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de culture et emploi presque universel des faucheuses mécaniques, interrompant la continuité de l’épais manteau‘de foin. qui servait d’aliment à la flame, sont appelés à supprimer, (— dans un avenir prochain, cette cause de ruine, au moins dans ‘ le voisinage immédiat des régions colonisées. “(*) : + Donc, les nouveaux venus s’établissaient sur ‘ce sol vierge œ d’une énergie. de produetion. étonnante; ils respiraient à l’aise au milieu de cette nature primitive, libres des entraves qui chargent -leurs frères d'Europe. Un -champ immense se
ScÈNES DU Nonb-OuEs |
P + 4 déployait devant eux, sans autres limites que celles du travail .
et de l’activité. oo .. è Comme les anciens moines, les missionnaires donnaient
’ l'exemple: ils plantaient, bâtissaient, cultivaient, transformaient
le pays. : | Mgr Grandin. encourageait les colons, donnant: lui-même exemple du travail, Dans son journal du 5 octobre, ilnote
le succès de la culture des patates. “ C’est à ne pas y croire,
écrit-il.. Je n’ai jamais vu, en Europe, des pommes de terre |
de cette taille. Nous en ‘avons oueilli plusieurs du poids de Lu TT —————
TT à
(1) De Lamothe, Cinq mois chez les Français d'Amérique. : x
quatre livres” En effet, on voit facilement, à Saint-Albert, des choux de frente-sept livres, deb navets pesant vingt-cinq livres” , ,— +
Dans une seule année la récolte de Saïint-Albert donna : 48, 150 minots de grains et 5,885. minots de légumies. 2,383 acres de terre avaient été ensemencées. Quelques années plus tard, les environs immédiats d’Edmonton et de Saint-Albert donnaient un résultat total de 240,000 minots de grains, soit 56 ° millions de kilogrammes. |
Ces travaux matériels n'étaient, pour Mgr Grandin, qu'un moyen d’atteindre les âmes. Pour elles aucun sacrifice ne pouvait lui‘coûter. A cette époque, le mot magique de Klondyke venait de retentir dans le monde entier, et des milliers de voyageurs se précipitaient vers les froides régions du Nord, à la recherche des pépites. “ C’est la fièvre, la folie de l’or, écrivait-il. Depuis quelque temps, je suis assiégé de consultations sur les voies à suivre. Pour trouver ce métal, des caravanes, ignorantes des difficultés, du pays, partent aveuglément par terre, par eau, s’exposant à bien des déboires, peut-être à mourir de faim.”
I] avait cette marque particulière du vrai chrétien qui est la * religion des petits.
Un pauvre orphelin malade était rejeté, ibandonsé de tous. - Monseigneur l'installe dans sa propre chambre à lui, le garde pendant plusieurs mois, et souvent se lève la nuit pour le ‘ Soigner. . + 27 :
Une vieïlle sauvagesse épileptique, qui avait quitté « sa réserve, était tombée dans les flammes d’un foyér, et se trouvait'dans un ‘état affreux. Le Département Indien ne voulait pas s’en occuper parce qu'elle était sortie du traité. Monseigüeur n’a : pas de repos qu’elle ne soit recueillie chez les bonnes sœurs.
Quand es Pères étaient malades, il ge lévait souvent le nuit pour leur offrir une potion et entretenir le feu. *
Lui-même soigne et veille, dans cette même année 1892, deux
de ses missionnaires mourants, et les prépare au grand voyage de Pétermité. ® -
Conime il savait, encourager le zèle de ses collaborateurs !
Un de ses Pères se plaignat de n° avoir eu que trente communions dans ‘une, nouvélle station, et semblait découragé. # Félicitez-vous, cher ami, d’avoir eu trente chrétiens. Vous n’en aviez que vingt-sept l’année dernière; il y à donc progrès.
“N’oubliez pas que Celui poux qui nous nous dévouons ne nous récompensera pas d’après nos succès. Notre divin Sauveur luimême, malgré ses miracles, sa grande’ charité, ses perfections . infinies n’a fait que peu de conversions, et, lors de sa Passion, On pui voir combien ces conversions étaient peu Sincères, Il re eu, on peut le dire, aucune consolation dans son ajostolat: A Ne soyez pas plus exigeant que Lui. Si les habitants de X.. étaient des saints, ils n’auraient pas besoin de vous. Vous avez été envoyé pour les convertir; travaillez done dans ce but, priez, suppliez, souffrez, supportez les rebuts, les ingratitudes.
Ainsi, vous réussirez, sinon à opérer des conversions, du moins à plaire à Dieuytet c’est ce que nous voulons après tout, n'est-ce pas ??
Il pensait comme le Père de la Colombière :
qu’un chrétien vraiment saint fait plrié d'honneur à Dieu qu’un , million de chrétiens imparfaits, quel. Élus grand bien pourrait-il marriver que d’avoir contribué à mettre une + âme dans la voie de la véritable ainteté” |
. Comme il avait à cœur la sanctification de ses Pères ! Que - de lettres, que d'instructions, que de circulaires dans ce but !
La plupart de ces lettres étaient ce fer ‘rougi du feu de 2 l'amour divin qui cautérise et qui sauve. : Pas de vertus d'à | peu près. Il leur rappelait l’inéluctable loi de l'expiation. Un missionngire immortifié était un contre-sens pour lui. “ C’est par les marches de la souffrance, disait-il, que nous ferons
SI est vrai .
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Vascension vers” Dieu.” s
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ÿ | " L'union des cœurs, il la voulait à tout prix, et la regardait . gomme une condition indispensable du succès. “Mon cher ami, écrivait-il à un de ses Pères d’humeur un peu diicile, le
Pape peut dispenser de l’obéissance, de la charité, jamais.”
À son avis, le missionnaire devait se rappeler qu’il est forma factus gregis ex animo, devait s’efforcer de réaliser en lui dans. leur perfection toutes les vertus et rendre ces vertus communicatives,
Ji avait une manière irrésistible de prêcher lobéissance,
° humilité. Un frère convers avait refusé d’obéir au Père
économe et d’ailer chercher, à la rivière, l’eau nécessaire aux besoins de la mission. Sans mot dire, Monseigneur attelle luimême les chevaux et accomplit le travail, à la grande confusion du frère qui ne savait comment réparer sa faute.
La grande souffrance des saints, le martyre du cœur ne ui fut pas épargné. La crainte d’être un obstacle au bien torturait
- son âme. Un Père, moraliste en chambre, lui ayant fait des
critiques exagérées sur son diocèse, sur sa direction, etc., Monseigneur en fut profondément troublé. Son journal nous mani-. feste ses craintes et ses appréhensions : “Cet homme de Dieu me fera devenir fou, écrivait-il, Et malheureusement il a plus . de raison que je serais porté à le ‘croire à cause des difficultés que je vois de suivre ses plans, difficultés dont il ne semble
. pas tenir compte. Le pays ayant beaücoup changé, nous avons
des habitudes prises dont nous ne pouvons nous. défaire. Je nai jamais été à la hauteur de ma charge, maintenant, moins que jamais. L'œuvre de Dieu souffre entre mes mains. Pour la première fois aujourd’hui, j’ai demandé à Dieu de me retirer de ce monde, Je puis bien en conscieñcé lui faire gette demande ‘pour sa plus grande gloire et pour ie bien du diocèse” Durant plusieurs mois, il est assiégé des mêmes «préoccupations, surtout à l’occasion du trente-deuxième anniversaire de ça consécration : “Je suis bieh. malheureux. : Cependant, je suis dans la posi-
tion où le bon Dieu m'a mis; il savait ce que j'étais. Il savait aussi que je n’ai voulu et cherché que sa gloire, que je n’ai jamais rien dissimulé à nos supérieurs. Je compte donc eur ses miséricordes, et je le supplie de m'appeler bien vite à Lui. On m’a répété : Ad multos,annos ! Qu'il daigne, au contraire, les diminuer pour mon plus grand bien et sa plus grande gloire.” |
En public, par vertu, il se montrait joyeusement résolu; en réalité il se sentait plongé dans un “océan de pensées mélancoliques. Le-désir d’offrir sa démission au Souverain-Pontife avait percé dahs plusieurs de ses correspondances. C’est par un cri de douleur qu'il avait terminé une lettre au R. P- Soulier : “Je supplie notre bien aimé Père général d’avoir pitié de moi et de me permettre de demander au Souverain- Pontife .de me décharger.”
Mais, Monseigneur, votre moraliste n’a pas le monopole de l’orthodoxie religieuse, répondait le Père Soulier... Nous vous CODNAÏSSONS, TOUS VOUS voyons à l’œuvre comme évêque depuis plus de trente ams. Nous rendons hommage à la droïture de vos intentions, à la sagesse de vos actes, à votre inaltérable dévouement, à la délicatesse de- votre conscience d’évêque et de religieux. On peut attester qu’au point de vue même de la doctrine vous avez fait fort bonne figure en Amérique et.en Europe deyant les prints de l'Eglise, et devant les princes de la littérature. Nous,souhaitons à vos critiques d’égaler voire prudence dans la conduite des affaires, votre courage dans les difficultés, votre esprit de foi et votre piété € dans la mauvaise comme dans la tonne fortune.”
. Dieu voulait-il que le sol semblât s'effondrer sous les de son serviteur afin que celui-ci ne pôt placer son espoir et &es affections que dans le ciel Pr,
‘Il apprenait en même temps la défection d'un à
” sionnaires et ls mort de Mgr Sébaux.
pieds
e ses mis-
Il pleura le premier comme ime mère peut pleurer son enfant perdu, et courut jusqu'aux "Etats-Unis pour chercher la brebis égarée. “J’espérais, autrefois, note-til tristement, que dans nos pénibles missions nous ne pouvions être exposés à de semblables misères. , Le fait est que les misères physiques, et Dieu seul sait ce qu’elles ont, été pou moi, ne sont point comparables aux peines morales” |
Mgr Sébaux fut pleuré comme on pleure à la mort d’un père. On vit Mgr Grandin tomber à| genoux, et un flot de larmes s’échapper de ses yeux. Ce deüil, il le portera toute sa vie. “ Le saint évêque d'Angoulême est mort, écrit-il. Je ne cesserai jamais de prier pour ce bienfaiteur insigne dont je ne pourrai dire assez de bien. J’espère que le bon Dieu-a payé mes dettes envers lui” 1] voulut qu’un service solennel fût célébré dans la cathédrale de Saint-Albert pour le repos de l'âme de celui qu’il aimait à appeler son père. |
Il y eut cependant un rayon de lumière au milieu de ces ténèbres. .
Au mois de mai 1892, Mgr Grandin eut la joie de recevoir, à Saint-Albert, une pléiade d'amis, Mgr Taché, Mgr Lafièche, Mgr Duhamel, Mgr Macdonald, évêque d’Alexandria, Mgr Brondel, évêque d’Helena, Mgr Grouard, Mer Lorrain, évêque de Pontiac. ‘Ces prélats étaient accompagnés des vicaires généraux des divers diocèses du Canada, et de plusieurs ecclésiastiques et laïques de marque. |
Cette visite avait un but d’un ordre élévé. On n’a pas oublié que la province de Québec a donné naissance aux missions du
© Nord-Ouest. C’est -elle qui avait délégué, vers Les tribus païennes de ces immenses territoires, . les premiers, messagers
de la bonne nouvelle, Aujourd’hui, l’Eglise de l'Ouest voulait montrer ses œuvres à celle de l’Est et lui témoigner sa gratitude. I! s'agissait de resserrer les. vieux liens d'affection, de faire mieux connaître les incontestables. richesses inexploitées de l'Ouest et aussi ses besoins. .
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Par lintermédiaire du Père Lacombe, la compagnie du Pacifique Canadien avait bien voulu .mettre à la disposition des excursionnistes un wagon princier.
Les illustres prélats visitèrent successivement Saint-Boniface, Prince-Albert, Saint-Albert, New-Westminster. .
A Saint-Albert la réception fut triomphale.
Le lendemain de larrivée des visiteurs était un dimanche, ; et la cathédrale, toute pavoisée et décorée, fut le théâtre des plus imposantes solennités.
Ce fut, d’abord à la grand’messe, un magnifique discours de
Mgr Taché, retraçant les progrès réalisés dans l'Eglise du Nord-
Ouest, Quelle joie pour l’apôtre ! Comme ce grain de sénevé .
avait germé rapidement ! quel bel arbre il était devenu ! Le soir, aux vêpres, ce fut le tour de Mgr Laflèche d’épancher
son cœur, et de dire sa joie. .
Qu'on nous permette un détail intime, Ce fut pour la première fois, à l’occasion de cette excursion épiscopale, le 28 mai, que parurent les draps de lit dans le pauvre évêché de Saint- Albert. C’est aussi à partir de cette époque qu'il y eut quel- -quefois du sucre sur la table,
Cependant, la maladie, comme une chaîne de fer, enlaçait, chaque jour plus étroitement, le saint Evêque. Une nouvelle souffrance grave, implacable, vint s’abattre sur Jui. ressenti les premiers symptômes dès le mois de novembre 1890, dans un de ses longs voyages à travers son diocèse, puis, s’apercevant qu’au repos la souffrance disparaissait, il avait attribué son mal aux cahots des voitures. | |
Les docteurs du pays ne s’entendaient pas d'abord sur le
caractère de la maladie, et lui infligèrent des traitements longs,
désagréables et inutiles. Quelques-uns parlaient discrètement
de la pierre, la plupart affrmaient simplement une grande
inflammation des organes. : | Ce qui l’effrayait, ce n’était pas la souffrance, c'était la crainte
Îl en avait ,
de devenir un serviteur inutile, servus fnutilissimus, Citons encore son journal : «
“Je ne me fais pas illusion. Je suis atteint de la maladie qui me conduira au tombeau; je crains que ce ne soit bien lentement., Ne vais-je pas devenir une charge pour le diocèse ? Ma grande peine cest d’avoir la responsabilité d’um grand diocèse dans un temps où il faudrait un grand développement d'activité, et d’être engourdi par la maladie et l'obligation de me soigner !
Le 8 février 1892, soixante-troisième anniversaire de sa naissance eb de son baptême, ce sont les. mêmes sentiments . dhumilité et abandon qu’il consigne ‘dans ses notes :
“Soixante-trois ans ! Combien de temps plaira-t-il à Dieu de me laisser encore sur la terre ? Je suis À Lui à la vie, à la mort, À en juger par les apparences, je ne crois pas que la mort soit bien loin. Ma vie a été plus longue que je ne ‘pouvais l’espérer. Ah! si je l'avais mieux employée ! En réparation de mes fautes, j’accepte d'avance, avec la plus grande soumission à la volonté de Dieu, la mort, quand, où, et comme I] voudra. La seule grâce que je Lui demande, c’est-de mourir en son amour, cest qu'il me donne un successeur selon son cœur, qui répare mes fautes et fasse le bien que je n’ai pas fait.” Le mal empirait, les souffrances devenaient intolérables, Ses amis lengageaient à se rendre em France pour consulter des epécialistes.. Le docteur Rüch, son neveu, lui écrivait de Paris :
“ Pour moi, vos médecins se trompent. Je suis persuadé que
vous avez la pierre et qu’une opération est inévitable. Avezvous un homme assez habile pour ne pas provoquer des accidents évitables ? Aurez-vous, là-bas, bous les moyens antiseptiques nécessaires pour que l'opération ne soit pas funeste ?” Et il Vengageait, si c'était possible, à entreprentdre le voyage de Paris.
De son côté, le R. P. Soulier, assistant général, lui envoyait
les mêmes pressantes invitations :
La4 : N | Je dois vous assurer que ce genre d'opération se pratique”
ici fort souvent et réussit presque toujours, mêma sur des vieil- Jards de soixante-dix à quatre-vingts ans. Comme le voyage d'Europe &e fait à peu près constamment en chemin de fer et en paquebot, et que ce mode de locomotion est celui qi vous fatigue le moins, je vous verrais volontiers tenter de venir vous faire opérer à Paris. Partant en janvier, nous vous verrions. probablement guéri dans le moïs de mars, et vous pourriez prendre part au Chapitre général, ce qui serait pour tous une consolation. de ; ont. à Grain hésitait beaucoup à se rendre à ces appels. du ’il m'en coûte, | écrivait-il, d'entreprendre ce voyage à cause de linfirmité si éénante et si humiliante dont il à plu à Dieu de me gratifier !: qu’il m'en coûte de me metire entre les mains des docteurs ! Enfin, cela ne me retirera pas, j espère, * des mains de Dieu.” ,
La mort du T. R. P. Fabre, supérieur 8 général des Oblats, furvenant eur ces entrefaites et nécessitant la réunion du
Chapitre général pour procéder à l'élection d’un successeur, mit fin à ses hésitations.
11 quitta Saint-Albert, le 19 janvier 1893, accompagné de son neveu, le Père Grandin.
À Paris, un spécialiste célèbre, le docteur Basy, constats immédiatement la présence de plusieurs pierres. L'opération de la lithotritie fut déclarée nécessaire. ‘Je ne m'en tirerai pas à moins de quelques milliers de francs. C’est une triste
nécessité,” disait le pauvre Evêque.
Le 23. février, il dut s’installer chez les frères de Saint-Jean
de Dieu, où il fut reçu av fut fixée au lendemain matin. La veille de l'opération, “Voilà ma chambre transformée en phar-
force instruments de chirurgie que j'ose" émouvdir,
il écrit,
dans son journal :
macie : force flacons, ‘À peine regarder. Tout cela ne peut manquer de m ’é
ec charité et vénération. L'opération ,
et je ne pense pas dormir beaucoup cette nuit. Je’suis entre Jes mains de Dieu; j'accepte la mort pour demain, ou plûs tard, -suivant son bon plaisir; mais, qu'Il me traite selon l’étendue de ses miséricordes ! ” .
Le lendemain matin, l’opération eut lieu; c’était un vendredi. , “On endormit le prélat. Pendant l'opération, malgré le sommeil, -ses lèvres murmuraient des prières. “Vers dix heures, écrit-il, .je me trouve sur mon lit,-bien souffrant, entouré de mes charitables infirmiers. On me dit que l’opération a réussi.”
Dans les premiers jours de sa convalescence, sa grande privation est de ne pouvoir ni réciter le bréviaire, ni célébrer la sainte messe. “J ’espérais qu’on me permettrait au moins de -communier. Pas de messe : c’est 1à mon plus grand mal”
Il fut, cependant, bien consolé pendant les longs jours de sa convalescence de trouver, à son chevet, ses amis et ses parents; les membres de l’administration générale de ea con- -grégation : les RR. PP. Soulier, Antoine, Augier; son frère aîné, le bon chanoine de Laval, ses nombreux neveux et nièces, mademoiselle Elise Veuillot, la comtesse Lafon, ete, etc. “Impossible d'approcher ce saint Evêque, sans devenir meilleur,” disaient les bons frères infirmiers,
Le docteur Basy, lui aussi, fut profondément édifié de la “douceur, de la patience .de son malade, et quand celui-ci, après presque un mois de soins fidèles, voulut lui offrir des hono- “raires, il refusa, disant : Monseigneur, je serai suffisamment payé, si vous voulez bien prier pour'moi et pour les miens”,
Le succès de l'opération était relatif, car toutes les pierres n'avaient pas été broyées; mais il y avait un soulagement réel, -et l’Evêque avait espérance de continuer quelques temps sa vie de zèle ef de sacrifice. |
Il consentit se reposer quelques jours à Laval. C’était une indicible consolation pour le vieux chanoine de recevoir, chez lui, son ‘illustre frère,
“Mon frère chez qui je suis descendu, écrivait l’Evêque, est tout aussi dévoué que moi-même aux intérêts de mon diocèse. Que de démarches ! que de visites ! il fait ce que je n’oserais faire moi-même. Quand je suis chez lui, j’occupe sa chambre. C’est lui qui, le matin, se lève le premier et fait du feu. Cependant, il est mon aîné de huit ans et jai été son élève. Par esprit de pauvreté’ et d’éconoinie, il passe l'hiver sans autre feu que celui de sa cuisine, et dans sa chambre, il a une simple chaufferette ou réchaud. Il me faudrait des pages pour faire connaîtré ce que ce dévoué frère fait pour m'aider. Que Dieu lui en tienne compte !”
« Encore en convalescence, le voilà qui sillonne la France. caresse le projet d'organiser, sur des bases solides, son séminaire de Saint-Albert, et il en cherche les moyens. On le voit successivement au Mans, à Laval, à Séez, à Lyon, à Grenoble, à Nantes, à Saint-Brieuc, à Vannes où il obtient des reliques de sainte Anne, à Niort où il prend park, comme prélat assistant, au sacre de Mgr Joulain, O.M.I., nommé évêque de Jaffna (Ceylan), à Tourcoing, à Nevers, à Nancy, etc
Cet héroïque memdiant visite la laborieuse et chrétienne la bienveillance du cardinal de Malines.
Belgique, grâce à Bruxelles, Anvers, Namur, Bruges, Gand, Tournai entendirent
sa parole. Il étemdit même ses prédications jusqu'à Metz,
Strasbourg, Cologne, Munich, ete, etc.
Toutes ces quêtes n’allaient pas sans déboires et sans humiliations. Dans un diocèse étranger, l’Ordinaire ne crut pas pouvoir autoriser Mgr Grandin à faire des quêtes publiques, mais seulement des quêtes à domicile; il consentit même à Jui donner une lettre d'introduction et de recommandation. Ce
genre de quête, un peu nouveau pour lV'Evêque-missionnaire, lui fut cause de plusieurs mésaventures. Un curé, surle vudela lettre de son évêque, autorisant Mer Grandin à quêter, ne put
8 ’empêcher d’esquisser une moue significative. À la demande de
Monseigneur, sollicitant les adresses de quelques peisonnes charitables, il répondit d’abord par une fin de non‘ recevoir, Enfin, sur les instances du prélat, il consentit à lui donner un guide. Cet introducteur était un pauvre cordonnier qui conduisait, moyennant finances, tous les mendiants du pays. Etant connu comme tel, il ne pouvait qu’attirer des avanies à san compagnon. © Monseigneur accepta, ne connaissant pas la situation honorifique de son. cicerone. On sonna à la porte des principaux hôtels. Une servante venait ordinairement ouvrir, et, à la . vue du ‘guide, c'était un invariable : Monsieur est absent ! Madame n’est pas visible ! Ce jour-là, Monseigneur fut obligé de prendre son cœur à deux mains, ei de penser à l’avenir de son diocèse pour ne pas rebrousser chemin.
À Rome, Léon XIII fut comme toujours d’une bonté touchante pour l'évêque de Saint-Albert. Dürant, trois quarts d'heure, le Pape et l’ardent apôtre s’entretinrent des missions du Nord-Ouest, de leurs difficultés physiques et morales. |
Et comme Mgr Grandin s’excusait de ne rien offrir au denier * de saint Pierre, le Pape Varrêta par une caresse paternelle sur la joue en disant : À Mais vous êtes mon frère” |
Le Chapitre général de la congrégation des Oblats. avait élu le R. P. Soulier comme supérieur général. Monseigneur se réjouit beaucoup du choix de ce Père qu’il disait homme de caractère, d’action, de prudence et de grande vertu. Ïl eut, avec lui, de longs entretiens sur son diocèse, sur la nécessité d’un coadjuteur, ete. % Que ces conversations m ‘ont fait du bien:! disait-il. :
Les adieux à sa famille furent pénibles. Des quatorze enfanis qui, autrefois, égayaient la maison paternelle, il ne restait plus que trois vieillards. Avec l’Evêque, seuls, le vieux chanoine et sa sœur Mélanie vivaient encore. Tous les trois semblaient
ressentir que c'était leur dernière réunion. Bien des larmes fait versées.
Le vénérable chanoine voulut accompagner son cher prélat jusqu'au Havre, Il linställa dans sa cabine et longuement Pétreignit. dans ‘ses bras. ‘Tous les deux pleurèrent. Quand démarra le navire, debout sur le quai, penché comme pour
TR. P. Sourzer, 3ème SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DE LA # 4 Conerfcarron pgs missroxxattes O. M. I.
vieilles mains tremblantes, le
suivre son frère, de loin, de ses signes d'adieux. Les deux
bon chanoine envoyait encore des frères ne devaient plus se revoir ici-bas. .
tar
x | CHAPITRE XXIII
Mort de Mgr geché Vie T. Rév-P. Soulier, sup. gén. des Oblats— Svs 66-4ns:Sacre dé Mir :Lingevin, “ârchevêque de Saint-Boniface—Consécration- -dedéglise de Lethbridge" ouvelles souffrances —Sain t-Paul-des- Métis,
Mgr Grandin était à peine installé à Saint-Albert qu’un télégramme, l’appelait auprès de Mer Taché gravement malade. Il ävait longuement entretenu son cher métropolitain quelques jours auparavant à Saint-Boniface, et il l'avait quitté avec espérance de voir cette précieuse exislence se prolonger longtemps encore.
Mgr Taché soutenait depuis quelques années avec une-
extrême énergie une vigoureuse campagne pour la liberté *
des écoles du Manitoba. Il avait usé ses forces dans une courageuse défense de la justice et de la vérité. De plus, il souffrait depuis longtemps de la même maladie qui venait de mettrel’évêque de Saint-Albert à deux doigts de la mort. T/opération eut lieu à Saint-Boniface, et les suites furent funestes.
Sur lavis des docteurs, Mgr Grandin dut donner les derniers
sacrements au malade. Il était bien malheureux dans de sæm-
blables circonstances. : C’est avec beaucoup de difficultés qu'il :
prévint le cher malade, l’exhortant à faire le sacrifice de sa vie pour son troupeau.
Avant de recevoir le saint viatique, Mer Taché. d'une voix” forte et intelligible, se . recommanda aux prières de tous,
demanda kumblement pardon à son clergé et à ses diocésainsdes scandales qu'il aurait pu leur donner, des peines qu'il
‘aurait pu leur causer.
Enfin, le 22 juin, le dénouement fatal arriva. “Ce matin, vers les 5 heures, écrivait Mgr Grandin, je faisais ma méditetion à la chapelle quand le frère Boisramé accourt tout effaré et me dit: “Monseigneur se meurt.” Auprès du moribond, les Pères et plusieurs prêtres réüitaient les prières des agoni-.
*sants. Monseigneur avait sa pleine connaissance, mais sa respiration était très précipitée. Je m “approche, lui prends sa main : froide, le baise et l’avertis que je vais lui' donnet Pabsolution. I1 fait le signe de la croix et se recueille pour la recevoir. “ Je “vais dire la sainte messe à votre intention,” lui dis-je en sanglotant, et il me remercie. : Il me fut bien difficile de maîtriser mon émotion en disant la sainte messe pro infirmo in extremis.
“A Ja fin de la messe on vint m’annoncer sa mort. ' Qui eût pu prévoir un si prompt dénouement ! Fiat Pater voluntas tuû semper ! / Ce vénéré métropolitain nous est enlevé au moment où nous semblons or plus besoin de lui : mais Dieu nous reste |!”
Les funérailles furent golennelles, Mgr Duhamel, Mer Lafièche, Mgr Pascal, y assistaient. Près de quatrevingts prêtres réguliers ou séculiers prirent part à la dou- Jourguse cérémonie. L’oraison funèbre fut prononcée en dhglais par Mgr Duhamel. Mgr Iaflèche, à son tour, fit en français un magnifique éloge de son ancien compagnon d'armes.
Ce nouveau deuil allait faire un grand vide pour Mgr ‘Grandin, Il avait toujours regardé Mgr Taché comme un
. père, un ami, son meilleur conseiller, “(Cétait, disait-il, Thomme de la Providence qui disparaissait.” Les larmes, abon- -dantes cependant, ne -sortaient pas assez mombreuses pour -décharger son cœur.
Mgr Taché s’en allait plein d’âge et de mérites. Ce prélat -avait uni — chose rare — à l’intrépidité du pionnier, la sagacité xprévoyante de l’administrateur, et, dans la défense des intérêts
es
religieux, la vaillance des Athanase et des Ambroise. (C'était un caractère. S'il aimait ses amis dociles, et sil commençait par demander conseil, il finissait par conseiller, persuader et commander. Il ne domina pas Mgr Grandin, mais il exerça sur lui une réelle influence.
À la mort de Mgr Taché, le siège de Saint-Boniface fut proposé à l’évêque de Saint-Albert.
“Y pensez-vous, répondait-il, j’ai trente-sept ans s d’épiscopat. La seule translation ‘que je puisse ambitionner et même accepter, c’est le ciel.” /
Nous avons, sous les yeux, les lettres diverses qu'il écrit un peu partout, à Rome, à Québec, à Paris pour éloigner cette
‘ Charge.
Sa lettre à l’archevêque de Québec se terminait ainsi : “On
fait parfois, en notre faveur, un raisonnement que je trouve à peine chrétien : nous avons des missions pénibles, nous y travaillons depuis dongtemps, nous sommts dignes d’une position meilleure, il nous faut de l'avancement.
“ Ce n’est pas Votre Grandeur qui fera ce raisonnement, Nous avons tout quitté pour Dieu, et nous voulons nous dépenser pour Lui. jusqu’à la fin. Le repos viendra en Paradis.
“Ce n’est pas à mon âge, avec mes nombreuses infirmités, quand je cherche un coadjuteur, que je dois penser à un poste plus important. Je mourrais d'inquiétude si cela arrivait.
Les intérêts spirituels de la métropole retinrent quelques : jours Mgr Grandin à Saint-Boniface. Puis, il reprif le chemin de Saint-Albert pour y rencontrer le R. P. Soulier, supérieur général'des Oblats. C’était la première fois qu'il recevait, dans son diocèse, le chef de sa famille religiense et c'était un adoucissement à la récente blessure du cœur. Cette visite avait été aussi une des dernières consolations de Mar Taché.
La réception du très révérend Père Général eut un carac-
tère public, populaire, et presque national: ‘Un noble enthousiasme s'était emparé de tous les cœurs, et c'était, chez les joyeux habitants de Saïint-Albert, à qui témoïgnerait davantage sa gratitude et son affection, dans la personne du Général, aux prêtres, aux religieux, aux missionnaires. Les drapeaux, anglais, canadiens-français, américains se mêlaient aux couleurs pontificales et flottaient am sommet des mâts érigés sur
‘presque toutes les maïsons de la localité, et sur tous les édifices
religieux qui couronnent la gracieuse colline de Saint-Albert. Des arcs de triomphe avaient été élevés sur le parcours de la route d’Edmonton au pôlais épiscopal. Partout, au milieu de la verdure et des oriflammes, se détachait le souhait cent fois répété de : “ Béni soit celui qui vient au nom du Seigtieur, Benedictus qui venit in nomine Domini; Welcome, bienvenue, respect, reconnaissance au Très Révérend Père supérieur général des Oblats.” # : -
Le Très Révérend Père Soulier, accompagné de Mgr Grandin et du Père Antoine, assistant général, fit son entrée aux sons harmonieux de la musique instrumentale des jeunes Métis, des
joyeuses volées des cloches de la cathédrale, au milieu de nom-
breux cävaliers qui ne ménageaient pas la poudre. De belles adresses débordantes d’enthousiasme lui furent lues en anglais et en français.
La même réception triompliale avait été organisée à Calgary et à Edmonton, et on peut le dire, dans tout le Nord-Ouest.
Le Très Révérend Père Général voulut prolonger son séjour à Saint-Albert pour favoriser les communications intimes de ses enfants et pour présider les exercices de la retraite annuelle prêchée par le Père Antoine.
À la clôture de cette retraite, Mgr Gramdin laissa parler son cœur. Avec quelle délicatesse il sut demander du renfort! “ Un jour, dit-il, je terminais une mission chez les Cris de la Prairie.
les fondements, qui l’avons fait croître et grandir.
Les Sauvages ne manquérent pas de m’adresser des discours. Un vieillard qui, pendant la mission, avait été baptisé et qui, ce jour-là, avait fait sa première communion ct reçu la ‘confrmation, me dit entre autres choses : “ Grand Prêtre, tu es venu nous enseigner la bonne prière; à peine en connaissons-nous quelque chose que tu veux partir. Vois done, sur nos lacs, si le canard abandonne ses petits avant qu'ils puissent se suffire à eux-mêmes. Fais”donc comme lui et reste avec nous jusqu’à : æ que nous soyons suffisamment instruits et capables de nous conduire nous-mêmes.” Bien-aimé Père Général, le diocèse de Saint-Albert est entièrement l’œuvre de la Congrégation, de vos fils que vous y avez.envoyés. Depuis le dernier frère convers jusqu'à l'Evêque, nous pouvons tous vous dire : c’est le Pape qui a érigé cette jeune Eglise. mais c’est nous qui en avons jeté Vous, mon Très Révérend Père, et après vous vos successeurs, VOUS nous
aiderez, à nous et à nos successeurs. jusqu’à ce qu’elle soit Jusq l
“capable de vivre et de marcher elle-même.
“Si vous pouviez parcourir. en détail! ce jeune diocèse, vous y trouveriez des enfants qui demandent du pain, de ce pain quiprocedit ab ore Deï, et je nai personne qui puisse le leur rompre. Ce sont, cependant, des chrétiens, mais des chrétiens dont des Flamands, des Polonais,
souvent nous ignorons la langue :
Je vois l'action de la Provi-
des Slaves, des Allemands, ete,
dence dans les fondations de notre chère Congrégation, en
Belgique, en Hollande, en Allemagne et ailleurs. Elle, nous
prépare là les missionnaires nécessaires. en attendant que
l'Eglise de Saint-Albert puisse, comme les jeunes canards de
108 las, à ivre par elle-même. Sans doute, je n'ai aucun avan-
tage à promettre À ma mère, à notre chère Congrégétion, en retour
dun si gi bienfait; je-n’ose pas même lui asquyer À rééénbaissance de ma jeune Eglise, si Dieu la fait devenir grande
st puissante. Je crois pouvoir assurer que je ne serai pas du ; nombre des ingrats. Je recommande ‘cette éhère épouse à la Congrégation, même après que je ne serai plus. Si elle allait oublier ce qu’elle doit à ma mère, — je prie Dieu que cela n'arrive pas — Dieu, au moins, n’oublie rien. Dominus retribuet pro me et pro Ecclesià.”
Après le départ du Très Révérend Père Général, et la mort de Métr Taché, Mgr Grandin se retrouvait solitaire, sans autre stimulant au devoir que le pur amour du devoir, mais résolu toujours à lui sacrifier tout ce qu’il était et tout ce qu’il avait. Cette force d’âme semblait. grandir au sein de plusieurs
maladies qui le réduisaient à n'être plus qu’un réceptacle d’'infirmités, totus in infirmitate. ° La nouvelle de la mort d’un missionnaire, un ancienfe ondisciple, lui inspirait ces belles réflexions : “Ce Père était de deux ans plus jeune que moi et jouissait d’une meilleure santé que moi. Et combien d’autres sont morts, dans la Congrégation, dans des diocèses de Marseille, du Mans, .de Laval, qui étaient plus forts æ plus vigoureux que | (moi. Voilà, aujourd’hui, quarante et mn ans que j'avais le bouheur ,de dire ma première messe; j'ai célébré ce matin ma 14,555fme messe. Que de grâces, mon Dieu! mais aussi quelle responsabilité! Quoi qu'il en soit : Deus meus in te confido. Reminiscere miserationum tuarum et ignorantias meas ne memineris. Je suis à vous, Seigneur, à la vie, à la mort. il vous plaît de me laisser encore sur la terre, que ce soit pour votre plus grande gloire et pour mon avantage; s’il vous plaît de m'appeler à vous, que votre volonté soit faite partout et toujours. Partout et toujours je suis à vos ordres pour mourir, comme pour vivre.” Cependant le suocesseur de Mgr Taché était nommé. Le choix, fait par les cardinaux de la Propagande, dans la réunion
| du 10 décembre 1894,- avait été confirmé par le Pape, le
dimanche suivant, 16 décembre. C’est au R. P. Langevin, [ 0.M.I, que devait échoir la lourde responsabilité du diocèsede {, Saint-Boniface. + Successivement missionnaire à Saint-Pierre / de Montréal; professeur à l’Université d'Ottawa, supérieur du grand séminaire de la même ville, vicaire des missions dans le Manitoba, le Père Langevin était bien préparé à sa nouvelle et redoutable fonction. Dès son arrivée à Saint-Boniface, Mer Taché lui avait dit: “Il y a dix ans que je vous demande. Nos deux existences se confondront désormais en une seule. Vous n’aurez pas de secrets pour moi, et fe n’en aurai pas pour vous.” |
Mgr Grandin se réjouit vivement de cette nomination. connaissait mieux que personne les désirs intimes de Mgr Taché, et nul ne peut être surpris qu'il ait travaillé, de toutes ses forces, à fi faire donner le successeur de son choix. |
Le sacre eut lieu le 19 mars, dans la cathédrale de Saint-' Boniface, La ville de Winnipeg comme sa Sœur de la rive
y droite était en Hesse. Jamais encore ce PAFS mavait vu ue aussi grande réunion d’archevêques et d’évêques.
Mgr Fabre, archevêque de Montréal, fut le pré lat consécrateur. -I] était bien légitime que le prélat, qui avait pris le lévite au seuil du sanctuaire ct l'avait conduit à l'autel, lui conférât la plénitude du’sacerdoce. Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa, et Mgr Grandin, doyen déjà de l’épiscopat canadien, furent les prélats assistants. Dans le chœur $e trouvaient Mgr- Bégin, coadjuteur de Québec, Mgr Lafièche, évêque des TroisiRivières, inlassable dans son affection pour les Oblats, Mgr Gravel, évêque de Nicolel, Mgr Emard, évêque de Valleyfield, Mar Gabriels, évêque d’Ogdensburg. (Etats-Unis), Mer Decelles, coadjuteur de Saint-Hyacinthe.
Au banquet qui suivit la cérémonie, discours que tous considérèrent comme un VIa
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de délicatesse et d’à-propos. Mgr Langevin repondit avec beau- COUP d'esprit et beaucoup de cœur. Limpression qu'il produisit sur ses illustres confrères fut si favorable, que l’un d’eux sembla résumer l'opinion de tous en disant : “Non seulement, Mgr Langevin succède à Mgr Taché, mais il le remplace” Pour quiconque connaissait le rôle joué pendant près de cin- “quante ans par Mgr Taché, le compliment ne pouvait être plus . flatteur. ‘ . Mgr Durieu, évêque de N ew-Westminster, écrivait à Mgr Grandin : “ Notre vénéré et tant regretté métropolitain défunt a dû tressaillir au ciel en voyant que celui qu'il s'était choisi Pour coadjuteur et successeur, s'est montré, dès les premiers jours, à la hauteur de sa mission et qw'il s’est ouvert les cœurs
7 de tous.” La visite que fit Mgr Grandin, en cetie même année 1894, de la partie sud-est de son diocèse lui donna quelques consola- . tions. Il put voir lépanouissement de plusieurs jeunes missions. Ik/eut la gloire de consacrer l’église de Lethbridge, la première église du diôéèse construite en pierre. La population de cette jeune paroisse, formée de Belges, d’Irlandais, de Hongrois, de Flamands, d’Ecossais, de Polonais, de Canadiens, ete, avait fait preuve d’une vraie générosité. Toutes les races ävaient rivalisé de zèle pour olfrir leur obole. Le missionnaire le Père Van Tighem, tour à tour menuisier. sculpteur, taillant habilement le marbre, dessinant en artiste, n'avait jus épargné A cette occasion, Monseigneur écrivait dans son “Voilà positivement, ce matin, vingt-sept ans que Je doute qu’à cette époque la messé
Le
sa peine, Journal] :
J'arrivais à Saint-Albert.
eût été jamais dite dans le district actuel de Calgary. souvenir ne fait constater que le bon Dieu a bien.voulu se servir de nous pour établir et étendre son Règne. Qu'il en soit à
jamais béni !”
Mar BÉGIN, ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC
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… Vieux,
" de cette coquette mission,
MacLeod et Pincher Creek étaient deux aubres stations nouvelles, intéressantes, pleines de vie, d'avenir, qui réjouirent le: cœur de l’Evêque. ;
On peut faire de l'élevage un peu partout dans l'Ouest, depuis Winnipeg jusqu’à Vancouver, mais c’est surtout au pied des Montagnes Rocheuses, et le long des nombreuses rivières qui en descendent, que les grands éleveurs se sont groupés. Lethbridge’ est bâti au bord de la rivière Belly, sur une immense houillère en exploitation.
MacLeod, petite ville gratifiée de grandes casernes et d’un Ps mombreux de la police à cheval, est construite sur un: fonde de cailloux roulés, sur les bords de la rivière OId-man.
D'où, vient ce nom de Vieillard (Old man), donné à la jolie rivière qui arrose ‘tant de pâturages et qui abreuve tant de troupeaux ?
Est-ce de quelque profil humain découpé par la nature dans . le granit des Montagnes Rocheuses, d'où elle sort ?
On croit, généralement, que les sauvages l’ont ainsi nommée pour rappeler le Grand-Eeprit qu’ils appellent: quelquefois ‘le
Pincher Creek, sur la rivière du même nom, cest une autre gracieuse station située dans les premières ondulations des montagnes, charmant petit village composé, en majeure
partie, de Canadiens-français. Mr Grandin songeait à faire, un sanatorium où ses. prêtres, usés
ong et pénible apostolat, viendraient $e
par les labeurs d’un 1 préparer
recueillir dans la solitude, refaire leur santé ou 5e au grand voyage de Péternité.
Rien d'étonnant s’il pensait aux malades, lui, était toujours sur la croix. La souffrance
fidèle. La douleur le tenaillait en tout sens. de violentes irritations de l'estomac,
aux souffrants, Car e était sa compagnie Les névralgies, les rhumatismes, des élance-