CORRESPONDANCE RELATIVE AU REF^S DE C DE UP DE LA FARE
- Lettre de M. MoUtvaut àM. i conseiller lïEtat (i).
Monsieur,
Peut-être vous souvîendrez-voas d'un homme q vous a pas été inconnu, et qui a eu quelques lia d'amitié avec feu M. votre frère, curé d'AmatK suis le turé déporté des Trois-Maisons, rentré en F et caché à Nancy depuis plus de six ans. Voici o je vous prie de vouloir bien entendre.
M. Chariot, curé àNancj', m'a raconté avec do qu'on vous avait dit beaucoup de mal de M. de la notre évéque, qu'il avait tâché de vous en donne meilleure idée, qu'il avait même eu la satisfactii croire qu'il y avait réussi, mais qu'une person place et capable de faire impression avait ensuite
(i) Copie du simini
ment noirci ce prélat prés de vous, qu'il craignait pour lui la disgrâce du gouvernement.
Qui suis-jc, moi, pour oser entreprendre de justifier mon supérieur? Je ne puis compter que sur les droits et la force de la vérité, et je vais vous la dire tout simplement, M. de ia Fare est un honnête homme et un iaint évéque ; il a du caractère, beaucoup d'esprit, un ïrand fonds de science et un jugement sain : il est bon ; es distributeurs de ses bienfaits pourront les publier un our(i): il est juste; et, puisque je trouve l'occasion ie le dire, je me rappelle de l'avoir toujours entendu parler de vous avec estime. Un meilleur évêque que ui serait difficile i trouver ; et même un aussi bon sera ;hose assez rare encore. C'est un homme vrai, un lomme courageux ; et lorsqu'une fois il aura pu proloncer une formule de fidélité au gouvernement, il lui lera plus que fidèle ; il en sera le défenseur et ,1e souien, s'il le faut. J'atteste que toutes les communicaions qu'il a bien voulu me faire de ses pensées, prouvent invinciblement ie bon citoyen, comme le bon jrétre.
Je connais particulièrement et individuellement, à leu prés tout ce qu'il y a maintenant, dans le diocèse le Nancy, de prêtres demeurés constamment ou rede-
(i) Duraiic l'hiver àe 17S8-17S9, les aum6nc9 de Mgr de la Fare urent si abondantes qne les mauviisM langues disaient qu'il voulait •tr sa charité gagner d«s voix pour la nominalion de dépulé aux ïtals-Ginèraux. En quittant sa ville épiscopale et en panant pour l'exil, I avait déposé à Nancy tout l'argent qu'il avait de disponible, afin l'aider ses coapérateurs qui seraient persèculis. (Leiiie i M. Molle- 'aut, du 16 février 1791.} On sait combien de secours ii distribua jt es ptëires, déportés en Allemagne.
venus sincèrement catholiques ; et j'affirme qu'il n'en est aucun qui ne désire ardemment de conserver pour évêque M. de la Fare, et qui ne serait désolé de le perdre. Je suis sûr que la très majeure partie des simples fidèles est dans les mêmes sentiments; et si vous n'en avez pas entendu l'expression, c'est qu'ils sont comme réduits au silence par cette timidité, cette modestie qui ne retiennent pas les ennemis des gens de bien. Je dis plus ; j'ai des preuves que, puisqu'il doit y avoir de nouvelles démarcations, les diocèses voisins verront sans peine, même avec joie, sa juridiction spirituelle s'étendre sur leur territoire.
Les ennemis de M. de la Fare publient quil ne donnera point sa démission ; le fait nous dira mieux qu'eux ce qu'il faut en penser : que du moins il la donnera malgré lui ; il la donnera volontiers, puisque le bien de l'Eglise le demande ; mais il est trop bon père pour ne pas sentir cette amertume de cœur qu'éprouve la tendresse paternelle, lorsqu'elle dit adieu à ses enfants, et qu'elle craint de le leur dire pour toujours. Son chagrin prouve sa belle âme et honore son cœur ; sa démission prouvera sa foi, son amour pour l'Eglise, son attachement sincère à sa patrie. Mais^ dit-on, il a écrit qu'il ferait comme la majorité de ses collègues, ce qui n'annonce pas un grand empressement à se démelire^ ce qui dénote même qu'il sera un des derniers. Point du tout ; la lettre qu'on produit m'a été communiquée par M. Charlot ; elle démontre qu'il veut se démettre ; mais que, pour la forme de la démission, il veut se concerter avec ses collègues. Quoi de plus raisonnable et de plus sage ?
J'ose espérer. Monsieur, qu'il ne tiendra pas à vous |ue la ville de Nancy ne le conserve, et qu'elle ne se éjouisse encore de l'avoir comme évêque, comme elle e glorifie de vous compter parmi les citoyens qui l'ilustrent. J'ose espérer encore que vous me ferez la ;ràce de regarder cette lettre comme une preuve de la ;rande confiance et du profond respect avec lesquels 'ai l'honneur d'être, etc.