Anonimo di MoreUi. Note
2. Le sculpteur qui termina pour Michel-Ange le Christ de la Minerve, s'appelait Federigo Frizzi, florentin, et qui ne paraît pas avoir joui d'un grand renom parmi ses contemporains,
3. Les scupltures de ces deux tombeaux furent exécutées par Raffaello da Montelupo, Nanni di Baccio Bigio et Baccio Bandinclii.
dans quelle voie de décadence la sculpture était désormais lancée par suite de l'influence trop prépondérante de ce génie colossal, sur les traces duquel nul médiocre génie ne pouvait s'aventurer impunément. La même chose devait arriver dans l'autre branche de l'art, après que la peinture du Jugement dernier , dans la chapelle Sixtine, eut achevé de tourner toutes les tètes.
Mais vingt années le séparaient encore de ce grand événement de sa vie, que ses contemporains eurent le tort de regarder comme le point culminant de sa gloire. Dans ce long intervalle, si rempli de vicissitudes et d'épreuves, ni son imagination, ni son cœur, ni ses bras ne furent oisifs. Plusieurs de ses compositions poétiques, respirant encore un enthousiasme tout juvénile, remontent indubitablement à cette époque, et ce n'est pas dans le récit de ses deux biographes, mais bien plutôt dans l'oraison funèbre que Varchi prononça sur sa tombe, qu'il faut en chercher l'explication. C'est là qu'on trouve élevée à la hauteur d'une vertu l'unique passion que Michel- Ange n'eut pas vaincue, la passion de l'amour, mais de l'amour chaste et chevaleresque, ajoute un peu témérairement l'orateur, qui terminait son éloquente digression par cette question plus téméraire encore; « Quel homme vécut jamais plus saintement que lui *? »
1 . Avendo soggiogate tutte le passioni, eccetto quella del casto e cortese amore : la quale vince senza alcuno contrasta d1 infini to
Tout cela était vrai de Michel-Ange dans ses vieux jours, et même longtemps avant ses vieux jours. Jamais on ne vit une âme à la fois plus noble et plus passionnée, ni plus susceptible des impressions les plus diverses. De là ces oscillations souvent inexplicables entre sa fierté naturelle et les nécessités de sa profession vis-à-vis de la dynastie des Médicis, dont la toute-puissance ne se faisait pas moins sentir à Rome qu'à Florence. Blessé par l'indigne traitement qu'il avait subi sous Léon X, il se persuada que rien de pire ne pouvait lui arriver sous son successeur, et, quand il apprit l'élection de Clément VII, il la salua comme un signal de résurrection pour l'art et de délivrance pour lui-même \
Quelle résurrection et quelle délivrance ! Au lieu d'extraire des blocs de marbre pour la façade de San- Lorenzo, ce qui se rapportait, au moins indirectement, à la gloire de Dieu, il fallait en extraire pour la construction de cette chapelle sépulcrale qui avait uniquement pour but la glorification de la dynastie dans les personnes de deux de ses membres dont il eût été plus sage d'ensevelir les noms dans l'oubli ; car l'un d'eux, Julien de Médicis, était aussi dépourvu de génie que de caractère; et Laurent, l'usurpateur
spazio tutte le altrey e nella quale tanto arde maggiormente ciascuno, quanto egli è più degno e più perfetto.
i. Michel-Ange écrivait à un ami (25 novembre 1523) : Avrete inteso corne Medici è fatlo papa : di che mi pare si sia rallegrato tutfr) il monda ; onde io stimo che qua, circa tarte si farci moite cose ;
du duché d'Urbin, le père de Catherine de Médicis, n'était pas moins signalé par sa férocité que par ses débauches. Telle fut la tâche, assurément bien ingrate au point de vue de l'inspiration, qui occupa très-inégalement les bras et l'esprit de Michel-Ange, sous le pontificat de Clément VII, sur lequel il avait fondé de si magnifiques espérances.
Quant à son cœur, il fut occupé ou plutôt embrasé, du moins pour un temps, par une passion qui, après avoir sommeillé, depuis vingt ans, au fond de son âme, se réveilla tout à coup avec une telle force, qu'il brava, pour elle, tous les dangers et toutes les disgrâces. On comprend que je veux parler du dernier effort tenté par les Florentins , en 1 529 , pour briser leurs chaînes , et de la part trèsactive que prit Michel- Ange à la défense de sa patrie contre les troupes étrangères déchaînées sur elle par Clément VIL Pour qui a eu l'expérience des douleurs patriotiques , la hauteur et le clocher de San- Miniato, où le grand artiste se transforma tout à coup en grand ingénieur militaire , rappelleront toujours un lugubre et glorieux souvenir. Cette lutte héroïque qui, sans la trahison des chefs, aurait pu avoir une autre issue, était comme un dernier réveil de l'enthousiasme excité par Savonarole, et les plus solides entre ces guerriers républicains étaient précisément ces mêmes enfants enrégimentés par lui , trentetrois ans auparavant, pour faire la guerre aux images profanes et au paganisme sous toutes les formes.
L'empire et la papauté , c'est-à-dire les deux plus
grandes puissances qu'il y eûl alors dans le monde , s'étaient ligués pour celte œuvre d'asservissement. Une fois ce but atteint , on ne daigna même pas observer la capitulation faite avec les vaincus. Un despotisme, sans pudeur comme sans limites, fut substitué au gouvernement populaire. Un bâtard des Médicis, le duc Alexandre, devint maître absolu de Florence ; une bâtarde de Cbarles-Quint , l'archiducbesse Marguerite, vint s'asseoir toute radieuse à ses côtés , et ce fut sous ces scandaleux auspices que fut inauguré le nouveau régime, non moins fatal aux mœurs qu'à la liberté.
L'action la plus habile et la plus généreuse du pontificat de Clément VII, fut le pardon qu'il s'empressa d'accorder à Michel-Ange, à condition qu'il reprendrait ses travaux , déjà très-avancés , dans la chapelle dynastique de San-Lorenzo. Dure nécessité, s'il en fut jamais pour un artiste, et pour un artiste de cette trempe ! C'était une nouvelle manière de se laisser enchaîner au char du triomphateur. C'était une tâche encore plus rude que celle qui lui avait été léguée par Jules II, et qui, par surcroit de misère, continuait d'être pour lui la source des plus amères tribulations. Ainsi , on ne se contentait plus d'emprisonner l'aigle dans les carrières de marbre , on aimait mieux l'apprivoiser, en le caressant, et l'on espérait, en mutilant ses ailes, rendre tout essor futur impossible vers les régions d'où il venait d'être précipité *.