‹ Mgr Seghers, l'âpotre de l'Alaska [microforme]Chapitre 20 sur 52 · NES · texte numérisé non relu

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guérit ,et put, après une assez longue convalescence, reprendre son poste de dévoûment parmi les Indiens qui l'avaient tant pleuré. |

La vengeance du missionnaire fut digne de lui : il prit soin du fils de son meurtrier, et lui donna une éducation foncièrement chrétienne, le préparant à commander un jour dignement sa tribu.

Peut-être cependant le principal coupable n’avait pas été le malheureux Matlahaw. Tournissim, le misérable qui était son père, l’avait poussé au crime ; il l’obsédait depuis longtemps de ses perfides conseils. Après le meurtre, il fut arrêté, s'évada, fut repris; enfin, après mille péripéties étranges, il revint à Hesquiat, et se comporta à l'égard de la victime tout comme si rien ne s'était passé entre eux. Haï des hommes de sa race, il faillit tomber sous leurs couteaux, et dut la vie à M. Brabant, qui lui conseilla de ne point se rendre à un festin où il devait être assassiné. Il finit par rentrer en lui-même, se lia d’amitié avec le missionnaire, et mourut après avoir reçu le baptême dans les meilleurs sentiments. La mort de Tournissim élevait à la dignité de chef de la tribu Antonin, fils de Matlahaw, le meurtrier.

Les bienfaits que la victime prodigua à la famille de son assassin ne se Lbornèrent pas là : outre le fils et le père du misérable, sa sœur dut au missionnaire la vie et le bonheur.

Au moment du meurtre, les Indiens irrités du crime s'étaient emparés de la sœur de Matlahaw, qui habitait à neuf milles de là. Ilsavaient conduit la jeune fille, ignorante du crime et du sort qu’on lui préparait, sur la plage devant la cabane du missionnaire. L’abandonnant tout en pleurs, les Indiens se réunirent pour comploter sa mort. Lorsque le plan fut bien

arrêté, un vieux sauvage se précipita comme un ouragan dans la hutte où gisait le prêtre moribond. Il voulait obtenir son approbation. Tandis que le vieillard parlait, ses cheveux étaient hérissés sur sa tête, l’écume lui venait aux lèvres et il tremblait de tous ses membres,

Le missionnaire donna immédiatement des ordres pour qu'on mit la jeune fille en lieu sûr et qu'on eut soin d'elle. Puis il engagea ces pauvres sauvages, encore tout enflammés du désir de la vengeance, à renoncer à leurs dexseins criminels. Neuf ans plus tard, la jeune fille recevait le baptême des mains de M. Brabant, et épousait un des principaux de la tribu.

Cependant l’infatigable Évêque ne cessait de parcourir son ile.

En février 1876, il fit sa première visite épiscopale à Comox, où il y avait quelques catholiques et de nombreux Indiens. {1} La neige atteignait quatre pieds d'épaisseur; il faisait un froid extrème. L’Evêque se procura un traineau et deux chevaux, et voyagea ainsi d’une station à l’autre. Quelques jours plus tard, il se rendit à Nanaïmo, où il prêcha une retraite de dix jours aux catholiques qui y résidaient. C’est alors qu’il décida d’établir un prètre en cette petite ville. Il put mettre son projet à exécution, grâce à l’arrivée de M. Lemmens, (2) en septembre de la même année. Peu de temps après, cette mission nouvellement fondée eut le bonheur de voir ériger en son sein un couvent de religieuses.

L’Évêque entreprit ensuite la visite de tous les Indiens

(1) Lettre de M. Brabant à M. l'abbé Van Hulse, 27 novembre 1893, (2) Aujourd'hui Evêque de Vancouver.

Missions sur la côte orientale.

Situation du diocèse,

de la côte orientale ; il allait d’un camp à l’autre, obligé le plus souvent de dormir à la belle étoile, à moins qu'il ne trouvât un abri dans quelque hutte d’Indiens.

À peine rentré à Victoria , il repartait pour un nouveau voyage; à Saanich, il bénissait l’église que récemment il avait fait construire.

Le diocèse prospérait sous la sage et vaillarte administration de Mgr Seghers. Non seulement la Foi était préchée aux sauvages, mais la situation des catholiques devenait chaque jour plus forte parmi la population blanche. En terminant l’année 1876, le jeune Évêque pouvait se réjouir des résultats obtenus. Il écrivait :

« L’attentat contre la vie de M. Brabant, dans l’automne de 1875, avait causé un grand découragement, et donné des craintes pour notre nouvelle mission du Sacré-Cœur à Hesquiat. Mais M. Brabant, guéri de ses blessures, est retourné à son poste, et à la nouvelle du danger qu'il avait couru, trois prêtres se sont présentés pour les missions de ce diocèse.

« J'ai recu dernièrement deux jeunes prêtres, natifs du Limbourg hollandais. L’un est allé rejoindre le missionnaire des Indiens de la côte occidentale de l’île, l’autre demeure à Nanaïmo. J’ai intention d'établir cette année une deuxième mission sur la côte, et j’entrevois la possibilité de pénétrer, au mois de mars prochain, dans le territoire d’Alaska.

« Les sectes protestantes se démembrent de plus en plus; les presbytériens se divisent. Il ÿ aura bientôt dix ans que, l'évêque anglican ayant dépossédé son doyen, les épiscopaliens se sont séparés en deux camps. De temps à autre les journaux sont remplis de plaintes des ministres contre leur

évêque, qui ne les paie pas assez pour qu’ils puissent nourrir

leurs femmes et leurs enfants. D'un autre côté, il surgit ici une secte de spirites, qui attaquent toutes les confessions protestantes, mais qui respectent l'Église catholique, dont ils vantent la doctrine toujours conséquente avec elle-même.

« Depuis que ces divisions ont affaibli les sectes, leur propagande parmi les sauvages est devenue moins active. Malheureusement il reste encore les méthodistes, dont le zèle et le fanatisme dépassent tout ce qu’on peut imaginer. » (1)

Vancouver comptait en ce moment 5400 catholiques sur une population de 30,000 âmes. Il y avait onze eglises ou chapelles; une école pour garcons, deux écoles pour filles, deux orphelinats, deux couvents de religieuses et un hôpital, achevé au mois de juin 1876.

(1) Lettre du 1 janvier 1877, aux Wissions catholiques, 13 juillet 1877.

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