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l'évèque de Québec prenait possession de
et annonçait qu’il avait choisi ce digne
ecclésiastique pour être son coadjuteur.
Depuis longtemps le clergé et le peuple
regardaient M. Plessis comme spécialement
Adestiné à devenir le premier pasteur du
diocèse ; aussi dès que la retraite de mon-
seigneur Hubert eût été connue, tous les
yeux se tournèrent vers celui qui depuis quatorze ans prenait, comme secrétaire, une large part dans le gouvernement du diocèse. M. Plessis n’avait pasencore trente cinq ans accomplis, et cependant il possé dait déjà la confiance de ses confrères dans le sacerdoce, et jouissait parmi eux d’une grande influence, acquise par ses talents, son savoir et ses vertus.
‘“ Habile et rompu dans les affaires, possédant toutes les connaissances propres à un évêque, profondément versé dans
l'écriture sainte, l’histoire ecclésiastique,
les saints Pères, le droit canonique, les différents rites et usages de l'Eglise, il s’était toujours distingué par un grands fonds de piété, de vertu et de zèle. Nul autre ne semblait plus capable de soutenir l'honneur de la religion, et de servir son pays dans le rang de premier pasteur de l'église du Canada.”
Cette appréciation du mérite de M. Plessis, faite trente ans après, reproduit fidèlement
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le jugement que ses contemporains portaient sur son compte.
Son attachement aux règles de l'Eglise et et sa fidélité à les faire observer, avaient souvent contrarié des hommes accoutumés à commander et à ne point rencontrer de refus à leurs demandes. Aussi, le duc de Kent, qui pendant son séjour au Canada | avait appris à connaître le curé de Québec, crut devoir donner des avis à Sir Robert Prescott, gouverneur de la province. Dans une lettre écrite de Halifax. le seize octobre, 1797, le prince exprime ses inquiétudes à ce sujet : ‘Quant au coadjuteur, M Plessis,” mande-t-il au général, ‘‘ je crois de mon devoir de vous informer que c’est un homme en qui vous trouverez peut-être qu'il n'est À pas prudent de reposer trop de confiance. Je £ l'ai connu pendant qu’il était secrétaire de lévèque Hubert ; et l’on savait parfaitement pendant ma résidence au Canada, qu’il gouvernait entièrement l’évêque et le séminaire, et les portait à adopter des opinions incompatibles avec nos idées sur la suprématie du roi dans les affaires ecclésiastiques.”
Je sais,” écrivait-il un peu plus tard, 4 que, pendant que je résidais au Canada, | feu l’évêque Hubert se refusa fortement à remettre au gouvernement une liste des nominations à faire aux cures, et comme on croyait ce prélat entièrement guidé par le coadjuteur actuel, ce refus était regardé
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par les plus zélés sujets de Sa Majesté dans le pays, comme une des nombreuses raisons pour lesquelles M. Plessis était dans une position douteuse, sous le rapport de la loyauté envers la Grande-Bretagne.”
Le duc de Kent souhaitait faire tomber le choix sur un vieux curé, incapable de remplir les devoirs d'un évêque. En apprenant l'intention du prince, ft. Plessis, qui avait d’abord refusé la mître, comprit que pour le bien de l’église du Canada, il devait accepter les offres de monseigneur Denaut.
Le secrétaire du gouverneur, M. Ryland alors ami du curé de Québec, aplanit les voies, et le général Prescott agréa l’homme que l’opinion publique désignait comme le plus digne de Pépiscopat. Le vingt septembre, 1797, monseigneur Denaut informait le cardinal Gerdil de son heureux succès ; ‘ La providence a eu soin de l’église du Canada: j'ai obtenu pour coadjuteur, un sujet versé dans les affaires ecclésiastiques, connaissant bien le diocèse, et possédant la confiance de la plus saine partie du clergé et l'estime des peuples.”
Convaincu que M. Ryland avait rendu un véritable service à la religion catholique, en éloignant de la dignité épiscopale un sujet incapable, M. Plessis adressa de sincères remerciments au secrétaire, qui se prévalut plus tard de cet acte de courtoisie.
Quoiqu'il n’occupât encore que le second rang dans le diocèse, le coadjuteur élu ne
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tarda pas à donner des preuves de son esprit d'organisation et de sollicitude pour améliorer le sort d’une partie bien estimable du clergé diocésain. IL conçut vers cette époque le projet de former une société pour procurer des secours aux prêtres infirmes, qui, après avoir vécu dans de pauvres missions, se trouvaient quelquefois privés du nécessaire et abandonnés à la charité de personnes étrangères.
Désireux de fournir à ses confrères les moyens de s’assister les uns les autres dans leurs malheurs, il jeta sur le papier les bases d’une société de secours mutuel, et muni de ce plan soigneusement préparé, il invita huit de ses confrères de se réunir avec lui chez son bon ami M. DeGuise, curé de Saint-Michel. M. Plessis, ayant été nommé président de l'assemblée, développa les avantages de son projet et eur la satisfaction de le voir adopté par ses confrères.
Il peut donc à bon droit être regardé comme le fondateur de la société ecclésiastique de Saint-Michel, ‘‘ dont le principal objet est de mettre les associés en état de se secourir les uns les autres, en cas d’infirmité, de maladie, de vieillesse on d'invalidité.” *
Cette caisse de retraite pour les prêtres infirmes fut établie le cinq juin, 1799 ; elle fut si sagement organisée par son fondateur
* Règles de la société ecclésiastique de Saint-Michel, article premier.
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Pie VI fnt forcé de quitter le Vatican, et conduit à Florence sous la garde d’un détachement de cavalerie ; trainé de prison en prison, le Saint-Père alla mourir à Vienne sur le Rhône, au mois d’août, 1799.
Pendant la captivité de son souverain légitime, Rome était livrée aux désordres causés par l'anarchie ; de sorte que les cardinaux durent se réunir à Vénise
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pape s’empressa de régler les affaires qui s'étaient accumulées pendant l’emprisonne- Hi ichel, D ment de Pie VI; mais elles se trouvèrent 41
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si nombreuses, que les bulles par lesquelles M. Plessis était nommé évêque de Canathe et coadjuteur de Québecne furent expédiées que le vingt-six avril, 1800.
Vers ce temps, les évêques étaient bien rares dans l'Amérique du Nord; les plus voisins du Canada étaient Mgr. O’Donnell, vidaire apostolique de Terre-Neuve, et Mgr. Carroll, évêque de Baltimore. Comme aucun des deux ne pouvait facilement se rendre à Québec. surtout pendan: l'hiver, Mgr. Denaut, pour sacrer son coadjuteur, dut se faire assister par deux prêtres, messieurs Pouget,' curé de Berthier, et Bertrand, curé de la Riviere-du-Loup. Cette cérémonie eut lieu dans la cathédrale, le vingt-cinq janvier 1801, en présence des personnages les plus distingués de la province, ainsi que nous l’apprend un témoin occulaire. ** L'intéressant spectacle,” dit-il, ‘que celui de sa consécration où nous le vimes, le front couvert du bandeau sacré et décoré des insignes de l’épiscopat par les mains du pontife consécrateur, où nous pûmes le contempler dans toute la pompe du souverain sacerdoce. La présence du représentant de son roi, de tant de personnages recommandables par leur rang, n'était-elle pas comme un présage de la faveurqu'il sut depuis constamment mériter de toutes les classes de la société.”
Après son sacre, Mgr. Plessis continua à remplir les fonctions de curé; toutefois,
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pour alléger le fardeau de l'évèque titulaire qui était retourné à sa paroisse de Longueuil, il partageait avec lui les détails de l'administration diocésaine, et dirigeait spécialement les affaires du district de Québec.
La mort inopinée de Mgr. Denaut, arrivée le dix-sept janvier, 1806, fit monter l’évêque de Canathe sur le siége épiscopal de Québec, plus tôt qu’il ne l'aurait désiré ; cependant il prit les rênes du gouvernement ecclésiastique, d’une main ferme et assurée, et en homme accoutumé depuis longtemps à exercer l'autorité. A la suite de son inauguration, il présenta comme son futur coadjuteur, le curé de la Rivière-Ouelle, M. Bernard Claude Panet, et annonça qu'il espérait obtenir du saint Père la confirmation de ce choix. Homme extrêmement respectable sous tous les rapports, M.
Panet parut à beaucoup de personnes, un peu trop avancé en âge pour la coadjutorerie; 1l avait en effet dix ans de plus que son évêque, à qui il avait enseigné la philosophie au petit séminaire de Québec.
Mgr. Plessis, dont les vues s’étendaient fort loin, raisonnait différemment. Dans le cours ordinaire des choses, il était probable que sa force et sa santé se soutiendraient encore bien des années, et qu’il vivrait au moins aussi longtemps que M. Panet. II pourrait ainsi de longue main for er pour l’épiscopat quelque membre du jeune
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clergé, lequel à la mort des deux anciens évèques serait prêt à les remplacer, et en état de maintenir les traditions établies. La providence en disposa autrement; car l'élève qu’il prépara pour être son successeur, M.
Pierre Flavien Turgeon, ne monta sur le siége épiscopal de Québec, que vingt-cinq ans apres la mort de son vénérable ami.
Mandement d'entrée—Projet de diviser le diocèse de Québec — M, Alexandre MacDonell — Incendie et rétablissement du couvent des Ursulines aux Trois-Ri vières —M. Burke, curé de Halifax, essaie d'y établir un collége catholique—Collége de Nicolet.
Dans son mandement d'entrée, l’évêque de Québec développa, comme devant lui servir de règle de conduite, le texte du grand apôtre : ‘ J’emploierai volontiers tout ce que je puis et je m'emploierai moi-même au-delà de mes forces, pour votre bien et surtout pour le salut de vos âmes.” Pendant le cours de son épiscopat, il travailla sans relâche à prouver qu’il avait véritablement adopté la devise de Saint-Paul et qu’il la voulait mettre en pratique.
Il connaissait d'avance que de nombreuses difficultés l’attendaient dans sa carrière, s’il remplissait ses devoirs d’évêque ; et il les voulait remplir dans toute la sincérité de son cœur. A un de ses grands
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vicaires qui lui souhaitait bonheur et paix, il répondait : ‘* La reconnaissance ne me permet pas d’être indifférent aux vœux que vous voulez bien former pour mon bonheur.
Reste à savoir quel est le bonheur d’un évêque, sinon un ministère bien crucifié, bien contrarié, qui puisse le purifier ici bas et le rendre digne le la gloire éternelle.” *
D'un coup-d’œil sûr et rapide il reconnut tous les besoins de son immense diocèse, et entreprit d'y pourvoir au plus tôt. Une de ses premières pensées fut d'obtenir la division de son diocèse en plusieurs parties. En annonçant la mort de Mgr. Denaut au cardinal de Piétro, préfet de la propagande, il exprimait déjà ses désirs à ce sujet; il espérait qu’un jour la cour de Rome pourrait s'entendre avec celle de Saint-James pour l'érection d’une métropole et de quelques évêchés dans l’'Amérique-Britannique ; pour le présent il souhaitait que le saint siége donnât à l’évêque de Québec trois coadjuteurs, dont un résiderait à Montréal, un dans le Haut-Canada et le troisième dans la Nouvelle-Ecosse.
Cette division avait déjà été proposée en [789 par Mgr. Hubert, qui en écrivit alors au cardinal Antonelli ; mais la mesure avait dû être remise à une époque plus favorable, et en 1807, elle paraissait d’une exécution assez facile. Mgr. Panet désirait
* Lettre à M, Conefroy.
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se fixer à Montréal ; d'un autre côté, on entrevoyait la responsabilité d'établir un évèché dans le Haut-Canada, ct ainsi deux parties du projet se trouvaient près d’être réalisées.
‘ Je m'occupe maintenant,” écrivait Mgr.
Plessis en 1807, ‘‘ d’une chose assez difficile : c’est de faire agréer au gouvernement l’établissement d'un évêque cotholique dans le Haut-Canada. Si la chose prend une bonne tournure, j'aurai l'honneur de recommander au saint siége, le sujet qui me semble le mieux calculé pour cette place, et que j'ai déjà mis au nombre de mes grancGs vicaires.” *
Ce grand vicaire, qui résidait depuis trois ans dans le Haut-Canada, était M. Alexandre MacDonell, vertueux missionnaire, homme d'un caractère courageux et entreprenant.
Il jouissait auprès du gouvernement d'Angleterre, d’une excellente réputation qu'il s’élait acquise en Irlande, où, en qualité d’aumônier, j' avait suivi durant plusieurs années r giment de montagnards écossais
* Lettre à M. Boiret, procureur général des missions étrangères à Rome.
t Une première bande de montagnards écossais était arrivée au Canada, à la suite d'un prêtre irlandais, nommé McKenna. M. Montgolfier en parlait dans ces termes en 1776: ‘‘ Ce missionnaire a été chargé d'accompagner une nouvelle colonle d'écossais, d'environ trois cents personnes, qui vont,dit-on, s'établir en Canada, dans l'espérance d'une plus grande facilité pour professer la religion catl.olique.
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L’évèque de Québec aurait bien désiré conclure cette affaire aussi promptement que possible, et il aurait préféré la traiter en personne; mais laguerre qui continuait entre l'empire français et la Grande- Bretagne, ne permettait pas aux sujets de celle-ci de traverser la France, sans s’exposer à être arrêtés et internés ; dans de telles circonstances monseigneur Plessis ne pouvait entreprendre le voyage de Rome.
Les moyens de correspondre avec le saint siége étaient aussi devenus fort difficiles ; car le plus souvent les lettres expédiées de Québec à la Propagande s’arrêtaient à Liverpool et Te et devaient passer
ar Lisbonne et Cadix, avant d’être finaement acheminées vers leur destination.
On se croyait alors heureux quand une réponse à ces lettres arrivait au bout d’un an. Il devenait donc impossible de traiter par écrit une question fort compliquée, tant qu’il existerait de pareils obstacles au transport des dépèches. Survint ensuite la guerre américaine, avec ses conséquences et ses dangers pour les voyageurs canadiens.
Tous ces embarras eurent pour effet de
Cette colonie est déjà arrivée à Orange. Ils prétendent se fixer tous ensemble dans un même endroit avec leur missionnaire, qui seul peut entendre leur langue. 4° lui ai donné les pouvoirs ordinaires pour les exercer en faveur de sa paroisse ambulante.''—Plusieurs années après, M. Alexandre MacDonell rejoignit cette première troupe, avec une partie de ses rontagnards qui avaient été licenciés : tous ensemble fondèrent les établissements de Glengarry.