‹ Mgr Jacquemin, évêque de Saint-Dié, 1750-1832Chapitre 10 sur 15 · I. — Lettre au Préfet de la Meurthe · texte numérisé non relu

I. — Lettre au Préfet de la Meurthe

Citoyen Préfet,

L'intérêt de la vérité m'autorise à avoir l'honneur de vous écrire; mais notre situation respective me défend de communiquer ma démarche à personne.

J'apprends qu'on me dénonce comme un ennemi de la tranquillité publique. Pour vous mettre à même d'apprécier cette accusation, souffrez que je vous donne ici la déclaration de mes principes, que les circonstances ne me permettent pas de vous exposer de vive voix.

Ma conscience, il est vrai, se refuse à la souscription pure et simple de la promesse de fidélité qu'on nous demande ; et le respect pour l'autorité et le public me défend une démarche qui m'exposerait à les tromper, en n'exprimant pas dans mon engagement même, quel est le sens que je donne à la loi.

Mais loin de me croire, par là, fondé à m'élevçr

contre l'autorité publique actuellement existante, et i exciter qui que ce soit à la révolte, je suis prêta lui 'tonner une garantie qui suffise, de ma part, i son naintien, sans répugner à ma conscience; ei je ne baance pas à promettre de vivre soumis au gouvernement de it République française, établi par la Constitution de 'an Vin.

Je défie mes adversaires de prouver que mes dis- :ours, mes écrits ou ma conduite soient opposés i :ette déclaration.

Les plus instruits, les plus zélés et les plus délicats le mes confrères sont dans les mêmes sentiments ; et e crois pouvoir vous assurer que si le Gouvernement :n voulait la preuve, ils seraient disposés à la lui donler. Il apprécierait, s'il la connaissait, cette disposition l'une classe de français à qui nulle crainte ne pourrait, ;vec le secours de Dieu, arracher un aveu contraire i eur conscience.

S'il nous était permis de nous &ire entendre, nous lommes persuadés que nous justifierions sans peine à ros yeux notre conduite et nos principes.

Salut et respect.

Le i8 thermidor, an VllI (6 aoiit 1800).

IL — Lettre au sénateur Jacqueminol.

Citoyen Sénateur,

Je viens, avec confiance, vous parler d'un objet que e crois très utile au bien public.

Vous savez qu'on demande auK prêtres qui veulent

exercer le culte, et même à tous ceux qui désirent conserver leur liberté mdiMduelle, (car on pousse i présent ici les choses â ce pomti, la promesi>e de fidélité à la Constitution de l'an VIII 1

La plupart de ceux qui avaient fait les serments anté-l rieurs, ont fait sans difficulté cette dernière démarche ,| deux ou trois des autres seulement s') sont prêtes, de là une nouvelle persécution

Si l'on excepte les prêtres constitutionnels, tous les^ autres, tant les acceptants que les refusants, con\iennent, que si la promesse de fidélité emportait l'obligation de maintenir ou d'approuver, on serait empêché par certains articles, de la faire purement et simplement.^ Ils ne se partagent qu'au point d'appliquer ce principe. B

Les acceptants soutiennent qu'ils ont des preuves suffisantes, qu'on ne leur demande que de ne se point révolter.

Les refusants disent au contraire, que ce n'est point le sens naturel des termes de la promesse ; et qu'il n'est point sûr que le gouvernement les restreigne à défendre la rébellion.

Si les premiers ont saisi le vrai sens du gouverne- 1 ment, il ne refusera pas de nous en donner une déclaration officielle. I

Mais si nos craintes sont fondées, conjurez-le de les dissiper par une rédaction claire, ou une explication précise, qui borne la promesse de fidélité à exclure toute révolte contre les autorités qui nous gouvernent ; puisque c'est \i tout ce que les prêtres catholiques croient pouvoir promettre, de l'aveu même de ceux qui ont fait la déclaration.

'ous rendrez, citoyen Sénateur, un service essentiel Religion et à l'Etat, en terminant cette question t les suites ont déjà été funestes à plusieurs hommes quilles, qu'il serait plus utile d'employer à rétablir ■nceurs, qu'à donner des marques d'une patience à ;e épreuve. '

: pense que cette affiiire doit être traitée directeit avec le premier consul. On dit qu'il a autant de ture que de bravoure ; il sentira facilement que les imes dont la conscience est plus délicate, sont aussi 3lus fermes dans leurs engagements, ai cru devoir joindre ici une copie de ma lettre au Tet de notre département, pour que vous preniez idée juste des sentiments de mes confrères, .ecevez, citoyen Sénateur, le tendre et respectueux tdej...

Le 24 thermidor, an VIII (12 août 1800). ■ Ces deux lettres sont reproduites d'après la copie, e par M. l'abbé MoUevaut et conservée au sémie de Saint-Dié).

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