‹ Mgr Seghers, l'apôtre de l'AlaskaChapitre 18 sur 38 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Deuxième voyage en Alaska: suite. — A Nulato. — Chez les Koyoukouks. (1)

Dès le 5 août, l'Évêque commençait ses travaux apos- Premiers tra- ^ - ' vaux apostoli-

toliques. Les Tchaitski eurent les prémices de son ministère. Q^^^s.

Ces sauvages étaient réunis pour la pèche, à l'embouchure de la rivière Nulato. Dans la matinée, Mgr Seg-hers leur avait expliqué la doctrine chrétienne ; il fut bien heureux de les retrouver tous, après midi, avides de l'entendre encore. Le soir, lorsque les missionnaires retournaient au villag'e, dans une petite barque de bouleau, leur cœur faisait monter à Dieu de ferventes actions de grâces. L'Eglise célébrait en ce jour la fête de Notre-Dame-aux-Neiges ; ils donnèrent ce nom à la mission naissante.

Le lendemain, les sauvages se dispersaient, et les missionnaires demeuraient seuls.

Mgr Seghers s'était fait assister par un interprète, un créole qui parlait convenablement anglais ; mais il sentait de plus en plus le besoin d'apprendre les langues du pays.

(1) Notre source principale pour le récit de la seconde partie du voyage, depuis l'arrivée à Nulato jusqu'au retour à Victoria, est une notice communiquée par Mg-r Sc^g-liers aux Misswns catholi'iu.es (1880;, Nous tenons aussi quelques détails des prêtres de Vancouver, qui les ont appris soit de Mgr Seghers. soit de M. Mandart.

La facilité avec laquelle l'Evèque s'assimilait les langues, se manifesta d'une manière frappante pendant cette mission. A son passage àUnalaska, il n'avait pu causer que par interprète avec le pope qui occupe ce poste. A son retour, il parlait russe avec une facilité et une correction qui surprirent vivemeut son iuterlocuteur.

Ce dialecte n'est point le russe d'Europe ou d'Asie ; et s'il peut être appelé de ce nom, c'est uniquement parce que la plupart des termes sont de provenance russe. Ce jargon rappelle le Cliinouk, en ce sens qu'il affirme la plus entière indépendance de toutes les lois de la grammaire : pas de conjugaisons, pas de déclinaisons, pas de genres, pas de différence de pluriel et de singulier. Bientôt l'Evèque connut cet idiome assez pour pouvoir exprimer les principales vérités de la religion .

Il put ainsi se passer d'un intermédiaire toujours incommode, dont il avait d'excellentes raisons de se méfier; car, sans scrupule, les interprêtes traduisent parfois la pensée d'une manière un peu trop fantaisiste.

Un jour, par exemple, Mgr Seghers exposait aux Indiens qu'il y a en Dieu trois Personnes, le Père, le Fils et le Saint- Esprit. L'interprète, trouvant peut-être trop ardue la traduction de ce dernier terme, dit tout simplemiut : le Père, le Fils et la Mère. Heureusement le missionnaire comprenait ce dernier mot ; il s'empressa de protester contre l'hérésie nouvelle. Nous ne ])ouvons assurer que l'auteur de cette fantaisie dogmatique ait été le créole nommé tantôt; mais (û) vno (Jisce omnes .

Le 30 août, de joyeux coups.de sifflet annonçaient l'arrivée du Yonkon, un bateau à vapeur de 1' « Alaska Commercial Company »,le premier qui ait fendu les eaux du fleuve. Ciiaque

année, au mois de juillet, il remonte le Youkon pour approvisionner les postes et transporter les inarcliandises jusqu'aux extrêmes limites du territoire d'Ahiska.

Quelques jours plus tard, le 11 septembre, les premiers flocons de neige commençaient à tomber, et le lendemain la montagne de Tchaitski, en face de jfulato, avait revêtu le blanc manteau qu'elle ne quitte plus de tout l'hiver. Le 13, le thermomètre marquait 2" sous zéro; le 28, 16"; le 30, le fleuve commençait à charrier des glaçons; le 12 octobre, il était entièrement obstrué.

Mgr Seghers était retourné à la cote vers le milieu de A. S. Mk-iiel .

septembre ; il eut l'occasion, à St-Michel, d'observer une de ces ^^^ aurore

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