ITINÉRAIRES EN ORÉGON
(de Portland à...)
Thedalles Lewiston Lapwai Cœurs d’Alène Tètes plates Silver city Helena Bannack Salmon city Challis Bonanza Banner
Idaho city Boise city Granite Garden city Boise city Baker city Canyon city John Day city
Thedalles Uinatilla Pendleton
Astoria
Grand Rond
Crervais Jacksonville Portland Cœurs d'Alène Umatilla Union city Baker e ity
C anvon city Camp Harney Warner Lake Bidwell Lakeview
Jacksonville
Rosebure
Coosbay Empire city Bandon Ellenburg Albany Salem
Thedalles
Grand Rond
Lewiston Lapwai Lewiston Cœurs d'Alène
Californie Gervais
Cœurs d'Alène Missoula Deer Lodge Black! vot Nevada Butte Blackfoot Bellevue Silver city Baker ce ity Union city Pendleton Umatilla
Gervais Grand Rond
Lewiston Lapwai
Wallawalla
ter diverses missions de Montana (1). Après avoir visité Helena, dans le vicariat Apostolique de Nebraska, à la demande de Mgr 0° Connor, et avoir parcouru presque toute la partie de Montana soumise au vicariat d’Idaho, il se retrouvait, au commencement d'octobre, à Bannack. Puis il pénitra dans le district de la Salmon River en Idaho. À partir de ce point Mgr Seghers s’engageait dans un pays encore presque inexploré.
« Jamais, écrit-il, un prêtre n’a pénétré dans ce pays. C'était une raison très suffisante pour me décider à traverser ce territoire nouvellement découvert, surtout en vue d’apprendre à le connaître. Les diverses relations sont contradictoires, bonnes tout au plus à soulever des doutes dans mon esprit et à faire naître quelques vagues espérances pour l’avenir de ce pays. De plus, à quoi bon aller par la route d’Ogden et Kelton, pour passer sur le territoire d’un autre évêque, en négligeant notre propre diocèse » (2).
Partant de Bannack avec le Père De Ryckere, le 2 octobre, il traversait, pour la sixième fois durant ce voyage, la chaîne des Montagnes Rocheuses, qui sépare les eaux de l’Atlantique de celles du Pacifique. Le premier objet qui frappa ses regards fût la cime neigeuse des montagnes de la Salmon-River, une chaine beaucoup plus haute que les Montagnes Rocheuses.
Du flanc ouest de celles-ci, tout près du sommet, s’échappe une source abondante ; elle se déverse en un petit ruisseau qui
(1) Zerald de Montana, 16 et 19 septembre 1879. (2) Lettre à Mgr Blanchet, 27 octobre 1879, datée de Banner (Idaho). Nous trouvons dans cette lettre tous les détails du voyage jusqu'à Banner,
En pays nouveau.
grossit rapidement, et après avoir mêlé ses eaux à celles de la Linhi Creek, se jette dans la Salmon River, constituant ainsi une des nombreuses sources de la Colombie. Le petit cours d'eau se fraie un passage à travers un sombre ravin bordé de part et d’autre de rochers hauts et escarpés. Cette gorge offre les échappées de vue les plus fantastiques. Le chemin qui la traverse, conduit à la vallée de la Linhi, habitée par les Indiens Bannack.
Ils sont quelque* centaines; l’agent qui les gouverne est méthodiste, et ne tolère pas qu’un prêtre d’une confession quelconque ait aucun rapport avec eux. Mer Seghers eut le regret de devoir passer auprès de ces enfants des bois sans leur tendre une main amie.
3 octobre. — Arrivée à Salmon City, non loin des mines de Leesburg.
4 octobre. — L’Archevêque célèbre la S' Messe à Salmon City. C’est la première fois que le S. Sacrifice y est offert. 11 y a parmi la population une vingtaine de catholiques.
8 octobre. — Départ pour Challis, avec quatre compagnons.
Le voyage et extrêmement rude et dangereux.
« Cinq fois nous dûmes traverser la rivière à œué. Au deuxième passage, le plus large, elle me sembla mesurer de 3 à 400 pieds. Elle poursuit son cours jusqu’à Challis, parfois s’ouvrant largement, tout-à-fait faciturnus umnis, parfois resserrée entre les rochers, profonde, écumante, bondissant avec fureur, comme si elle cherchait à se créer un plus large passage. À deux endroits la route est particulièrement dangereuse : d’abord il faut contourner un haut rocher à pic, s’élevant à 200 pieds environ au-dessus de la rivière. À chaque pas mon cheval faisait tomber des pierres et de la terre, qui se précipitaient le long de la côte verticale. À un autre endroit, il faut passer sur des rochers qui surplombent la rivière,
le moindre faux pas précipiterait cheval et cavalier dans le gouffre béant. Je ne saurais dire combien de fois nous dùûmes mettre pied à terre : tantôt nos chevaux devaient marcher sur des fragments de roche aux arêtes vives, jetés pèle-mèle sur la route, tantôt la descente était si raide qu’on ne pouvait poser le pied sûrement ; cette route escarpée donnait le vertige. »
9 octobre. — Challis. — Cette ville est proche de la Pound Valley, une vallée toute jonchée de pierres et de cailloux, absolument déserte, à l'exception des bords de la rivière.
10 octobre. —- À Challis encore, l’Archevèque célébra la première Messe qui y ait été jamais dite.
14 octobre. — Départ pour Bonanza par une bonne route carrossable.
« Je quittai à contre-cœur ma monture, car le poète s’est trompé lorsqu'il a dit : « ZE post equilem sedet atra cura. » Pour ma part, je n’ai jamais senti pareil compagnon monté en croupe. N'ayant pas de cheval, je fis la route de Bonanza — quarante milles à l’ouest de Challis — dans un chariot à fruits. Le chemin traverse une suite de vallées et de gorges, dans lesquelles coule la Salmon River, et s'engage vers l'Ouest dans ce qu’on pourrait appeler une mer de montagnes. À mi-chemin environ, un brave Irlandais m'offrit de partager sa tente pour la nuit, que j’y passai très confortablement. À Salmon City, tandis que j'écrivais une lettre sur le pupitre de l’hôtelier, je fus pris pour le comptable par un mineur, qui me paya un dollar pour deux repas. Je le remerciai avec le plus reconnaissant de mes sourires. À Challis J'avais été pris pour un chevalier d'industrie et un évêque de contrebande, et cela par un catholique, s’il vous plaît; mais ici, à mi-chemin entre Challis et Bonanza, on me prit pour un joueur de profession. Voilà les aventures qui attendent un prêtre lorsqu'il va explorer de nouvelles régions. »
45 octobre. — On se met en route au milieu d’une violente
TE
tempête de neige. Le passage du col, à 9,000 pieds d'altitude, est extrèmement périble. On arrive à Bonanza à 6 heures du soir. Bonanza est une petite ville née depuis deux ans à peine, déjà relativement développée et bien plus importante que Challis et Salmon City. Elle compte déjà de cinq à six cents habitants, dont une centaine de catholiques. Jamais ni prêtre ni ministre d'aucune confession n’y avait mis le pied.
Le J'ankee Fork Herald (protestant) annonca l'arrivée de l’Archevêque en ces termes :
« Le premier sermon : L’archevêque Charles Jean Seghers, de Portland, Orégon, est en visite à Bonanza. L’archevèque est hautement apprécié par la presse de la côte, comme un gentleman accompli et un éloquent orateur. Il fera le service divin, Dimanche prochain, dans le nouveau hall de W. N. Kinney. Messe à 10 h. 30 du matin et sermon à 7 h. 30 du soir. L’archevêque est le premier ministre arrivé à Bonanza. Nous annonçons une agréable visite. »
21 octobre. — Après avoir cherché en vain le moyen d’aller de Bonanza à Boise City par Atlanta et Rocky Bar, l’archevêque se voit obligé d’aller d’abord à Idaho City par la route de Banner. Il part avec nn négociant qui lui procure des chevaux de selle et de transport. Trois mineurs se joignent à eux.
« Nous n'avions pas de mulets, comme dans un précédent voyage, ni un « nique mentis asellus »; mais tous nous montions des chevaux. Avant le coucher du soleil, nous avions fait un trajet de quelques milles; puis nous avions passé une excellente nuit. Le matin (22 octobre) nous nous apercevions, à notre grande et désagréable surprise, que deux de nos chevaux avaient disparu. Toute la journée du mercredi fut dépensée à rechercher en vain les
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fuyards, et le jeudi matin (23 octobre) nous nous remettions en route, deux d’entre nous étant obligés de faire le voyage à pied.
Il était près de midi, lorsque nous parvenions au sommet de la chaine, à environ 10 000 pieds au dessus de l'Océan. Nous étions obligés de conduire nos chevaux par la bride, et nous marchions d’un pas pesant, haletants et essouflés. Là haut, nous trouvâmes trois jolis petits lacs à demi gelés et quinze pouces de neige. Pas de coup d'œil comparable à celui dont on jouit du haut de ces sommets élevés, ayant de chaque côté six ou sept rangées de montagnes.
Notre déjeûner, ce jour-là, consista en un morceau de pain sec et une gorgée d’eau. Nous campâmes à l’entrée d’une magnifique vallée qui descend à 60 milles vers la Wood River. De là, nous pouvions contempler les sauvages et pittoresques pics de la Saxwtooth Range (chaine des dents de scie), qui mérite bien son nom. Nous avons évalué, ou plutôt deviné sa hauteur à 15 000 pieds au moins au-dessus du niveau de la mer.
Le matin suivant, je fus éveillé d’un profond sommeil par quelque chose qui, marchant à quatre pattes, s’en allait vers les cendres où couvaient les derniers tisons de notre feu de la veille, retournait une des büches et se chauffait, secouant en mème temps ce que je croyais être sa patte, comme s’il eût trouvé ce feu trop chaud, Tandis que, ne me rendant pas bien compte encore où je me trouvais, je m'attendais à chaque moment à entendre un grognement, je vis avec satisfaction que mon ours supposé se levait sur ses pieds, et devenait notre compagnon de voyage, le négociant. »
24 octobre. — Passage du Dead Man Canyon (gorge de l’homme mort) un sombre défilé entre deux hautes montagnes. Entre le haut et le bas de la gorge le niveau diffère de 2500 pieds. Son nom rappelle la mort de deux voyageurs surpris par une avalanche. Les neiges tombées des cimes s’accumulent parfois dans le défilé à une hauteur de plus de cent pieds. Les avalanches sont fréquentes et terribles, brisant
les troncs d'arbres, entamant jusqu'aux parois du rocher.
25 octobre. -— Les voyageurs remontent à huit mille pieds; au sommet, le guide se trompe de chemin ; au lieu de descendre à Banner, il s'engage dans un bois tout encombré d'arbres tombés, en un enchevêtrement compact de branchages. A huit heures du soir on trouve une cabane abandonnée, dont un arbre, en tombant, a renversé la cheminée et défoncé le toit.
« Nous y fimes bon feu, et comme nous n'avions pas de provisions, pas même une goutte d'eau, comme Darius dormivi incænatus; ce qui ne m'arrivait pas pour la première fois dans ma vie de missionnaire. Cette fois cependant, je le trouvai dur, car ce jour-là j'avais diné de pain et d’eau. J'espère que Dieu me pardonnera la distraction que j'eus le lendemain, en disant dans l'office du dimanche : propler verba labiorum tuvrum ego custodivi vias duras. Ce qui me fit de la peine surtout, ce fui de perdre la Messe, que j'avais espéré célébrer le dimanche matin (26 octobre) à Banner. Il était près de midi lorsque j'arrivai dans cette ville... »
L'Archevêque quitta Banner le mardi 28 octobre, pour arriver à Boise City le lendemain soir (1). Le 7 novembre, il se trouvait à Granite Creek, puis le 10 à Garden City, le 11 à Pioneer City, le 16 à Idaho City et le 18 de nouveau à Boise City (2). À partir de ce point, il fut obligé de hâter son voyage; il devait se trouver à Victoria pour la consécration épiscopale de Mgr Brondel, son successeur au siège de Vanrouver. Aussi arrivait-il à l’improviste à
(1) Catholic Sentinel, correspondance de Boise City, 4 novembre 1879.
(2, Catholic Sentinel, correspondance de Granite Creek, 18 novembre 1879, et Boise city Republican.
Baker City, le 21 novembre (1); il en repartait le 26 pour Canyon-City (2), d'où il rentra en sa ville épiscopale,
L'’Archevêque avait fait partout la plus profonde impression, Voici ce qu’en écrit au Catholic Sentinel un habitant de Boise City (3):
« La haute culture et la délicatesse du gentleman, la pureté avec laquelle il parlait anglais, le raisonnement concis, net et convainquant de ses conférences, les connaissances étendues du théologien, la sûreté de jugement du moraliste, l’humilité, la douceur, la bienveillance, la patience du chrétien, la solide piété et la fervente dévotion du prêtre de Dieu, les sympathiques et aimables sentiments de ce cœur épiscopal, toutes ces précieuses qualités apparaissaient d’une manière frappante dans notre nouvel archevêque. Il m'a semblé un ami connu depuis longtemps, un père aimé et plein d'affection, retournait parmi ses enfants après un long voyage. Nous voyons en lui tant de traits de ressemblance avec le grand S. Charles Borromée, que nous ne pouvons nous empêcher de l'appeler un autre $S. Charles. »
Le ÆRepublican, un journal non-catholique, lui rend cet hommage : « L'archevêque est un gentleman de haute culture et distinction. Les éminentes qualités du cœur et de l'esprit l’ont appelé, jeune encore, à la haute position d’archevêque dans l’Église catholique. Il est surtout aimé par le clergé et les fidèles de l’Église catholique. »
Une autre lettre au Catholic Sentinel (:) dit de lui:
(1) Catholic Sentinel, correspondance de Baker City, du Rev. M.P. de Roo, 26 novembre 1879. ‘ (2) Catholic Sentinel, correspondance de Canyon City, 3 décembre 1879. (3) Catholic Sentinel, correspondance de Boise City, 4 novembre 1579. (4 De Baker-City, 26 novembre 1879.
Appréciations diverses,
« Notre archevêque est connu comme un grand orateur; mais je dis avec plaisir que je ne me souviens pas d’avoir entendu un plus parfait catéchiste ; il a le don de faire pénétrer les vérités de la religion dans l'intelligence des enfants les plus ignorants; sa méthode et sa simplicité d'expression sont remarquables. »
Ajoutons à ces témoignages celui du Père Cataldo, qui a fait avec Mgr Seghers une partie du voyage dont nous venons de parler. (1)
« J’ai voyagé plusieurs fois avec lui pendant des semaines et des mois, le plus souvent à cheval, dormant à la belle étoile, tantôt dans les prairies, tantôt dans les montagnes, et je puis dire que toujours il m’édifia; j’admirais son zèle pour le salut des âmes, non moins que la sainteté de sa vie. Il était fort ponctuel pour ses exercices de piété quotidiens, même lorsqu'il voyageait à cheval; toujours il était prêt à précher à toute espèce d’auditoires, Indiens ou Blancs. ignorants ou instruits.
« Alors que nous campions pendant cinq ou sept jours, ou même davantage, il voulait se mettre à la besogne comme tous les autres pour couper ou porter du bois de chauffage, pour faire le feu, puiser de l’eau au ruisseau ou faire la cuisine, et il n’était pas aisé de l’en détourner; car, disait-il, comme il prenait sa part du repas, il voulait avoir sa part du travail. Jamais il ne nous permettait de mettre une pièce de -iterie quelconque sous la couverture ou la peau qui lui servait de couche, disant que si les couvertures suffisaient
(1) Lettre du P. Cataldo à M. l’abbé van Hulse, 1 août 1894.
pour les autres, elles devaient suffire pour lui aussi, et qu’il voulait camper et dormir de la même facon que les autres. Lorsque se présentait l’occasion de faire quelque travail apostolique, toujours il s'empressait de prendre pour lui la tâche la plus difficile. Il visitait les huttes des Indiens, baptisait ies enfants, exhortait et consolait les malades et les vieillards abandonnés. Lorsqu'il prévoyait que l’on passerait à proximité d’habitations, et que, pour une raison ou l’autre, il n’y aurait pas moyen de s’y arrêter, il prenait les devants, faisait tout le bien spirituel qu'il pouvait, et se trouvait prêt à partir lorsque les autres arrivaient.
« Sa prédication était toujours aussi claire qu’animée, et parfaitement adaptée à l'esprit de ses auditeurs. On eût cru entendre un orateur différent lorsqu'il parlait aux Indiens ou aux Blancs, aux enfants ou aux adultes.
« Sa conversation était aimable, enjouée et spirituelle ; toujours elle tendait à faire quelque bien à celui avec quiil s’entretenait.
« Il aimait par-dessus tout les missions Indiennes, à tel point que certains Blancs s’en plaignaient parfvis, comme s’il eût montré trop de préférence pour ces malheureuses populations. Mais à ces plaintes il répondait en souriant : Ces pauvres Indiens ont plus besoin de secours, puisqu'ils n’ont pas autant de connaissances que les Blancs. Etant archevêque d’Orégon, il voulut visiter au moins une fois l’an chacune des n.issions Indiennes de sa juridiction. »
1] restait à l’Archevèque une grande portion du diocèse à visiter. À son retour de Victoria, où il s’était rendu pour la consécration de Mgr Brondel, il se hâta de reprendre sa tournée pastorale dans le nord de l'Etat d’Orégon ; Thedalles, Umatilla
Tournée pastorale en Orégon,
Vers la région des Lacs,
et Pendleton le possédèrent jusqu'à la fin de janvier (1). Puis il visite Astoria, à l'extrême N.-0., sur l'embouchure du fleuve (2).
Quelques semaines plus tard, au commencement d’avril, il va à Mc Minville et à Grand Rond(3), puis à S. Louis (Marion) et à Gervais (4). Il descend ensuite vers le Sud, dans les comtés de Jackson et Josephine (3).
Mgr Seghers cherchait à pénétrer dans la contrée des Lacs, à l’extrême Sud de l’Orégon; mais telle était l’abondance des neiges dans les montagnes, que le passage était absolument impraticable. L’Archevêque, d’ailleurs, n’avait pas oublié la promesse faite l’année précédente aux Cœurs d’Alène, d'aller célébrer la fête du Sacré-Cœur parmi eux (6). Il se décida donc à regagner le Nord du diocèse, ne désespérant pas de descendre plus tard à la région des Lacs, qu'il tenait à explorer pour voir s’il pourrait y établir des écoles, où les enfants des habitants épars recevaient une éducation chrétienne. Après avoir passé quelques jours parmi les Indiens qui l’attendaient, il partit pour Umatilla, puis pour Union et Baker City (7).
Près de là, à Canyon City, il rencontra un voyageur qui se préparait à faire route vers le Sud. Il lui proposa de traverser ensemble le fameux désert de Sauge (Ssge desert). Ils se donnèrent rendez-vous à Sage Hen.
(1: Catholic Sentinel, correspondance de Pendleton, 21 janvier 1880.
(2) Catholic Sentinel. s
(3) Catholic Sentinel,
(4; Catholic Sentinel, correspondance de M, L. Verhaag.
(5) Catholic Sentinel, V3 mai 1880, correspondance de Jacksonville; idem, du 15 mai.
(6) Catholic Sentinel, correspondance de Wallawalla, 10 juin 1880.
(7) Lettre de Mgr Seghers à Mgr Blanchet, datée de Lake-View 14 juillet 1880. C’est à cette lettre que nous empruntons les détails du voyage jusqu'aux Lacs.
Le missionnaire partit le samedi 3 juiilet, commençant le voyage par un trajet de 79 milles en diligence, L'étape fut faite en un jour.
En partant de Canyon City, la route commence à monter vers le sommet des Montagnes Bleues. Elle atteint le col à une hauteur de 6,800 pieds; de là, à travers une région rendue stérile par le manque d’eau, elle descend vers la rivière Kelvie. Le climat y est extrêmement rigoureux en hiver. Sous un seul arbre Mgr Seghers trouva les restes de quarante-cinq animaux qui avaient succombé, l'hiver précédent, de froid et d’inanition. La faune est représentée surtout par de nombreuses antilopes. Ces gracieux animaux fuyaient de toutes parts devant la voiture. Le sol était couvert de millions de criquets. Ces bestioles sautillaient en masses compactes devant les roues du véhicule, et celles qui étaient écrasées devenaient aussitôt la pâture des voraces survivants. Ces hideux insectes sont incommodes au-delà de toute expression :ils pénètrent partout, envahissent les appartements les mieux fermés ; lorsque les portes et les fenêtres sont hermétiquement closes, ils montent sur le toit et entrent par la cheminée.
On débouchait à 7 heures du soir dans la vallée de Harney. Longue de 60 milles, large de 50, elle serait magnifique si elle était situe à quelques deux mille pieds plus bas, et inieux arrosée. Les sources n’y manquent pas, mais elles se déchargent dans des excavations, forment un étang où un petit lac, et les eaux ne se répandent pas plus loin,
Le lundi, 5 juillet, le missionnaire partait à cheval de Camp Harney pour Sage Hen, une ferme située au bord du
Sage Hen Creek. Il y rencontra M. Wheeler, son compagnon
Dans le désert.
de voyage pour la traversée du déseri, « un désert sans une maison, presque sans eau, sans arbres, sauf parfois un genévrier rabougri; tout de sable, de salpêtre, avec quantité de touffes de sauge. Une particularité de ce désert est l’extrême siccité du vent; il raccornit les lèvres, dessèche la bouche, à tel point que nous ne parlions qu’avec peine et que nous pouvions difficilement avaler les mets ».
Les voyageurs passèrent la nuit à la belle étoile et se mirent en route le lendemain vers midi. Après six heures de cheval par une route semé» de rochers, ils campèrent dans une vallée riche en sources minérales. Les antilopes, les grues et les loups des prairies semblent avoir choisi cette vallée pour leur demeure de prédilection. Mais elle est habitée aussi par le fastidieux, infatigable et insaisissable moustique toujours assoiffé de sang. Il ne fallut point songer à dormir; et une nuit passée à se défendre contre d’invisibles ennemis, disposait mal à la course de vingt-cinq milles qu’il fallait fournir avant de trouver de l’eau.
Partis au point du jour, les voyageurs traversaient vers dix heures le Buzzard Canyon, un ravin profond et encaissé, auquel les rochers énormes jetés de tous côtés donnaient une apparence terrible. L'eau du Buzzard Canyon était si tiède et saumâtre que les chevaux refusèrent d'en boire.
Le terrain rocaïlleux semblait préparé à dessein pour servir de rendez-vous aux serpents à sonnettes. Ce terrible reptile présente un danger particulier pour ceux qui font route à cheval. Souvent la monture effrayée provoque par ses mouvements désordonnés l’attaque du serpent. Un jour (1)
(1) Nous ne pouvons garantir que cet incident se place dans ce voyage; il nous a été raconté par le missionnaire lui-même.
que Mgr Seghers gravissait une colline pierreuse, il apercut tout à coup un serpent à sonnettes, précisément sous sa monture. Heureusement le cheval n’avait pas remarqué le terrible ennemi; il passa de son pas le plus tranquille. Le cavalier, de son côté, eut le sang-froid de ne pas pousser sa monture, et le serpent se glissa parmi les pierres.
Il fallut traverser, vers midi, un autre Canon très semblable au Buzzard Canyon, mais entièrement à sec. L’Evêque descendit le lit sur une longueur d’un quart de mille, et découvrit dans un endroit très profond une certaine quantité d’une eau peu limpide, mais très fraiche. On put l’employer à faire du thé, et étancher la soif qui tourmentait les hommes et les chevaux.
Après une course de quarante-cinq milles, on arrivait à 7 heures du soir à une source nommée W/wles Spring, probablement parce qu’elle fut découverte par un mulet assoiffé.
Le jeudi 8 juillet, en route pour Warner Lake, à une distance de trente milles; arrivée à midi; puis en route de nouveau. Dans l’après-midi les voyageurs découvrent avec joie, à l'extrémité Est du lac, la première maison qu’ils aient rencontrée depuis Sage Hen.
Le terrain est difficile et dangereux. La vallée contient une suite de lacs; ceux du Sud ont le niveau le plus élevé, et tous sont reliés entre eux par des cours d’eau souterrains, qui minent le sol et le sèment de chausse-trapes. Souvent le terrain s’effondre et s'ouvre en larges trous béants, que les gens du pays appellent « des marmites » (pot-holes).
A la nuit tombante on campa en un endroit où de nombreuses sources thermales se jettent dans le lac. Les rives
sont couvertes d’une luxuriante végétation, et la faune y est
Les Missions dans l'Ouest de l’'Orégon,
innombrable et variée : les pélicans, les loutres et mille autres animaux animent les bords du lac; les moustiques, le tourment de l’homme et des montures, y pullulent.
Enfin, le vendredi 9 juillet, l’Archevêque et son compagnon de voyage franchirent les montagnes de Bidwell, un pe au dessus du niveau inférieur des neiges, à six mille pieds d’altitude.et pénétrèrent dans la Surprise Valley, en Californie. Mer Seghers arriva à Lake View le mercredi suivant.
De Lake View il retourne à Jacksonville, où il s'était trouvé déjà au printemps. Il visite les comtés de Coos, Curry et Douglas, puis les missions de la vallée de la Wallamette (1), et rentre enfin à Portland dans les derniers jours de novembre.
Il avait visité toutes les missions, toutes les chapelles de son vaste diocèse, excepté une seule dans le comté de Yamhill. Il avait appris à connaitre tous les membres de son clergé, et le peuple; il avait pu juger des nécessités de l'Eglise dans ces contrées. (2)
Lui-même résume en ces termes le récit de ses pérégrinations :
« Mon voyage à duré seize mois (3), j'ai parcouru une distance d'environ cinq mille milles; j'ai confirmé huit cents fidèles. J'ai voyagé en bâteau à vapeur, en chemin de fer, en diligence, en chariot, en traîneau, à pied, en charette à bras; j'ai atteint neuf mille pieds d'altitude ; une fois, par un accident à la diligence, j'ai été précipité sur la neige; j'ai été jeté sur un rocher par mon cheval; une autre fois, de mon cheval que je montais sans selle, je suis tombé dans l’eau; j'ai passé mainte nuit sur le sol nu,
(1) Catholic Sentinel, correspondance de Port Orford, 6 septembre 1880, (2) Cathotie Sentinel, correspondance de Salem, 16 novembre 1880, (3 Du 10 juillet 1879 à la fin de novembre 1580,
parfois, tourmenté par les moustiques, je n’ai pas fermé l’œil de toute la nuit ; j'ai dit la messe dans des églises, dans des chapelles, dans une masure en ruines, dans des locaux d'école, dans des hôtels, dans des loges d’odd fellows, ne trouvant pas place ailleurs ; j'ai visité des localités où jamais un Evêque n'avait mis le pied, où quelques habitants n'avaient jamais vu un Evêque; j'ai été chez des Indiens sauvages; j'ai prêché plusieurs missions de quelques jours; une fois j'ai parlé à la population d’une petite ville où il n’y avait qu'un seul catholique; j'ai voyagé par un désert où nous avons fait quarante cinq milles sans trouver d’eau... et me voici plein de vie!... » (1)
Pendant les mois qui suivirent, Mgr Seghers résida à Portland, faisant toutefois, dans l’intervalle des nombreuses et absorbantes occupations dont nous allons parler au chapitre suivant, des courses apostoliques aux Dalles (2), à Grand Rond (3) et jusque chez les Lapwai, les Nez Percés et les Cœurs d’Alène dans le territoire d’Idaho (1).
La réception chez les Lapwai fut particulièrement belle. Depuis deux semaines les sauvages se concentraient à la Mission $. Joseph. Bientôt les environs semblèrent un immense camp indien ; de tous côtés surgissaient des tentes, ou flambaient des feux de bivouac.
L'Evéque arriva le 13 juin. A une lieue de la mission attendaient trois cents Indiens, dont quelques femmes et des enfants, tous à cheval, ayant à leur tête le Père Morrillo.
(1) Lettre à M. J. D. M., 1 février 1881.
(2) Catholic Sentinel, correspondance des Dalles, 13 Février 1881. (3) Catholic Sentinel, 14 Avril 1881.
(4) Catholic Sentinel, correspondance de J.ewiston, 18 Juin 1891.
Cbez les Lapwai.
A côté du Père, un porte-étendard élevait fièrement la bannière des Etats-Unis.
Aussitôt que les Indiens eurent apercu la voiture de l’Archevêque, ils ouvrirent leurs rangs, tandis que le chef, le porte-étendard et un autre Indien de sang royal prenaient la tête du cortège. Alors commença une scène d’indescriptible enthousiasme : les sauvages se pressaient autour du Prélat, en brandissant leurs fusils et en poussant de bruyantes acclamations ; les coups de feu et les cris joyeux se répercutaient sur les flancs des montagnes. Malheureusement les chevaux de l’équipage prirent peur, et brisèrent leurs traits. Le Père Cataldo se jeta à la tête des animaux effrayés et parvint à les contenir.
Les Indiens reçurent l’ordre de se rendre à la mission ; on les vit partir en un galop fantastique par les sinuosités de la route, et en un instant ils furent hors de vue.
Lorsque l’Archevêque arriva près de la chapelle, les sauvages se trouvaient rangés sur deux lignes, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Puis tous suivirent en procession l’Archevêque et les missionnaires à la chapelle. Le lendemain vers le coucher du soleil, des coups de fusil retentirent : le Père Conrardy arrivait à la tête de ses Indiens d’Umatilla. Ils avaient fait 150 milles, pour prendre part à la solennité religieuse qui se préparait. Les journées du mardi et du mercredi furent employées à la prière et aux exercices de piété; Mgr Seghers prêcha trois fois chaque jour. Le mercredi, à la première Messe, cent trente-six Indiens communièrent; beaucoup de Blancs des environs, parmi lesquels le Major commandant le poste voisin, et sa femme, s'étaient joints à eux. L’Archevêque bénit un mariage,
baptisa une jeune fille nouvellement convertie, administra la Confirmation à trente-deux Indiens, et fit en grande pompe la Procession du S. Sacrement.
Les Indiens suivaient avec une respectueuse attention les cérémonies de l'office pontifical, que la plupart voyaient pour la première fois. Ils étaient fascinés par tant de splendeurs, et ne pouvaient détacher les yeux de la personne auguste du pontife. Deux Cœurs d’Alene assistaient aux cérémonies ; lorsque celles-ci furent terminées, ïüis retournèrent chez eux en toute hâte, pour aller raconter à leurs compa-
triotes toutes les merveilles qu'ils avaient vues et entendues.
Mgr Blanchet remet ses pouvoirs à son coadjuteur.