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Michel-Ange et Raphael

Si vous parcourez l’Italie , et au milieu de l’Italie la belle Florence; si vous visitez cette splendide Galerie des Offices, dont nous essayons d’écrire l’histoire, entrez dans la salle des Peintres, et là, au-dessus du portrait du Pérugin , au-dessous de celui de Michel-Ange , cherchez une tête aux suaves contours, aux longs cheveux noirs, aux grands yeux pleins de mélancolie, au teint pâle, au cou frêle et gracieux comme la tige d’un lis; puis, lorsque vous l’aurez reconnue sur le signalement que nous vous donnons, tombez

à genoux , qui que vous soyez ! pourvu que vous soyez artiste : vous êtes devant le peintre au nom d’ange, et à l'angélique talent ; vous êtes devant le divin Raphaël. Car le hasard s’est amusé parfois à harmonier des noms avec des individus; car la nature a pris parfois plaisir à réunir dans une seule ressemblance le génie de lame avec les traits de la figure.

Voyez ce vieillard qui descend solitaire et sombre les degrés de Saint-Pierre , sans un ami qui le soutienne, sans un disciple qui Faccompagne : c’est l’exécuteur des vengeances célestes, c’est l’archange Michel. Voyez ce jeune homme qui monte au Vatican , entouré d’une cour de cardinaux et d’une armée d’élèves : c’est l’ange des miséricordes infinies^ cest Raphaël. Aussi , s’ils se rencontrent, éeoutez-les.

« Accompagné comme un roi, «dit Michel- Ange.

« Seul comme le bourreau , « répond Ra-

Et maintenant que nous avons dit cette vie de lutte et d’agitation que subit Fauteur du Jugement dernier , disons cette vie de bonheur et de triomphe à laquelle n’eut qu a se laisser aller l’auteur de la Transfiguration.

Un jour de vendredi-saint, en l’an de grâce i483, à cette heure même où le Christ avait rendu le dernier soupir , naquit de Jean Sanzio un enfant qui reçut le nom de Raphaël.

Ce Jean Sanzio était d’une vieille famille, de la famille des Santi. Quelques savants oisifs se sont amusés à donner la preuve de cette intéressante vérité, comme s’il était important de savoir de qui descendait Jean Sanzio quand on sait que Raphaël est descendu de lui.

De l’enfance dé Raphaël, on ne sait rien : quelle éducation il reçut, on l’ignore. Les lettres du peintre d’Urbin, qui sont parvenu es jusqu’à nous , sont presque toutes écrites dans le patois maternel. D’ailleurs, Jean Sanzio n’avait pas eu l’intention, comme Léonard

Buonarroti, de faire de son fils un podestat : il avait tout d’abord décidé que le jeune Raphaël serait peintre; or, au lieu de lui mettre des livres sous le bras, il lui avait mis un pinceau à la main. Tout enfant, le jeune Raphaël copiait donc les tableaux de son père, qui était un pauvre maître ; dans ses moments perdus, il étudiait la nature, qui est une riche et grande maîtresse.

Raphaël avait atteint l’âge de quatorze ans, lorsqu’un jour son père s’aperçut qu’il n’avait plus rien à lui apprendre. Le maître en réputation à cette époque était Pierre Vanucci, dit le Pérugin. Jean partit avec son fils pour Pérouse, et , sur ses instances , il eut le bonheur de le voir entrer dans l’atelier de celui qu’on regardait avec raison comme le premier maître de son temps.

Un ouvrage de Raphaël , que l’on cite comme antérieur à son entrée chez le Pérugin , est une Madone peinte à fresque dans la cour de la maison paternelle.

Jamais inspiration n’avait été si heureuse. Si un maître convenait à Raphaël , c’était le

Péru gin ; si un élève convenait au Pérugin, c’était Raphaël. Nom d’ange et chaste talent, tout cela grandissait dans l’ombre de cette belle école ombrienne , dont le tombeau de saint François d’Assise s’était fait le centre. Ce fut là que le jeune élève étudia ces douces têtes de Vierge, dont il perfectionna l’ovale, mais dont il ne dépassa jamais l’idéalité, et ces majestueuses têtes de vieillard qui sont restées comme des modèles d’expression.

Quant au degré où en était arrivé l’art à cette époque , on peut, si l’on veut s’en faire une idée, jeter un coup d’œil sur les écoles contemporaines que fondaient Léonard de Vinci à Milan , Jean Bellin à Venise, Francia à Bologne et Dominique Ghirlandaio à Florence.

Au bout de deux ou trois ans d’études chez le Pérugin , Raphaël avait, sinon surpassé son maître, du moins atteint une si grande perfection dans sa propre manière, qu’il était difficile de distinguer dans un tableau , fait par eux de compagnie , les portions exécutées par le Pérugin , les portions exécutées par Raphaël. Or quel âge avait le jeune

Sanzio quand son génie se fondait déjà ainsi dàns le talent de son maître ? dix-sept ou dix-huit au s à peine.

Vei’s cette époque des affaires d’intérêt appelèrent le Pérugin à Florence , et l’y retinrent pendant quelque temps. Raphaël se trouva libre : le jeune oiseau essaya timidenient son aile, et, ayant pris son vol, alla s’abattre à Città di Castello.

C’était l’époque de Part par excellence : ou eût dit que tous les Italiens, jusqu’aux tyrans, avaient le cœur artiste. A peine eut*on appris dans la ville qu’un élève du Pérugin venait d’arriver, et que cet élève était le favori et travaillait côte à côte avec le maître, que les braves habitants de la ville vinrent lui demander un tableau: ce tableau , dont le sujet lui fut donné, est le Saint Nicolas de Tolentino , autrement dit le Saint Nicolasaux-Ermites , dont Vasari fait mention en disant que , si le tableau n’eût pas été signé du nom de Raphaël, on eût pu le prendre pour une des meilleures œuvres du Pérugin,

Ce tableau est aujourd’hui au Vatican, près de la Transfiguration : c’est le départ, c’est l’arrivée , c’est l’alpha, c’est Iomega, c’est le talent naissant, c’est le génie arrivé à son apogée. Il y a tout un monde de production entre ces deux tableaux.

C’est de la meme époque et du même voyage que date encore une autre composition, qu’il fit pour l’église Saint -Dominique , représentant un Christ en croix accompagné dedeux anges recueillant, chacun dans un calice, l’un le sang qui sort de la main , l’autre le sang qui jaillit du côté ; audessus de la tête de Jésus est le Père éternel, au pied de la croix sont la sainte Vierge, sainte Marie - Madeleine, saint Jean et un autre saint.

Ce tableau fait encore aujourd'hui partie, à ce que je crois, de la belle galerie du cardinal Fesch.

Puis, le seigneur de Fermo, chez lequel Morcelli l’a vu , possédait encore un autre tableau de Raphaël; c’était un enfant Jésus

dormant tandis que la Vierge soulève le voile dont il est couvert, saint Joseph les regarde appuyé sur un bâton , et le long de ce bâton on lisait l'inscription suivante :

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