CHAPITRE PREMIER
Naissance—La famille—Initiation à l'épreuve—La première communion —Le petit berger—Premières études—M. l'abbé Sébaux—Mort de madame Grandin—Petit séminaire—Etudes interrompues—Maladies—Le malade infirmier—Etrange examen— Désir des missions étrangères— Grand Séminaire du Mans—Premières a{lusions à sa vocation— Conseil peu apostolique d’un curé—Sacriftice généreux de monsieur (Grandin.
Vital-J'ustin Grandin naquit à Saïint-Pierre-la-Cour, aujourd’hui Saint-Pierre-sur-Orthe, diocèse de Laval, le 8 février, . 1829. Il était le neuvième fils d’une famille où les bénédictions du ciel devaient bientôt faire compter quatorze enfants.
Son père, Jean Grandin, et sa mère, Marie Veïllard, étaient des chrétiens d’une piété très rare, riches de cœur, réalisant cet idéal des époux chrétiens que Tertullien nous représente “priant ensemble, jeûnant ensemble, ensemble à l’église et à la Table sainte.”
La fortune n’était pas assise au foyer domestique; seul le travail y tenait son sceptre austère.
La jeune famille cultiva d’abord une ferme considérable, dite La Chassé, située à peu prés à mi-chemin entre Sillé-le-Guillaume et Saint-Pierre-la-Cour. Un jour d'automne, un effrayant cyclone s’abattit sur la propriété et détruisit bâtisses et récoltes. Ce fut un épouvantable désastre. Monsieur Grandin était absent; la famille fut merveilleusement protégée. La mère, cinq enfants, deux servantes se blottirent sous une longue table
massive, adossée au mur. Les murs croulèrent et quand le curé du village, les voisins vinrent pour constater les dégâts, déblayer les ruines, porter du secours, ils furent tout surpris de trouver huit personnes bien vivantes, sans une égratignure, sous cet abri providentiel.
An
N Madame, Grandin portait alors dans son sein lenfant qui , devait, us tard, être une des gloires de l'Eglise. ŒElle voulut le consacrer avant sa naissance à la Très-Sainte Vierge, et se rendit'au sanctüaire voisin de Notre-Dame- du-Chêne. Il dut s’opérer, à ce moment, quelque tressaillement insolite dans des membres du futur Jean-Baptiste, car sa vie entière ne fut qu'une perpétuelle passion pour la gloire de Jésus-Christ et de sa Très-Sainte Mère, passion qui ne s’explique bien que par cette primordiale et ineffaçable empreinte de l’attouchement divin qu’on appelle la grâce sanctifiante.
Après la catastrophe mentionnée plus haut, monsieur Grandin fit construire une hôtellerie spacieuse sur le bord de la route du Mans, ct, c’est là, que vint au monde le jeune Vital. Il fut baptisé le jour même de sa naïssance.
Les espérances qu’avait placées monsieur Grandin dans le service de son auberge ne furent pas réalisées. Son esprit chrétien se montrant intraïtable snr l’abus des boissons, les propos trop libres, les situations équivoques, la clientèle déserta. |
Le jeune Vital avait à peine deux ans quand ses parents allèrent définitivement se fixer à Arou, dans le Bas-Maine. Monsieur Grandin dut se Hvrer à un travail opiniâtre pour * Subvenir aux besoins des siens. Ce n’était pas la pauvreté désemparée, besogneuse qui confine à la misère, mais cette pauvreté honnête, intéressante, vaillante qui commande le rude travail. Si la pauvreté est une couronne d’épines, tout dépend. du front qui la porte.
La première institutrice de la famille fut madame Grandin. Chrétienne d’un autre âge, elle craïignait moins, pour ses enfants, la visite de la mort que celle du péché. La foi n’enlevait rien à la plus affectueuse tendresse. “ Cette chère maman, dira plus tard l’évêque missionnaire, comme elle nous aimait, et comme elle savait nous inspirer l’horreur du mensonge, du vol, l’amour de la simplicité !” ”
Elle était bien secondée par son mari. Monsieur Grandin, qui était aussi mère qu’un homme peut Pêtre, entourait ses enfants de laffection la plus vive. Après les rudes labeurs de la jour- ‘née, il se prétait à leurs jeux, puis présidait la prière du soir, la récitation du chapelet, une lecture de piété. Lui-même, les conduisait aux offices du dimanche et se plaisait, au retour, à leur expliquer minutieusement les instructions entendues, un peu longuement peut-être, ce qui faisait dire à l’un de ses fils : “Papa nous fait des sermons plus longs que ceux de monsieur le curé.”
. Dans sa pauvreté, monsieur Grandin se montrait généreux envers ceux qui étaient plus pauvres que lui. Souvent, la nuit, accompagné de ses enfants, il allait distribuer du pain, du bois, des remèdes, du linge aux malades abandonnés. Oubliant que lui-même était flagellé par le besoin, il porta parfois les témoignages de sa charité à un degré que pouvait condamner la prudence humaine.
Le jeune Vital n’oubliera pas ces leçons d’héroïsme; elles auront ün long écho dans sa vie. Il avait, pour ses bons parents, une tendresse, un amour tels que, d’après le témoignage de 8es
. frères et de ses sœurs, jamais il ne lui arriva de leur causer la
moindre peine, la plus légère inquiétude. Son exquise sensibilité lui arrachait des larmes au récit de l’histoire de Joseph vendu par ses frères, du dénuement du Sauveur dans la crèche. “Nous ne ‘sommes pas riches, disait-il un soir à son père, mais Notre Seigneur l'était beaucoup moins que nous. J’ai une maïson et la Sainte Vierge ne trouva qu’une étable; j’ai un bon lit où reposer et Jésus n'avait qu’une crèche. Nous serions moins riches, je ne m'en affligerais pas.”
Le surnaturel envahissait cette âme qui devait lui appartenir tout entière.
Par une sorte de pressentiment de sa vocation. future, il
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aimait à imiter le prêtre, Monté sur une chaise, il faisait gravement le signe de la croix et prêchait à sa manière, répétant sans cesse, avec ce petit zézaiement qui ne le quitta jamais: “ Quiconque s’abaisse sera élevé, quiconque s’élève sera abaissé.” C’était une consolation pour le complaisant auditoire.
Servir à l’autel était sa joie. Son âme s'ouvrait aux magnificences du culte et prenait ce goût de la sainte liturgie qui fut une des passions de sa vie.
Un jour, il rentre à la maison, les yeux pleins de larmes. Sa mère lui en ayant demandé la cause, il répondit qu’un voisin venait de pousser un horrible blasphème.
La ‘première communion mit le sceau à ces grâces prévenantes. Il n'avait que 9 ans et 6 mois quand. il y fut admis. Il n’oublia jamais ce jour de la visite divine, et jusqu'à la fin de sa vie, il en célèbrera, chaque année, le pieux anniversaire. En ce beau jour, Vital sentit en lui le désir du sacerdoce. Voyant les anxiétés et la pauvreté de ses parents, il n’osa pas manifester son désir. Les ressources n’augmentaient pas, les charges devenaient plus lourdes avec les années. Ce beau lys devait croître au milieu des épines.
D'ailleurs, son frère Jean, le sixième enfant de la famille, était déjà parti pour le petit séminaire.
À la première ouverture que Jean avait fait à son père de son désir d’être prêtre, monsieur Grandin n’avait manifesté aucun enthousiasme. | |
“ Jean, dit-il, tu n’es pas assez sage pour penser à une telle vocation. Un prêtre doit être un saint ! ÆEt j'aime mieux te voir mourir simple cultivateur que de te voir un prêtre nuisible ou même inutile.”
Quelques jours après, l'enfant était revenu à la charge,
- disant son vif désir de devenir prêtre pour se dévouer au bien * des âmes.
Tout ému, le père avait cédé. “ Mon enfant, si tu envisageais la position du prêtre comme devant. te conduire à l’aisance, à la richesse, à l’honneur, je te dirais : non, mille fois non ! mais
si tu désires simplement te sacrifier pour les pauvres, les malades, les pécheurs, je ne puis m’opposer à ta vocation. Va, nous t’aiderons de notre mieux” Et, après avoir reçu, du