‹ Mgr. Grandin, Oblat de Marie Immaculée: premier évêque de Saint-AlbertChapitre 3 sur 75 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

J’ai écrit ce livre avee joie et avec courage : avec pie, parceque j’écrivais la vie d’un saint; avec courage, car j'avais la . conscience d’être sincère. |

Il est bien rare aujourd’hui de voir une longue vie s'achever -&lorieusement dans VPunité de principe et, d’action.

Le principe de Mgr Grandin fut l'amour passionné de Notre

- Seigneur Jésus-Christ. Son action, pour prouver cet smour, fut de sauver des âmes à travers toutes les difficultés, tous :les obstacles, malgré horreur des plus grands sacrifices.

-" Partout où Jésus-Christ n’est pas, il est mal à laise; et quand il ne peut s’occuper activement du salut des. âmes, il est malade.

‘Il y a dans cette vie du François Xavier, du Vincent de | Paul, du Pierre Claver, du François de Sales.

C’est bien un François Xavier.que ce voyageur géant. On a calculé que si on mettait, bout à boût, toutes ses expéditions sur terre et sur mer, en canot d’écorce, en raquettes, ou en traîneaux à chiens, on ferait huit ou neuf fois.le tour du globe. Partout il a laissé des traces profondes de ses pas d’apôtre, |

Sa vaste compatissan@é pour les membres souffrants du Christ, pour les malades, les pauvres et les orphelins, rappelle saint Vincent de Paul. Il leur donna surabondamment le sourire de ses yeux, les paroles de ses lèvres, le travail de ses bras, .Pamour de son cœur. Il ne donna pas seulement, il se donna. Jamais son cœur ne fut émoussé pour les douleurs d'autrui.

Comme François de Sales, son charme vainqueur” fut la bonté. C’est par le cœur qu’il a vécu, c’est par le cœur qu’il a souffert, c’est par le cœur qu’il a triomphé. “0 gens

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prêtre, lui disait un sauvage Montagnais, que le Grand Esprit doit être bon, puisque, pour venir à nous, il a pris ta bonne figure!”

De Claver il eut la prédilection marquée pour les sauvages les plus déshérités. Comme lui, il fut un fruit que Dieu pressura dans ka souffrance; comme lui, il eut voulu user ses forces dens un labeur sans gloire et sans douceur, auprès des pauvres Indiens, enterrer toutes les énergies de son âme dans leurs misérables loges, choisir ses bien-aimés parmi ces malheureux, et ployer son cœur à ne battre que pour eux.

Louis Veuillot Pa comparé à Benoît Labre et l’a merveilleusement chanté sous le titre suggestif d’Evêque Pouilleux.

Disons, toutefois, que la vertu plus classique de Mgr Grandin n’acceptait que par devoir et pour les âmes la volontaire, prodigieuse et humiliante abjection du grand mendiant de Lorette et du Colysée.

De la vie entière de Mer Grandin, déborde, comme d’un vase trop plein, l'esprit sacerdotal et religieux, l’héroïsme apostolique. Il a connu l’héroïsme de la foi, Phéroïsme de la charité, lhéroïsme du zèle, l’héroïsme du sacrifice.

Mgr Grandin fut religieux, missionnaire, évêque. ;

Religieux, il voulut lholocauste complet, s’immola dans son corps, dans son âme, dans son cœur, et garda, toute sa vie, une fidélité de novice à ses vœux, à ses règles, à ses exercices de piété. |

Le missionnaire porta, dans un corps maladif, la passion de toutes les choses généreuses. Diffcilement, on se représente une existence plus agissante, plus entreprenante, plus dévouée que la sienne. Joseph de Maistre disait de ses livres : “ d'y: ai versé toute. ma tête” ‘Dans son œuvre , Papostolat, Mgr Grandin versa tout son cœur.

Louis Veuillot a dit du vaillant prélat cette phrase qui sent

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son homme : “Cet évêque des neiges fait bien comprendre que le froid brûle.” L’évêque fut l’homme du ministère Sacré, “plus doux que le miel, plus intrépide que le lion,” sachant faire entendre, le langage respectueux, digne, désintéressé de la charité, de la vérité, de la justice, un de ces hommes robustes en Israël, dont saint Augustin disait : si ergo principes nostri, in amore Dei perfectissimt, et in proximorum dilectione impleti; hinc potuerunt mundi impetum vincere, et cruentum sœæculum domare, quia mhil amaverunt in omni re nisi Dei voluntatem. Son courage grandissait avec les périls et ses lumières avec son ardeur. ‘

Et dans quel cadre merveilleux se déroule son apostolat ! C’est l’évangélisation de tout le Nord-Ouest qui devrait passer sous les yeux du lecteur. Fatigues inouïes, découvertes, notable insuffisance des moyens, héros fameux : c’est une immense : épopée. Il faudrait un chantre puissant.

En relisant notre manuscrit, nous avons éprouvé une crainte. Le lecteur ne verra+-il pas dans cet ouvrage un éloge à outrance ? Nous savons bien que plusieurs vies de personnages lustres sont de vrais panégyriques de Trajan. Les héros dont en retrace l'histoire n’ont pas de défauts, ont toutes les vertus. C’est un tort. Nous ne voudrions pas ressembler à ces Parisiens dont parle Montaigne, qui, jaloux, éblouis des magnificences de leur ville, “en aimaient jusqu'aux taches et aux verrues.” Un portrait flatté n’est jamais ressemblant.

Cependant pour éviter ce travers nous ne pouvons pas attribuer à Mgr Grandin des défauts qu’il n'avait pas. Quand nous aurons relevé quelques mouvements de vivacité, d’ailleurs immédiatement réprimés, nous:aurons dit de lui tout le mal que nous connaissons. Nous prétendons bien ne pas jouer à Penthousiasme. Ce.que nous écrivons est l’expression de la siinple vérité, et si nous avons mis notre cœur dans cet ouvrage,

Au INTRODUCTION

nous croyons y avoir mis notre conscience. Nous exposons sa vie, ses actes, nous relatons ses paroles, ses écrits, bonnement, simplement. Le lecteur appréciera. L’impartialité n’est pas l'indifférence. Mgr Grandin nous 2 séduit, après-tant d’autres, par lardeür de sa foi, la noblesse, Paménité de son caractère, son intrépide courage dans les âpres labeurs de son apostolat.

Où avons-nous puisé nos documents? ‘Nous avons, pour nous guider, les témoignages et souvent les témoignages écrits de ses parents, les souvenirs de ses compagnons d’apostolat qui Vont aïmé,-qui ont lutté et souffert avec lui, les Annales de la Propagation de la Foi, les Missions Catholiques, les Annales de la Congrégation des Oblats, surtout des monceaux de lettres envoyées ou reçues. Nous dirons avec Louis Veuillot : “Ce que ce hvre a de plus important, je ne l’ai pas tiré de mon encrier.” |

“Mgr Grandin écrivait beaucoup. Dans l’effusion, il laissait courir sa plume, ou laissait parler son cœur. “Tel sur le papier qu’à la bouche, et tel à la bouche qu’au cœur” Il laisse courir sa plume, mais son cœur l’inspire. (Ce n’est pas un ciseleur de phrases. : Pas de clinquant! pas de breloques! pas de compas ! La raison et surtout le cœur font tous les frais de ses divers écrits, l’art n’y entre pour rien. La plume vole, pressée par le cœur. Il peint les choses comme il les voit et comme il les sent, simplement, naturellement, sans Circonlocutions, avec une franchise populaire qui va parfois jusquà lincorrection. Mais ces lettres ont souvent un heureux abandon, une simplicité profonde qui rappéllent saint François de Sales. ‘ |

“Nous avons aussi les notes intimes que Pévêque prenait au jour le jour. Malheureusement l'incendie de VIle à la Crosse, en ‘1867, a dévoré à peu près tout. ce Le il avait écrit avant cette époque. : |

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L'histoire de Mgr Grandin sera donc, pour ainsi dire, sa vie écrite par lui-même. Comme Montaigne, “j'ai regret de ce que je laisse,” car tout n’est pas raconté. Sil fallait décrire les fondations de chaque mission avec les privations, les difficultés du début, lassistance-manifeste de. Dieu, etc., sans doute ce travail serait intéressant, mais plusieurs volumes ne sufñraiént pas. Tous ces berceaux ont leur histoire. Nous croyons que, dans la suite, un autre pourra, non pas glaner, mais moissonner dans ces nombrèux documents et livrer à l'édification du public de belles et nombreuses gerbes.

Il s’agit ici, avant tout, de l’histoire d’un cœur, d’une âme. Ceux qui ont connu le regretté prélat savent la sympathie qui rayonnait autour de sa personne. Le lecteur, lui, constatera que cette figure se détache en un puissant relief sur le fond incolore et monotone d’une société égoïste et sensuelle, il devinera la noblesse, la bonté, la délicatesse de cette âme.

Les prêtres, les missionnaires qui se sont jetés dans l’arène, pourront se mettre à son école. -

Puissions-nous lavoir fait revivre dans la plénitude de ses mérites, de ses vertus et de son cœur !

Puisse ce volume faire aimer l'Eglise, réveiller les endormis, : susciter de jeunes et ardents apôtres !

Rien au monde ne peut récompenser de telles âmes; mais il reste le Ciel et Dieu ! - ° |

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