‹ Michel-Ange et RaphaelChapitre 4 sur 8 · JACQUES DE PONTORMO · texte numérisé non relu

JACQUES DE PONTORMO

Le Pontormo eut pour maîtres Léonard de Vinci, Pierre de Cosimo, et Mariotto Albertinelli. Il travaillait dans l’atelier de celui-ci; et Jacques de Pontormo n’avait point encore atteint sa vingtième année, lorsque Raphaël, alors à l’apogée de*sa gloire (c’était en i5i2), prédit que l’auteur serait un peintre de premier ordre. Ce fut vers cette époque qu’il peignit au-dessus du portique extérieur de l’église de l’Annonciation les deux figures représentant la Foi et la Charité qui firent dire à Vasari, peu louangeur de cette sorte de peinture, que c était la plus belle œuvre

es

de ce genre quon eût vue jusqu’alors ; et à Michel-Ange, que si Dieu prêtait vie à ce jeune homme il élèverait son art jusqu’auciel.

En effet, rien de plus beau, de plus pur et de plus suave que la peinture de Jacques de Pontormo jusqu’au moment où, Michel- Ange ayant été chargé par le marquis del Vasto de dessiner le Christ apparaissant à la Madeleine, celui-ci eut l’idée de faire mettre en couleur par Jacques le dessin de Michel- Ange.

Cette combinaison valut aux deux artistes de telles louanges quelles perdirent naturelle ment le plus faible des deux ; Pontormo voulut faire du Michel-Ange à lui tout seul , et sans arriver à être Michel-Ange il cessa d’être Pontormo.

Joseph présentant son père et ses frères à Pharaon , tableau sur bois , est un tableau du meilleur temps de Pontormo, c’est-à-dire de 1 52 3. Pontormo avait alors trente ans.

Salvi Borgherini, gentilhomme florentin,

à l’occasion du mariage de son fils Pierre François avec Marguerite Acciaiuolit avait fait faire à Baccio d’Agnolo un ameublement complet de chambre à coucher en bois sculpté avec dossiers, bahuts, fauteuils et lit de noces ; et pour que les peintures , qui devaient l’orner, correspondissent à l’excellence de la sculpture, il avait appelé concurremment, en leur demandant à chacun un épisode de la vie de Joseph, André del Sarto , Jacques de Pontormo , Granacci et Bachiacca. Mais, quelque temps après l'achèvement de ces petits chefs-d’œuvre , vint le siège de Florence, et avec lui la ruine de la plus grande partie des choses d’art que renfermait la splendide cité républicaine. La ville prise, il s’éleva de son sein même des hommes qui disposèrent en vainqueurs des richesses de leurs concitoyens ;* qui se précipitèrent dans les palais abandonnés, et enlevèrent comme un butin personnel les meubles magnifiques, les riches tableaux, les statues précieuses. Une troupe de ces pillards, conduite par Jean-Baptiste de la Palla , s’élança vers la maison de Salvi Borgherini. Mais cette même

Marguerite Acciaiuoli, pour laquelle les bijoux de la renaissance, que nous avons signalés, avaient été faits , les attendit de pied ferme, et les apostropha d une harangue à la fois si hautaine , si patriotique et si méprisante, que, pareils à ces assassins qui reculèrent devant la majesté de Coligny, ces misérables reculèrent devant la dignité de cette femme.

Pour cette fois, les merveilles d’André del Sarto, de Jacques de Pontormo , e Granacci et de Bachiacca furent sauvées.

Mais, depuis, une partie de ces précieuses compositions fut dispersée et perdue; on retrouva deux morceaux de la main de Bachiacca dans la maison de la signora Luisa Nerli de Sienne, la galerie Pitti de son côté fit la gracieuse acquisition des peintures d’André del Sarto, enfin la Galerie des Offices parvint à se procurer la tablette sur laquelle Jacques de Pontormo avait peint Joseph conduit en prison pour son prétendu outrage à la femme de Putiphar.

Page 1