LA RIVIÈRE DU VENTRE, LETHBRIDGE
ments intolérables dans tous les muscles, etc., faisaient de ses jours, et surtout de ses nuits, un incessant martyre. Et puis, la dernière opération ne l’avait pas guéri, toutes les pierres navaient pas été broyées; il dut encore se rendre à Montréal pour se livrer entre lés mains des docteurs. Oh ! qu'il avait en. horreur ce qu’il appelait “les humiliantes cérémonies.” Cet état de souffrances lui laisse entrevoir sa fin prochaïine : “Il y à longtemps, écrit-il, que, par différentes voix, l'Esprit saint
m’avertit que bientôt je devrai rendre mes comptes, quia mors
mea prope est in januis. Je suis obligé de tenir un journal pour aider ma mémoire infidèle. Le Seigneur, sans écrire, tient aussi , son journal. Quels volumes, mon Dieu, il a pu écrire s’il a tenu compte de tous les méfaits de mes soixante-sept ans ! Si iniquitates observaveris, Domine, quis sustinebit £ Ma bonne Mère, plaidez ma cause et obtenez-moi miséricorde. Déjà, la mort agit puissamment sur moi. Je l’accepte, ô mon Dieu, comme une punition. bien méritée de mes nombreux péchés. Je Paccepte pour le temps, le lieu, les circonstances si pénibles qu’elles puissent être pour moi, dès lors que tout sera d’après votre sainte volonté. Malgré les plaintes et peut-être, hélas ! Jes murmures que la douleur et ma faiblesse marracheront, je dis d’avance et pour ces moments difficiles : Jia, Pater, voluntas tua semper ! Fiat in vit@ et in morte ct in œternilate meûl!
Cest en cette année 1895, que fut fondé l'établissement de Saint-Paul-des-Métis sur le lac des Œuis. |
- Lors des traités, ‘lès. Métis, af moins généralement, avaient refusé, dams leur amour-propre, de se classer aù Tang des Sauvages. Ils avaient préféré prendre des, terres comme les blancs. Après la guerre de’ 1855, ils avaient reçu des scrips, titres légaux, les rendant propriétaires de ‘terrains considérables.
Mais leur grang esprit d'indépendance, leur humeur ” geuse, les rendait incapables d'un travail régulier. Is s ‘aper-
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> | — 445 — çurent vite qu’ils ne pouvaient rivaliser avec les nouveaux colons. Ils vendirent les terres que le gouvernement leur avait cédées, et biéntôt ce fut la pauvreté, la misère.
Nous avons décrit ailleurs origine, la vie aventureuse, les mœurs des Métis. A l’arrivée de Mgr Grandin dans le pays, la Compagnie de la Baie d'Hudson payait l'engagement de ses hommes de dix-huit à vingt livres sterling; mais elle avait tout intérêt à leur faire dépenser cette somme pour les obliger à ne pas laisser le service et elle y: réussissait facilèment. Les Métis ïecevaient la nourriture ordinaire du pays, le logement pour eux et leur famille, mais ils payaient les vêtements, les ustensiles de cuisine, le thé, le sucre et une foule d'objets de fantaisie dont ils ne se privaient pas. |
La sauvagesse mariée à un blanc shabillait, autant que possible, à la façon des blancs, professait, le plus souvent, la religion de son mari, finissait par avoir quelques habitudes de propreté qui augmentaient chez les enfants, mais, ni elle, ni les enfants n’avaiènt aucune idée d'économie. Ils ne connais-
aient nullement l'argent et n’estimai ent. que ce qu’ils voyaient,
ce dont ils ysaient, et. désignaient le tout du nom générique de butin. En automne, les hommes se rendaient dans un poste central, tel que le fort Simpson, le fort des Prairies, et y prenaent ce qu'ils appelaient leurs avances, c’est-à-dire du butin en proportion de leurs gages et du nombre des membres de la.farnille. On voyait alors tout ce monde, les femmes et les enfants sürtout, vêtus de neuf, et ce neuf devait aller jusqu’à VPautomne suivant. Le rachommodage était inconnu.
Les engagés métis travaillaient fort tout Vété, travail dur e long, souvent de jour et de nuit. Les Sauvages n'y résistaient
‘ généralement pas Un: Bourgèois du Mackenzie disait à Mgr
Grandin que les jeunes Flanes-de-chieñ mouraient tous de consomption après avoir été une fois ou deux au grand Portage.
Les Canadiens Pnétis se faisaient à cette vie. fk ge plaignaïent, murmurdient parfois, maïs quelques heures de voile, un bon repas les mettaient de bonne humeur et leur fâisaient oublier‘ les misères passées. Ordinairement, dans les plus mauvais pas, dans les heures les plus critiques, ils savaient assaisonner leurs difficultés de plaisanteries, faisaient revivre le vieux rire
gaulois, et saluaient de leurs cris de joie la victoire eur l'obstacle. |
Telle était la vie de la grande majorité des Métis, vivre au .
jour le jour. Ils comparaient le butin aux feuilles des arbres qui poussent au printemps et tombent en automne.
En quittant le service de la Compagnie, les Métis qui avaient de argent achetèrent des animaux domestiques, des chevaux surtout. La famille ne fecevant plus de ration vivait de chasse et.de pêche. La culture était négligée; on n’en voyait pas la nécessité. Les hommes n’étaient pas habitués à ce travail régulier, à ce soin minutieux des animaux qu’exige une ferme
moderne. Le laït, on le buvait de suite, et il n’était presque :
pas question. de beurre. Quand le missionnaire parlait d’économie, les Métis ne comprenaïient pas ce qu'il voulait bien dire. N’avaient-ils pas leur fusil pour se procurer du butin ?
Si le Nord-Ouest ne se fût.pas ouvert brusquement à la civi-
lisation, on aurait pu les former peu à peu à la vie civilisée.
La marche de la civilisation était trop violente pour eux. Le contact' avec les blancs leur était aussi funeste qu'aux Sauvages. Le fléau de lalcoolisme faisait des ravages inouïs. Dans: certains milieux, on ne comptait plus les alcoolisés, mais ceux qui ne l’étaient pas. Des aboyeurs de tribune redou-, blaient d'efforts pour les éloigner du prêtre, de l’église.
Le Père Lacombe voulut sauver cette race métisse si chère à son cœur. Il se proposa de les arracher aux séductions des petites villes, de les agglomérer ensemble, de les guider, de les encourager dans leurs travaux. Il écrivait à son Evêque: “ Nous,
eo
— AÂT —
les vieux missionnaires, nous ne pouvons pas oublier ce que nous
avons fait pour les Métis et ce qu’ils ont fait pour nous. Par
leur attachement et leur dévouement, ils ont droit à notre affection, malgré là démoralisation d’un grand nombre...
Laïssez-moi dépenser ce qui me reste encore de force physique
et d'énergie pour travailler à cette œuvre que le bon Dieu m'a
inspirée et en laquelle j’ai foi. Il me semble que la- Providence
ma conservé ce degré de santé, à mon âge avancé, pour entreprendre et faire surgir ce qui peut paraître impossible et absurde.” Ce plan ne pouvait que sourire à Mgr Grandin. Tout en » donnant pleine liberté à son apôtre, il jui annonçait des mécomptes et des déboires : “ Allez, lui dit-il, que Dieu bénisse votre zèle ! Mais si c’est aujourd’hui le dimanche des Rameaux, ce sera bientôt le Vendredi-saiñt.” h
L'influence que le Père Lacombe s'était acquise auprès du gouvernement et dés -grandes compagnies de chemins de fer par les services qu’il leur avait rendus en différentes circonstances, lui faciljta la réalisation de ses projets. Il obtint, du gouvernement canadien, un très grand territoire Dur les bords ‘de la rivière Saskatchewan, dans le but d'y rassembler les Métis et d’y former une colonie, sous le nom de Saint-Paul-des-M étis. Quatre townships ou cent quarante-quaire milles carrés étaient affectés pour vingt et un ans à l’usage de la colonie.
On constitua une corporation responsable, dont les évêques de Saint-Boniface, Saint-Albert, Prinæe-Albert et le R. P. Lacombe étaient les patrons. Le terrain fut divisé en sections et lots, pour être distribués, d’après certaines conditions; D familles qui viendraient s’y établir. ' :
# ur le mis” On construisit une chapelle avec une résidence po —— un moulin et ©
sionmaire, un couvent pour les sœurs, une école,
: 2 une scierie; on se procura des machines pour | des animaux, vaches, bœufs, chevaux, etc.
agriculture, ‘et
“ Puisse cette colonie de Saint-Paul-des-Métis réussir et
- prospérer ! écrivait le Père Lacombe . Alors nous aurons sauvé une population qui a tant de droite à son existence, dans un ” pays où elle a été la première à embrasser la Foi et un puissant
‘auxilidire de la civilisation.”