boréale
admirables aurores boréales qui ne sont pas rares dans les
régions polaires. 11 décrit en ces termes le grandiose spectacle :
• « C'était le 18 septembre ; nous étions au fort St-Michel. A huit heures et demie du soir, une trciùiée lumineuse de couleur verdàtre apparut dans le firmament, se dirigeant du uord-ouest au sud-est eu passant par le zénith. Oa ne saui-ait mieux la comparer qu'à une épaisse vapeur éclairée par uue vive clarté ; nous pouvions distinctement discerner le courant, qui, avec une rapidité prodigieuse, surgissait au nord-ouest pour aller se perdre dans les nuages étendus sur l'horizon du côté opposé. Le reste du ciel était serein; la lune qui se trouvait alors au sud, à une hauteur peu considérable, était à moitié voilée. La clarté était suffisante pour lire dans un livre et pour distinguer l'heure sur une montre. La largeur, la position et l'éclat de cette traînée de feu variaient sans cesse ; à un certain moment, elle avait presque disparu ; toutà-coup elle se montre plus vive qu'auparavant au nord-ouest, au zénith et au sud-est simultanément. Composée de lignes lumineuses, parallèles sans être rectilignes, elle flamboyait comme la flamme d'un feu très actif que le vent agite ; et le courant, quoique parfaitement visible, était tellement rapide que l'œil ne pouvait le suivre. Ayant lu autrefois que l'aiguille aimantée est agitée
pendant une aurore boréale, j'ouvris la Itoîte d'une houssole très sensible; mais je ne pus remarquer le moindre mouvement. »
Chez les Kovoukouks.
Les chiens d'attelage.
Après un séjour de très courte durée, Mgr Seghers était retourné de St-Michel à Nulato.
Le 30 octobre, il laisse M. Mandart chez les Indiens de ces parages, et part avec un Russe et un Canadien, visiter les environs de la rivière Koyoukouk ou Koyklotzena.
Cette course devait le mener jusque tout près du Cercle polaire. L'expédition ne manquait pas d'être dangereuse. Le premier Blanc qui. l'année précédente, s'avenlura dans ce pays, courut grand risque d'y perdre la vie. Il avait voyagé avec le chef d'une tribu Indienne ; le chef était mort subitement en route. Le voyageur, soupçonné de l'avoir assas.siné, fut poursuivi par les indigènes, et ne dut la vie qu'à la rapidité de son attelage. Ces Indiens avaient depuis longtemps une sinistre renommée; on se .souvenait à Nulato du massacre de IHÔl, dont ils étaient les auteurs .
Au départ, le sol était couvert d'un pied et demi de neige; le thermomètre marquait 12" sous zéro. Les hurlements des chiens, les claquements des fouets, les cris confus des hommes qui s'inttîrpellaient sans se comprendre, remplissaient l'air d'un vacarme indicible.
Le signal est donné : les chiens de.scendent tumultueusement le rivage, les traîneaux sont emportés avec une rapidité vertigineuse, et pendant l'espace d'un demi-mille, force est aux voyageurs de courir à perdre haleine pour ne pas être laissés en arrière. Enfin les bêtes, fatiguées de leur course folle, modèrent leur allure et avancent au petit trot.
Ces chiens méritent une mention spéciale. Mgr Seghers
en parle on ce style vivant et imagé (|iii fait de se-; descriptions de charmants petits taldeanx :
« Le.7 chiens sont aussi î:écessaires en Alaska, qu'ailleurs le, sont les chevaux A l'exception de quelques-uns, introduits par les Américains, tous sont orig-iuaires de la partie du littoral occupée par la classt. d'Indiens qu'on appelle généralement Maîilemuls. Ils sont grands, leur poil est long et épais comme une fourrure ; ils ressemblent à des loups. On les entend rarement aboyer; mais ils expriment par des hurlements leur impatience de partir et leur joie d'arriver.
Cliaque chien porte un nom L'un des nôtres, celui qui ouvre la marche s'appelle Galhouchka : on l'a acheté à une Indienne bossue et affreusement laide [garhoucliM, en russe, signifie une petite bossue); un autre répond au nom de Contrc-AvùraJ, par abréviation. Contre; Vasr/ua est le plus fin de toute la bande : il sait entrer dans le traîneau pour y voler du poisson, et se cache invariablement chaque matin, avant qu'on le cherche pour l'atteler. Chaque chien eonnuit son nom, et lorsque le maître, derrière le traîneau, interpelle un retardataire, on voit ce dernier tourner légèrement la tête pour regarder si Martin-Bàton n'accourt pas, ce qui ordinairement ne se fait pas attendre.
Les chiens, une fois attelés, ne s'occupent que d'aller en avant. Si le traîneau s'arrête, ils se mettent à hurler tous ensemble jus(]^u'à ce qu'on les laisse avancer; mon Russe, alors, les désignait du nom pittoresque de Kor Monzilantoff (chœur de nmsiciens).
S'il arrive que les lanières se brisent, les chiens, libre-!, partent à toute vitesse, et sans s'inquiéter de leurs compagnons qui hurlent, du maître qui se fâche, ils traînent les débris de leur harnachement, jusqu'à ce qu'ils aient atteint le véhicule qui précède, ou qu'un obstacle les arrête.
Ce n'est pas la seule fois qu'ils mettent la patience de leurs conducteurs à l'épreuve. Dans le bois, un arbre se trouve-t-il trop près du chemin, vous croyez qu'ils passeront tous du même côté? Du tout; l'un va à droite, l'autre à gauche ; l'arbre est pris dans l'attelage, et tout s'arrête. Les chiens sont en outre extrêmement
qiiprplleurs. Arrive-t-il que deux d'entre eux se sautent à la gorge, aussitôt un troisième s'en mêle, un quatrième se met de la partie, et les voilà roulant tous les uns sur les autres. Alors les coups de bâton pleuvent; mais ce qui est plus efficace, c'est un tison enflammé, jeté au milieu d'eux ; en un clin d'œil la bataille est finie et les combattants se dispersent.
On ne sert la pAture aux chiens que le soir. A la maison comme en voyage, ils reçoivent un saumon sec; pourtant, lorsqu'on fait de longues étapes, on leur donne davantage, mais jamais plus d'une fois par jour. Cette nourriture leur suffît évidemment, car ils sont gros et gras. On ne s'occupe jamais de leur breuvage : en été, ils boivent l'eau du fleuve; en hiver, on les voit se pencher de temps en temps pour prendre, en courant, un peu de neige.
Il V a deux manières d'atteler les chiens. Les Américains les mettent tous l'un derrière l'autre, en une longue file ; le système russe consiste à les attacher deux à deux, avec un seul chien en avant pour ouvrir la marche. Chacun de ces systèmes présente des avantages et offre des inconvénients.
Peut-être, tout considéré, le premier est préférable; aussi estil généralement adopté par les Indiens. Lorsqu'on voit ainsi jusqu'à neuf chiens attachés à un traîneau, trottant, les oreilles penchées un peu en arrière, la gueule ouverte, la langue pendante, la queue élégamment contournée en panache, l'on ne peut s'empêcher de prendre plaisir à ce spectacle.
Devant le premier traîneau, un Indien marche en éclaireur; les chiens se servent de la vue et de l'odorat pour le suivre à la piste. On a peine à croire comme certains sauvages courent vite et longtemps. Un l)]anc de Nulato a pour serviteur un jeune lionime qui a fait ainsi 112 kilomètres en un jour {\). Le chien de devant suit, sans démordre, les traces du guide. Plus d'une fois il arrive
(1 ) Cette rufle fonction fnt plus (l"une fois remplie par Mpr Seghers lui-irj^me, avec tant dadres-se, qu'un lionjme (|ni avait passé dix-sept années en Alaska, disait phis tard à un pn'^tre, M. Hylebos, n'avoir rencontré guère dindiens aussi liabiles (|ne hii dans cet art tout spécial.
que celui-ci, ayant fait un détour, se trouve soit à droite, soit à g-auche ; les chiens veulent aller directement sur lui ; mais le chien de tète tient à ce que la discipline s'observe, et force est aux autres de SB soumettre. »
:{() oclohre.- Eu piirtant de Nalato,ron côtoie une chaîne En j^oute^vers de monta-Mies très pittoresque. Les forêts d'un vert sombre, les rochers en saillie, avec leur nuance bleuâtre, la blancheur éblouissante de la neig-e, font un contraste di^nie d'être reproduit par le pinceau d'un maître.
Mais les immenses blocs de glace amoncelés en un.; f>;ib d'endroits sont surtout impressionnants. La glace du Youkon était forte.
« Tse vous imaginez pas, dit encore le missionnaire, ({ue le Youkon soit comme un lac, dont l'eau se cristallise régulièrement en commençant par les bords. A la fin de septembre, des blocs ayant jusqu'à 40 pieds de long et de large descendent le courant, se rencontrent et se broient avec un bruit semblable au roulement de la foudre, à tel point que les poissons effrayés abandonnent le fleuve et fuient dans les rivières. Aux confluents surtout, la scène présente un désordre indescriptible ; là, les glaçons s'entrechoquent, se brisent, montent les uns sur les autres; l'eau, se trouvant refoulée, s'élève en quelques heures d'une vingtaine de pieds, inondant les bords, causant d'immenses éboulements, entraînant pèle-mèle le sable, les pierres et les arbres. La barrière de glace cède, les flots se précipitent et l)Oulllonnent comme dans un cataracte, et l'écume qui couvre tout, montre la rage du combat.
Enfin l'épaisseur et le nombre des glaçons l'emportent sur la force du courant; ou voit jusqu'à huit bancs de glace amoncelés, jetés dans toutes les directions l'un sur l'autre, quelques-uns debout, comme s'ils se jetaient un dernier défi. Le fleuve est obstrua, les glaçons, en descendant, s'arrêtent devant l'embâcle ; à la surface tout est complètement immobile, et pendant que l'eau continue à • couler en-dessous, la gelée soude les glaçons : le Youkon est fermé.
x\près avoir dépassé plusieurs de ces endroits où l'homme s'abîme dans sa petitesse pour reconnaître la g-randeur de Dieu, nous rejoig-nîmes le marchand canadien. Nous le trouvâmes assis à côté d'un feu bienfaisant. Il nous avait devancés pour préparer le thé; quelques minutes après notre halte, nous fûmes enchantés de prendre, sur la g-lace, un frugal repas composé de saumon sec, d'un morceau de porc salé, de biscuit et d'une tasse d'un thé aussi chaud qu'on peut le boire. »
Le bois que le fleuve, en baissant, abandonne sur la rive, sert au cbauffag-e. Pour se procurer de l'eau, on pratique àcoupsde bacLe un trou danslaglace. Plus tard, quand l'épaisseur de la couche gelée dépasse six pied.s, ce système devient imj raticable. On brise alors des morceaux de glace que l'on fait fondre au feu. La neige a mauvais goût ; on ne s'en sert que dans les bois, lorsque l'eau et la glace manquent à la fois.
Après le sommaire repas, on s'était remis en route, et l'on ne tarda pas de se trouver devant un endroit où h fleuve est si impétueux que, malgré les grands froids, il n'était pas gelé. Il est des points où, de mémoire d'homme, le fleuve n'a pas été pris.
Les voyageurs restèrent hésitants. Le long des bords, sur une largeur de trente pieds à peine, s'étendait une couche de glace, à côté de laquelle le fleuve bouillonnait. Cette étroite bande était-elle solide? Le Kusse se hasarde, s'avance seul, donnant à chaque moment sur la g'iace un coup de la hache dont il est muni. Il trouve qu'on peut risquer le passage; les traîneaux partent, et l'on ne tarde pas à arriver à une maison d'Indiens, au pied d'une haute montagne nommée Bolchaigora. On avait fait trente milles depuis Nulato, en cinq heures quarante-cinq minutes.
Les voyag'eurs occuj)èrent j)our la nuit une méchante
masure, si basse qu'il était impossible de s'y tenir debout. Elle était ouverte par le haut pour laisser passage à la fumée, et pourvue, en guise de porte, d'un trou ovale par lequel on ne pénétrait qu'en se traînant sur les mains et les pieds.
31 octobre. — Départ à 8 heures du matin. Il y a deux pouces de neige de plus que la veille. Après une demi-heure de marche, on arrive en vue de l'embouchure de la Koyoukouk.
Le traîneau du Russe s'était engagé parmi les blocs de glace amoncelés près du confluent. Il verse et se brise. Un Indien court au rivage, il en rapporte le bois nécessaire pour tout réparer, et bientôt on est prêt à se remettre en route.
Avant d'entrer dans la Koyoukouk, il faut suivre un bras du Youkon. Le niveau du fleuve baisse considérablement pendant les gelées, et la glace s'aft'aisse. De là résulte une différence énorme de niveau entre les petits cours d'eau, qui gèlent à fond, et les grandes rivières. Aussi, lorsqu'on fut proche de la Koyoukouk, on trouva une pente extrêmement rapide; l'Evêque et le Russe étaient en tête de la caravane; leur traîneau se mit à glisser avec une vitesse prodigieuse ; les chiens, ne sentant plus de résistance, se lancèrent au galop. Le Russe essaya de modérer leur allure, l'Evêque fit des efforts énergiques dans le même but; mais tout fut inutile. Pour comble de malheur, au bout de la pente était un vide de .sept à huit pieds de profondeur ; les chiens le franchirent d'un bond ; le Russe fut jeté sur le dos, et le traîneau, en versant, lança l'Evêque dans la neige de l'autre côté du petit précipice. Lorsqu'ils furent debout, ils constatèrent avec plaisir que, sauf le traîneau brisé pour la seconde fois, aucun accident sérieux n'était à déplorer. Ceux qui suivaient,
AJ^r Se^/ters
instruits par l'expérience des premiers, s'arrêtèrent à temps ; ils arrivèrent doucement et sans encombre. Quant aux chiens, ils s'étaient couchés tranquillement, après la chute, sans s'occuper davantage de la mésaventure.
Après avoir réparé le traîneau, les voyageurs se remirent en route, pour arriver bientôt à une barrabarra. On trouve toujours, à côté des maisons, des échafaudages sur lesquels on peut placer les traîneaux : une précaution contre l'indiscrète rapacité des chiens. Mais la berge avait ici près de soixante pieds de hauteur, et elle était escarpée ; on laissa les traîneaux sur la glace. La meute succomba à la tentation.
« L'un des chiens, — c'est encore Mgr Seghers qui raconte l'aventure, — ayant réussi à soulever la toile qui enveloppait le poisson, tous se jetèrent sur l'appât ; au lieu de se contenter d'en manger la largeur de leur langue, ils dévorèrent bel et bien force saumons secs. Malheureusement pour eux, ils n'eurent pas la sag-esse de profiter tranquillement de leur bonne fortune ; en se disputant les débris, ils se querellèrent ; une bataille générale s'en suivit ; le bruit confus de la mêlée attira l'attention des maîtres ; tout le monde se précipita dehors, et la victoire resta à .... Martin Bâton ! »
/ novembre. — Un pouce de neige est tombé pendant la nuit ; le temps est doux : 4" sous zéro ; impossible de partir, car la neige e,st trop molle.
2 novembre. — Kn rdute à 8 heures du matin.
Bientôt le soleil dore les sommets des montagnes couvertes de neige. On quitte la Koyoukouk })our couper au plus court, en suivant un affluent de la rivière. Le bruit du traîneau fait lever deux perdrix aussi blanches que la neige, légèrement marquées de noir à la queue. Les chiens se mettent à leur pour-
suite ; c'est à qui montrera le plus d'ardeur à cette chasse intempestive ; ils vont du train d'un cheval au galop. Tout à coup, un craquement se fait entendre, la glace s'effondre : hommes, chiens, traîneaux se trouvent dans la vase. Ceux qui suivent viennent au secours des naufragés, et les aident à sortir du bourbier où ils sont enlisés.
On arrive le soir à une barrabarra; il y a deux hommes, trois femmes, sept enfants ; trois sauvages arrivent encore dans la soirée. Après souper, le missionnaire leur parle de la religion : ils écoutent très attentivement ; puis un vieil Indien prend la parole :
« Ce que tu viens de dire est vrai ; nous le croyons tous ; tu as bien parlé. Il y a longtemps que mon cœur a réfléchi à tout cela ; j'ai tâché de faire tout ce que tu exiges de nous. Mais il y a une chose que je n'ai jamais faite : je n'ai jamais prié Dieu. »
Ces paroles firent grande impression sur les compagnons de l'Evêque : elles leur prouvaient que les travaux apostoliques pourraient bien produire un jour eu ce pays plus de fruits qu'ils ne le pensaient.
3 novembre. — Départ à 8 heures.
A un endroit où le rivage est à pic, on dételle les chiens, on les lie à un arbre. Pour ralentir la descente, on attache à chaque traîneau un câble enroulé d'autre part autour d'un solide tronc d'arbre. Les chiens hurlaient d'impatience ; on les lâche ; ils partent comme l'éclair ; le Russe qui ne s'est pas hâté de leur faire place, est culbuté, et dévale de la côte plus vite qu'il ne le souhaiterait.
L'obscurité commence à tomber à quatre heures. On campe sur la neige.
C'est la veille de la fête de S. Charles [\).
4 noremhre. — Tout le monde est debout à sept heures. Après avoir traversé une longue série de lacs, les voyageurs campent pour la deuxième fois sur la neige.
L'Evêque s'éloigne un peu pour réciter Vêpres et Com- ] lies. La glace cède sous son poids, et il tombe dans un trou. Il reste quelque temps avant de parvenir à sortir de l'eau, heureusement peu profonde. L'accident est dû aux sels dont cetle eau est chargée, et qui retardent la congélation.
o noremljre. — On arrive à une barrabarra. Deux familles l'habitent. Quatre Indiens arrivent dans la journée, trois autres le lendemain de bonne heure. Parmi eux est un Chaman à la fîg-ure sinistre, accompagné de son frère, qui fait le commerce pour le marchand russe. Mruivaise nuit : le chaman doit célébrer une Igrouchka (fête païenne). Chaque Indien veut faire connaître sa chanson, un hymne à quelque parent défunt ; c'est évidemment à qui mentira le plus pour célébrer la gloire de son héros.
Le Chaman, ayant appris qui est l'Evèque, et pourquoi il est venu dans le paj^s, lui adresse la parole : « Si l'Evêque peut guérir instantanément le frère du Chaman, celui-ci croira. » Or le frère n'était nullement malade.
6 nmemhre — On atteint une barrabarra, à huit lieues du cercle polaire. C'est le point le })lus septentrional de l'itinéraire, à soixante lieues au Nord-Est de Nulato.
La barrabarra est habitée par trois hommes, trois femmes, deux garçons et une fille. L'Evêque les réunit autour de lui, et
(1; Fête j)atr()iuile de M^r Se^-lieri-,
passe le reste de la soirée à leur expliquer les priucipaux dogmes catholiques. Ils écoutent avec grande attention.
7 novembre. — Après une nuit plus calme que la précédente, on part vers l'Est. Bientôt on rejoint la Koyoukouk pour la longer sur une distance d'une dizaine de milles. Le courant est très rapide ; la rivière a une largeur de cinq cents pieds.
« Nous fûmes un moment en danger en cheminant sur la glace, raconte le missionnaire. Nous entendîmes soudain des cris derrière nous; le Russe nous pressait d'accélérer notre marche ; il criait de toute la force de sa voix, dans la plus grande agitation : « vite, vite, en avant. » Il voyait la glace ployer sous le poids des deux premiers traîneaux. Elle se brisa en quatre grands morceaux, au moment même où nous mettions pied sur une couche plus solide, L'Indien qui nous suivait, eut juste le temps de se jeter à droite, et tout le banc sur lequel nous étions un moment auparavant, est emporté par l'eau et disparaît. La rivière n'a pas moins de trente pieds de profondeur en cet endroit, au dire de mes compagnons de voyage. »
L'Evêque passa la nuit dans la maison d'un Chaman.
Cette maison était divisée en trois parties. Il y avait d'abord une méchante masure ouverte par le haut, mesurant quinze pieds de long sur dix pieds de large environ ; elle était occupée par le Chaman, ses trois femmes et ses cinq enfants. Derrière cette sorte d'anticlmmbre était un a})partement de huit pieds de long sur dix de large; à gauche une cheminée en terre glaise; tout autour de celle-ci une ouverture considérable dans le toit; à droite deux planches horizontales superposées, servant probablement de lits aux visiteurs. Cet appartement semblait être la salle de réception, mais il y faisait extrêmement froid et obscur. La troisième pièce était carrée, et recevait un peu de jour par deux petits carreaux, non de verre, mais de fflace.
Mgr Seghers attendit dans cette demeure les Indiens des environs.
Ainsi le missionnaire parcourait les bords de la Koyoukouk, recherchant partout les indigènes épars; il eut la joie de les trouver en général mieux^ disposés qu'il n'eut osé l'espérer.
Le retour à Nulato ne fut marqué par aucun incident notable; l'Evéque y arriva le 11 novembre.