‹ Mgr Seghers, l'âpotre de l'Alaska [microforme]Chapitre 42 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Après le meurtre. — Transport des restes de l’Archevêque à Nulato et S. Michel. — Attitude du meurtrier; ses rapports avec Walker. — Hommages à la mémoire de l'Archevêque.

Au coup de feu, Sennetoh était sauté debout ; il arracha le fusil des mains de Fuller, au moment où le malheureux s’apprêtait à tirer pour la seconde fois. Koïhatoy accourut, et les deux Indiens demandèrent au meurtrier s’il avait l'intention de les tuer eux aussi. Il répondit : « Non, je voulais seulement tuer ce méchant homme. »

L’assassin enleva la croix pectorale et l’anneau de l’Archevêque, dans l'intention, disait-il, de les remettre aux autorités ecclésiastiques à Victoria. Laissant là le corps, Fuller et les Indiens se mirent en route pour Nulato.

En apprenant la terrible nouvelle, les habitants furent saisis de la plus extrême émotion. Ils étaient sur le point de partir pour la chasse, mais tous rentrèrent aussitôt au village. Durant sa précédente visite, Mgr Seghers avait conquis leur affection, et ils étaient furieux d'apprendre qu'il avait été assassiné quand, selon sa promesse, il revenait parmi eux. Ils décidèrent d’un unanime accord de tuer Fuller, et certainement ils auraient exécuté leur dessein, sans l'intervention de l’agent Frederikson. Plus

tard, en apprenant l'issue du procès, ils manifestèrent le

plus vif dépit de n’avoir pas fait justice eux-mêmes.

Durant l’hiver 1877-1878, Mgr Seghers avait occupé à Nulato une cabane appartenant à un Indien, nommé Kéréka, qui avait gardé le meilleur souvenir du missionnaire. Kéréka partit sur-le-champ, pour prendre à Yissethlatoh le corps de l’Archevéque assassiné. Un Indien nommé Vanka l’accompagnait, et Fuller voulut faire route avec eux.

Dans l’entretemps, une femme qui habitait de l’autre côté de la rivière, ayant ent2ndu le coup de fusil, s’était rendue sur les lieux, pour voir ce qui était arrivé. Elle découvrit le cadavre, mais reconnaissant que c'était celui d’un Blanc, elle fut prise de crainte, et s’en retourna, après avoir enlevé la neise qui recouvrait déjà une partie du corps, et y avoir jeté une couverture (1).

Les mulots qui abondent dans ce pays, avaient rongé les chairs au dessus des yeux. Les Indiens crurent voir dans cette plaie la trace de la balle ; ce qui donna naissance à la version erronée d’après laquelle l’Archevêque aurait été frappé au front.

Transporté à Nulato, le corps resta un jour entier dans le traineau, en attendant qu’un cercueil fût confectionné ; le bréviaire taché de sang fut déposé dans la bière à côté du corps (2); puis le cercueil fut placé dans un hangar, où il resta pendant deux semaines, jusqu’au départ pour S. Michel.

Pendant son séjour au village, Fuller conquit les sympa-

(1) Barxuu et Tost, articles cités.

(21 Le P, Barnum nous apprend que les autres volimes du bréviaire et la carte de voyage de Mgr Seghers sont au Collège de Georgetown. D C (Etats-Unis).

Transport des restes de Mer Seghers à Nulato

Transpoit de S. Michel.

Comment on recoit le meurtrier.

thies de l'agent Frederikson, qui le mit en possession de tout ce qui avait appartenu à l’Archevêque. L’assassin s’empressa de voir le journal de voyage de sa victime, mais tout ce qui avait rapport à lui y était écrit en français. Il parcourut également toutes les lettres que Mer Seghers avait écrites et comptait expédier à la première occasion. Une des lettres, mentionnée au journal par ces mots : « aujourd’hui (1) j'ai écrit au Père Cataldo », a disparu. Peut être contenaitelle quelque allusion au meurtrier, et celui-ci aura-t-il trouvé expédient de la soustraire. Parmi les papiers de l’Archevêque se trouvait également une lettre d’introduction de l’« Alaska Commercial Company » à ses agents; Fuller s’en empara, disant qu'il en aurait besoin.

Le 10 décembre, une petite caravane de trois traineaux partait pour $. Michel. Fuller occupait le premier véhicule avec un mineur nommé Peter Johnson ; dans le second se trouvaient deux Indiens, Tonultoh et Manuska ; tandis que le troisième traîneau, conduit par le fidèle Kéréka et par Vanka, portait le cercueil renfermant l restes précieux de la victime.

Lorsqu'on fut arrivé à S.-Michel, Fuller se présenta à l’agent de l’« Alaska Commercial Company », Henry Neuman.

« J’ai apporté l’archevêque Seghers ; » dit-il. Neuman, regardant tout à l’entour, demanda : « Où donc est-il? » Et Fuller : « Il est là dans un traineau ; je l’ai tué. » Il présenta la lettre d'introduction, en déclarant qu’il avait tué l’Archevêque en légitime défense. Chose surprenante, on accepta ses déclarations; il fut bien recuet «dis à la table des employés du poste (2).

() 1" novembre.

(2) BARNUM, art, cité,

L'un de ceux-ci, un nommé Waldron, se montra indiæné; il eut de longues discussions avec Fuller, qui avait fort à cœur de démontrer que l’Archevêque avait voulu le tuer.

Comme preuve de son affirmation, le meurtrier disait avoir entendu à leur départ de Harper’s place (à l'embouchure de la Stewart River), le Père Tosi dire tout bas à l’Archevêque : « Ayez soin d'en finir avec cet h>mme avant d'arriver à Nulato. » Il déclara aussi que le fait d’avoir tué l’Archevêque ne lui troublait pas le moins du monde la conscience, mais qu'il avait du remords pour une autre chose qu’il avait faite quelques années auparavant. Son interlocuteur lui demandant quelle était cette chose, il coupa brusquement la conversation, et s’en alla (1).

Pe $. Michel, Fuller écrivit à Walker, pour l’informer de ce qu'il avait fait, conformément à la parole de Walker : « Débarrassez vous de cette homme, et ce sera la fin des Catholiques dans ce pays. » (2) Pendant l’été, lorsque le petit steamer qui dessert les stations sur le fleuve, arriva à Nuklukayet, Walker montra cette lettre à Harper, ainsi qu’au Révérend Ellington, ministre anglican du Mackensie. L'un et l'autre déclarèrent que cette lettre contenait les choses les plus compromettantes, et M. Ellington ajouta « que, d’après les lois d'Angleterre, cette lettre était suffisante pour faire pendre Fuller sans autre témoignage. » (3)

Walker répondit à la lettre du meurtrier, et fut aussi imprudent que lui. Il s’en apercut trop tard, et déclara à

(1) BaRNUM, art, cité.

(2) Id.

(3) Id.

Correspondance entre Fuller et Walker.

plusieurs reprises qu’il eût volontiers donné mille doilars pour rentrer en possession de cet écrit. Plus tard, lorsque Walker arriva à S. Michel, certaines difficultés ayant surgi entre lui et Fuller, celui-ci lui jeta cette menace : « Souvenezvous que si vous ne tenez pas votre parole, si vous ne m'aidez pas à sortir d’embarras, j'ai encore votre lettre. » Walker fut effrayé, et un compromis fut conclu entre ces deux hommes. Ils se restituèrent réciproquement leurs correspondances, et celles-ci furent brülées sur le vapeur Fowkon en présence d’un employé du nom de Jean Beaudouin (1).

Parmi les hôtes de la station de S. Michel se trouvait un ministre épiscopalien avec sa famille, ainsi qu’une institutrice qui hivernait à l’agence. C'était de ce ministre, M. Parker, que Harper avait parlé à l’Archevêque à l’embouchure de la Stewart River. Les dames qui l'accompagnaient, se trouvèrent t:llement dérangées par la présence de l’assassin, que l'agent Neuman se décida à l'éloigner. Il le remit entre les mains de l'ingénieur Beaudouin, qui l’'emmena à Andreieffski, le poste le plus proche. Ce fonctionnaire raconta plus tard que, pendant leur séjour à Andreieffski, Fuller fut atteint, dans la nuit de chaque vendredi, d’effrayantes attaques de frénésie. Pendant ces accès, il courait autour de l'habitation, criant sans cesse qu'il lui fallait arriver à Nulato avant le Dimanche (2).

Non content du crime horrible qu’il avait commis, ajoute le Père Tosi, Fuller en voulait à la vie des deux Jésuites qui avaient accompagné l’Archevêque, particulièrement du

Père Tosi lui-même (3).

(1) Toi, art, cité.

(2) BarxuM, art. cité.

(3) Tosi, art. cité.

Ayant appris que ce missionnaire avait l'intention de gagner San Francisco, le meurtrier eut l’impudence d'écrire à l'agent pour le prier d'empêcher à tout prix le départ du religieux.

Le corps avait été mis dans un cercueil de zinc et déposé dans l’ancienne église grecque de S. Michel, en attendant le transfert à Victoria. Au printemps, comme on allait démolir l'église, il fut transporté à l’ancien fort, où il resta jusqu’au mois de juillet 1887.

En mai de cette même année, les Pères Tosi et Robant avaient, selon les conventions, entrepris le voyage vers le bas du fleuve, s’attendant à revoir l’Archevêque en pleine santé, et dans toute la joie de ses succès apostoliques. Quelle fat leur consternation en apprenant la terrible vérité ! D'abord ils se refusèrent à croire aux nouvelles qu’on leur donnait ; mais il fallut se rendre à l'évidence.

Les religieux se rendirent en toute hâte à S. Michel, où ils retrouvèrent les restes du vénére prélat, non encore inhumés, enfermés dans le cercueil, entouré de glace pour préserver de la corruption la dépouille du grand missionnaire. Ils espéraient que l’un des steamers qui abordent à S. Michel chaque année, prendrait ces restes précieux à bord. Mais ils furent décus dans leur attente.

« J'avais espéré, dit le père Robaut, que le capitaine Healy du cutter Bear, qui était attendu chaque jour, étant catholique, se chargerait de la funèbre mission ; mais lui aussi, bien que désireux de faire tout ce qu'il pourrait, dit qu’iln'était pas en son pouvoir de satisfaire à nos vœux; car il fallait que le permis fût donné par le gouvernement. Il ne restait qu'à ensevelir la dépouille de l’Archevèque à S. Michel.

L'enterrement à St Michel,

Aussitôt que j’eus reçu la réponse du capitaine Healy, je pris mes mesures pour l'enterrement. Je choisis un coin du cimetière russe, à deux cents yards du poste, exactement au-dessus de la mer, comme étant l'endroit le plus sec. La fosse étant prête, six Blancs, qui se trouvaient alors à S, Michel, portèrent le cercueil au cimetière. Parmi ceux qui suivaient le triste cortège, se trouvaient deux ministres presbytériens. Lorsqu'on fut arrivé à la fosse, je récitai les prières liturgiques sur le corps de l’Archevêque, et je bénis la tombe, M. Romanoff confectionna à mon instigation une grande croix, qui devait être entourée d’une palissade. Sur la croix devait être tracé, en caractères romains, le nom de Sa Grandeur avec ses titres. » (1)

Après ces tristes cérémonies, le P. Robaut retourna dans l'intérieur, chez les populations parmi lesquelles l’Apôtre avait trouvé la mort.

Le Père Toi s'était embarqué sur le Doru pour annoncer au monde civilisé la douloureuse nouvelle. Lorsque ce steamer arriva à Unalaska, il trouva dans le port le cutter Bear du gouvernement américain. Le capitaine du cutter vint à bord du Dora pour s’enquérir de l'assassin de Mgr Seghers, et il fut décidé que le Bear irait à S. Michel pour arrêter Fuller. Ce navire arriva au fort dans l'après-midi du 7 juillet 1887. On avait parlé déjà de lyncher le meurtrier, mais on n'avait pu le faire à cause du petit nombre de Blancs. Aussitôt le cutter arrivé, un détachement de marins descendit à terre. Ces hommes montèrent à l'agence, et demandèrent

où se trouvait le coupable. On leur indiqua la tente où il se

(1) VAx RENSSELAER; art. cité,

tenait, et lorsque l'officier y pénétra, Fuller feignait de dormir. I] fut arrêté aussitôt et transporté à bord du cutter. Les deux Indiens, compagnons de voyage de Mgr Seghers, avaient été amenés pour être conduits à Sitka comme témoins. Walker, qui se trouvait également à S. Michel, mit tout en œuvre pour empêcher les Indiens de partir. Il parvint à effrayer Koïhatoy à tel point que celui-ci s'échappa et retourna à pied dans le centre du pays. Sennetoh resta ferme, et fit route pour Sitka. (1)

Lorsqu'on apprit la funèbre nouvelle, un immense cri de douleur s’éleva à travers tout l'Ouest de l'Amérique. I était mort, assassiné, le grand Évêque que l’on aimait et admirait depuis tant d'années, l’Apôtre infatigable qui avait consacré son cœur et sa vie aux missions de Vancouver, d’Alaska, de l'Orégon. Il était mort, le grand homme dont l'Ouest était fier! « Tout le peuple le pleura! » rarement cette parole s'était plus entièrement vérifiée. Tout le peuple le pleura, parc: que tout le peuple perdait en lui un pasteur, un père et un conseiller.

Les journaux firent retentir son nom dans toutes les parties de l'Amérique, et la voix de l’Europe s’associa à ce concert de louanges et de regrets.

ît les catholiques n'étaient pas seuls à redire son éloge ; les organes protestants rendirent à sa mémoire les plus solennels hommages : que l’on écoute cette ode enthousiaste chantée par le protestant Victoria Colonist :

« Un grand homme est allé à son éternelle récompense : S. G. l’Archevèque Seghers, l’aimé de son peuple, de tout le

(1) BarNuM; art. cité.

Hommages et regrets.

peuple de l'ile Vancouver, a été assassiné en Alaska. Avec une ardeur vraiment apostolique et un brülant désir de servir la cause du Maitre, il a pris sa vie eu ses mains, et s’en est allé aux frontières les plus reculées du «pays du soleil de minuit », pour évangéliser les païens, et leur porter la connaissance de Celui à qui il avait voué son existence!

L'histoire de ses voyages est des plus intéressantes ; chaque jour nous attendions une nouvelle description pleine de charme de cette {erra incognita, l'intérieur de l'Alaska, lorsque le télégraphe nous apporta de San Francisco la douloureuse nouvelle de sa mort. Nous savons peu de chose de la manière dont il a péri; peu de chose de ses compagnons, les prêtres, sauf de Fuller qui, dans un accès de folie, lui a enlevé la vie; peu de chose, sinon que le saint homme est mort au chemin du devoir, mort loin de sa demeure et de ses amis, et de tout ce qu'il aimait, mais le cœur brülant de l’amour du Sauveur et de ses frères. Il est mort au poste du devoir, exécutant l’ordre autrefois donné aux apôtres : « Allez, et enseignez toutes les nations... »

En face d’un aussi admirable sacrifice de soi-même, notre pratique dix-neuvième siècle prend un plus noble aspect; car il nous dit que les jours d’héroïsme chrétien ne sont pas morts.

L’archevèque Seghers était un homme tout aimable ; son cœur était celui d’un petit enfant, et son âme était pure comme la neige sans tache. Il avait de plus une puissante intelligence. Il ÿ avait peu d'hommes, au moins en Canada, qui pussent se mesurer avec iui sur le terrain des connaissances classiques; comme linguiste il était remarquable : il connaissait tous les idiomes variés de la côte Ouest et des Indiens d’Alaska; il savait chanter leurs chants et raconter leurs traditions.

Il a mis en musique un choix nombreux de morceaux saisis au vol parmi les chants de leurs ménestrels, et ces morceaux semblaient fort musicaux, lorsqu'il les chantait de cette ample et forte voix qui était une musique en elle-mème.

Avec tous ces grands dons de l'esprit et du corps, il

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était l'hunulité personnifiée, parceque sa vie était consacrée à cette divine charité qui est un des plus giorieux dons de Dieu. Il peina sans relâche dans son diocèse qu’il aimait d'un amour intense, jusqu'à abandonner le riche siège d'Orégon, avec le titre d’archevèque, pour accepter celui de Vancouver, beaucoup plus pauvre et de moindre dignité.

Voulez-vous voir son monument? Regardez autour de vous! Vous le voyez dans les belles constructions qu'il a élevées, pour lesquelles il a gagné lui-même en grande partie l’argent nécessaire, par ses conférences sur le continent; vous le voyez dans ces institutions de charité et d'éducation qu’il a fondées et développées; vous le voyez dans la vie du peuple qu’il a administré; et pardessus tout vous le voyez — lumière parmi les ténèbres — dans la grande œuvre qu'il a faite parmi les Indiens !

A la résidence épiscopale il y a des pleurs et des lamentations: — la douleur de ses collaborateurs sur leur aimé Père en Dieu qui est retourné à son Créateur sur les rives inhospitalières du perfide Youkon. Il y a des lamentations aussi parmi les fidèles, pour la perte de celui qui était leur guide, leur conseiller et leur ami. Une ombre épaisse de regrets est suspendue sur notre belle ville, pour la fin prématurée de celui qui était un bon citoyen, un chrétien tolérant, un affable et distingué gentleman.

Vraiment il a sa récompense. Tous les visages étaient tristes, hier, à l’annonce de la douloureuse nouvelle; nombreux et fervents furent les éloges de l’Archevèque défunt.

Ah! si nous avions pu être présents lorsqu'il gisait, mort, dans ce terrible pays, nous eussions vu sur son visage un reflet éclatant de la céleste joie qui déjà l’enveloppait. Il ne devrait point y avoir de regrets, point de tristesse, point de douleur, pour une mort comme celle-ci ! Comme les premiers martyrs, il a combattu le bon combat; nous pouvons nous tenir assurés qu’il a supporté les affres de l’agonie avec une chrétienne force, et lorsque la dernière lueur des visions de cette terre l’abandonna, il se trouva baigné des splendeurs

de l'amour de Dieu, glorifiant à jamais Celui dont la bénédiction a jeté une auréole sur les jours de sa vie terrestre! »

La douleur s’exprimait, profonde, intense, dans l’Amérique entière, surtout dans les provinces qui avaient eu le bonheur de voir le grand missionnaire à l’œuvre, et de pouvoir apprécier ses vertus. Mais partout, au sein du deuil, on semblait entrevoir les splendeurs d’un triomphe, et les regrets faisaient place à l’admiration : si l’on pleurait le grand Évêque défunt, on célébrait le Martyr.

Mgr Brondel s’écriait en annoncant la triste nouvelle à son peuple :

« Nous avons perdu celui qui a visité mainte mission en Montana, celui qui obtint du $. Siége l'érection de ce territoire en diocse, et nous a amenés vers vous. Nous avons perdu l’apôtre de l’Alaska, envoyé de Rome par Léon pour porter la Foi catholique aux extrémités les plus reculées de la terre. Nous avons perdu le Saint qui, à limitation de S. Liévin descendant du Siége épiscopal de Dublin pour porter la foi aux sauvages des Flandres, descendit en nos temps du Siége archiépiscopal d'Orégon, pour se frayer une route, en missionnaire, au travers des neiges du Youkon, et porter la foi aux Esquimaux. Nous avons perdu l’ami de notre vie entière, qui, dans le dernier acte de son existence, nous a enseigné à mourir courageusement pour le service de Dieu. Sa mémoire reste en bénédiction, et sans anticiper sur la voix de l'autorité, nous aimons à nourrir l’idée qu’il est mort de la mort

du martyre. »

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