‹ Mgr Seghers, l'âpotre de l'Alaska [microforme]Chapitre 35 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Voyage à Rome. — Mgr Seghers nommé de nouveau Evêque de Vancouver. — Concile de Baltimore. - Travaux dans l'Est des Etats Unis. — Adieux à son peuple d'Orégon.

L'idée avait surgi et s'était développée parmi l’Episcopat américain, de se réunir en Concile. Les deux premiers Conciles de Baltimore avaient produit des fruits trop beaux pour que l’on ne désirât point compléter l’œuvre par une troisième réunion. Le projet fut soumis au Chef suprême de la chrétienté, et recueillit sa plus complète approbation.

Dans son désir de voir cette œuvre importante entourée de toutes les garanties de succès, le Pape, après de longues

jisuuées par la gravité de la mesure, convoqua à

hésitatio :s, Rome tous les archevêques américains, afin que les travaux préparatoires du Concile fussent faits sous les yeux du Vicaire du Christ.

Répondant avec empressement à l’appel du Pape, les archevêques s’embarquèrent pour l’Europe. Mgr Seghers quitta son diocèse en septembre 1883, et arriva à Anvers le 24 octobre suivant. Il fut reçu, le lendemain, avec un enthousiasme débordant, à Meulestede (1), où habitaient plusieurs membres de sa famille, et où il avait passé une partie de son

enfance.

(1) Faubourg de Gand.

Mais il avait hâte d’être à Rome; il partit aussitôt pour la ville éternelle, où il arriva le 31 octobre, veille de la Toussaint.

La plupart des archevèques arrivèrent vers la même époque, et, sans retard, on se mit au travail.

La première réunion officielle eut lieu le 14 novembre, sous la présidence de $. E. le Cardinal Simeoni, Préfet de la Propagande. On y voyait Mer Gibbons, archevêque de Baltimore ; Cuorrigan, archevêque de Petra, coadjuteur de New- York; Feehan, archevèque de Chicago; Williams, archevêèque de Boston ; Heiss, archevêque de Milwaukee ; Seghers, archevêque d’Oregon City ; Chatard, évêque de Vincennes ; Ryan, évêque de Tricomia ; O’Hara, évèque de Scranton ; Fitz rerald, évêque de Little Rock. Un admirable esprit de zèle apostolique animait ces prélats. Tantôt réunis autour du Pape ou de son délégué, tantôt en assemblées privées, ils discutaient les principes qui devaient animer leur administration, et la mise en œuvre de ces principes dans les situations de fait des Etats américains. De grandes questions étaient portées à l'ordre du jour de la Conférence : la liberté d’enseignement, le développement des séminaires, l'éducation morale et intellectuelle du clergé. Un clergé savant, éclairé et vertueux était, dans l'esprit de Léon XIII et des archevèques, le grand instrument destiné à opérer la conquête du monde et le salut des âmes. Aussi cette question de haute importance fut-elle mürement étudiée.

La situation de l'Eglise aux Etats-Unis offrait également ui vaste champ d’études.

Le libéralisme protestant et les sectes se donnent la

main pour étouffer l’Église catholique aux Etats-Unis, tout

À Rome.

Projet de retour à Vancouver.

Chez le Cardinal Simeoni.

en criant à la liberté; mais la vitalité divine de l'Eglise n’en a pas moins pris un admirable essor. Lors de la proclamation de l'indépendance des Etats-Unis, il y avait en ce pays 25,000 catholiques avec 25 prêtres. Il v en avait en 1883, 8,000,000, répartis en 12 provinces ecclésiastiques avec 60 évêchés et 7000 prètres.

Les moyens de développer l’action catholique dans toutes les sphères, tel devait être l’objet des études du Concile de Baltimore, tel était l’objet de la Conférence des archevêques à Rome.

Les vues larges et sûres de Mgr Seghers furent grandement appréciées.

Quelques jours après la première réunion des archevêques, Mgr Seghers eut une entrevue avec le Cardinal Simeoni. Le vicariat apostolique de Montana venait d’être érigé en évêché, et le premier titulaire désigné pour ce nouveau poste était Mgr Brondel, le successeur de Mgr Seghers à Vancouver. Ce siège allait done devenir vacant (1). [1 n’était pas aisé de trouver un évêque pour ce diocèse. M. Jonckau, l’intime ami de Mgr Seghers, avait refusé la mitre qui lui était offerte, sa santé ne lui permettant pas les durs labeurs d’un tel épiscopat. Le Cardinal Simeoni consulta l’Archevêque

— « Monseigneur, que ferons-nous de l’Alaska? Cet immense territoire est absolument abandonné; ni les Jésuites ni les Oblats ne peuvent s’en charger. »

-— « La chose est bien simple, Eminence, répondit

1) Mgr Brondel resta provisoirement évêque de Vancouver, et M. Jonckau devait gouverner ce diocèse comme coadjuteur de l’Ordinaire.

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l’Archevêque. Qu'on me renvoie à Victoria. Je prendrai soin de l’Alaska, et je continuerai les travaux que j'y ai entrepris en 1878. Si on me dit : Quem millemus, el quis ibil nobis, qui envoyer? qui ira? je répondrai : Æece ego, mille me, me voici, envoyez moi! »

— « Et vous abandonneriez votre archidiocèse que vous administrez si bien! »

— « Certainement, si je suis assuré que le Pape approuve et bénit ma résolution. »

Le Cardinal engagea l’Archevêque à en parler au Pape. Mais Mer Seshers exprima le désir que le Cardinal luimême se chargeât de demander le sentiment du $S. Père.

Le Cardinal le promit volontiers, et le soir même, l’Archevèque lui adressait la lettre suivante, en confirmation

de son offre :

Collège Belge, rue du Quirinal, 19 novembre 1883.

A son Eminence le Card, Simeoni, Préfet de la S. Congrégation de la Propagande.

Votre Eminence sait que j’ai travaillé dans les missions du diocèse de Vancouver et du territoire d’Alaska, ou Amérique Russe, depuis 1863 jusqu’en 1879. En cette année j'ai été promu, Votre Eminence le sait encore, comme coadjuteur de l’archevèque d’Orégon City. avec droit de succession. Je n’aurais pas donné mon consentement à cette translation, si je n’avais pensé accomplir la volonté de Dieu en faisant la volonté du Souverain Pontife. Or, vu la translation de Mgr Brondel du diocèse de Vancouver à l’administration du Vicariat apostolique de Montana, et la maladie de R. M. Jonckau, qui a été nommé coadjuteur de l’évêque de Vancouver, l’église de Vancouver est restée veuve, au grand détriment de la religion, surtout au point de vue du territoire

Chez le Pape.

d’Alaska, maintenant délaissé de tous. Considérant, en conséquence, d’une part, qu’il ne sera pas aisé de trouver un évêque apte pour le diocèse de Vancouver, qui prenne ainsi soin de l'Alaska; confiant, d'autre part, que la nomination d’un autre archevêque d’Orégon City ne présentera en somme guère de difficultés ; mù en outre par l’amour que j'ai toujours gardé pour le poste de Vancouver, je demande à Votre Eminence, comme une grâce et une faveur, que le S. Siège veuille me laisser la liberté de résigner l’Église métropolitaine d'Orégon City et de retourner à l'Évèché de Vancouver.

Ce n’est pas là une chose inusitée dans l’Église. S. Liévin, qu’on dit avoir été archevèque de Dublin, en Irlande, quittant son siège épiscopal, est venu sur les côtes de Belgique pour travailler à la conversion d’une tribu barbare près de Gand, ma ville natale, qui honore ce Saint comme son patron. S. Boniface également, quittant l’archevèché de Mayence, et y établissant en sa place Lullius, a passé chez les Frisons. Si votre Eminence juge ma requète acceptable et digne d’être présentée au Souverain Pontife, notamment : que Mgr Brondel soit déchargé du diocèse de Vancouver, en Ce cas je demande humblement et instamment que l'affaire soit décidée au plus tôt, afin que, tandis que je suis en Europe, je puisse me pourvoir de prètres, de ressources, de vêtements et de toutes les choses nécessaires aux missions d’Alaska. »

De Votre Eminence l’humble Serviteur en Jésus-Christ, Charles Jean Seghers, Archevêque d'Orégon City.

Peu de jours plus tard, l’archevêque d’Orégon était appelé en audience par le S. Père.

— Combien de temps avez vous été évêque de Vancouver? lui demanda le Pape.

— Six ans, S. Père; mais j'ai été pendant seize

ans dans ces missions. Votre Sainteté saura que je me suis offert à retourner dans mon ancien diocèse.

— Le Cardinal Simeoni m'en a dit un mot. Avez-vous eu des difficultés avec votre clergé en Orégon?

— Aucune.

— Et quel candidat proposez-vous pour prendre votre place ?

L’Archevêque répondit que les évêques de la Province pourraient proposer un candidat ; qu’il n'avait pas considéré cette question comme devant être résolue par lui.

— Vous aimiez donc beaucoup votre ancien diocèse ? reprit le Souverain Pontife, d’un ton de grande bienveillance.

Mgr Seghers répondit qu’il l’aimait beaucoup; mais que ce qui l'avait surtout poussé à agir comme il l'avait fait, était la considération suivante : l’Orégon étant un état prospère, le choix d’un archevêque ne serait pas difficile; tandis que la nomination d’un évêque au siège de Vancouver ne pouvait être que bien ardue, M. Jonckau, le seul homme que les évêques eussent recommandé, ayant refusé.

— Est-il digne?

— Oui, Saint Père.

— Alors, il doit accepter !

— Saint Père, il est bien malade, et incapable de supporter les charges de l’épiscopat. C’est pourquoi je me suis offert moi-même à être envoyé à Vancouver. Je suis parfaitement disposé à rester où je suis, et à être Métropolitain d’Orégon, et si je pouvais penser que le Pape n’approuve pas mon dessein, je ne songerais pas à changer

de diocèse. Lorsque j'ai quitté Vancouver pour devenir archevêque d'Orégon, je l'ai fait avec le plus grand regret, mais volontiers cependant, parce que, étant nommé par le S. Siège, j'ai cru faire la volonté de Dieu en faisant celle du Pape. Maintenant je demande à savoir quelle est la volonté du Pape, et seulement si je vois mon dessein approuvé et béni par lui, je croirai faire la volonté de Dieu.

Léon XIIT était profondément ému devant une pareille abnégation et un esprit chrétien et apostolique aussi admirable. Plusieurs fois l’Archevêque vit le Pape, les veux humides, serrer les lèvres pour maitriser son émotion. Alors, avec cette majesté simple et impressionnante qui est propre à Léon XIII, le Pape dit ces seuls mots : « Je l’approuve! »

« Impossible, s’écrie l’Archevêque, de vous décrire les sentiments qui remplirent mon cœur en ce moment solennel ! Mon sacrifice était accepté! Mon dessein avait recu la plus haute sanction qu'il püût recevoir, et la bénédiction du Pape est la preuve la plus forte que mon plan répond à la volonté de Dieu. Préparez moi donc un petit coin dans l'ile Vancouver, que j'ai choisie en 1863 pour ni jart et la portion de mon héritage, où j'ai commencé ma carrière apostolique, et où, s’il plaità Dieu, je la términerai ! Je resterai archevêque d'Orégon jusqu’à ce que j'aie mis ordre aux affaires temporelles et spirituelles de mon diocèse ; puis je quitterai Portland pour reprendre possession de mon ancien siège de Victoria. » (1)

(1) Lettre de Mgr Seghers à M. Jonckau, l'janvier 1884. — La narration de l’entrevue avec le Souverain Pontife, ainsi que de la conversation avec le Cardinal Simeoni est tirée principalement de cette lettre.

L'arrangement proposé par Mer Seghers était accepté en principe, mais jl fallait lui donner une réalisation concrète, qui comportait de multiples arrangements. Aussi le prélat fut-il retenu à Rome plus longtemps qu'il ne l'avait pensé. Il employa cette attente à récréer son âme par la visite des sanctuaires d'Italie; il a consigné ses impressions de pélerinage dans d’admirables lettres adressées au Catholic Sentinel de Portland.

Enfin, au mois de février 1I8S4, il put songer au retour. Il s'arrêta en Belgique pendant quelques semaines, qu'il consacra à intéresser ses compatriotes à la grande œuvre qu'il allait entreprendre. Il donnait conférences sur conférences, parlant de ses chers Indiens avec une ardeur qui était l'expression du zèle qui le dévorait.

On lui a reproché, à cette occasion, de n’avoir pas su sauvegarder assez la dignité du caractère épiscopal : il s'était montré, dans quelques-unes de ses conférences, revêtu du costume étrange qu'il portait dans les régions polaires, et des journaux s'étaient permis d’inqualifiables attaques. Eh bien, oui! il s'était trompé : lui qui ne voyait en toutes choses que les côtés grands, il avait cru que les autres étaient capables de la même élévation d’idées, et il s'était trompé. Des esprits mesquins regardaient par les côtés vulgaires ces mêmes choses qu'il regardait de haut, et ils s'étaient scandalisés de voir un évêque se montrer en public sous ce qu'ils appelaient « d’indignes travestissements ». Un ami lui fit observer l'impression fàcheuse qu’il produisait, et la lettre suivante montre ce que nous disions : que l’apôtre de l'Alaska ne s'était pas douté combien mesquin est l'esprit de certains hommes.

« Quant à la mise du costume de pelleterie, veuillez faire

Eu Belzique.

Le Concile de Baltimore,

observer à M... que le costume que j'ai endossé n’est pas un travestissement, ni le costume d’un Indien. C’est mon propre costume, celui que je portais communément en Alaska, et sans lequel j'aurais péri de froid. Si l’on trouve inconvenant en Belgique de voir ce qu’un évêque doit faire dans l’Amérique russe pour gagner des âmes, je m’abstiendrai évidemment d’exhiber mon costume... » (1)

Il quitta l’Europe le 25 septembre 1884, et s’embarqua pour le Nouveau Monde ; il arrivait à Baltimore pour l’ouverture du Concile.

Celle-ci eut lieu le 9 novembre 1884; elle se fit avec une masnificence que Rome seule peut surpasser. Dès le matin, la foule s'était portée aux alentours de la cathédrale; les protestants n’étaient pas moins désireux que les catholiques de voir passer la procession des prélats. A neuf heures et demie, les Pères du Concile revétirent leurs ornements à la résidence de l’Archevêque, et, après le chant du Vent Creator, le cortège se dirigea vers la cathédrale Jamais cérémonie aussi pompeuse n’avait frappé les yeux des Américains; on eût cru une vision des célèbres conciles de Nicée, d’Antioche, de Constantinople.

De la résidence archiépiscopale à la cathédrale, les rues étaient bordées d’une foule silencieuse et ravie; plus de 25,000 personnes se pressaient, s’entassaient, pour jouir de ce spectacle.

En tête de la procession, après la croix, marchaient les élèves du grand séminaire, le clergé régulier et séculier, les chantres; puis les théologiens du Concile, en cha-

mo re

(1) Lettreà M..V., 10 mars 1884,

suble ; les supérieurs des Ordres religienx, en chape; les recteurs des grands séminaires, les prélats, les abbés mitrés ; enfin soixante évêques et treize archevêques, en chape avec la mitre précieuse et la crosse; Mgr Gibbons fermait la marche, entouré de son secrétaire et de son chancelier.

Le cortège s’avancait lentement, gravement, et chacun adinirait la dignité de ces pontifes, les uns courbés sous le poids des ans et des fatigues apostoliques; les autres plus jeunes, et promettant de belles moissons pour l'Eglise ; ils étaient accourus de tous les points des territoires américains : des Montagnes Rocheuses, du Nouveau Mexique, de la Californie ; tous n’avaient qu’un seul cœur, une seule âme dans l'unité catholique.

Le panorama qui s’offrait à la vue dans la cathédrale, n'était pas moins admirable. Dans le chœur, les sièges des prélats et le trône du délégué apostolique ; dans la nef, le clergé de second ordre. La richesse et la variété des ornements, la beauté des cérémonies, le chant merveilleusement exécuté, tout transportait l’âme et émouvait le cœur.

Après l’évangile, Mer Ryan, archevêque de Philadelphie, prononca le discours d'ouverture. L’éloquent orateur parla de la mission donnée par Jésus-Christ à «es apôtres ; de la hiérarchie et de l’organisation de l’Eglise ; il montra la perpétuité et l’unité, à travers les siècles, de cette société composée de pasteurs et de fidèles, sous la houlette de Pierre, résistant à toutes les persécutions, et rénovant le monde après chaque cataclysme moral ou politique. Aujourd'hui, la société a besoin d’être régénérée ; elle le sera par la vertu surnaturelle de l'Eglise.

Après ce discours, les assistants se mirent à genoux.

Dans les Etats de l'Est.

On chanta de nouveau le Vexi Creator et les Litanies des Saints, et le Concile fut solennellement ouvert; tous les évêques firent profession de foi, et Mgr Gibbons donna la bénédiction papale.

Puis les bureaux furent organisés, et les noms des officiers, des chanceliers, des secrétaires, des protonotaire et notaire furent publiés.

Le lendemain, 10 novembre, les travaux du Concile commencaient, dans les salles du grand séminaire de Saint-Sulpice.

Nous n'entrerons point dans le détail des différentes matières traitées. On parla principalement de l’éducation de la jeunesse, de la formation du clergé, de la discipline ecclésiastique, des mariages mixtes, de toutes les questions qui intéressent l'action de l'Eglise catholique aux Etats-Unis.

Chaque soir, à la cathédrale, un évêque pronoaçait un discours devant une nombreuse assistance. Mgr Seghers y fit une allocution sur les missions indiennes, Sa parole fut forte, comme d'habitude, non d’une artificieuse éloquence, mais de cette force qui procède de la pensée et de l’amour. Il méprisait les factices euthousiasmes, mais sa personne entière parlait du désir de travailler, de souffrir, de mourir, s’il le fallait, pour étendre le royaume du Christ parmi les âmes abandonnées. Vive fut la sympathie qu: ce discours concilia à la grande œuvre des missions indiennes.

Le Concile fut clos le 1" décembre.

Mgr Seghers se mit en route à travers les Etats de l'Est, parlant partout de sa chère mission d’Alaska, et recueillant les ressources nécessaires à la vaste entreprise qu’il néditait, Mais son cœur d’apôtre ne trouvait pas dans ce travail pleine satis-

faction à son zèle ardent, et il saisissait toutes les occasions

d'exercer l’apostolat parmi la population des villes américaines. Grande était l'efficacité de son ministère ; sa parole convertissait les pécheurs et fortifiait les fidèles. Aussi lui demandait-on de toutes parts de donner des retraites et des missions aux catholiques de l'Est.

« J'ai travaillé ardemment pour le bien de mes missions, écrivait-il le 4 février 1885. Les prêtres de ce pays me secondent de leur mieux; mais en retour de ce qu’ils me permettent de faire dans leurs paroisses, ils me chargent d'autant d'ouvrage que mes épaules peuvent en porter. Dimanche, 25 janvier, après avoir prèché pendant chacune des quatre messes à l’église S. Etienne, à Boston, j'ai commencé, à l’église du Sacré Cœur, la prédication d’une mission de huit jours. Durant toute la semaine, j'ai prèché chaque jour un sermon le matin, après la messe de 5 aeures, que je disais moi-même ; un autre sermon après la messe de 9 heures, et un troisième après les exercices du soir, à 7 h. 30. J'ai pris ma part des confessions ; et dimanche dernier, je suis allé prècher aux trois messes à l’église du S. Rédempteur, après quoi je suis retourné à l’église du S. Cœur, pour y finir la mission en prèchaut le sermon de clôture J’ai fait se lever le peuple, et se tenir debout plus de douze cents personnes, pendant qu’elles renouvelaient leurs vœux de baptème, et renoncaient à haute voix à Satan, à ses pompes et à ses œuvres.

« Deux autres prêtres m'ont beaucoup imnortuné pour me faire prècher une mission de ce genre, - celle-ci était la deuxième — dans leurs paroisses respectives, mais mon temps de partir est venu; j'ai dù leur refuser ce service. À la fin de la première retraite que j'ai prèchée à l'Eglise S. Joseph, pour les hommes et les jeunes gens de la paroisse, ils sont venus à communion au nombre de quinze cents Comme vous voyez, l'ouvrage ne m'a pas manqué, et le Bon Dieu s’est plu à le bénir. Je vous écris ceci afin que vous continuiez à prier pour mes forces et ma santé » (1.

(1) Lettre à Mile P, D. B., 4 février 1885.

Adieux à Portland.

L’Archevêque rentra à Portland au mois de mars 1885 : Mgr William H. Gross avait été nommé, dans l’entretemps, au siège d'Orégon, et le 25 de ce même mois, en la fête de l’Annonciation, Mgr Seghers tit ses adieux à son peuple.

Il leur avait dit, lors de son entrée à Portland, qu'il venait, « le rameau d’olivier d’une main, le glaive de l’autre ». Ce glaive, il avait dû le manier.

Il avait dù lutter parfois, entre autres au sujet des écoles, contre ceux-là même qui devaient être ses plus fermes soutiens, mais qui n'avaient pas toujours compris l’ardeur de son zèle et la hauteur de ses vues.

Brûlant de sauver des âmes, sans pitié pour lui-même, il ne pouvait comprendre que l’ardeur des autres n’égalàt pas la sienne. Plein de miséricorde pour les pécheurs, il voulait trouver chez les fidèles, et surtout chez ses prêtres, un généreux et entier esprit de sacrifice.

Et il avait lutté, en faveur des âmes, contre de regrettables inerties; c’est ce qui lui inspira ces nobles paroles

« Durant mon court épiscopat, j'ai peut-être pu offenser quelqu'un. S'il en est ainsi, — je parle en conscience et en vérité, — je n’en aieu jamais l'intention. Dieu m'en est témoin, j'ai agi et parlé, non pour faire du tort, mais pour faire le bien. Souvent j'ai parlé avec la plus grande liberté, avec toute la liberté d’un apôtre. Comme le dit S. Paul, rerbum Dei non est alligatum .… est écrit : Mieux vaut une blessure infligée par un ami, que le baiser d’un ennemi. C’est en ami que j'ai frappé et blessé. En tous cas, si quelqu'un d’entre vous a nourri uu sentiment de froideur ou d’indifférence à mon égard, — je ne juge ni ne condamne, — du fond du cœur je lui pardonne, et pleinement. D'après l'exemple de

notre divin Maître, dont je professe d’être l’humble disciple, et qui a pardonné à sex ennemis qui le clouaient à la croix, je pardonne, ct je prie le Dieu tout-puissant de ne pas les punir ni les châtier, mais de leur pardonner pleinement. Et vous, mes frères aimés, quelque tort que je puisse avoir eu à votre égard, je vous en prie par la miséricorde de Jésus-Christ, pardonnezmoi. Vous me pardonnerez; vous le devez, car je vous le demande par la charité de Jésus-Christ » (r). Re

(1) Catholic Sentinel, 2 avril 1885.

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