Livre V. Sa retraite. Jubilé sacerdotal
Si ces notes peuvent être utiles, je serai très heureux de vous en donner un exemplaire, l'autre devant être remis par mon testament à la corporation épiscopale d'Ottawa. Cette copie des notes que je sera: neureux de vous remettre bientôt, si vous les acceptez, doit être cependant accompagnée de condition : c'est qu'elles doivent être utilisées dans l'esprit dans lequel elles ont été écrites, et qui est bien expliqué dans les notes elles-mêmes ; en second lieu, puisqu'elle ont été écrites pour le bien des âmes, comme bien peu de mes paroissiens pourront profiter de cette vie de Mgr Bourget, et qu'elles pourront profiter passablement à l'au-
teur de cette vie tant désirée, je demanderai que les Pères de la Compagnie s'engagent à venir donner gratuitement une bonne retraite à mes paroissiens.
Sans doute que je paierai les dépenses de voyage.
Veuillez me croire, mon Révérend Père, votre respectueux,
(Signé) : C. Poulin, Ptre.
Ce huit septembre mil neuf cent neuf, je soussigné remets l'original même des notes dé feu mon oncle Pierre Poulini entre' les mains d'un Père Jésuite, qui les déposera aux archives des Pères Jésuites pour être consultées au besoin.
(Signé) : Claude Poulin. Ptre.
(Copie conforme à l'original, 8 septembre 1909.)
Je soussigné, Claude Poulin, ptre, curé de Clarenee-Creek, Ont., certifie par les présentes, avoir hérité de feu Révérend Pierre Poulin, ptre (ancien curé de Sainte-Pbilomène, comté de Chateauguay, retiré pendant quatre ans à la résidence de Saint-Janvier, près Montréal, puis chez les Frères de la Charité, à l'hospice de Saint- Benoît-Labre, jusqu'à sa mort en 1900), de certaines notes écrites par lui sur la vie et les œuvres de Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal.
Ces notes m'ont été remises par lui-même avec les recommandations suivantes : Qu'elles ne devaient pas être publiées ; qu'elles ne pourraient être utilisées que comme source de consultation ou informations, me donnant le droit de les remettre entre les mains de personnes que je croirais devoir se servir de ces notes dans l'esprit et pour le but pour lesquels elles ont été écrites.
Je déclare que ces notes sont telles qu'elles m'ont été remisés : qu'aucune altération, addition ou soustraction n'y ont été faites.
(Signé) : Claude Poulin, ptre, neveu de feu Pierre Poulin, anc. curé.
Montréal, 8 septembre 1909.
(Copies certifiées conformes à Forginal par Jos. Grenier. S. J.)
Naturellement, et contre le gré de l'auteur, nous ne publierons pas ces mémoires, du moins en leur forme et in extenso ; mais, selon ses intentions mêmes, nous nous en inspirerons consciencieusement, dans toute la mesure utile pour rendre enfin un jush hommage à la vérité trop longtemps méconnue.
D'autres documents, aussi précieux, aussi véridiques, m nus aiderons encore à faire mieux connaître à nos amis du Canada Tune des plus belles figures de leur Eglise, qui ne manque déjà plus de confesseurs admirables, pas plus, désor-
mais, que de soldats héroïques venus tomber dans les Flandres, presque à l'ombre du clocher qui nous a vu naître.
En ce qui nous concerne donc, édifiés surabondamment par l'étude approfondie des actes de Mgr Ignace Bourget et par le spectacle saisissant de leurs effets heureux qui ne peuvent être que l'épanouissement terrestre des bénédictions ues cieux, nous nous unissons de cœur à l'auteur des Mémoires quand il débute en reconnaissant : Que la divine pro\idence fait apparaître de temps à autre, dans le cours des âges, des hommes véritablement supérieurs par leur génie, par leur science et leurs vertus et quand il estime que ce sont là, les flambeaux nécessaires, guidant la pauvre humanité au milieu des épaisses ténèbres que les passions des hommes répandent et entretiennent sur la surface de la terre.
Et ce n'est pas, non plus, sans évidence à nos yeux que le chroniqueur trouve que chacune de ces âmes d'élite a reçu une mission toute spéciale, à laquelle elle se doit de rester fidèle, et dont elle ne peut attendre qu'aide* mérites, bénédiction. A toutes ces âmes privilégiées, Dieu répète, en effet, ce qu'il fit proclamer par le Verbe divin lui-même : « Que votre lumière brille tellement devant les hommes que, voyant vos bonnes œuvres, ils en glorifient le Père céleste qui règne dans les Cieux ».
D'où il résulte pour le reste des hommes le devoir de glorifier Dieu dans ses « Saints » qui sont des envoyés qu'il rem pi if de ses dons ; car, c'est une grâce inestimable pour tous que de pouvoir se guider sur la terre d'après la clarté de leur doctrine, comme il est doux de se fortifier par l'enseignement de leurs vertus.
Souvent, assure notre auteur, ces pensées venaient à mon esprit et pénétraient tout mon cœur, quand le souvenir de Mgr Bourget venait, ainsi qu'un doux reflet, me rappeler sa lumière si pure, si consolante. Mais c'est surtout au fond de la retraite, vivant plus avec le passé qu'avec le présent qui fuit si vite, que j'ai cru accomplir une œuvre bonne, en même temps qu'elle m'était bien agréable, en apportant ma pauvre pierre au monument de reconnaissance que la postérité élèvera à la mémoire de ce grand évoque.
Plusieurs ont déjà écrit sur la personne, sur les faits et
gestes de Mgr Bourget. Ce ne sont qu'ébauches qui se compléteront dans l'avenir.
Et notre initiateur reconnaît : que Mgr Bourget paraissait bien être un type particulier qui, possédant de très belles qualiés, n'était pourtant pas exempt de certaines dispositions capables de faire ombre sur le tableau de sa vie ; ce qui n'empêchait nullement ce vaillant et digne évêque de mériter l'admiration de tous ceux qui eurent le bonheur de le connaître.
Affirmant nettement que son intention n'était pas d'écrire pour le public, l'auteur du Mémoire dit qu'il ne veut qu'aider à faire l'histoire vraie de ce grand évêque, dont l'apostolat fera époque dans les annales de son pays. Il désire donc, en relatant divers faits particuliers de la vie intime de Mgr Bourget \enus à sa connaissance, ne fournir que des matériaux bons à utiliser par des écrivains mieux doués pour raconter ses actions. Car, explique-t-il complaisamment, il n'est pas toujours avantageux, même pour les hommes en faveur desquels on écrit, de crier sur les toits tous les faits, tous les gestes dont quelques-uns sont parfois de, nature à être mal interprétés ! Que l'on puisse trouver ici, comme dans un arsenal, des armes solides pour soutenir ; au besoin, pour défendre ceux dont on veut venger la mémoire ou pour désapprouve]* des méfaits inavouables, cela est. plus convenable que d'aller témérairement exaspérer les passions en heurtant les partispris obstinés et les préjugés aveugles. Ainsi donc, que l'on puisse s'inspirer de ces pages et apprendre par elles tout ce que l'histoire ne dira pas ouvertement, c'est, dit-il, toute sa prétention : qu'un petit cercle d'amis intimes puissent profiter de ces manuscrits, voilà tout son espoir et sa seule ambition.
D'ailleurs pour que le lecteur soit bien averti ; pour qu'il puisse aussi bien réserver son opinion que donner sa confiance, l'auteur du Mémoires lui dit, dès le début, ses attaches avec l'auguste vieillard dont il nous rappellera les actes et transmettra l'intime pensée :
« J'ai vécu sous son administration, nous confie-t-il sans détour ; il (Mgr Bourget) m'a donné le sacrement de conlirmation. la tonsure, les ordres mineurs avec le sous-diaconat. Il m'avait fait conférer le diaconat et la prêtrise par Mgr Gaulin. C'est entre ses mains qu'après 25 années d'administrations
curiales, je remis la desserte de la seconde paroisse à la tête de laquelle il rrravait placé. J'ai demeuré avec lui pendant près de quatre ans à l'hospice temporaire de Saint-Joseph et à la résidence de Saint-Janvier au Sault-au-Recollet. Ainsi je l'ai connu assez intimement. J'aime à rappeler ces particularités, parce que celui qui, plus tard, consultera ces Mémoires, pourra s'assurer de la parfaite connaissance qu'en avait celui qui a rédigé ce petit travail. »
Mais vu le temps écoulé depuis lors, et l'apaisement que la disparition d'un grand nombre a ramené chez beaucoup d'hommes, devenus simples spectateurs des actes de leurs aines, nous osons avoir le désir d'étendre le cercle des initiés qui écouteront avec la même déférence les voix graves et sincères d'outre tombe : elles viennent sur le tard les entretenir du passé qui engendra dans ses douleurs les joies comme les splendeurs de l'avenir, devenu déjà le présent d'un peuple heureux.
Quant au plan de cet ouvrage, il ne sera pas ce qu'on trouve d'ordinaire dans la biographie des hommes vénérables et des saints ; un exposé chronologique de faits et gestes, dont l'ordre et la suite, rigoureux dans le temps, engendrent la froideur avec la monotonie dans le drame de la vie qu'on veut illustrer, aussi la confusion dans les idées directrices qui firent le mérite du héros.
Nous aurons tendance à nous attacher plus aux oeuvres de Mgr Bourget qu'aux dates où elles se produisirent; nous montrerons autant que possible, sans discontinuité, la pensée génératrice, la naissance, les développements et la fin, de façon à faire, en quelque sorte, qu'à chaque tournant de notre étude, le lecteur ait acquis une connaissance complète de quelque fondation, de quelque réforme, peine ou contrariété de ce précurseur dans l'église de Montréal.
On retiendra, pour le constater à propos, que les caractéristiques de l'œuvre épiscopale de Mgr Bourget, comme de son caractère, sont : un grand amour de la vérité en toutes choses, un attachement tout filial envers le Siège apostolique, en toutes circonstanstances un zèle ardent pour le salut des Ames qu'elles qu'en fussent les attaches et la situation, le tout rehaussé par un amour sincère du prochain qui se traduisait,
en pratique, par une charité inlassablement héroïque, dont il faut chercher des modèles dans saint Vincent de Paul et saint François de Sales, qu'il semblait, du reste, vouloir faire revivre dans ses œuvres.
Nous ne nous rattacherons à Tordre chronologique des faits qu'autant qu'il ne nuira pas au développement soutenu des pensées et des œuvres dont la réalisation tenace, ou l'épanouissement constant importent d*abord à l'édification du lecteur
Deuxième Evêque de Montréal