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que comme évêque, il ne pad plus demeurer au séminaire de Saint-Sulpice, et il se voyait ainsi privé de l'assistance et des conseils de ses anciens confrères.
“L'on m'a signifié hier,” écrivait-il le premier septembre 1820, ‘‘ que mon séjour dans le séminaire, avec le caractère épiscopal, n’était pas possible... J'ai regardé cet incident comme une des marques les plus sensibles que la Providence ne me destine pas au poste que vous aviez l'intention de me confier, et j'en prends occasion de faire un nouvel effort, pour vous supplier de ne pas me charger d’un fardeau trop pesant pour mes faibles épaules.”
Après avoir énuméré et exagéré ses prétendues misères spirituelles, il ajoutait : “Je crois qu'en pesant devant Dieu ces raisons et plusieurs autres, jointes au retardement de la demande que vous aviez faite à la cour de Rome d’un ordre pour m'obliger à accepter, et dont je suis fermement résolu à attendre l'issue avant de me décider, vous verrez dans tout ceci des signes non équivoques de la Providence divine, qui réserve un plus digne pasteur à cette partie de votre diocèse et vous facilite les moyens de demander... un sujet plus propre à gouverner ce district, au lieu d’un homme fait pour vivre dans un séminaire et qui ne désire que d'y mourir en paix... Je suis trop convaincu de votre déférence envers le saint-siége
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La décision finale du souverain Pontife arriva à Québec au mois d'octobre et fut immédiatement communiquée à M. Lartigue, qui, dans une lettre du trente octobre, 1820, exprimait à l’évêque de Québec ses sentiments d’obéissance :
‘Mon premier mouvement, après avoir lu dans la lettre du cardinal Fontana l'ordre positif du saint Père in virtute sanctæ obedientiz, d'accepter ma promotion à l'épiscopat, a été de me jeter à genoux, pour acquiescer de cœur à la volonté de Dieu, qui m'a paru aussi évidemment manifestée par celle de son vicaire, que si Jésus-Christ m'eût parlé en personne. Je n'ai donc pas hésité un instant à me soumettre ;...…... j'ai accepté en gémissant le fardeau, quelque incapable que je me sente de le porter.”
Après son acceptation definitive, il crut devoir s'occuper de ses projets d'avenir. Il se proposait d'aller demeurer dans une paroisse de la campagne, au sud du Saint- Laurent. ‘Cet arrangement ” écrivait-il, ne produira aucun changement dans les usages du séminaire... et je gouvernerai mon district dans -une paroisse de la campagne, avec moins de tracasseries qu’en ville. Si Dieu me prête vie, je ne désespère point d'établir un jour ma résidence à
Montréal, quand certains préjugés seront effacés ;...... mais le temps n’est pas encore arrivé... Non-seulement nos messieurs désirent que je sois sacré à Montréal, mais encore ils veulent bien que, si cette cérémonie a lieu daus le cours de l’hiver, je demeure avec eux jusqu’au printemps.”
M. Alexandre MacDonell, nommé évêque de Rhésine, fut sacré le dernier jour de l’année 1820. Plusieurs circonstances retardèrent la consécration de M. Lartigue, qui n'eut lieu que le vingt-un janvier, 1821.
Mgr. Plessis voulut faire solennellement cette cérémonie dans l’église paroissiale de Montréal. ‘ C'était,” dit M. LaRocque, dans.
l’oraison funèbre de Mgr. Lartigue, ‘“‘ un grand nom qui s’en associait un autre ; et le vingi-un janvier prenait ainsi place parmi les époques qui appartiennent à l’histoire de la religion en ce pays. En ce jour à jamais mémorable, Mgr. Lartigue, en se chargeant de l’administration du district de Montréal, posait les bâses d’un siége épiscopal en cette ville, qui en a retiré depuis et en retire journellement de si précieux avantages.”
L'église paroissiale de Montréal convenait particulièrement à cette cérémonie, puisque, outre l’avantage d’être la plus ancienne et la plus remarquable du diocèse, elle avait des titres particuliers au respect des deux prélats. Là en effet le consécrateur et le consacré avaient recu le saint baptème
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et fait leur première communion ; là ils avaient reçu les premières leçons de la doctrine chrétienne et'avaient préludé aux augustes fonctions du sacerdoce et de
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comme simples enfants de chœur.
M. Bernard Angus MacEachern, nommé évèque de Rose, fut consacré à Québec le dix-sept de juin suivant ; c'était un vénérable missionnaire écossais,-ancien ami de Mgr. MacDonell. Depuis longues années, il parcourait les villages écossais et acadiens de l’île du Prince Edouard, se reposant bien rarement de ses travaux apostoliques. La présence du bon évêque allait être d'autant plus nécessaire dans ces missions, que Mgr.
Burke, évêque de Sion, était mort le vingtneuf novembre précédent, laissant pour administrateur du diocèse, son neveu, M.
Carroll, jeune prêtre qui se trouvait fort embarrassé de l'administration d’un diocèse et quise voyait menacé de porter ce fardeau pendant un assez long temps. M. Maguire, curé de Saint-Michel, qui avait été demandé par Mgr. Burke comme son coadjuteur, refusait fermement d'accepter cette charge ; il fallait ainsi attendre que Rome eût choisi un autre successeur à l’évêque défunt : or, dans les circonstances où se trouvait l’église de la Nouvelle-Ecosse, c'était une opération fort difi.cile.
Quant au sacre de M. Provencher, nommé, en attendant, curé de Machiche, il dut être
différé jusqu'au douze mai 1822, afin que le nouvel évêque eût le temps de se préparer à une charge, qui serait pour lui environnée de nombreuses difficultés dans son district éloigmé et encore sauvage.
Mgr. Lartigue comprenait que les circonstances dans lesquelles le plaçait sa position actuelle, ne lui permettaient pas de demeurer au séminaire. En attendant des temps meilleurs, il accepta la bienveillante invitation des dames de l’'Hôtel-Dieu, qui mirent à sa disposition quelques appartements réservés pour des prêtres malades.
Sa résidence dans cetie maison fut plus longue qu’il ne s’y attendait d’abord, car il renonça au projet de se retirer à la campagne, convaincu que sa présence à Montréal serait plus avantageuse pour son district épiscopal.
Après son retour à Québec, Mgr. Plessis informa officiellement les fidèles du district de Montréal que Mgr. Lartigue allait exercer parmi eux les fonctions d’évêque suffragant et auxiliaire.
‘ Le vingt-un du mois dernier. ” annonçait-il dans son mandement de février 1821, ‘“ nous donnâmes la consécration épiscopale à Mgr. Jean Jacques Lartigue, titulaire de Telmesse. Il auraitété plusflatteur pour nous de le consacrer sous un titre qui exprimât directement les rapports que çous aurez désormais avec lui. La chose n’a dépendu ni de nous ni du saint-siége, qui
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général. Nous nous conformons donc aux il intentions du souverain pontife, en vous signifiant par le présent mandement, que | vous devez à l'avenir rendre à Mgr. l’évêque de Telmesse, dans toutes les églises du district de Montréal, les mêmes honneurs | que vous nous rendriez à nous-mêmes si | nous étions sur les lieux, et l'y considérer || comme spécialement etgénéralement char- 1 gé des fonctions épiscopales. Ainsi c’est | notre intention positive que vous recouriez il désormais à lui, dans tous les cas où vous | recouriez ci-devant à nous, sauf à lui de nous référer les affaires qu’il estimerait ne pouvoir terminer par lui-même. ” *
Son intention était de ménager les || susceptibilités ministérielles, tout en lais- fl sant à l’évêque de Telmesse la plus grande pti latitude possible dans l'exercice de ses | fonctions pastorales. Cependant, malgré sa ll:
rudence dans la conduite de cette affaire, ’indiscrétion d’un Journaliste faillit causer de l'embarras dans les rapports entre lord | Bathurst et Mgr. Plessis. Si le ministre {il avait quelque bon vouloir pour l’évêque il catholique, ses dispositions bienveillantes {il
* Mandement du 20 février 1821.
s'évanouissaient quelquefois, devant la crainte d’être attaqué sur ce sujet, dans les chambres. Grandes furent donc ses inquiétudes lorsqu'on lui montra sur un journal de Montréal un paragraphe annonçant ‘‘ que l’archevêque de Québec avait sacré le docteur Lartigue et l'avait installé comme évêque de Montréal. ” Le ministère était alors fortement menacé par ses ennemis, et l’article désigné pouvait devenir un instrument d'attaque entre les mains de l'opposition. Lord Bathurst adressa immédiatement une dépêche au gouverneur général du Canada, pour lui faire part de la surprise que lui avaient causée ces lignes, et en même temps pour demander quelques explications sur l'exactitude du malencontreux article. Une communication analogue fut envoyée à l’évêque de Québec par monseigneur Poynter.
‘6 J'ai vu ce matin M. Goulburn, ” écrivait le prélat ; ‘ il me dit que lord Bathurst était fort intrigué au sujet d’un article qui avait paru dans la Gazette de Québec, et qui était nature à lui causer de l'embarras 40rd Bathurst faisait observer que At contrevenir à l’arrangement conclu catre lui et votre Grandeur.
Je répondis qu’il y avait évidemment une méprise dans le rapport... ; que vous ne preniez point le titre d’archevêque, mais seulement celui d'évêque de Québec... ; que M. Lariigue avait été sacré non comme
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évèque de Montréal, mais comme évêque de Telmesse ; qu’il était votre grand vicaire, avec le caractère épiscopal, pour le district de Montréal, et que c'était là précisément ce dont vous étiez convenu avec sa seigneurie.
‘M. Goulburn parut satisfait et m'informa qu'il expliquerait l'affaire à lord Bathurst.”.*
L'évèque de Québec s’empressa de donner à Mgr. Poynter des explications capables de calmer les inquiétudes du secrétaire d'état.
“Je n'ai reçu aucune lettre de lord Bathurst.” fépondait Mgr. Plessis, “* mais il a écrit à lord Dalhousie, notre gouverneur en chef, qui m'a transmis le paragraphe...
en question, me priant de lui faire savoir ce qui en était, pour l'information du secrétaire d'état... Ma réponse est parfaitement conforme à celle que votre Grandeur a donnée à M. Goulburn, et ne pouvait être différente. Personne n’a plus que moi à se louer des procédés de lord Bathurst; et indépendamment de ceque me commandent 10n état et ma position vis-à-vis du gouvernement de S. M. si j'étais capable d’user de duplicité...……. la reconnaissance m’empêcherait de le faire envers lord Bathurst et de l’exposer à quelque désagrément.
Sans être fort avancé en politique, je conçois toute la délicatesse de la position
* Lettre de Mgr. Poynter, 7 avril 1821.
d’un secétaire d'état et àquels ménagements il est assujéti. Vous me ferez beaucoup de plaisir, si vous trouvez l’occasion de communiquer la présente à lord Bathurst,”
La lettre de l’évêque de Québec et les explications du comte Dalhousie parurent satisfaisantes, et Mgr. Poynter annonçait, peu après, que cette affaire avait perdu toute l’importance dor l'avait revêtue la circonspection extrême du ministre.
…….tJ’ai présenté votre réponse à lord Bathurst et à M. Goulburn, qui l’ont lue et sont restés convaincus que l’article de la Gazette, au sujet de Mgr. Lartigue, renfermait des erreurs, et que la conduite de V. Gaétait digne d'approbation.” *
Mais si la manière d'agir de Mgr. Plessis lui méritait des louanges, celle de lord Bathurst semblait annoncer de la lenteur et de la timidité. Depuis un an, il était convenu d'informer le gouverneur du Canada des promesses faites au sujet du séminaire de Nicolet et des arrangements conclus par rapport aux nouveaux évêques :
cependant aucune dépêche officielle n’était encore parvenue à lord Da:nousie. Aussi l’évêque crut-il devoir profiter de la circonstance, pour offrir au gouverneur quelques explications sur l’état des choses.
tt En conséquence,” écrivait-il, ‘ d’un mémoire que j'eus l'honneur de soumettre
* Lettre de Mgr. Poynter, 31 août 1803,
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à la considération de lord Bathurst, en 1819, sa seigneurie eut la bonté de me signifier. par une dépêche de la même journée, que le gouvernement de S. M.
admettait mon plan ultérieur, en ce sens qu’il ne désapprouvait pas que messieurs Lartigue et Provencher fussent revêtus, sous ma dépendance, de telle autorité ecclésiastique que je jugerais nécesaire.
Comme l'assistance que j'attendais d’eux requérait qu'ils fussent revêtus du caractère épiscopal pour la confirmation et les ordres, j'obtins aussi du saint-siége, en 1820, des évêchés in partibus, après en avoir prévenu le ministère britannique. A la fin de 1818, le saint-siéga jugea à propos d’ériger mon église en archevêché. Je n’en fus instruit qu’au mois d'août 1819, après son arrivée à Londres, et j'en donnai moi-même avis à lord Bathurst ; mais apercevant que ce nouvel ordre de choses ne convenait pas à la cour d'Angleterre. je m'abstins de m’en prévaloir... mais je ne voudrais point me rendre responsable de la fantaisie qu'aurait un gazettier de me qualifier d'archevêque.”
Les instructions touchant la position des nouveaux évêques furent enfin communiquées, avec une grande réserve, à lord Dalhousie, par le secrétaire des colonies, qui craigaait toujours de se compromettre.
Quant aux lettres patentes, en faveur du séminaire de Nicolet, elles furent accordées
au mois de décei1bre 1821, au grand contentement de Mgr. Plessis et de ses amis.
Peu de temps après la publication du mandement de février 1821, des troubles, plus sérieux que ceux qu’avaient causés le paragraphe du journaliste canadien, commencèrent à agiter les esprits dans la ville de Montréal et dans une partie du district du même nom ; les contestations qui suivirent remplirent d’amertume les dernières années de l’évêque de Québec. Les difficultés, annoncées comme devant naître de la position douteuse dans laquelle se trouvait l’évêque de Telmesse, apparurent de suite dans toute leu. étendue; les marguilliers de la paroisse de Montréal s’occupèrent de régler les honneurs qu’on accordait à Mgr. Lartigue, et de décider si on laisserait à sa disposition le trône épiscopal. Plusieurs personnes qui n'étaient point intéressées dans la question se mêlèrent de la discuter ; on en vint même à attaquer le mandement de l’évêque de Québec, qui, suivant certains écrivains, ne pouvait transmettre à un autre les honneurs appartenant à l'ordinaire. Pendant deux ou trois ans, les journaux de Montréal furent remplis de correspondances dans lesquelles Les autorités ecclésiastiques n’était pas toujours ménagées.
Monseigneur Plessis était profondément attristé de l’opposition soulevée contre des mesures qu’il avait prises pour la gloire de
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