PRÉFACE
J'ai eu le bonheur de connaître personnellement Mer Seœhers. En ISS3-I884, j'ai habité avec lui sous le même toit pendant un temps considérable. C’est alors que j'appris à apprécier, très imparfaitement, les qualités de son cœur et de son esprit.
Que de fois, depuis sa mort tragique, l’idée m'était revenue : il faut que la vie d’un tel homme soit écrite! il fant que l’on connaisse cette grande àme !
Mais jamais je n’avais songé que l'honneur de retracer ses vertus et ses travaux pourrait m'échoir. Une parole d’une autorité devant laquelle je ne pouvais que m'incliner, m'a fait entreprendre ce travail.
Je me mis à l’œuvre aussitôt, recueillant à Grand, à Louvain, aux Etats-Unis, à Rome, les documents et les matériaux nécessaires.
Les encouragements ne m’ont point manqué.
S. E. le cardinal Gibbons daigna m'adresser la lettre que l’on vient de lire.
Mgr Riordan, archevèque de San-Francisco, écrivait à un de mes amis : « Mer Seghers m'a apparu comme un homme
éminemment sage, zélé et prudent, entièrement dévoué à ses
iravaux. Ses dernières années, passées dans une des missions les plus difficiles du monde, l'ont fait connaître comme un grand missionnaire, que nulle difficulté ne pouvait arrêter lorsqu'il s'agissait du salut des âmes. Je suis heureux que sa vie s’écrive : ce sera un livre précieux pour tous ceux qui ont connu l’Archevéque (1). »
Mer Gross, archevêque d'Orégon, disait : « Je suis fort heureux d'apprendre que l’on prépare la biographie du saint archevêque Mer Seghers; je saluerai ce livre avec joie (2). »
Plusieurs lettres que je recus, exprimaient l'admiration la plus enthousiaste pour le saint missionnaire, Le supérieur d’une maison religieuse appartenant à un grand ordre, terminait sa lettre par l'invocation : S, Charles Seghers, priez pour nous |
« C’était une grande âme, dit Mgr Ireland; je l’admirais et l’aimais! En jetant mes regards autour du sanctuaire de ma cathédrale, au jour où je recevais le Pallium, sa pensée se présentait vivement à mon esprit. Les dernières paroles qu'il m'ait dites ont été : Je serai avec vous lorsque vous recevrez le Pallium. Il me semblait qu'il était avec moi par ses prières (3). »
Mgr Brondel, en annonçant à ses diocésains la mort de l’Archevêque, s’écriait : & Nous avons perdu le Saint qui descendit du siège d’Orégon pour se frayer, en missionnaire, une route au travers des neiges du Youkon. Sa mémoire reste
en bénédiction, et sans anticiper sur la voix de l’autorité,
d)} Lettre de Mgr Riordan à M. l'abbé Van Hulse, 17 juillet 1894. (2) Lettre de Mgr Gross à M, l'abbé Van Hulse, 28 novembre 1891. (3) Lettre de Mgr Ireland à Mgr Brondel, 15 décembre 1888,
uous aimons à nourrir l'idée qu'il est mort de la mort du martyre. »
C'est dire assez le renom de vertu et d'hérsisme que le grand Archevèque a laissé dans les pays auxquels il avait
consacré son existence,
Je tiens à exprimer ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont aidé dans la lourde tâche de recueillir et de coordonner de nombreux documents.
Je dois des remerciments tout d’abord à mon excellent ami, M. l'abbé Joseph Van Hulse, alors Sous-Régent du Séminaire américain de Louvain, maintenant attaché aux missions du Territoire indien, qui m'a prêté l'assistance la plus dévouée, C’est à la patiente persévérance avec laquelle il a fouillé dans les archives du séminaire, à la correspondance considérable qu'il a échangée avec plusieurs membres du clergé américain, que je suis redevable de la plus grande partie des renseignements. Non content de ces recherches, il a voulu consacrer bien des soirées à m'aider dans le collationnement des pièces.
L'expression de ma gratiiude aussi au R. M. Orth, curé de S. Laurent à Portland, que sa reconnaissante affection pour Mer Seghers à engagé à recueillir et à me transmettre une riche collection de rapports, d'articles de journaux et d’autres documents pleins d'intérêt ;
à M. Brabant, le vaillant missionnaire dont la vie apostolique fut intimement liée à celle de Mgr Seghers; le lecteur apprendra à connaître et à aimer cet admirable prêtre ;
à LL. GG. Mgr Gross, archevèque d'Orégon, Mgr Lem-
mens, évêque de Vancouver, de qui je tiens le journal de voyage de Mer Seghers, et Mer Brondel, évêque de Montana ; à S. G. Mgr Tosi, maintenant vicaire apostolique d’Alaska, et au R. P. Barnum ;
à Monsieur le capitaine Healv, de la marine des Etats- Unis, qui s’occupa avec zèle de la translation des restes du saint prélat, et qui a eu l’obligeance de me fournir à ce sujet les rapports les plus détaillés ;
aux Sœurs des SS. Noms de Jésus et Marie, qui m'ont communiqué d'intéressants extraits du journal de leur maison de S' Marie, à Portland;
aux Révérends Pères Adelhelm, de l'Ordre de S. Benoit, et Cataldo, de la Compagnie de Jésus.
Le Gouvernement belge a bien voulu appuyer auprès du Gouvernement des Etats-Unis la demande que je faisais à ce dernier, d'ouvrir une enquête au sujet des circonstances de la mort de l’héroïque missionnaire et du procès de son meurtrier. Les autorités américaines donnèrent ordre à l’Attorney du district fédéral d’Alaska de me transmettre un rapport sur ces faits, et les réponses à un questionnaire que j'avais communiqué. Ces renseignements m'ont été du plus grand secours.
La Sacrée Congrégation de la Propagande a daigné m'autoriser à faire photographier la lettre par laquelle Mgr Seghers renoncait au siège archiépiscopal d’Orégon, pour retourner à l'évêché de Vancouver.
Je remercie enfin ceux qui ont bien voulu me confier les lettres de Mgr Seghers qu’ils possédaient, surtout Mgr De Neve, le vénérable recteur du Séminaire américain de Louvain.
Grâce à leur concours, j’ai pu réunir deux cent soirante-
= KV —
dix-huit lettres écrites de la main du saint Evêque; j'en ai recueilli aussi une centaine émanant de Mer Demers, premier évêque de Vancouver, où d’autres ecclésiastiques, compagnons de.labeur de Mgr Seghers.
Outre ces documents et ceux qui m'ont été gracieusement communiqués de toutes parts, j'ai trouvé de nombreuses données dans les articles des Pères Van Rensselaer (1) et Tosi (2), et dans plusieurs revues et journaux de l'époque. Mais le rapport du P. Barnum sur le meurtre de l’Archevêque m'a été surtout d’une grande utilité. Ce travail prend une importance capitale de ce que l’auteur a passé plusieurs années en Alaska, et a écrit d’après les renseignements donnés par des témoins immédiats (3).
J'ai pu de cette manière reconstituer à peu près intégralement la vie de l’héroïque missionnaire.
L'esprit et le cœur de Mgr Seghers se révèlent d’une manière souvent saisissante dans sa correspondance. Le lecteur en retrouvera des passages nombreux et relativement considérables dans tout le cours de l'ouvrage. Il y verra l'élévation de pensée et de sentiment de cet homme remarquable, en même temps qu’il apprécizra la délicatesse de sa plume. Malheureusement beaucoup de ces extraits sont traduits de l'anglais ou du flamand, et j'ai peur que la
traduction n’ait trop gâté la touche fine de l'original.
(1) Zhe Apostle of Alaska. dans l'American Catholic Quarterly Revier, janvier 1888.
(2) Alaska, dans la Céviltà Cattolica. 1893.
(3) True account of the Murder of Archhishop Seghers, dans l'American Catholic Quarterly Reviei.
Lai eu en vue, dans ce travail, de faire connaitre un grand homme trop ignoré, une gloire de l’Église, une gloire de notre Belgique.
J'espère y avoir réussi, grâce à l’aide qui m'a été si généreusement prètée.
Puisse ce travail contribuer en queique manière à glorifier Dieu dans son Serviteur,