‹ Mgr. Joseph-Octave Plessis [microforme]Chapitre 35 sur 44 · PEN VO · texte numérisé non relu

PEN VO

Dieu et le plus grand bien de son troupeau, et qu’il avait adoptées d’après l'avis des personnes les plus sages de son clergé.

- Toutefois plein de confiance dans la justice de sa cause et dans la protection de la Providence, il entretenait le ferme espoir que le temps et la réflexion rétabliraient le calme dans les esprits et que l'orage s’épuiserait par sa violence même.

Aussi tous ses conseils étaient dictés par la modération et la patience, moyens qui lui avaient réussi dans ses luttes contre le gouvernement provincial.

A Mer. Lartigue qui demandait à être traité comme un autre Jonas et jeté à la mer pour apaiser la tempête, il répondait :

—*t On m'a envoyé un long mémoire pour

rouver par raison démonstrative que tous

es honneurs qne je vous abandonne et € 1xquels vous prétendez sont abusifs. Je ne disputerai point avec l’auteur ; mais je ferai passer en cour de Rome mon mandement du vingt février et me soumettrai au jugement du saint-siége. En attendant, ne contestez pas ; mettez les procédés de votre

côté. Si on vous pousse reculez-vous. A défaut du trône, contentez-vous d’un priedieu ; à défaut d’un prie-dieu, mettez-vous sur le bout d’un banc, ou ce qui serait encore mieux, cessez d'assister à la paroisse qui n’est pas plus cathédrale que toute autre église de la ville ; et adoptez l’eglise

de l’Hôtel-Dieu ou toute autre. ”

‘ Les sottises sont pour ceux qui les font. Vous auriez tort de vous chagriner des mauvais procédés qu’on a envers vous...

Continuez d’agir avez charité et compassion.* Cette conduite est hien plus agréable à Dieu et édifiante pour l’'Eglise.....Dans toute espèce de débat, heureux celui qui sait mettre les bons procédés de son côté. ” Comme, à propos de l’effervescence qui avait suivi la division de son diocèse, on lui faisait connaître que plusieurs lui reprochaient de ne pas assez consulter, il répondait à l’ami qui lui donnait cette information : ‘“ Quarid on veut le bien, on ne répugne pas à recevoir des avis de ceux qui le veulent aussi. J’ai néanmoins éprouvé que des hommes, d’ailleurs amis du bien, déraisonnaient dans les choses où leur intérêt personnel se trouvait concerné.

Cette considération m’a souvent empêché de consulter. Hors de là, je l'ai fait un trés-grand nombre de fois. Vous seriez étonné si je vous donnais une liste de mes consultations, encore plus si jy ajoutais la liste des réponses qui me sont venues. Mais, comme je pourrais m'aveugler dans les affaires où mon amour-propre est concerné, je m'estimerais heureux d’avoir en vous un moniteur qui puisse dissiper mes illusions. ”

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Charité de Mgr. Plessis envers les émigrés irlandais—La . loi de 1801 sur les écoles—Lettre d'un ancien curé—Tentatives infructueuses pour obtenir une loi plus équitable sur les écoles—Lettres à M Poynter et au secrétaire des colonies—-Réponse de lord Bathurst—La question des subsides—Seconde visite dans le district de Gaspé—Suite des contestations dans le district de Montréal —Mandement. —Abolition de la fête du sacerdoce.

Au milieu de toutes les sollicitudes que lui causaient les affaires du district de Montréal, il n’oubliait point les intérf': de la partie du diocèse qu’il s'était réservée, non plus que ceux du Bae:-Canada en général.

Dans l'été de 1820, des familles irlandaises étaient arrivées à Québec dans l’espérance d'y améliorer leur sort. N'ayant pas rencontré les avantages qu’elles y attendaient, elles se voyaient réduites à une profonde misère. Comme la saison rigoureuse de l'hiver approchait, le cœur du charitable prélat fut attristé de leur position; il essaya d'en placer quelques-unes dans les campagnes afin de pouvoir secourir plus efficacement celles qui resteraient dans la ville.

‘“ N'y aurait-il pas moyeu.” écrivait-il à chacun des curés, ‘‘ de placer dans votre paroisse une seule famille irlandaise ? Ces pauvres gens périssent de froid et de misère dans les rues. Ils ne peuvent trouver à manger dans les villes que l'argent à la

main, et ils n’ont point d'argent. A la campagne, on pourrait subvenir à leurs besoins ; il y a plus de charité dans vos paroisses que parmi nos citoyens, et réellement plus de ressources. Plusieurs particuliers pourraient se réunir pour nourrir et vêtir cette famille d'ici au printemps. Il s'agit de catholiques, nos frères, étrangers dans ce pays... Îl en restera toujours assez pour affamer la ville, quand même chaque paroisse du district se chargerait d’une famille. Enfin il ne faut pas oublier cette parole de N.<$.: Hospes eram et collegistis me.”

Grâces à l'intervention du prélat, on trouva moyen de placer à la campagne une trentaine de ces pauvres familles, qui furent nourries et logées pendant l'hiver ; cet arrangement permit aux citoyens de secourir plus aisément celles qui restèrent dans la ville.

Une question fort importante pour l'avenir occupait alors les vrais amis du pays : on désirait répandre l'instruction primaire parmi le Poe surtout. dans les campagnes, car les villes étaient pourvues d'écoles. Mais, dans l’accomplissement de cette œuvre si désirable, on rencontrait des obstacles ; le premier et le plus grave était la malheureuse loi de 1801 qui avait confié la surveillance des écoles à l'institution royale. Or le gouvernement provincial avait alors trouvé le moyen de donner la direction de cette société au clergé

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protestant et aux membres de la coterie qui avait toujours travaillé à ruiner les institu tions catholiques. L'argent prélevé sur le se était placé entre les mains de ces 1ommes et dépensé à leur guise. Rien de surprenant donc que l’évêque de Québec et son clergé fussent constamment et énergiquement opposés au fonctionnement de cette loi inique, que l’on avait introduite à la fin d’une session, lorsqu'il ne restai' que peu de membres canadiens dans la chambre d’assemblée. -

Un ancien curé du Cap-Santé, homme judicieux et instruit, donne des détails intéressants sur cette loi et les accompagne des réflexions suivantes, dans des mémoires qu’il a laissés sur sa paroisse.

‘Cette loi,” fait-il observer, ‘‘ fut loin de recevoir l'accueil favorable de ce qw'il y avait de Canadiens éclairés et attachés à leur religion. L'esprit, les motifs qui en avaient inspiré les dispositions perçaient trop pour que les avantages qui, au premier coup d'œil, en paraissalent devoir résulter, en imposassent aux personnes clairvoyantes.”

‘© Les membres du parlement provincial firent à diverses reprises des tentatives, soit pour en rappeler les dispositions, soit pour en prévenir les mauvais effets ; mais tout fut inutile : les ennemis des Cana.

diens avaient trop gagné par cet acte, qui n'avait été obtenu que par surprise, pour rien céder de ce qu'ils avaient obtenu...”

‘« Personne, au demeurant, n'ignore l'opposition formelle et constante que le clergé catholique a toujours montrée, et avec raison, contre l'établissement de ces écoles, soumises à la direction et sous l'influence immédiate et unique du clergé protestant. La manière dont le bill qui établissait ces écoles avait été obtenue ; les vues trop bien connues que l’on se proposait par son établissement ; l'exclusion formelle de toute influence directe on même indirecte, de la part du clergé catholique sur ces écoles ; le choix de prédilection que l’on faisait des maîtres protestants pour les placer dans ces écoles, presqu’uniquement composées d'enfants catholiques ; tout cela, sans doute,était plus que suffisant pour légitimer et pour commander même cette opposition, que le clergé catholique a toujours montrée contre l'établissement de ces écoles. ” |

En 1820, un projet de loi sur les écoles, équitable pour les catholiques comme pour les protestants, fut admis dans les deux chambres de la législature du Bas-Canada et réservé par l’administrateur de la province à la sanction royale. Mgr. Plessis, qui était alors en Angleterre, fit des démarches pour engager les ministres à recommander cette mesure à Sa Majesté. Ses efforts demeurèrent inutiles, car on s’imaginait, au bureau des colonies, que les dispositions de ce bill étaient toutes en

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faveur des catholiques, et enleveraient à l'institution royale des droits acquis.

En écrivant sur ce sujet à son coadjuteur, il le priait de s'adresser à messieurs Papineau et Taschereau, pour les engager à faire modifier certaines clauses de maniere à prouver aux ministres que la loi était aussi favorable aux protestants qu'aux catholiques.

Amendé de manière à ne blesser aucune susceptibilité, le projet fut encore admis

ar les deux chambres dans l’année 1821 ; ord Dalhousie crut devoir le recommander à la bienveillance du souverain. Les véritables amis du pays espéraient que le gouvernement impérial permettrait aux Canadiens d'organiser un système propre à favoriser l'instruction publique, sans la livrer à la merci de leurs ennemis. Dans cette occasion, comme dans toutes celles où les intérêts importants de ses compatriotes étaient concernés, Mgr. Plessis éleva la voix pour réclamer en faveur de la justice de leur cause.

Dans une première lettre, il informe, de l’état des choses, Mgr. Poynter, souvent admis au bureau colonial, et dont les opinions y étaient respectées. .

Voici la partie de cette lettre qui a rapport à la loi proposée : ‘“ Notre parlement provincial, ayant passé un acte extrèmement désiré par les catholiques de ce pays, pour l'établissement d'écoles dans les

paroisses de campagne, le gouverneur l’a renvoyé à la sanction du roi, ce qui a contristé beaucoup de monde. Je me proposais d’avoir l'honneur d'écrire à ce sujet à lord Bathurst; mais je m’en suis abstenu, sur l'assurance que m'a donnée le comte Dalhousie, qu’en transmettant ce bill il l’ avait fortement recommandé.” *

Un mois après, il craignit sans doute que les recommandations de lord Dalhousie n’eussent pas été assez pressantes, car jl écrivait la lettre suivante au secrétaire des colonies :

‘* Les deux chambres du parlement provincial du Bas-Canada ont passé, dans leur dernière session, un bill pour l’encouragement de l'éducation dans les paroisses de la campagne, que son excellence le comte Dalhousie à jugé à propos de référer à la sanction du roi. Je croirais, mylord, manquer à ce que je dois à ma place et à mon pays, si je ne faisais connaître à votre seigneurie combien les sujets catholiques de cette province désirent ardemment qu’il plaise à Sa Majesté de sanctionner ce bill ; car, quoiqu'il soit dressé dans des termes qui doivent accommoder toutes les persuations religieuses, il intéresse néanmoins plus spécialement les catholiques, comme n'ayant eu jusqu’à ce jour aucun encoura-

* Lettre à Mgr. Poynter, mars 1821,

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gement pour leurs écoles de campagne, parce que celles qui s’établissent en vertu d’un autre acte, savoir celui de la 4le année du règne de sa défunte majesté, ne s'accordent pas avec leurs principes et ne peuvent nullement leur convenir. Le seul délai apporté par le gouverneur en chef à la sanction du dernier, a suffi pour alarmer ce bon peuple. Déjà l’on projetait des pétitions au roi dans les différentes parties de la province ; je ne suis parvenu à rassurer les esprits qu’en repétant ce que lord Dalhousie m'avait fait l'honneur de me dire... qu’il se flattait de voir bientôt ce bill revenir d'Angleterre. S'il en était autrement, la très-grande majorité de la population du Bas-Canada en serait consternée...……. L'objet dont il s’agit est si intéressant, dans mon humble opinion, que si une conduite uniformément loyale a pu me mériter quelque estime de la part de votre seigneurie, j'ose la supplier de vouloir bien s’en souvenir, dans une occasion qui touche de si!près le peuple confié à ma sollicitude pastorale.” *

Malgré les réclamations si vives de l’évèque et les recommandations du gouverneur général, les vœux des chambres canadiennes ne furent pas exaucés.

Lord Bathurst en donne les raisons, dans

* Lettre à lord Bathurst, 28 avril 1821,

sa réponse, adressée en français, à l’évêque de Québec : *

J'ai l'honneur d’accuser réception de la lettre que vous m'avez adressée, en date du ?28me avril, dans laquelle vous me faites part des désirs des sujets catholiques de Sa Majesté, qu'un bill que les deux chambres du parlement provincial ont passé, pour l’encouragement de l’éduca‘ion dans les paroisses de la campagne, soit sanctionné de Sa Majesté.

“Je vous assure, monseigneur, qu’il me fera toujours un plaisir de faire connaître à Sa Majesté vos sentiments, sur tout ce qui regarde les intérêts de ceux qui sont confiés à vos soins pastorales; el si je ne me trouve pas en état de vous annoncer que ce bill a reçu la sanction royale, ce est que parce qu'avec toute disposition de faire donner aux catholiques des moyens d'éducation, qu’ils trouveront plus satisfaisants que ceux dont il jouissent aujourd'hui, Sa Majesté croit nécessaire aux intérêts gèenéraux de la colonie de différer la considération de ce bill, jusqu’à ce que la législature aurait décidé sur des autres mesures qui ont depuis longtemps été en discussion et que le gouverneur en chef a reçu les ordres de Sa Majesté leur soumettre encore dans la session prochaine.

‘J'ai l'honneur d’être, Mgr. etc., etc.”

* Lettre du comte de Bathurst à monseigneur l'évêque catholique romain de Québec, —Cette lettre est donnée avec ses fautes et ses tournures anglaise.

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Les mesures auxquelles faisait allusion le secrétaire des colonies se rapportaient à la question des subsides. Au nom de Sa Majesté, le gouverneur général du Canada avait demandé que la liste civile fut votée pour la durée de la vie du roi, selon ce qui se pratiquait en Angleterre. La chambre d’assemblée refusait d'adopter ce plan, mais offrait de faire annuellement des appropriations pour la liste civile, à cause des fluctuations fréquentes du montant des revenus annuels dans la province.

Au bureau colonial on fut contrarié par ce refus, et l’on chercha à forcer la main des représentants en refusant de sanctionner des lois avantageuses à toute la population catholique du Canada. D’année en année les espérances des amis de l'instruction publique étaient déçues; une misérable coterie, opposée à la religion, à la langue et aux institutions du peuple,se maintenait malgré lui à la tête d’une société qui avait à sa disposition l'argent prélevé sur les catholiques et qui s’en servait contre le catholicisme. Ce ne fut qu’en 1824 qu’on obtint, pour les fabriques de la campagne, le droit de posséder des terrains et des maisons pour l'établissement d'écoles paroissiales. Plus tard enfin, les droits de la justice triomphèrent, des écoles communes furent fondées.et l’institution royale disparut, sansavoir produit les résultatsqu'enavaient attendus ses partisans.

En 1821, l'évêque visita pour la seconde fois le district de Gaspé, où il n'existait pas encore de chemins pour relier les petits établissements épars sur ce littoral.

Harassé, fatigué par ce voyage, pénible pour un homme de son âge, il trouva, en arrivant à Québec, une masse d’affaires qui s'étaient accumulées dnrant son absence, et qu'il lui fallait toutes régler par luimême. De nombreuses consultations, de la part de Mgr. de Telmesse et de plusieurs curés de Montréal, l’attendaient sur son bureau, mêlées avec les lettres des prêtres des districts de Québec et des Trois-Rivières. Quelques-unes exigeaient de longues recherches et un prodigieux travail; les autres, par leur nombre et souvent par leur peu d'importance, embarrassaient son travail, comme ces. nuées de mouches qui assaillent le voyageur sans lui causer de mal, mais qui souvent le retardent Gans sa marche plusque des obstacles qui paraissent autrement formidables.

Sa grande facilité à débrouiller les affaires et son assiduité au travail, finissaient cependant par le rendre maître de la position, et il se trouvait libre lorsqu'il n’était en arrière que d’une semaine dans sa correspondance ordinaire.

La difficile question touchant le gouvernement ecclésiastique de Montréal était toujours agitée. Il aurait bien désiré céder complètement cedistrict et faire reconnaître

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Mgr. Lartigue comme vicaire apostolique ou évêque titulaire ; il en écrivit à Mgr.

Poynter, pour engager ce prélat à reconnaître si les dispositions des ministres avaient changé sur ce sujet. ‘‘ Je trouve, ” répondait Mgr. d'Halie, que Mgr. Lartigue s'inquiète beaucoup à propos de son titre in partibus infidelium et croit que les choses iraient mieux s’il portait le titre d’évêque de Montréal. Lord Bathurst y est tellement opposé, que si je lui parlais maintenant de cette affaire, je causerais plus de mal que de bien. M. Gouiburn m'informa dernièrement que l’opposition de lord Bathusst ne venait pas tant de ses proppres idées que des dispositions de quelques-uns de ceux avec qui il est lié. ”

Dans le même temps, Mgr. Plessis adressait à l’évêque de Telmesse des avis et des consolations, propres à le soutenir et Jencouranger au milieu de la tempête qui grondait : ‘* Sachez rester calme, ” lui disait-il, au milieu d’un orage qui n'aura qu’un temps ; cum his qui oderunt pacem eram pacificus. Au fond tous ces hommes vous estiment ; seulement ils trouvent l'écorce un peu rude. Plusieurs se plaignent que vous êtes exigeant et tranchant, et que vous ne ménagez pas assez votre monde.

Pour moi, qui suis convaincu du contraire, je suis persuadé que vous les gagr. . ez tous en leur témoignant un peu plus de déférence. ”

Détourné par de pressantes occupations et arrêté par des motifs de prudence, il n'avait encore pu donner de détails sur les motifs et les résultats de son voyage en Europe ; il entreprit de le faire au long dans son mandement du cinq décembre 1822 ; il espérait qu'un exposé clair et motivé de ses démarches, pour obtenir la division de son diocèse, ramènerait peutêtre les esprits égarés par de fausses représentations.

Après avoir énoncé les principaux objets de son voyage, il fait allusion aux difficultés suscitées à Mgr. de Telmesse dans son district épiscopal.

‘ Nous n'avons pas appris, ” dit-il, ‘sans une grande affliction, que dans un certain district l’on avait cantesté la jurisdiction d’un de ces dignes évêques ; mais nous osons nous flatter, d’ap'ès l’exposé naïf de nos procédés et des dispositions du saintsiége, que des réflexions plus judicieuses rapprocheront les esprits, réuniront les cœurs et combleront nos vœux pour l’édification de l'Eglise, l'union de ses membres et leur soumission parfaite aux vues du souverain pontife......?

Ce mandernent n’arrèta point l'agitation, qui était encore fort grande ; mais il eut l'effet d'éclairer les esprits qui n'étaient pas préjugés et qui attendaient des explications pour se décider sur le parti à suivre.

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sait dans ce document au clergé et aux fidèles des districts de Montréal, des Troist Rivières et de Québec, le prélat annonçail'établissement de certaines fêtes accordées pour le diocèse, et il déclarait en même temps que la fète du sacerdoce, célébrée dans le pays depuis l'année 1777, cesserait de l'être à l'avenir, et qu’il ne serait plus permis aux ecclésiastiques du diocèse d'en réciter l’ofiice.*

Conspiration pour unir le Haut et le Bas-Canada—Lettre à Sir John Sherbrooke—Protestation des Canadiens—MM, Papineau et Neilson députés en Angleterre—Félicitations et avis de Mgr, Plessis à M, Papineau, succès des Canadiens—Patriotisme de Mgr. Plessis—Absence de Mgr, MacDonell—Infirmités—M. Doucet—La pensée de la mort—Maladie et mort—Consternation générale—Funérailles—Eloges et regrets Ju souverain Pontife et des cardinaux, de Mgr. Poynter, de lord Dalhousie--Epitre en vers de M. Mermet. ;

Vers la fin de l'été de 1822, on fut étonné d'apprendre que dans la chambre des communes, en Angleterre, un projet de loi d’un grave intérêt pour le Canada avait été longuement discuté et n'avait été retiré que sur les instances des amis du pays :

* Cette fête avait lieu le jeudi qui suivait immédiatement le vingt-neuf août ; elle fut célébrée pour la dernière fois à Québec, dans l'année 1822.

l'on avait proposé l’union législative du Haut et du Bas-Canada, baste sur l’extinction graduelle des institutions françaises.

Le bill avait été présenté, sous la protection du gouvernement impérial, par M.

Wilmot, qui souhaitait le faire adopter avant que les parties intérescées en eussent connaissance : ‘‘ Je vous supplie,” avait-il dit, ‘ d'adopter cette loi sur-le-champ ; car si vous attendez à une autre anuée, l’on vous adressera tant de pétitions contre la mesure, qu’il vous sera difficile de la faire réussir, nonobstant les avantages qu'elle présente à ceux même qui la rejettent par iguorance ou par préjugé.” Avec l'union du Haut et du Bas-Canada, les auteurs du rojet glissaient leurs mesures favorites, ’abolition de la langue française, l’asservissement de l’église catholique, la destruction de l’ancienne jurisprudence du pays, l'injustice la plus odieuse envers les Canadiens-Françaiïs dans le nombre des colléges électoraux. Un marchand retiré, qui avait entretenu des liaisons de commerce avec le Canada, fut le premier à donner l'éveil sur liniquité de la mesure. Plusieurs membres de la chambre, parmi lesquels Sir James Mackintosh et M. Bright, élevèrent la voix pour protester contre une loi gui allait bouleverser les institutions d’un peuple sans qu’on le consultât, sans même qu’on l’eût informé. M. Lymburner, alors résidant en Angleterre, et qui en 1791 avait

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travaillé dans un sens favorable à l'union, se déclara aussi contre l'introduction de la mesure, parce que, depuis cette époque, des intérêts graves et nombreux s'étaient élevés, basés sur la séparation des provinces. Mu par un sentiment de tardive utie le gouvernement dut retirer, pour e moment, son projet de loi, à l’exception de quelques clauses relatives à la tenure des terres dans le Bas-Canada et à des règlements de commerce et de finances.

De toutes les parties du Bas-Canada s’éleva un concert unanime de réprobation, contre une mesure clairement élaborée pour soumettre le Bas-Canada à la tyrannie de ses anciens ennemis.

Fermement persuadé que les premiers moteurs de ce projet vivaient dans la province et méditaient l’annéantissement de la religion catholique et l’asservissement des Canadiens,* Mgr. Plessis se hâta de recouri] à ses amis, en Angleterre ; il s’'adressa à Mgr. Poynter, à M. Lymburner et à quelques autres. Comme il connaissait Sir John Sherbrooke sincèrement attaché à la prospérité du pays, il lui écrivit la lettre suivante :

‘ La brèche qui séparait nos deux chambres s’est élargie au lieu de se refermer...

En général les choses ont été mal depuis votre départ, et cette circonstance justifie

* Lettre à Mgr. Poynter, 17 décembre 1822.

la douleur très-sincère que j'avais de vous voir laisser cette province, avant d’avoir eu le temps de consolider le bien que votre présence y avait opéré... Le remède qui fut suggéré le printemps dernier, à la chambre des communes d Angleterre, ferait assurément plus de mal que de bien. Réunir les deux provinces dans un parlement commun, attaquer la religion du pays, prendre des mesures pour faire disparaître la langue de la très-grande majorité des habitants, voilà des mesures dont on suppose que le parlement impérial ne se serait jamais occupé, si elles n'avaient été suggérées ‘d'ici par quelqu'un de ces per sonnages que vous connaissez et qui, à la faveur du nouvel ordre de choses, espéreraient concentrer de nouveau l'autorité dans leurs mains et écarter des affaires les personnes les plus intéressées au bien général du pays. Aussi la masse des Canadiens s’est-elle réunie pour pétitionner le roi et le parlement impérial, afin que rien ue fût changé à la constitution, telle qu’elle existe depuis 1791. Quant à la réunion des esprits, elle s’opèrera par tout gouverneur qui, à ses autres excellentes qualités, saura Joindre celle de se défier des gens qui l’'obsèdent, et de se rendre communicatif à tout le monde. Ce fut par ces moyens que vous parvintes à rétablir la paix entre des gens qui étaient aussi opposés les uns aux autres qu'ils le sont présentemeuit.”

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L'évèque de Québec songea aussi à faire appel à la justice et à la prudence de lord Bathurst; mais après y avoir sérieusement réfléchi, il crut qu’il valait mieux attendre le succès des adresses, qui se préparaient dans toutes les paroisses du Bas-Ganada, et le résultat des représentations que feraient les députés en Angleterre.

Messieurs Papineau et Neïlson furent

chargés de présenter au roi et aux deux

chambres du parlement impérial la requête contre l’union, portant près de soixante mille signatures. Partout les Canadiens s'étaient empressé de protester contre le joug qu'on leur voulait imposer, pour le profit des habitants de la province supérieure : le bon sens du peuple ne pouvait en effet se laisser tromper par les minauderies de ses anciens adversaires.

Alors malade et retenu à l’Hôpital-Général, Mgr. Plessis dut désobé1ir à son médecin pour adresser à M. Papineau une lettre, dans laquelle il lui transmet de précieux renseignements.

‘ On ne saurait, ” écrit l’évêque à l’éminent patriote, ‘ donner trop d’éloges à votre dévouement pour votre patrie. Il est d'autant plus méritoire que vous avez en tête des ennemis obstinés et puissants qui cherchent à vous fermer toutes les avenues et qui ont le secret d'amalgamer leurs ‘ntérêts avec ceux du gouvernement. Aussi n’osé-je me flatter que vous ayez accès

auprès des ministres. J’ai dernièrement écrit à Sir John Sherbrooke, à M. Adam Lymburner etau docteur Poynter, l’évêque catholique de Londres, auquel j'ai transmis une copie du Bill d'Union, tel que projeté l'été dernier par le gouvernement impérial......M Adam Lymburner, qui demeure à Londres...…...peut vous être d’un très-bon conseil. C’est un ami de ce pays, où il a passé une partie de sa vie, et vous savez qu’il fut député de la province pour l’obtention du statut de 1791.

tt Attendez-vous que la plupart de ces messieurs blämeront la chambre d’assemblée du Bas-Canada d’avoir r: fnsé, dans sa dernière session, la liste civile telle que demandée, au nom du roi, par lord Dalhousie. Je ne doute pas que ce refus n'ait été la cause qui a amené ce Bull d'Union. dont vous pouvez croire que toutes les clauses sont parties d'ici. ” *

Pour l'honneur et l'avantage de l’Angleterre, les ministres se décidèrent à repousser les projets tyranniques des amis de l'union, du moment qu’ils eurent été éclairés sur les véritables sentiments du peuple canadien.

La députation obtint un plein succès :

messieurs Papineau et Neiïilson ayant été informés, par le secrétaire des colonies, que le gouvernement n'avait pas l'intention de soumettre au parlement la mesure de

* Lettre à M. Papineau, 4 janvier 1823.

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l’union des provinces, n’eurent pas même à présenter les requêtes qui leur avaient été confiées ; on leur avait déclaré que si la question revenait sur le tapis, on en donnerait préalablement avis aux Canadiens, afin qu'ils pussent défendre: leur cause devant le parlement britannique.

Pour conjurer le danger que courait le Bas-Canada, dans cette attaque concertée avec une habilité machiavélique par ses ennnemis ordinaires, Mgr. Plessis déploya toute son énergie auprès du clergé et du peuple pour favoriser les démarches qui furent faites afin d'obtenir de nombreuses signatures aux requêtes contre l'union.

Depuis longtemps 1l s'était accoutumé à résister aux attaques de la haine et du fanatisme contre la liberté religieuse et civile de ses compatriotes ; aussi il pouvait toujours désigner les hommes du pouvoir, qui tramaient dans le secret pour opprimer les Canadiens, et comme dans les premières années de son épiscopat, il était prêt à défendre son pays contre leurs tentatives pour l’asservir.

Pendant que l’orage grondait au dehors et manaçait toute la population canadienne, ia petite guerre intérieure se continuait à Montréal. Deux brochures furent publiées contre les droits de Mgr. de Telmesse ; deux autres parurent pour défendre l’autorité des évêques ; quelques écrivains s’an nonçaient comme devant continuer la lutte.

Mgr. Plessis jugea qu’une plus longue discussion devenait inutile ; qu’elle scandali-

serait les fidèles et réjouirait les protestants, sans qu’il en résultât d'avantage pour la religion. Car les deux partis ayant donné toutes leurs raisons, on ne pouvait guères que rebattre les questions déjà traitées ou

se lancer dans le système de:

F2E sonna-

lités. À force d'énergie avec les uns et de prudence avec les autres, il réussit à empêcher les combattants de continuer la guerre de brochures. Bien entendu que les journaux, qui n'étaient pas sous son contrôle, continuaient à débattre la question, sur un terrain bien éloigné de celui où elle avait d’abord été placée.

L'évêque de Québec avait soumis son mandement au saint-siége, il attendait avec patience la décision de Rome, qui fut retardée par la mort de Pie VII, et fut ensuite remise d'année en année. Il eut cependant, avant sa mort. la consolation d'assister à la consécration de l’église de Saint-Jacques, bâtie sur un terrain dû à la libéralité de l’Hon. Denis-Benjamin Viger,

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êque de Telmesse avait l'intention

de fixer son siége épiscopol, lorsque le district de Montréal serait érigé en diocèse

séparé.

En 1823, Mgr. MacDonell passa en Angleterre, afin d'engager les ministres à ne plus mettre d'obstacles à l’érection du Haut-

Canada en évêché. Pendant son absence,

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le gouvernement ecclésiastique de cette rovince échut à Mgr. Plessis : c'était pour ui un surcroît de travail. Heureusement il trouva, sur les limites de la province supérieure, un respectable ecclésiastique, M. Manseau, qui fut nommé grand vicaire et chargé de l’administration du district épiscopal confié à Mgr. de Rhésine. La sagesse et la prudence de l’administrateur lui méritèrent de sincères remerciements de la part de l’évêque de Québec.

Cependant l’âge et les infirmités commen çaient à se faire sentir sur ce tempérament naturellement fort et robuste, mais qui n'avait jamais été ménagé ; les inquiétudes, les veilles, le travail assidu l’avaient peuà-peu miné. Depuis plusieurs années il semblait se préparer plus prochainement à la mort, dont il s’était toujours occupé, même dans le temps où elle semblait pour lui bien éloignée. Vers cette époque il en parlait souvent, et il se plaisait à rappeler aux autres qu’elle ne pouvait tarder longtemps.

M. André Doucet. qui avait été curé de Québec, et grand vicaire, avait acquis une grande part dans l'affection de Mgr. Plessis. Homme aimable,brillänt, excellent orateur, chéri de tous ceux qui le connaissaient, il manquait d’une qualité bien nécessaire à un curé, surtout au curé d’une ville comme Québec : il ne savait point mettre d'ordre dans ses affaires. Ce défaut lui causa des

embarras si sérieux, qu’il se découragea, résigna sa cure (1814), et quitta enfin le diocèse. Ses amis regrettèrent sincèrement son départ ; mais il sentait le besoin de la retraite, et passa une année à la Trappe d’Aigues-Belle ; puis il se dévoua aux missions que son évêque affectionnait tant.

IL était depuis plusieurs années curé d’Argyle, dans la Nouvelle Ecosse, lorsqu'il se décida à demander à rentrer dans le diocèse.

Dans la réponse de l’évêque, se présente cette pensée de la mort, qu’il avait devant les yeux.

‘ Quant à moi, mon cher enfant.” écrit-il, ‘je vous verrai ici avec beaucoup de plaisir ; vous connaissez mon affection pour vous ; elle ne s’est pas démentie....….

‘ Vous courez sur quarante-un ans ; j'en ai complété soixante : voyez comme les années passent. Je ne vous dirai pas comme Horace : Eheu! fugaces, Posthume, Posthume, labuntur anni! mais plus chrétiennement et à la suite de notre divin Sauveur :

Ambulate düm lucem habetis ; venit nox în qui nemo potest operari. La vie la plus longue est celle qui, comme la vôtre et la mienne, a été morcelée par un plus grand nombre d'événements et de changements de lieu ; mais qu'est-ce que tout cela en comparaison de l'éternité vers laquelle nous courons ? ” *

* Lettre à Doucet, 12 avril 1823.

Depuis plusieurs années il était attaqué d’un rhumatisme inflammatoire, qui lui donnait peu de repos. De plus, une plaie qu'il s'était faite à la imbe s'était agrandie considérablement et aevenait un sujet d’inquiétude pour ses amis. Ses souffrances étaient telles, qu’il lui fallait un courage extraordinaire pour soutenir le poids de ses travaux. Forcé néanmoins de céder, à certaines époques périodiques, à la violence du mal, il se dérobait quelques jours aux grandes affaires et se retirait à l’'Hôpital- Général, pour se mettre sous les soins de son médecin.

À la fin de 1823, un accès plus grave de sa maladie l’obligea de cesser son travail ordinaire, et de retourner à l'Hôpital ; ce fut de là qu’il écrivit à l’évêque de Telmesse, le vingt-neuf novembre : ‘‘ Voilà la première lettre que j'écris depuis six jours, et il a fallu m’y reprendre à plusieurs fois.”

Malgré l'avis de son médecin, il s’occupait des affaires de l’église. Une de ses dernières pensées fut pour Rome ; la magnifique basilique de Saint-Paul avait été détruite par le feu. Le souverain pontife en appela au zèle de tous les fidèles de l’univers pour contribuer à son rétablissement. é:

L'évêèque de Québec, qui avait une dévotion particulière à Saint-Paul, et qui avait visité avec vénération l’église où l’on honorait l’apôtre des nations, accueillit la

demande du saint Père avec empressernent, et publia une magnifique lettre recommandant une quête en faveur de l’œuvre.

En informant l’évêque de Telmesse de l’appel qu’il venait de faire à la charité de ses diocésains, il lui disait un mot de luimême.

‘ Il n’est pas nécessaire de vous dire que j'ai été assex malade pour donner l’alarme à nos messieurs d'ici, qui ont fait venir Mgr. le coadjuteur. Me voilà un peu mieux, sans être bien.”

Le lendemain, dimanche, quatre décembre, il avait entendu la messe dans une des salles et y avait reçu la sainte communion ; vers deux heures de l'après-midi, il conversait avec son médecin et venait de prononcer avec éloge le nom de M.

Lefrançois, curé de Saint-Augustin, qui, à force de vigilance, avait reussi à bannir le luxe de sa paroisse, lorsque la parole lui manqua subitement. Il s’affaissa sur luimême ; le médecin donna l'alarme ; on s’empressa d’accourir : déjà il n’était plus.

Dans ur clin d'œil la nouvelle de sa mort fut portée dans toutes les parties de la ville de Québec et accueillie avec la plus profonde douleur.

Csttemort semblait produire un vide que rien ne pourrait ccmbler. L'évèque de Saldes surtout étaitaccablé de la perspective de recueillir cette succession : ‘ Vous ne sauriez croire dans quelembarras nous nous

trouvons ici,” écrivait-il à Mgr. Poynter ; ‘et que puis-je faire, moi, à mon âge de soixante-treize ans, pour l'expédition des affaires, qui se iltibhent toujours de plus en plus.”

La premièr. :tupeur passée, l’on songea à rendre à l’illustre défunt les honneurs qui lui étaient dus à si juste titre. D'abord, commeilavaità plusieurs reprises témoigné n'avoir aucune répugnance à ce que son corps fût ouvert après sa mort, les docteurs Fargues, Painchaud et Parant furent chargés de faire cette opération, eu présence de plusieurs membres du clergé. Son cœur fut réservé pour être placé dans l’église de Saint-Roch.

Le six, son corps fut transporté à l’église de l’Hôtel-Dieu ; il était accompagné d’une garde d'honneur, du clergé de la ville et des paroisses voisines et d’une foule immense de fidèles.

Le lendemain, il fut transféré de l’église de l'Hôtel-Dieu à la cathédrale, au milieu d’un concours empressé de citoyens de toutes Les classes et de toutes les dénominations. A lu suite du cercueil marchaïient le gouverneur général, lord Dalhousie, les officiers supérieurs de la garnison, les membres du conseil exécutif et du conseil législatif, les juges de la cour du banc du roi. En vertu d’un ordre général, toutes les troupes de la garnison, composée des soixante-onze et soixante-dix-neuvième ré-

giments et d’un détachement de l'artillerie royale, assistaient sous les armes ; le canon tirait de minute en minute ; les magasins et les boutiqies étaient fermés : rien ne manquait pour prouver que C'était un deuil général.

À l’arrivée du convoi dans la cathédrale, l’affluence du peuple devint si considérable, que cet édifice, quoique spacieux, ne put en contenir qu'une partie. Le service fut chanté par monseigneur Panet, accablé encore plus par la douleur que par les années. M. Demers, supérieur du séminaire, et qui avait été nommé vicaire général dans le mois de juin, prononça l’oraisor funèbre avec une éloquence qui répondait au besoin de tous les cœurs.

Il était près d’une. eure lorsque les restes du vénéré prélat, regretté si sincèrement par son troupeau. furent déposés dans une voûte de brique, pratiquée du côté de l’'évangile, sous la partie du sanctuaire qu’il avait indiquée lui-même, etoùilavait coutume de faire son action de grâces, et de passer un temps considérable en adoration devant le saint sacrement.

Le même jour, vers deux heures de l'après-midi, le cœur de Mgr. Plessis, renfermé dans un vase de cristal de forme cylindrique, fut transporté solennellement de l’'Hôpital-Général à l’église de Saint- Roch. Un nombreux clergé précédait le brancard sur lequel était posé le précieux

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vase. Les syndics faisaient l'office de por teurs, et les citoyens du faubourg Saint- Roch, accourus en foule, marchaient à la suite de la procession.

Le quatorze décembre suivant, un service solennel fut chanté dans l’église de Saint- Roch par Mgr. Panet. M. Ranvoyzé, curé de Sainte-Anne du Nord, fit l’oraison funèbre de l'illustre défunt. Pendant cette cérémonie, à laquelle assista une foule immense des citoyens de toutes les parties de la cité, le cœur du prélat, déposé dans une urne funéraire, apparaissait au-dessus du catafalque. Après le service, le vase de cristal, qui le contenait, fut renfermé dans une boîte de plomb, et placé dans une excavation pratiquée à l’intérieur du mur de la chapelle de Saint-Roch. Sur une plaque de métal, recouvrant le mur, fut gravé le nom du défunt.

Le vingt-un décembre suivant, Mer.

Panet mandait à l’évêque d'Halie la perte que venait de faire le Canada :

‘ C’est avec peine que j'annonce à V. G.

la mort prompte et inattendue de mon prédécesseur que nous pleurons tous. Elle a eu lieu le quatre du courant, au moment que son médecin lui disait, en conversant, qu’il le trouvait mieux. C'est une perte irréparable pour le diocèse. Ici surtout tout le monde, protestants comme catholiques, tous en ont été très-affligés. ”

Mgr. Poynter lui répondait dans les termes qui méritent d’être consignés ici :

‘Je m'unis sincèrement aux sentiments de Votre Grandeur, à l’occasion du triste événement qui a privé le diocèse de Québec d’un prélat si distingué, les fidèles d’un père affectionné et tendrement aimé, le clergé, de son modèle et de son soutien, et je me ferai l'honneur d'ajouter, qui nous a enlevé à vous et à moi, un ami bien cher.” * Les mêmes éloges sortaient des bouches les plus vénérées ; c’est ainsi que M. Robert Gradwell, grand vicaire et agent de Mgr.

Plessis à Rome, faisait connaître la profonde impression qu'avait produite cette nouvelle sur le souverain pontife et les cardinanx qui connaissaient Mgr. Plessis :

‘‘ Peu de jours après ma dernière lettre à Monseigneur Plessis, j'ai eu la douleur d'apprendre que l'Eglise avait perdu ce grand prélat...….. Le Pape et les membres de la propagande ont été profondément afiligés de cette nouvelle.” $ ‘ Très-cher seigneur, ” écrivait le cardinal Somalia, préfet de cette vénérable congrégation, + ‘‘ nos âmes ont été frappées de la plus profonde douleur en apprenant la lamentable nouvelle de la mort de l’illustre évêque Jos. Oct. Plessis. ”

* Mgr. Poynter, 27 janvier, 1826.

f M, R. Cradwell, 12 mars 1826.

Le cardinal Somalia à Mgr. Panet, 18 février, 1826.

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Les autorités civiles s’associaient à ces témoignages de regret universel. Lord Daïlhousie voulut les consigner dans une dépêche officielle :

‘ Prenant une part sincère dans le deuil général, je me permettrai de vous offrir mes condoléances sur la perte affligeante que nous avons éprouvée par la mort de Mgr. Plessis, évêque catholique romain du diocèse de Québec. Le peuple de cette province. de toutes les classes de la société, a rendu justice à ses vertus et à son caractère, l'Eglise a perdu un prélat véné rable ; le peuple un gardien ferme et infatigable de ses intérêts spirituels; le roi a perdu un sujet loyal et fidèle. Comme le représentant de Sa Majesté, en ce lieu, je

suis particulièrement heureux de recon-

naître son attention continuelle et ses bons procédés à mon égard ; ils ont produit cette harmonie qui a existé dans tous nos rapports; et vous pouvez juger que j'éprouve une sincère douleur avec tout le pays, dans cette triste circonstance.”

C’est ainsi que l'ont jugé tous ceux qui ont eu l'avantage de le connaître. Parmi les pontifes qui ont gouverné l'Eglise du Canada, il tient avec Mgr. de Laval le premier rang, par le zèle, l'esprit d'ordre, la fermeté à maintenir la discipline, le courage à soutenir les intérêts de l'Eglise

Lord Dalhousie à l'évêque de Saldes, 9 décembre, 1826.

contre les grands et les puissants, le désintéressement le plus complet. Modele de son troupeau par ses vertus, il l’éclaira par sa science, le guida PU sa sagesse, et le protégea par sa prudence. Aussi le peuple canadien conservera-t-il toujours le respect le plus profond, une sincère reconnaissance etuneestime inaltérable pourson vénérable évêque, l’illustre Joseph-Octave Plessis.

Notes et Rectifications.

Dans le cours de la notice biographique de Mgr. Plessis, des erreurs et des omissions me sont échappées ; je dois signaler ici les prin. cipales, pour que ceux qui écriront au long la vie du grand évêque ne soient pas exposés à se tromper, s'ils suivent mon travail. Je dois beaucoup de reconnaissance à Sir L. H Lafontaine, à M. le curé de Lotbinière et à M. le secrétaire du diocèse de Québec, qui m'ont fourni des matériaux soit pour compléter mon ouvrage, soit pour faire des corrections reconnues nécessaires.

Le nom de baptême du père de Mgr. Plessis était Joseph-Amable, et non Louis, comme je l’ai donné ; le vingt-quatre juillet 1752, il épousa Marie Louise Ménard, fille de Jean-Louis Ménard et de Marguerite French. Dame Marie-Louise Ménard mourutau mois de janvier 1190 ; Le sieur Joseph-Amable ; lessi: Belair fut inhumé le vingtcinq août 1810, âge de soixante dix-septans. La \famille Ménard était de Saint-Aument, en Artois. Elle était différente de celle de Boucherville.

Autre erreur à corriger : la famriile Plessis ou Piessy arriva au Canada, non au milieu du dixseptième siècle, mais au commencement du dixhuitième.

Le vingtsept février 1713, fut célébré, à Montréal, le mariage de Jean-Louis Plessy,

PC

surnommé Belair, marchand tanneur, âgé de trente cinq ans, fils de Jean Plessy, aussi marchand tanneur, et de Françoise Mathusson, de la paroisse de St. Sulpice, ville et évêché de Metz, en Lorraine, avec Marie Anne Petit, fille de Jean-Petit de Bois-Morel, huissier royal, et de Marie Bailly.

Il existe encore, aux environs de Metz, des ‘ Plessy ?’ qui signent comme l'ancêtre de l’évêque de Québec.

Une des filles du sieur Jean-Louis Plessy, Marie-Céleste, épousa, en 1743, Charles Gervaise. Charles Gervaise et Marie-Céleste Plessy sont les bisaieux de l’honoraole George-Etienne Cartier.

Les notes ci-dessus sont dues à la bienveillance de Sir L. H. Lafontaine.

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Voici l’extrait d’une lettre écrite par Mgr.

Plessis à M. Perras ; l’évêque donne des détails sur le jeune Vallières et sur ses progrès cans les humanités :

‘ Je songe sérieusement à envoyer mon Rémi au séminaire, en métaphysique, vers la fin du mois prochain, Cette éducatjon m’assujétit trop, depuis dix-neuf mois qu’elle est commencée.

D'ailleurs ce n’est pas, comme l’on dit, pour le vanter, mais il est capable Je l’ai exercé depuis quelque temps à la poésie latine et française. Hier, il venait de voir les règles du rondeau ; je lui prescrivis d’en faire uu qui eût pour refrain : ‘6 En bien dormant.’ Peut-être aimerez-vous à voir comment il s’enest tiré. Je vous l’envoie à son insçu :

âgé de Y, aussi chusson, êché de , fille de , et de

etz, des ‘être de

Plessy, xervaise.

sont les

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par Mgr.

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pour le é depuis rançaise.

deau ; je refrain :

2z-VOUS à envoie à

‘ En bien dormant, sur un méchant grabat, Quoique je sois gros comme un moyen rat, Ne songeant plus à l’affreuse misère Dont on sait bien que je ne manque guère, Je me crois presque un riche potentat ; Quoiqu'il en soit mon sommeil est ingrat, Car en effet je ne profite guère

En bien dormant.

‘ Tous les matins on me fait le sabbat ;

Ce qui n’est pas sûrement pour me plaire,

Lève-toi, gueux, polisson, scélérat,

Me dit cent fois, ma tante trop sévère,

Pour mon bonheur, j'endure l’impropère En bien dormant.”

( Il réussit mieux dans les vers héroïques.

Voici la traduction qu’il m'a donnée du discours

de Jupiter à Hercule, Enéide, liv. 10, vers 466 et suivants :

Jupiter à son fils adresse ce discours :

‘ Les destins, des mortels ont su compter les jours ; Leur vie est d’un moment ; l'instant quiles vit naître Est quelquefois celui qui les voit disparaitre ; Le temps ne revient pas, et la seule vertu Peut conserver un bien, qui sans elle est perdu. Ah ! combien de héros, des dieux toute la joie, Ont répandu leur sang, sous les hauis murs de Troie ; Le vaillant Sarpédon, des héros le plus fort, Sarpédon, mon cher fils, a partagé leur sort. Le généreux Turnus, avec tout son courage Sera rendu bientôt à la fin de son âge.”. ‘

Québec, 10 décembre, 1804.

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