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Son apprentissage est sérieux. En présidant un enterrement, il ne prend pas les précautions ordinaires; ses deux oreilles sont gelées. Dans une visite aux malades, il est longtemps poursuivi par deux sauvages Sioux et ne doit son salut qu’à la vitesse de son cheval.
Saint-Boniface n’était qu’une halte pour le Père Grandin. En jüin 1855, il dut se rendre à la mission de la Nativité, sur les bords du lac Athabaska. C’était un voyage de 700 lieues. Mgr Taché l’accompagna jusqu’à lle à la Crosse, Tous les deux profitèrent des berges de la Compagnie de la Baie d'Hudsos.
I] était en effet impossible de pénétrer dans ce pays autrement que par eau, les forêts opposant une barrière infranchis-
* sable.
Ces berges étaient de grandes barques conduites à force de rames, par sept à-huit hommes. ŒElles étaient encombrées de ballots, de barils destinés au district de Mackenzie. Quand la chose était possible, on utilisait la voile. I1 fallait traverser le grand lac Winnipeg, remonter une multitude de rivières, de petits lacs, jusqu’au grand Portage-la-Loche, point culminant
. de: cette partie du plateau nord-américain, hauteur des terres
qui séparent les eaux qui vont à l'Océan Glacial, de celles qui sæ jettent dans la baie d'Hudson ou dans les grands lacs. Disons, une fois pour toutes, ce qu’on entend par portages. Ce sont des lieux où la navigation est arrêtée, soit par des rapides ou des chutes d’eau, soit par la hauteur des terres; c’ést encore tout chemin qui relie deux lacs entre eux. Il fallait
. alors décharger-les ‘barques, et transporter sur les épaules ce
qu’elles contenaient.
Dès que la barque arrivait au pied dun rapide, on l’arrêtait
à vingt ou trente pas de la grève, de peur de la heurter sur
les cailloux qui l’auraient percée et coulée à fond. Quelques
\ rameurs, sans hésiter, se mettaient à l’eau et saisissaient les extrémités de la barque pour la tenir immobile.
Chaque colis pesait ordinairement quatre- vingt- -dix livres. Un homme de moyenne force et un peu accoutumé à soulever ces fardeaux en portait deux à la fois. Ceux dont les muscles étaient solides en portaient jusqu’à six, quand ils voulaient faire parade de leurs forces. Au moyen dune lanière de cuir rejetée en arrière, ils supportaient cette charge sur le dos et, au pas accéléré, la transportaient à une distance de plusieurs milles. Le nom d’un certain José Paul a été longtemps célèbre: dans les pays du Nord par les exploits de ce genre. (‘) or
De Montréal au lac Huron, il y avait à passer quarante-quatre portages. Plus loin, du fort William au fort Garry, on en comptait presque autant; du lac Winnipeg à lle à B Crosse, on en rencontrait trente-six. k
‘ Les sentiers que suivaient les VOYAgeuTs étaient quelquefois | à peine praticables ‘pour des hommes libres de tous leurs mouvemenis. Tantôt ils cotoyaient le bord. escarpé d’un rocher, au pied duquel était un abîme; tantôt ils traversaient des marécages où ils s’enfonçaient jusqu’aüx genoux dens la vase; ailleurs, c’était une côte abrupte qu’ils devaient gravir, la charge au dos. Souvént il fallait transporter la barque elle-même.
(1) José Paul était un Canadien né à Sorel; province de Québec. Sa force muscuiaire était prodigieuse : le fait suivant en est une preuve, Un jour, dans un magasin de la Compagnie de la Baie d'Hudson, un commis voulut essayer les forces de José, Dans un coin du magasin, il avait entassé des barils de sucre, parmi lesquels il en avait glissé un rempli de plomb. Comme José était à converser avec quelque amis, le commis, ayant l'air de ‘lui demander un service, le pria de lui mettre sur le comptoir les barils qu'il lui désigna.
Un baril de cent livres ne pesait pas aux bras de J'osé ; il se mit à les passer ‘ ;. lestement, Tout à coup il s’aperçut du tour qu'on a voulu lui joer ; il vient
de saisir ls baril de plomb, lors comme Samson, arrachant les portes de le ville de Gaza, il fait un effort suprême et levant cet énorme poids dans ses bras, il le rabat de toutes ses forces sur le comptoir. Lecommisne fait plus ; les planches furent brisées en morceaux, le plancher enfoncé et le barilroula. au fond de la cave, « Tiens!’ dit José, va reiasser ton plomb; mon à petit, ” {L'abbé Dugas,)
. Quand les rapides n'étaient pas trop violents, les hommes
s’attelaient, et, dans l’eau jusqu'à la ccinture, remorquaient les barques avee de grands efforts. (C’était le halage.
: Men TAOHÉ. 7
‘Ordinairement les barques ne navigüaient pas la nuit. Dès que le signal était donné,..chaçun siutait à terre et s’élançait dans
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