ciel."

Il écrivit plusieurs lettres postulatoires pour l'introduction des causes de la vénérable madame d'Youville, fondatrice des sœurs Grises; de la vénérable mère Marie de l'Incarnation, fondatrice des Ursulines de Québec; de la mère Bourgeois, fondatrice des sœurs de la Congrégation; de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et du Canada; des missionnaires de la compagnie de Jésus, qui ont cour ou né une vie de zèle et d'abnégation par un glorieux martyre. Il nourrissait la même espérance pour Mgr de Mazenod et plusieurs lettres adressées à l'administration générale de sa Congrégation, témoignent de ses ardents désirs.

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