‹ Mgr. Grandin, Oblat de Marie Immaculée: premier évêque de Saint-AlbertChapitre 54 sur 75 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Les Galiciens—Noces d’or du P. Lacombe—Bénédiction du séminaire— Pose de la première pierre de la nouvelle cathédrale—Mort dy chanoine Grandin, '

Déchiargé de ses courses apostoliques, Mgr Grandin continua à gouverner son diocèse avec tout le zèle et la prudence d’un pasteur vigilant et sage. Son coadjuteur faisait les visites pénibles, présidait les longues cérémonies, s'occupait de la marche religieuse ‘de sa Congrégation.

La joie de se voir secondé sembla lui procurer un regain de “santé. Il em profita pour entreprendre le voyage de Saint- Boniface. Il avait besoin de se concerter avec son métropolitain au sujet d’un flot d’immigrants qui venaient d’arriver dans leurs dioëèses.

‘Sous l'impulsion des nouvelles reçues de lAmérique, les populations rurales de la Galicie s'étaient mises en mouvement . vers le nouvéau monde, et dans une seule année, près de 20,000 Galiciens s'étaient répandus dans le Nord-Ouest. Ils devaient être bientôt 40,000 et 50,000. Ils étaient fixés dans | le Manitoba, dans Alberta et dans la Saskatchewan. ° "Ces peuples avaient un dialecte particulier appelé le petit russe. * Quoique catholiques, ils appartenaient, pour la plupart, au rite grec-ruthène, eb se trouvaient sans pasteurs et sans secours religieux, une fois débarqués sur le continent américain. Les prêtres latins ne les‘ comprenant pas et n’ayant pas la faculté d'exercer le saint ministère selon la forme et la langue du

rite ruthène, virent leurs eflorts presque paralysés en face de chrétiens catholiques qui montraient, malheureusement, de . Pantipathie au clergé latin, parce qu’ils croyaient qu’on voulait

des latiniser. Mgr Grandin n'était pas cependant pour la

Jatinisation. Avec Léon XTIT, il regardait comme déplorable

. le système de plusieurs missionnaires catholiques qui montraient

de Péloignement pour les rites orientaux, et qui ne voyaient le bien que dans une latinisation à outrance.

C’est qu'en effet, le rite, c'était presque la patrie pour ces braves gens. L’abandonner, c'était pour eux, l’apostasie, le reniement du pays. Leur langue, leurs offices religieux se confondent avec leur religion même, et avec toute leur histoire. Les leur arracher, c'était faire saigner toutes les fibres de leur souvenir et de leur foi.

En attendant le secours de prêtres au courant du rite ruthène, Mgr Grandin aurait voulu faire toutes les concessions

Lhérésie protestante faisait des efforts inouis pour gagner ces nouveaux colons, et il était téméraire de ‘penser que l’or des sociétés bibliques et les écoles publiques, protestantes ou neutres, ne réussiraient pas à ébranler la foi de ces peuples ignofants ou pauvres. Le danger ‘était imminent. Déjà il y avait eu des tentatives de mariages mixtes, et quelques enfants galiciens allaient aux écoles protestantes. |

Mgr Grandin, l’archevêque de Saïnt-Boniface et les évêques du Nord-Ouest s'étaient émus de cet étaf de choses et tentèrent de sauver la situation. Déjà, deux missionnaires oblats, d’un zèle à toute épreuve, Polonais d’origine, deux frères, les RR. PP. Kulawy, étaient les apôtres des Ruthènes Galiciens et des Polonais, à Winnipeg et aux environs.

Mgr Pascal et deux Pères oblats allèrent en. Autriche pour.

intéresser les autorités ecclésiastiques et civiles à ces missions.

Ca

. Ce voyage n’ayant pas eu les résultats espérés, les évêques de Saint-Boniface et de Saint-Albert sollicitèrent, de nouveau, du Saint-Siège, la permission qu’une communauté religieuse (les Chanoïines réguliers de l’Immaculée Conception), qui acceptait cette charge, pût passer au rite ruthène pour aller au secours ‘de ces âmes abandonnées. Mais, le Saint-Père ne crut pas devoir accorder cette faculté. “Les prêtres latins ne doivent pas passer à un rite étranger dans un pays latin” |

C'est alors que les évêques du Nord-Ouest se décidèrent à envoyer quelqu'un pour plaider cette cause, d’abord à Rome, ensuite auprès ‘du gouvernement autrichien. Le choix tomba sur le R. P. Lacombe, accoutumé, pendant sa vie si mouvemenée de missionnaire, à traiter auprès des évêques et des gouvernements. Le voyage du vaillant missionnaire ne fut pas sans résultat; il prépara les voies, et l’année suivante un autre

missionnaire oblat, la Père Jan, conduisit les négociations à .

bonne fin. : J/archevêque de Lemberg (Autriche) daigna envoyer dans la province de Manitoba son propre secrétaire, le -R. P. Zoldach, et quelque temps après, les RR. PP. Basiliens réformés de la Galicie acceptèrent de remplir le saint ministère auprès de leurs compafriotes: D pr

Pour Pintelligence et l'intérêt des faits, nous avons empiété sur les événements.

Le 17 juillet 1899, le R. P. Lacombe atteignait ses cinquante . ans de sacerdoce, et Mgr Grandin, pour honorer ce héros de Vapostolat, voulut que les noces d’or fussent célébrées avec la plus grande solennité. La fête fut fixée au 25 septembre.

Quatre évêques étaient réunis pour la circonstancé. Mgr Langevin, archevêque, de Saint-Boniface, Mgr Dontenville,

évêque de New-Westminster (*) étaient accourus pour acclamer

(I) LeR.P. Dontenville avait succédé à Mgr Durieu, mort le ter juin

ke

Papôtre. Du Canada, des amis de vieille date, prêtres séculiers, réguliers, laïques de marque avaient voulu prendre part au , triomphe de l’humble religieux. Les Métis, les Sauvages étaient représentés en grand nombre. Nous ne décrirons pas les péripéties de la fête, l'émotion du vieil apôtre, nous n’analyserons . pas les discours prononcés. Ce serait bien dommage, cependant, de ne pas citer Ja fin du toast de Mgr Grandin : “ J'étais à Rome, dit-il, il y a quelques années, en 1868, et nous rencontrâmes une voiture, sur laquelle étaient écrits ces mots : Datur omnibus. Comme je demandais la raison de cette inscription. il me fut répondu que cette voiture allait dams les, rues de Rome, du côté où il pouvait y avoir quelque trouble, et si quelqu'un, à tort ou à raison, était poursuivi et en danger, il pouvait s’y réfugier. Le cocher était chargé de le conduire à . une place sûre, pour attendre en paix qu’on décidât sur son

sort. Ceci se passait sous le Pape, roi de Rome, soùs Pie IX. Eh ! bien, permettez-moi de me servir de ce texte pour Pappliquer à notre cher Père Lacombe, dafur omnibus. Il y a trentehuit ans, il vint ici, accompagnant Mgr Taché, de regrettée mémoire, qui, émerveillé de la beauté du site, décida de fonder une mission sur cette colline et lui donna pour pafron celui, du Père Lacombe. Celui-ci se mit à Fœuvre et jeta les fondements de cet établissement qui est devenu si florissant et même le siège | de 'Evêque.

“I n’a pas seulement travaillé pour ce diocèse, mais pour toute la province “ecclésiastique de Saint-Boniface. Avait-on besoin d’un intermédiaire, d’un mandataire auprès du gouvernement, auprès de la Compagnie du Pacifique Canadien ou pour toute autre mission importante, on me demandait le Père Lacombe. Il a donc été donné à tous... J’ai plus d’une fois entendu faire cette réflexion : ‘“ Comment se fait-il que la Père Lacombe ne “soit pas évêque ?” La chose, mes amis, me semble bien

Pa à,

facile à comprendre. Outre qu ceux qui en sont dignes ne peuvent pas être tous évêques, dutrement nous le serions tous ici, il ne faut pas oublier que le bon Dieu forme lui-même les hommes pour une mission particulière. L’évêque est chargé d’administrer une. partie de l'Eglise, si vous voulez, une Eglise ‘particulière à laquelle il se doit tout entier. Le Père Lacombe, lui, a été en quelque sorte V'homme universel, datur omnibus. Si eût été évêque, il n’en aurait pas été ainsi; 1l n'aurait pu, par exemple, rendre au gouvernement le service qu’il lui à demandé, tout récemment, en allant faciliter le traité qu’il vou- : lait faire avec les Métis et les Sauvages des rivières la Paix et Athabaska, sans parler de bien d’autres missions qu’il a remplies pendant ses cinquante ans de sacerdoce, dans le Manitoba, le Nord-Ouest, et je puis dire, tout le Canada. Dieu qui dirige ‘ tout avec sagesse, a voulu qu’il fût libre, qu’il se prêtât à tout et à tous. Datur omnibus” | ‘Le soir, un superbe feu d’artifice, chose jusque-là iticonnue à Saint-Albert, fit monter dans le ciel ses gerbes étincelantes ! . Ce fat comme Phymne final — un hymne aux lettres de feu — en honneur du héros du jour.

Monseigneur avait laissé débonder son cœur. Il était si heureux du triomphe de son frère ! Mais les pensées surnaturelles n'étaient jamais absentes, et le lendemain, il écrivait “dans son journal : “ Sie transit gloria mundi. Le jubilé sacer- + dotal du Père Lacombe est terminé; déjà, tous ceux qui sont venus uniquement pour la fête nous ont quittés. Les fêtes, toutes belles qu’elles ont été, sont. passées comme les fusées qu’on faisait partir hier au soir; À n’en resté ‘plus que le. souvenir. Ainsi la vie : une fusée qui s’élève plus ou moins “haut, décrit une certaine courbe, et qui disparaît bien vite après avoir donné une jumière qui n’a le plus souvent d'autre effet que de mieux montrer l’obscurité de la nuit.” 7 ‘

Mon BaucHÉSI, ARCHEVÊQUE DE MONTRÉAL .

Peu de temps après les noces sacérdotales du Père Lacombe, Mer Bruchési, archevêque de Montréal, venait à Saint-Albert. La réception fut cordiale. “Il me semble, disait le vieil Evêque, que l'âme de Mgr Bourget plane sur cette fête.”

Le 6 octobre 1900, Mgr Grandin eut la joie d’assister à la ‘ bénédiction de son séminaire qu’il avait tant désiré. (C’est une. “coustruction de fort belle apparence située à proximité de la cathédrale. On Pappela, d'après son désir, le séminaire de la Saïinté-Famille. Il se réserva la tâche de professeur d'histoire ecclésiastique et, malgré ses infirmités, fut fidèle à sa charge.

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