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Guerre américaine—Services rendus par le clergé et les miliciens du Canada—Liettres de lord Bathurst—Le titre d'évêque proue romain de Québec reconnu dans les actes publics—Départ de sir George Prevost—Sir Gordon Drummond— Voyages de l'évêque de Québec dans la Nouvelle-Ecosse et le Haut-Canada—Il est nommé conseiller législatif, .
La colonie tout entière était sous les armes. Le dix-huit juin précédent, le congrès américain avait déclaré la guerre à la Grande-Bretagne, et les troupes de l'Union avaient déjà essayé de pénétrer dans la Province. En présence des dangers qui menaçaient le pays, le gouverneur avait fait un appel à la loyauté des Canadiens, représentés par Craig, comme prêts à se révolter et à s’allier avec la république américaine. Prevost, au contraire, n’hésitait point à leur confier la défense du Canada ; et ses espérances ne furent point déçues, car, de toutes parts, le peuple se leva pour résister aux envahisseurs du sol de la patrie.
Au nom de la population canadienne, la chambre d’assemblée répondit noblement à l'appel du gouverneur :
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t Votre Excellence peut se reposer entièrement sur le bon esprit qui anime les sujets de S. M. dans la Province ; leur attachement à la religion de leurs pères, leur loyauté envers le souverain, leur ardent amour pour les véritables intérêts de la patrie, sont de si puissants motifs, que l'ennemi ne saurait les intimider par ses menaces, ni les tromper par ses efforts insidieux.”
Avec la plus franche libéralité, les représentants du peuple pourvurent aux moyens de couvrir les premières dépenses de la guerre ; les milices s’organiserent, et partout se déployait un zèle incroyable pour la défense du pays. Avantle commencement de septembre, des bataillons de jeunes Canadiens s'étaient portés sur la frontière et s'échelonnaient depuis Yamaska jusqu’à Saint-Régis. |
A peine Mgr. Plessis fut-il arrivé à Québec, qu'il s'empressa de pourvoir aux besoins religieux des miliciens, qui demandaient instamment la présence d’un prêtre parmi eux; il nomma aumônier M. Robitaille, curé de Saint-Marc, et le chargea du soin des troupes stationnées au fort Saint- Jean, à l’Ile-aux-Noix et dans les forts voisins; d’autres prêtres lui furent adjoints
à mesure que les lignes de défense s’éten-.
dirent.
Au mois d'octobre, l’évêque adressa une circulaire à messieurs les curés pour les
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remercier, au nom du gouverneur, de l'assistance qu'ils lui avaient prètée, tant pour la levée des milices que pour maintenir la subordination dans les rangs des nouvelles recrues. ‘‘ Le succès,” disait-il dans cette lettre, ‘‘ a pleinement répondu à vos efforts, auxquels on peut attribuer cétte ardeur qui, chaque jour, se développe de plus en plus pour seconder les vues du gouvernement et concourir unanimement et efficacement à la défense de la Province.
Nul spectacle plus consolant que celui du patriotisme et de la piété se donnant la main l’un à l’autre, de manière que les fidèles les plus empressés de se purifier r la réception des sacrements, sont aussi es premiers rendus où les ordres de leurs officiers les appellent, et les plus prèts à voler au combat.”
Quelques jours après, il adressait des avis et des exhortations à tous ses diocésains, et plus particulièrement à ceux qui surveillaient les mouvements de l'ennemi près de la frontière.
‘“ Deux choses vous sont nécessaires, miliciens chargés sur la frontière de nos plus chers intérêts, et vous commandants et officiers de ces corps estimables ! La première est de ne pas mettre votre confiance dans vos propres forces, comme feraient des infidèles : hi in curribus et hi in equis. Les brillants succès que nous attendons de votre ardeur militaire reposent essentielle-
ment sur la bénédiction que Dieu voudra bien donner à vos armes : nos aulem in nomine domini nostri invocabimus. La seconde est de fuir les vices qui, en vous rendant indignes de la protection du ciel, pourraient cttirer sur votre patrie quelque fâcheux et humiliant revers...
Et vous, N. T. C. F. qui, éloignés du champ de bataille, prenez néanmoins une part si vive au sort de nos guerriers et vous montrez impatients d’être appelés à partager leurs travaux ; vous, femmes pieuses, qui, avec une émotion mêlée de confiance, vous attendez au départ de vos époux comme vous avez consenti à celui de vos enfants ; prêtres, dont le zèle ardent pour la cause publique s’est communiqué si efficacement à vos ouaiïlles par le ministère de la parole, ou qu’une charité attentive a conduits au Camp pour y encourager vos jeunes paroissiens, que vous reste-t-il à faire ? sinon de lever les mains vers le ciel, comme Moïse, si l’armée d'Israël en venait aux prises avec les Amalécites.”*
Les lettres circulaires et les mandements de l’évèque produisirent de merveilleux effets sur ses diocésains ; ceux-ci montrèrent, par leur conduite, qu'ils avaient été calomniés quand on avait essayé de mettre en doute leur loyauté ; partout où on les employa, ils prouvèrent que la
* Mandement pour des prières publiques, 29 octobre 1812.
religion catholique leur avait appris à rester fidèles à leur drapeau et à défendre bravement le soi de la patrie.
Uue tentative des troupes américaines pour pénétrer dans le district de Montréal, durant l’automne de 1813, fournit aux Canadiens l’occasion de déployer un courage digne de la renommée de leurs pères.
Trois cents miliciens, accompagnés d’une
etite troupe de sauvages, et conduits par
e brave de Salaberry, arrêtèrent, sur les bords de la rivière Châteaugay, plus de quatre mille américains qui formaient l'armée du général Hampton, et les forcèrent à une retraite précipitée. Ce glorieux combat, livré le vingt-six octobre 1813, servit à déconcerter les plans de l'ennemi etarracha la colonie à un danger imminent.
Dans le même temps. une armée plus nombreuse menaçait Montréal d’un autre côte ; dix mille hommes, commandés par le général Wilkinson, partaient de Sacket’s- Harbour et descendaient le Saint-Laurent dans l’espérance de s’unir avec l’armée de Hampton.
Au bruit de ce nouveau danger, l’évêque s’empressa d'adresser des avis paternels à ceux de ses enfants qui étaient sur les frontières.
Guerriers,” leur disait-il dans son mandement du onze novembre, ‘c’est à vous qu'il appartient de vons opposer comme un mur à l’appro” ie des ennemis
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et de déconcerter lenrs mesures. [ls cesseront d'être redoutables dès que le Dieu des armées combattra avec vous; sous sa sainte protection marchez au combat comme à la victoire ; soutenez cette répu tation d’obéissance, de discipline, de vai ur et d'intrépidité que vous ont méritée vos premiers succès. Votre confiance ne sera pas vaine si, en exposant vos vies pour la défense de votre pays et de vos foyers, vous avez soin, avant toutes choses, de faire votre paix avec Dieu.”
Par une remarquable coïncidence, le jour même où ce mandement était publié à Québec, Îles troupes anglaises remportèrent une victoire signalée sur l’armée de Wilkinsonu, au lieu nommé Chrystlers Farm; et dans cet engagement se distinguait spécialement, à côté des soldats anglais, un corps de voltigeurs canadiens, sous les ordres du major Kerriot.
La guerre continua encore une grande partie de l’année suivante, et, chaque fois que l'occasion s’en présenta, le peuple canadien tout entier, encouragé par som premier pasteur, donna des preuves répétées de son dévouement à la patrie.
Repoussés à plusieurs reprises des frontières du Canada, et lassés d’une .utte où ils n'avaient rier: à gagner, nos voisins des Etats-Unis songèrent à s’accommoder avee l'Angleterre.
La paix se signa à Gand, au mois de
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décembre 1814; elle fut ratifiée d’abord ar le prince régent de la Grande-Bretagne, e vingt-neuf du même mois, puis par le président des Etats-Unis, au mois de février
Sir George Prevost ne manqua pas de reconnaitre, dans l’occasion, les services de la-milice du pays; il informa particulièrement le secrétaire des colonies, du zèle qu'avaient montré Mgr. Plessis et tout son clergé pour la défense du Canada; il lui représenta aussi la salutaire influence que le chef de l’église catholique dans la province exerçait sur ses diocésains. Aussi, une lettre de Lord Bathurst au général Prevost, en 1813, témoignait qu’on n'était
lus au temps où l’on menaçait de trainer Pévêque de Québec devant les tribunaux pour avoir pris le titre qui lui appartenait.
‘Je dois vous informer,’ écrivait lord Bathurst, ‘que son altesse royale le prince régent, au nom: de Sa Majesté, veut que désormais les appointements de l’évéque catholique de Québec soient de mille louis
ar année; c’est un témoignage rendu à la oyauté et à la bonne conduite du gentilhomme qui occupe maintenant cette place et des autres membres du clergé catholique de la province.”
Deux mois après, le même ministre répondait à l’évêque anglican, qui s'était plaint de ce que le gouvernement reconnaissait deux titulaires du même diocèse :
‘Quelle que soit l'opinion qu'on puisse avoir touchant les mesures à prendre pour arrêter le progrès de l’église catholique dans la province, ou pour diminuer la prépondérance qu’elle y a récemment acquise, vous comprendrez comme moi, j'en suis
certain, que le temps où les su jets canadiens
de S. M. font les plus louables efforts, en défendant la province contre l'ennemi, n’est pas le plus favorable pour introduire des changements qu'ils considèreraient, peut-être à tort, comme restreignant les priviléges de leur église.” *
Vers la même époque, le greffier du conseil exécutif, M. Ryland, était forcé de donner à Mgr. Plessis le titre d’évêque
catholique de Québec, dans un document
ublic qu’il lui adressait, et il le faisait de
ort mauvaise grâce. ‘ Monsieur Plessis,” écrivait-il au secretaire de sir George Prevost, ‘exprime le désir que... je lui donne le litre d'évêque catholique romain de Québec, au lien de le nommer surin tendant de l'Eglise romaine. Ne me croyant point libre d’adonter un changement contraire à la pratique recommandée dans les instructions de Sa Majesté, je soumets la question au gouverneur et je me laisserai guider par sa décision.”
Au nom du général Prevost. M. Brenton répondit brièvement que, puisque lord
* Lettre du 27 décembre 181 3.
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Bathurst lui-mème reconnaissait monsieur Plessis comme évèque catholique romain de Québec, il n'existait aucune raison qui empêchât M. Ryland d’en faire autant.
Ainsi les membres de la cabale voyaient leurs insultantes prétentions repoussées par le gouverneur et par le ministre. Ils s'étaient pourtant crus assurés de la victoire, car, sous le général Craig, l’un d'entre eux avait rédigé un projet de lettres patentes, dont voici un extrait :
‘ Par ces présentes, nous constituons et nommons N. notre surintendant ecclésiastique pour les affaires de notre Eglise de Rome, dans notre province du Bas- Canada
‘Et nous autorisons le dit N. et ses successeurs dans la dite charge... à exercer la jurisdiction spirituelle et ecclésiastique, dans notre dite province, suivant la loi... et nous avons donné et accordé à notre dit surintendant ecclésiastique pour les affaires de l'Eglise de Rome...
lein pouvoiretentière autorité de conférer es ordres de diacre et de prêtre ; d’instituer par lui-même, ou par son délégué, les prêtres et les diacres que nous présenterons et nommerons aux bénéfices dans la province, avec charge d’âmes......”
Comme on le voit, le projet de remettre l'autorité ecclésiastique aux chefs du conseil exécutif était complétement organisé, et il ne lui manquait plus que l’approbation du souverain.
Par sa prudence, sa modération et sa fermeté, Mgr. Plessis avait déjoué les machinations du parti anti-catholique ; sans se laisser entrainer dans les luttes politiques, il s'était maintenu à son poste sur le terrain de la religion ; i? avait repoussé, les unes après les autres, les attaques des ennemis de l'Eglise, et non-seulement il prenait publiquement son titre d’'évêque de Québec, mais il le faisait reconnaître par les autorités de la colonie et de la métropole.
Ï1 lui restait cependant à obtenir quelques concessions du gouvernement impérial, pes assurer à la hiérarchie catholique ‘entière liberté d'action à laquelle elle avait droit dans la province. Des obstacles se présentaient encore dans la voie des améliorations, et l’évêque de Québec avait besoin de courage, de persévérance et d’une protection toute spéciale du ciel, Led maintenir son Eglise dans la position favorable, où, avec Ta grâce de Dieu, il avait réussi à la placer. Humiliée sous le général Prevost, la ligue des fonctionnaires n’était ni détruite ni dispersée ; elle possédait des agents, du crédit et des protecteurs ; c'était même en partie sur ses représentations, que venait d'être rappelé le gouverneur ui, par sa prudence, avait cnrcervé le
anada à l'Angleterre, mais qui avait eu le tort de rendre justice aux anciens habitants du pays.
En prorogeant les chambres le vingt-cinq
mars 1815, sir G. Prevost les informa qu’il était rappelé en Angleterre afin de repousser des accusations qui attaquaient sa réputation militaire. Quoique malade, il partit pour l’Angleterre le trois d'avril, et prit la voie de Saint-Jean du Nouveau-Brunswick.
Les adresses les plus flatteuses lui furent présentées avant son départ, surtout de la part des Canadiens d’origine française, qui iui savaient gré de son impartialité à leur égard. Il futisincèrement regretté de l’évêque de Québec, qui connaissait ses bonnes dispositions pour les institutions religieuses du Canada.
‘“ Notre bon sir George est parti,” écrivaitil peu après au grand vicaire MacDonell, ‘* ot avec lui ont disparu une partie de vos espérances et des miennes pour l’avancement des lettres et de la religion catholique dans notre pays.”
Sir Gordon Drummond qui fut chargé de l’administration temporaire du gouvernement, en attendant qu'un successeur eût été nommé à sir George Prevost, n'avait ni le temps ni l’inclination de s'occuper des affaires de l’église cathoiique.
La conclusion de la paix permit an prélat de reprendre la visite des missions renfermées dans les provinces du golfe Saint- Laurent. Parti à la fin de mai 1815, il parcourut le littoral du Cap-Breton, où il vista les ruines de Louisbourg, occupées [” quelques pauvres familles de pêcheurs ;
sur la côte de la Nouvelle-Ecosse, il s'arrêta à plusieurs villages qu’avaient établis, depuis peu d'années, des Acadiens revenus de l'exil pour habiter un coin de leur ancienne patrie. À Halifax, il fut reçu avec honneur par les autorités anglaises, et fit connaissance avec sir John Coape Sherbrooke, alors lieutenant-gouverneur de la province.
Après avoir pacouru les missions les plus importantes de l’ancienne Acadie et remonté la rivière Saint-Jean jusqu'au village sauvage de Sainte-Anne, il revint au Canada, en passant par Boston, New- York et Albany. Cs fut dans la première de ces villes qu'il rencontra Monseigneur de Cheverus, qui en était évêque, et qui depuis devint archevèque de Bordeaux et cardinal ; là aussi il fit connaissance avec le vénérable grand vicaire M. Matignon, qui voulut accompagner l’évêque de Québec jusques à sa ville épiscopale.
gr. Plessis avait parcouru toutes les parties de son vaste diocèse, à l'exception du Haut-Canada, qu’il entreprit de visiter en 1816; c'était un voyage alors fort difficile. Les villages, encore peu nombreux, étaient séparés les uns des autres par d’interminables forêts. On trouvait çà et là quelques groupes de catholiques ; les plus considérables s'étaient formés à Saint- Raphaël de Glengarry, à Kingston et à Sandwich. Le prélat s'arrêta plusieurs jours
à Kingston,“ d’où il partit pour Sandwich et Saint-Pierre de la Rivière-à-la-Tranche, deux établissements jetés, à cette époque, sur les confins de la civilisatiôh. Au-delà commençaient les grandes solitudes de l’ouest, connues sous le nom de pays d’en haut, et où un grand nombre de Canadiens faisaient la traite pour la compagnie de la.
Baie - d'Hudson et celle du Nord Ouest.
Dans les vues de subvenir aux besoins spirituels de ces pauvres catholiques, privés | depuis longtemps de toute instruction reli- : Al gieuse, et en même temps avec l'espérance on || de procurer la conversion des infidèles,
fl l'évêque de Québec se disposa à fouder une mission permanente au centre des contrées sauvages du Nord-Ouest.
En effet, cette année, sur la demande de lord Selkirk, qui s’occupait de former une colonie à la Rivière-Rouge près du lac Winnipeg, M. Tabeau, curé de Boucherville, avait été envoyé au fort William, situé à l'extrémité occidentale du lac Supérieur ; il y devait rencontrer les voyageurs Win du Nord + et prendre des informations sur nr les moyens d'établir deux missionnaires à
* En 1816, Kingston renfermait soixaute-quinze familles catholiques, dont cinquante-cinq étaient canadiennes, et in vingt, soit écossaises soit irlandaises. Sandwich avait une : MI population catholique de quinze cents âmes. Les deux
(| 1e établissements de Malden et de la Rivière-à-la-Tranche. contenaient environ quatre cent cinquante âmes.
+ On nommait voyageurs les hommes engagés par les æompagnies du Nord-Ouest et de la Baie-d'Hudson, soit
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