PREMIÈRE PARTIE Biographie de Michel Baron
Les premiers Baron.
La dynastie des Baron. — Détails préliminaires : les troupes de théâtre de 1629 à 1673. — André Boiron. — Sa naissance vers 1601, à Issoudun, d'une famille de commerçants. — Essais dans le commerce, puis engagement à Bourges dans une troupe ambulante. — Composition de la troupe. — Pérégrinations de Boiron : son arrivée à Paris. — Son entrée au Marais sous la direction de Mondory vers 1630; circonstances de cette entrée. — Son entrée à la suite de la mort de Mondory à l'Hôtel de Bourgogne (1640), où il reste jusqu'à sa mort. -- Son talent : critiques de Tallemant des Réaux ; grands éloges de Loret. — Faveur de Louis XIII et changement de nom. — Mort accidentelle d'André Baron (octobre 1655). — Son épitaphe par Loret. — Son mariage avec Jeanne Ausoult, d'une famille de comédiens (20 avril 1641). — Sa beauté : éloges de Tallemant des Réaux. — Son talent : éloges de Loret. — Opinion de Richelieu et de Thomas Corneille. — Sa faveur auprès de la reine. — Son second mariage. — Sa conduite irrégulière.— Sa mort accidentelle. — Son épitaphe par Loret. — Enfants d'André Baron et de Jeanne Baron. — Naissance de Michel Baron.
Michel Baron naquit à Paris, le 7 ou le 8 octobre 1653, dans une famille qui s'était déjà créé une renommée peu commune dans le genre même qu'il devait illustrer.
Nous ne pouvons dire de Baron comme de ceux qui lui succédèrent, tels que les Poisson, les La Thorillière, ou encore comme l'on pourrait dire des Booth, des Wallack, des Kemble du théâtre anglo-saxon, qu'il descendait d'une longue lignée d'ancêtres qui s'étaient tous distingués sur la scène. Car l'épanouissement d'une dynastie de comédiens, aussi bien que le renom de ces monarques du théâtre eux-mêmes, n'est qu'éphémère : elle fleurit pendant une génération ou deux, puis se fane et s'éteint dans des rejetons chétifs, soit par suite de l'atavisme, soit par suite de l'atmosphère trop exotique de son entourage.
C'était peut-être un bonheur pour Michel Baron qu'il fût issu, non de la troisième ou quatrième génération d'une famille de comédiens, mais de la seconde seulement; de la rencontre de deux sources de talent fraîches et vigoureuses jaillit l'inspiration de son génie.
La famille Baron est restée sans égale dans les annales du théâtre. Pendant plus d'un siècle et quart ses membres ont tenu un rang illustre sur les scènes de Paris, surtout à la Comédie-Française. Cette dynastie est composée de quatre générations en ligne directe; elle s'est fortifiée elle-même par des alliances avec quelques-uns des plus grands acteurs de la scène française de cette époque, tels que : Dancourt, La Thorillière, Biancollelli; la force de la famille cependant est dans la ligne directe, oii nous trouvons André, Michel et Etienne Baron, tous trois célèbres comme acteurs.
Le second des trois, objet de notre étude, à en juger d'après l'unanimité des éloges accumulés sur lui, parmi lesquels ne s'élève aucune voix discordante, fut peut-être le plus grand et assurément le plus extraordinaire acteur que le monde ait jamais vu.
Si nous nous reportons à l'année 1632, avant laquelle
LES PREMIEUS BARON. 3
le premier Baron n'avait guère pu s'enrôler définitivement dans une troupe parisienne, nous voyons qu'il y avait alors deux principales troupes à Paris :
la troupe de mondory, l'hôtel de bourgogne.
Le dimanche avant le 6 janvier 1635, Mondory réussit à trouver un nouveau local dans le jeu de paume de la rue Vieille-du-Temple, oii il remplaça, en prenant leur nom, les Petits Comédiens du Marais. Ces deux troupes, l'Hôtel de Bourgogne et la Troupe du Marais, durèrent plusieurs années. Sans parler de l'Illustre Théâtre de Molière qui ne vécut que deux courtes années (1644- 1646), après lesquelles Molière et ses camarades allèrent chercher fortune en province, nous trouvons ces deux troupes jouant côte à côte pendant vingt-trois ans.
Au retour de Molière à Paris, et après son établissement au Théâtre du Petit-Bourbon, nous avons, en 1658, trois troupes :
la troupe du marais, l'hôtel de bourgogne, la troupe de molière.
Eu dehors de celles-ci il est nécessaire de mentionner les troupes des Italiens et des Espagnols déjà établies à Paris, et qui paraîtront de temps en temps dans cet ouvrage. Ces trois troupes eurent la même faveur auprès du public jusqu'à la mort de Molière (1673); le 23 juin de cette année une ordonnance du roi supprima la Troupe du Marais. La plupart de ses acteurs entrèrent au Palais-Royal, le théâtre de Molière. Ces deux troupes continuèrent jusqu'en 1680, époque à laquelle elles furent réunies en une seule, appelée :
4 CtîAPITRE 1.
de laquelle nous nous occuperons uniquement après cette date*.
Les deux prédécesseurs immédiats du grand artiste, son père, André Baron, et sa mère, Jeanne Baron, sont tous deux des personnalités bien définies et dont Texistence est parfaitement déterminée, ce qui est, peut-être, tout ce que les personnes de grand génie peuvent désirer. Il héritait d'eux, sinon l'instruction, du moins la prédilection pour son art, jointe à une grande renommée, ce qui ne contribua pas peu à faciliter son entrée dans la carrière si difficile du théâtre.
Le fondateur de cette famille d'acteurs naquit à Issoudun, en Berry, d'une famille sinon bourgeoise, du moins à l'abri du besoin. André Boiron — la transformation de son nom en celui de Baron eut lieu plus tard — naquit probablement en 1601 '^. Dans les annales de l'époque les dates diffèrent tellement, à cause de la tendance à l'inexactitude que paraissaient affectionner les écrivains d'autrefois, qu'il est impossible de préciser dans bien des cas.
La plupart de ceux qui ont écrit sur André Boiron — ou Boyron, car nous trouverons indistinctement l'une et l'autre orthographe — lui donnent le prénom de Michel. Les frères Parfaict^ même, qui ordinairement sont très exacts, lui donnent ce prénom. Beauchamps donne Châteaudun comme sa ville natale*. Les recherches laborieuses de A. JaP ont démontré que l'année de sa
* Pour l'histoire des diverses troupes, voyez spécialement VEistoire du théâtre françois, par les frères Parfaict ; les Historiettes, de Tallemant des Réaux, et les Contemporains de Molière, par V. Fournel.
2 II avait quarante ans à la date de son mariage en 1641, comme il est dit dans l'acte qui en fait foi. Voir cet acte dans notre Appendice.
3 Les frères Parfaict, t. VIII, p. 137 de VHist. du th. fr. < Recherches sur les théâtres, t. III, p. 354.
^ Voir l'acte de mariage d'André Boiron dans notre appendice. Cet acte démontre qu'un cousin d'Issoudun était présent à la signature.
naissance est bien celle indiquée plus haut, et justifient aussi l'affirmation de Titon du Tillel qu'il vit le jour à Issoudun *.
Nous savons peu de chose de sa jeunesse. Il paraîtrait néanmoins que son père le destinait plutôt à une vie de labeur prosaïque qu'à celle, plus romanesque sinon moins ingrate, de la scène. Boiron père prit de bonne heure son fils avec lui dans son commerce de « marchand mercier», ou du moins il fit l'essai de ses aptitudes, car il l'envoya à la foire de Bourges avec un stock de marchandises chargé sur le dos d'un de ses chevaux. Cet éloignement du jeune homme du toit paternel, que ce fût ou non pour la première fois, ruina les espérances de ses parents. A son arrivée à Bourges, il fut attiré par les représentations données à ce moment-là par une troupe de comédiens en ville, et comme ils lui plurent, il les fréquenta assidûment. Pour un campagnard comme lui, la splendeur de ces spectacles fut une révélation, et bientôt il acquit la conviction que la vie d'acteur lui convenait mieux que celle de marchand. Il prit donc son courage à deux mains et alla demander au directeur de la troupe s'il y avait moyen de s'y embaucher. Quels que fussent, avant de se hasarder à cette démarche, les remords de conscience qu'il éprouva d'oser ainsi abandonner la profession de son père, ils furent vite dissipés quand le comédien en chef consentit à le recevoir dans sa troupe.
Pour parer à ses besoins immédiats et pour se débarrasser en même temps de ce qui n'était qu'un encombrement pour le jeune acteur, il vendit en bloc le reste de ses marchandises, ainsi que le petit cheval que son père lui avait confié, se consolant probablement par cette idée qu'après tout, il ne faisait que disposer
• * Titon du Tillet, Parnasse François, p. 638.
par avance d'une partie de l'héritage qui devait plus tard lui revenir de droit. Il rejoignit ensuite ses nouveaux amis, qui paraissent, somme toute, l'avoir très bien accueilli, ce qui n'est pas le cas des directeurs de cirque du Nouveau-Monde, par exemple, lorsqu'il s'agit de l'enrôlement déjeunes aspirants ayant fui la maison paternelle.
Les rares indications que nous avons sur la jeunesse d'André Boiron ne nous font pas connaître ce que sa famille pensa de son départ imprévu, mais nous pouvons concevoir combien sa détermination heurta les sentiments bourgeois de son père qui était persuadé avoir fait de grands sacrifices pour son fils, et qui voyait anéantir toutes les espérances qu'il avait conçues de le voir progresser par les seuls moyens honnêtes, selon lés idées du temps. Même la renommée qu'il acquit dans la suite fut sans doute regardée comme de mauvais aloi dans l'atmosphère d'un intérieur respectable. Les recherches de plusieurs savants nous ont démontré qu'à cette époque le théâtre n'était pas une institution nationale, tenant une grande place dans la vie et dans le système d'éducation du temps, soutenue par des subsides royaux et vue d'un bon œil parla société, comme il devint dans la suite, à l'époque où fleurit la postérité d'André Boiron. Le monde avait encore très peu fait pour réprouver la condamnation universelle dans laquelle l'Église englobait toute la profession théâtrale. Richelieu et Mazarin, en daignant s'intéresser aux représentations des troupes errantes d'acteurs, avaient en effet contribué à les élever dans l'estime publique. André Boiron, il est vrai, vit une loi faite en leur faveur par Louis XIII *, son royal ami et bienfaiteur, par laquelle il était ordonné que la profession de comédien fût désormais considé-
* Cf. les Mémoires de Matthieu Mole, procureur général, t. II, p. 344, à la date du 3 juin 1636.
rée comme digne de respect, et ne fût pas regardée comme un objet d'opprobre pour ceux qui la pratiquaient. Mais une loi ne peut changer une tradition. La famille d'André Boiron, ou une partie du moins, semble plus tard avoir eu plus de considération pour sa profession, puisqu'un de ses cousins assista à son mariage en 1641. Mais son entrée dans cette troupe de comédiens ambulants doit avoir été regardée comme une déchéance, par son honnête famille à Issoudun.
Quoique cette troupe paraisse avoir été une des meilleures de son temps, son identité reste obscure. Titon du Tillet nous dit que plusieurs acteurs de renom y jouaient : il cite même les noms de quelques-uns d'entre eux, tels que Montfleury, Floridor, de Beauchâteau, les demoiselles Du Parc et Du Clos, « et la femme dudit Baron i». Cette assertion semblerait douteuse en plusieurs points, puisqu'il nous a été impossible de vérifier la présence, dans cette troupe, de la majorité des acteurs cités. M"" Du Parc, par exemple, appartiendrait, selon nous, à l'époque de Molière, qui l'aurait découverte vers 1653 2, quand elle était sans doute encore jeune. De même, nous ne connaissons pas du tout cette demoiselle Du Clos dont du Tillet fait mention. Si par « la femme dudit Baron », l'auteur fait allusion à une première femme qu'aurait eue André Boiron, il est possible que dans ce cas son assertion soit vraie; mais si, par contre, cette affirmation se rapporte à sa femme Jeanne Ausou dont nous avons connaissance, cette dernière était à peine née à cette date 3. Il est donc seulement probable que les acteurs mentionnés ont formé une partie de cette troupe: ce qui nous paraît plus vraisem-
* Titon du Tillet, Parnasse François, p. 638.
* Œuvres de Molière, édition Despois et Mesnard, t. X, p. 132.
3 Elle n'avait que seize ans à la dafl de son mariage avec André Boiron en 1641. Voir leur acte de mariage à l'Appendice.
blable, c'est que Titon du Tillet ait choisi ces noms au hasard sur la liste des plus grands acteurs des anciennes troupes parisiennes dont il avait connaissance.
Voilà donc André Boiron devenu acteur nomade. Pendant quelques années, il semble avoir parcouru les provinces; avec quel succès? nous l'ignorons S car cette période du théâtre en France est excessivement obscure. Il faut croire, en tout cas, qu'il eut une certaine vogue et que son talent artistique s'était développé progressivement par la pratique de son art pendant les dures épreuves de ses premières années, puisqu'il aspira enfin à paraître devant le public parisien et à s'y trouver appelé par une troupe quelconque de comédiens.
La date de l'arrivée d'André Boiron à Paris reste inconnue, de même que le nombre d'années qu'il passa en province et le nom de la troupe dans laquelle il entra en arrivant pour la première fois à Paris. Nous pouvons avec plus de certitude fixer l'époque de son entrée au Théâtre du Marais : ce ne fut guère avant 1629, car en cette année la fameuse Troupe du Marais, dans laquelle il entra plus tard, venait seulement d'être fondée. Pierre Corneille, dans V Examen de sa comédie de 3îélite'^, en parle comme de la « nouvelle troupe de comédiens à Paris », à qui il avait confié sa Méllte. Cette pièce, qui aida beaucoup les nouveaux comédiens dans les efforts qu'ils firent pour prendre place à côté des troupes plus anciennes de la métropole, fut représentée pour la première fois en 16293. Si André Boiron n'était pas à ce moment engagé dans la troupe du Marais, son entrée, selon toute probabilité, n'eut pas lieu plus tard que
* Pour plus amples détails à ce sujet voir le Parnasse François, p. 638, et la Gai. hist. des Acteurs, vol. I, paragraphe sur Baron père.
2 Voyez YExamen de Mélite, dans les Œuvres de Corneille publiées par Marty-Laveaux, t. I, p. 138.
3 M. Marty-Laveaux, Œuvres de Corneille, vol. I, p. 131, a fixé l'année 1629 comme date probable de la représentation de Mélite.
1634. Cette dernière date peut être presque fixée comme année de son début, si nous acceptons le témoignage do Tallemant des RéauxS à défaut d'autres témoins. Tallemant nous dit que cette année le roi, « peut-être pour faire dépit au cardinal de Richelieu, qui affectionnait Mondory, tira Le Noir et sa femme de la Troupe du Marais 2 et les mit à THôtel de Bourgogne ». Les recherches de Victor Fournel ont établi que Mondory, en fait, perdit aussi les acteurs : l'Espy, Jodelel, la France ou Jacquemin, Jadot et Alizon. Ce rude coup amena presque la fin de la Troupe du Marais 3. Son chef au cœur vaillant s'éleva cependant à la hauteur des circonstances, et, sans se laisser effrayer par la disgrâce royale, prit une nouvelle salle de spectacle dans le jeu de paume de la rue Vieille-du-Temple, et chercha autour de lui des acteurs de talent pour remplacer ceux qu'il avait perdus. Il découvrit André Boiron et l'engagea. En très peu de temps, dit Tallemant, sa troupe « valoit encore mieux que l'autre ». Ceci n'est pas un mince compliment pour André Boiron, puisque la Troupe du Marais comptait encore parmi ses membres des acteurs aussi illustres par la suite que Floridor, d'Orgemont, Villiers et sa femme, tandis que son chef puissant valait à lui seul une troupe*. Le témoignage de Tallemant, souvent peu digne de confiance, est jusqu'à un certain point appuyé ici par le témoignage de la Gazette^ qui parle de la troupe de Mondory comme ayant réussi à obtenir la faveur du public, dès le mois de juin 1636^.
* Tallemant des Réaux, Historiettes, réimpression de Monmerqué, t. X, p. 44. Ses assertions doivent être toujours acceptées sous caution.
* Suivant les frères Parfaict [Hist. du th. fr., t. V, p. 95), Le Noir et sa femme quittèrent la Troupe du Marais en 1634.
3 Contemporains de Molière, t. III, p.xiii.
* Historiettes, de Tallemant, t. X, p. 44.
* Cf. les Mémoires de Matthieu Mole, t. II, p. 345, et note.
André Boiron arriva rapidement à être un des premiers acteurs de l'époque, grâce aux leçons ou à la direction de « Tinimitable Mondory ». Il semble avoir été acteur aussi consciencieux que brillant. Il ne devait cependant pas rester longtemps dans la Troupe du Marais; ce changement ne fut pas dû à cet esprit inquiet, à ce désir du nouveau qui, nous le verrons, caractérisera plus tard les autres membres de sa famille, mais bien à un accident qui arriva à son chef. Pendant la représentation de la Mariame de Tristan*, Mondory fut frappé d'une attaque d'apoplexie causée par les efforts qu'il fit en jouant le rôle d'Hérode. La retraite de son illustre chef laissa la tro.upe du Marais dans quelque embarras. Comme André Boiron fut amené à faire partie de la troupe par un malheur qui la frappa, de même ce nouvel accident pour lui fut l'occasion d'un autre changement. Avec Villiers et sa femme, il accepta l'offre de se joindre à la célèbre Troupe de l'Hôtel de Bourgogne, ce qui pour lui peut être regardé comme un grand pas en avant.
Si ces derniers faits semblent bien établis, il n'en est pas de même de la date du passage de Boiron à l'Hôtel de Bourgogne. On ne peut la fixer plus tard qu'aux premiers mois de l'année 1641, puisque sur son acte de mariage*, du 20 avril 1641, il est qualifié de comédien du Roy^. D'ailleurs, on dit que Boiron joua le rôle d'Auguste* dans la tragédie de Cmna^ pendant
' Représentée en 1637, suiv. les Contemporains de Molière, t. III,
p. XVI.
* Voyez son acte de mariage dans notre Appendice.
3 II est encore qualifié ainsi dans l'acte de baptême de Françoise, fille de Jacob Montfleury, le comédien, le 3 novembre 1642.— Jal,Z)zcÉ., p. 889.
4 Suivant Aimé Martin, Œuvres de Corneille, mais cette indication n'est pas tout à fait digne de confiance,
LES PREMIBRS BARON. 4i
ses premières représentations en 1640 ^ Il est possible aussi qu'il ait créé le rôle du vieil Horace à la représentation de X Horace de Corneille, dans les premiers mois de l'année 16402. A partir de ce moment, nous le trouvons toujours à l'Hôtel de Bourgogne jusqu*à sa mort en 1655.
Les historiens du théâtre de cette période nous donnent beaucoup de généralités, mais peu de véritables renseignements. Il est certain qu'André Boiron fut bien reçu parmi cette troupe d« brillants acteurs qui comprenait des noms tels que Beauchâteau, Bellerose, Floridor, Jodelet, Montfleury, dont Loret fait l'éloge :
Les Grands Comédiens du Roy Qui sont excellens, par ma foi, Tant les Acteurs, que les Actrices, Où l'on ne voit point de novices Mais tous confirmez et profés Et mesmement, assez bien-faits 3.
Il resta parmi ces derniers pendant une quinzaine d'années, et de tous ces acteurs il est à peu près le seul que Loret cite par son nom et dont cet auteur se soit occupé plus ou moins jusqu'à sa mort*.
Il excellait surtout à remplir les rôles de rois dans les drames et ceux de paysans dans les comédies. Tallemant des Réaux ne fait cependant de lui que des éloges relatifs; il écrit : « Il n'avait pas le sens commun; « mais si son personnage était celui d'un brutal, il le « faisait admirablement bien^ »; mais cette critique de sa part doit être attribuée à la malveillance de l'historien.
« Dates pour Cinna et Eorace fixées par Marty-Laveaux, Œuvres de Corneille, t. III, p. 250.
* Ibidem.
3 LaMuze historique, de Loret, édition Livet, t. III, p. 285.
< A l'exception de Beauvais, dont Loftt parle, t. II, p. 81, édition Livet des Lettres en vers.
5 Historiettes, de Tallemant, t. X, p. 47.
qui s'est manifestée d'ailleurs d'une façon bien plus prononcée encore dans son appréciation de Jeanne Baron. Celle-ci est largement vengée par les éloges de Loret, cités plus loin, et par la curieuse mazarinade, citée par Marty-Laveaux, qui parut en 1649, au plus fort de la Fronde, quand tous les théâtres de Paris étaient fermés et les comédiens dans un triste état :
Baron, dont la grande éloquence A contenté toute la France, Et tous mes autres compagnons Nous ressemblons les champignons, Qui n'étant (pour chose très-seure) Cueillis et en temps et en heure,
Pourrissent
Enfin depuis quatre ou cinq mois Nous sommes plus secs que du bois, Notre langue est comme muette '.
Comme nous l'avons noté en rapportant la naissance d'André Boiron, il vint au monde non comme Baron, mais comme Boiron, ou Boyron. Titon du Tillet et d'autres historiens du temps nous disent que le roi Louis XIII, qui le traita avec grande amitié, l'appela plusieurs fois Baron, et ce nom lui resta toute sa vie et fut transmis à ses illustres descendants 2. La date de ce changement de nom, dont la manière rappelle les, titres de noblesse a de surprise », donnés par Don Carlos à Ricardo dans Hernani, reste incertaine; les frères Parfaict disent : « 11 vint débuter à l'Hôtel de Bourgogne vers 1641, ce fut dans ce temps-là que Baron changea son nom 3 )>, tandis que l'acte de baptême du premier enfant d'André Boiron, enregistré le 28 octobre 1646, porte non seuleuient le nom Boiron, mais aussi la surcharge Baron *. Nous pouvons donc croire que son
* Cité par Marty-Laveaux, Œuvres de P. Corneille, t. V, p. 249. ■2 Parnasse François, p. 638 et suiv.
3 Histoire du théâtre françois, t. VIII, p. 137.
4 Jal, Dictionnaire critique, p. 112. Voir plus loin.
nom fut changé entre 1641 et 1646. Si ce fut vraiment Louis XIII qui modifia ainsi son nom, ce fut avant le 14 mai 1643, date de la mort de ce monarque. Mettant à part cette légende, il n'est pas impossible qu'André Boiron, en montant sur la scène, ait pris un nom qui semblait mieux convenir à sa nouvelle profession, comme le firent Floridor, Molière et d'autres encore. Les deux noms, Boiron (avec sa variante Boyron) et Baron^ existent côte à côte dans toute l'histoire de la famille; quand Michel Baron mourut en 1729, son acte d'inhumation porta le nom de Boiron i. Nous trouvons aussi fréquemment la forme Le Baron dans les Historiettes de Tallemant^, et plus tard, dans les œuvres de Michel Baron imprimées en 1694. Dès maintenant, nous employons définitivement la forme Baron.
André Baron mourut assez jeune, au mois d'octobre 1653, des suites d'un accident fort bizarre. 11 jouait le rôle de DonDiègue dans/^e Gid'^, lorsque, dans la scène avec le comte de Gormas, il repoussa avec trop d'énergie l'épée que celui-ci lui avait fait tomber des mains. Son pied rencontra la pointe de l'épée et s'y piqua. 11 négligea cette petite blessure, mais elle empira bientôt, au point que la gangrène s'y mit. Les médecins déclarèrent alors que l'amputation de la jambe était absolument nécessaire, mais il ne voulut rien entendre *. a Non, non, dit-il, un roi de théâtre, comme moi, se feroit huer avec une jambe de bois. » Il préféra attendre la mort, qui l'emporta d'ailleurs deux jours après. Nous
* Jal, Dictionnaire critique, p. 114.
* Historiettes, t. X, dans l'historiette de Mondory.
3 Le Cid paraît avoir été particulièrement malencontreux pour les Baron. Voyez les anecdotes citées dans la biographie de Michel Baron.
* Les circonstances de cet accident se|pblent être données d'abord par Tallemant, Historiettes, t. X, p. 47, et plus tard racontées plus longuement dans VHist. du th. fr., t. VIII, p. 137, qui donne ses derniers mots d'esprit.
citons l'éloge et Tépitaphe écrits par Loret, le samedi suivant :
Baron, fameux Comédien, Qui récitoit des Vers, si-bien, Et qui dans l'Hôtel de Bourgogne Par son organe, et bonne trogne, Représentoit parfaitement Le Héros, le Prince et l'Amant ; Est décédé celte semaine, D'une impitoyable gangraine, Qui de sa jambe, avec rigueur, Parvint, enfin, jusques au cœur.
Sans que l'art de la Chirurgie Ait eu la force ou l'énergie D'en pouvoir arêter le cours.
Non plus que celuy de ses jours.
Sa moitié, qu'il laisse en ce monde, Femme de chevelure blonde.
Lorsque son deuil sera tary.
Pourra prendre un autre mary :
Car étant encore fraîche et belle.
Quelque Gaillard voudra bien d'elle,
Or comme ledit trépassé, M'a diverty par le passé.
Dans leur Hôtel, que je fréquente, En payant de sols quinze ou trente, A prézent qu'il n'est plus vivant, J'ay fait l'Épitafe suivant.
Qu'en lettre d'or menue, ou grosse.
On peut mettre au tour de sa fosse.
EPITAFE
Celui qui gît sous ce Tombeau Eut iciy bas un sort si beau, Qu'il fut tout ce que l'on peut être.
Tantôt Compagnon, tantôt Maître, Tantôt Divin, tantôt Humain, Tantôt François, tantôt Romain, Tantôt Gouverneur de Province, Empereur, Marquis, Comte, Prince ; Bref, on l'a mille fois traité D'excélence, et de majesté, Mesme, il n'ût souvent pour Amantes, Que des Reines et des Infantes :
Mais las ! après tout cet éclat, Il est icy couché, tout plat Sans pompe et sans magnificence, Sans couronne et sans excélence ; Il n'a plus ces titres exquis De Duc, de Comte, de Marquis, Il n'en conserve aucune marque, Il n'est plus ny Roy, ny Monarque, Et rien qu'un Baron, seulement, Ne repoze en ce monument *.
André Baron avait épousé, le 20 avril 1641, Jeanne Ausou, ou Ausoult, âgée de seize ans, fille de Jean Ausoult, comédien du roi, et d'Anne Crenet,en présence entre autres de son frère, Jean Boiron, et de son cousin d'Issoudun^. De Jeanne Ausoult ou de ses parents, nous ne savons presque rien avant son mariage assez précoce; nous ne savons pas non plus si à cette époque elle était déjà dans la troupe de THôtel de Bourgogne avec ses parents, comme l'affirme Jal *. En tous cas, la date de ses débuts reste absolument inconnue.
A partir de ce mariage, nous avons beaucoup plus de renseignements sur elle que sur son mari. Elle conquit vite tous les suffrages et devint rapidement célèbre tant par sa beauté éclatante que par son talent d'artiste. La première mention que nous ayons de Jeanne Baron après son mariage est celle de Tallemant des Réaux, que nous pouvons placer avant 1649 : « Floridor était amoureux de la femme de Baron, et une fois qu'il sembla au mari qu'elle avoit parlé trop passionnément à Floridor, au sortir de la scène, il lui donna deux bons soufflets. Elle est encore fort jolie; ce n'est pas une merveilleuse
* Loret, Muze historique, lettre de samedi 9 octobre 1665. Édition de Gh.-L. Livet, t. II, p. 108, col 1.
' Les frères Parfaict, toutefois, donnent son prénom comme N
Hist. du th. fr., t. IX, p. 155. •
^ Appendice, n' 1.
< Jal, Dict. cr., p. 111. — V. Fournel ne mentionne pas d'acteurs de ce nom.
actrice, mais elle est fort bien, et elle réussit admirablement pour la beauté *. »
La lettre en vers de Loret du 5 juillet 1653 nous donne une meilleure impression de son talent d'actrice, considéré indépendamment de sa beauté, Loret l'ayant choisie seule de toute la troupe pour en faire l'éloge. C'était à l'occasion d'une brillante fête donnée à Ruel, résidence du défunt Richelieu, le 30 juin de la même année. A cette fête, où « toute la Cour fit grand'clière », la troupe royale^ représenta la comédie d'Amaryllis,
« Dont les intrigues sont jolis
Et dans laquelle la Baronne,
Une assez aimable personne,
Au cinq ou sixième feuillet,
Joiie un assez plaisant rollet. »
A partir de ce moment, son succès sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne a dû s'accroître continuellement, puisque Loret, dans les louanges qu'il lui a consacrées peu avant sa mort, la représente à maintes reprises, non seulement comme une femme extraordinairement belle, mais aussi comme une actrice de grand mérite et d'un talent universel. Même après sa mort, faisant appel à ses souvenirs, il la compare avantageusement à W^^ Molière 3, celle qui après elle jouissait le plus de la
* Historiette de Mondory, t. X, p. 47. Tallemant fait celte curieuse remarque : « Cependant elle a eu seize enfants », mais cette assertion est évidemment absurde et peut-être quelque peu malveillante, étant donné qu'elle s'est mariée à seize ans en 1641, qu'elle a eu six enfants d'André Baron, qui est mort en 1655, et qu'elle-même est morte en 1662. Donc celte allégation ne nous paraît pas mériter considération.
2 Celle de l'Hôtel de Bourgogne. Cf. la lettre en vers du 19 nov. 1661. Éd. Livet, t. III, p. 431, où, en parlant des Fâcheux de Molière, Loret dit :
Cette pièce assez singulière.
Se fait voir au Palais-Royal, Non pas par la Troupe Royale. '
3 Les actrices, même mariées, s'appelaient toujours Mademoiselle à cette époque.
faveur du public. Ces louanges se trouvent clans un compte rendu de la représentation de la Princesse dÉlide de Molière :
L'actrice, au joli visage Qui joue iceluy Personnage, Le représente au gré de tous, D'un air si charmant et si doux, Que la feiie aimable Baronne, Actrice si belle et si bonne.
Et qui plaizoit tant à nos yeux, Jadis, ne l'auroit pas fait mieux*.
Les annales de l'époque sont remplies d'articles célébrant la beauté de M"« Baron, qui perfectionna encore davantage ses talents d'artiste dont Loret fut ravi. Outre les témoignages de Loret et de Tallemant des Réaux, nous avons l'opinion émise par le cardiucrl de Richelieu^ à ce sujet; il la nomma « la belle ignorante »; d'oii il ressortirait que, quoique fort belle femme, elle était un peu bornée d'esprit.
Nous avons aussi les éloges de Thomas Corneille, dans une lettre qu'il écrivit le 19 mai 1638, de Rouen, à l'abbé de la Pure. Cette lettre nous apprend que M"® Baron, lasse au bout de trois ans d'un veuvage prématuré, s'était mariée une seconde fois, événement que Loret avait prédit dans la lettre où il annonçait la mort de son premier mari^. Thomas Corneille ajoute à la nouvelle de ce mariage « si précipité » : « Nous attendons ici les deux beautés que vous croyez devoir disputer cet hiver d'éclat avec la sienne », comparant ainsi les attraits de M"® Baron avec ceux de M"®^ de Brie et du Parc, attraits dont tous les commentateurs de Molière ont souvent fait mention*.
* Loret, Uuze historique, lettre en vers du 8 novembre 1664. Édition Livet, t. IV, p. 268, col. 1.
* Le Parnasse français, de Titon du Titïet, p. 638.
3 Voir plus haut, vers 15-18 de l'éloge d'André Baron.
* Dans l'une des quatre lettres imprimées dans les Œuvres choisies de Thomas Corneille à la suite des Œuvres complètes de Pierre Cor-
i8 GHAPITtlE I.
Loret parle aussi d'elle, vers cette dernière époque, en relatant un accident de carrosse, dont furent victimes quelques actrices, pour rendre hommage à sa beauté. De ce long extrait, nous ne donnerons que la partie qui nous intéresse. La troupe avait joué à Ruel, au château de la duchesse d'Ayguillon, nièce du cardinal Richelieu :
Mais, ô Fortune trop félonne La belle, la chère Baronne, Et l'aimable de Beauchâteau, En retournant de ce château, Par un accident de carrosse, Se firent, au chef, playe et bosse.
Non, sans sentir grande douleur; Et tel fut l'excez du malheur ^ Que ces deux actrices charmantes
En sont, encore, au lit gizantes *.
Cette beauté extraordinaire lui valut, comme le fit trente ans plus tard la beauté masculine de son fils, la faveur de l'amitié royale, au point qu'elle rendait jalouses jusqu'aux dames de la Cour. Les frères Parfaict* racontent que lorsque M"" Baron vint faire sa cour à la reine régente Anne d'Autriche, celle-ci daigna la recevoir à l'intimité de sa toilette, et se tournant vers les dames qui se trouvaient présentes leur adressa ces paroles : « Mesdames, voici la Baronne. » Aussitôt toutes se sauvèrent, craignant sans doute une comparaison plutôt désavantageuse pour elles.
neille, (éd.Lahure, 1857), qui les donnent aux p. 570 et suiv. du t. V, le copiste a fait une erreur en écrivant M''* Le Ravon. Cette faute a été corrigée dernièrement par Mesnard, Œuvres de Molière, t. X, p. 196, qui a collationné cette lettre avec l'autographe manuscrit français, n" 12763 (lettres originales) à la Bibl. Nat. — Cf. aussi les Points obscurs et nouveaux de la vie de Pierre Corneille, par F. Bouquet, p. 181, et La Troupe de Molière et les deux Corneille à Rouen en 4658, du même auteur, p. 15 et suiv.
* Loret, Muze historique, lettre du 22 mars 1659. Éd. Livet, t. III, p. 36, col. 1.
* Eist. du th. fr., t. IX, p. 155, et Gai Eist., t. II, p. 16.
LES PREMIEHS BARON. 49
De la vie privée de M"« Baron, après la mort du mari de sa jeunesse, nous savons peu de choses, à part le fait de son second mariage, « Taventure surprenante » mentionnée par Thomas Corneille, et dont nous ne connaissons pas les détails. A en juger par les circonstances que la tradition rapporte sur sa mort, elle a dû continuera mener, malgré cette nouvelle alliance, l'existence irrégulière des actrices de l'ancien temps. Suivant les frères Parfaict, sa mort survint à la fleur de son âge, d'une façon toute aussi singulière que celle de son célèbre mari. Elle entretenait à ce moment des relations intimes avec « un homme fort riche », qui croyait avoir des raisons pour être jaloux. Il se brouilla donc avec M"® Baron, comme on l'appelait encore à cette époque, mais l'ayant rencontrée quelques jours plus tard au foyer de la Comédie, ils eurent une explication et après des reproches et des justifications de part et d'autre, ils finirent par se raccommoder. Alors son ami prétextant qu'il était fatigué et désirant se reposer lui demanda la clef de son appartement; elle la lui confia. Il s'y rendit immédiatement et, bien qu'il passât pour très riche, lui déroba ses plus précieux objets.
Rentrée à son tour chez elle et mise au courant de ce qui venait de se passer en son absence, M''® Baron, qui était dans une position intéressante, en éprouva une émotion si violente qu'elle ne put se contenir. Elle eut une crise et la révolution fut telle qu'elle tomba gravement malade. Son état nécessitait les soins immédiats d'un médecin, mais elle négligea de prendre les précautions les plus élémentaires, de sorte que le mal dont elle souffrait ne tarda pas à empirer à tel point qu'elle n'eut que le temps de se préparer, en bonne chrétienne, à sa fin qui eut lieu peu après.
Loret nous apprend la date approximative de cet événement par l'éloge qu'il consacre, à l'occasion de sa mort, à cette étoile de son temps :
dO CHAPITRE 1.
Cette Actrice de grand renom,
Dont la Baronne étoit le nom,
Cette merveille de Téâtre,
DontParis était idolâtre,
Qui par ses récits enchanteurs
Ravissoit tous ses Auditeurs,
De la belle et tendre manière,
Est depuis deux jours dans la bière,
Et la mort n'a point respecté
Celte singulière Beauté,
Faizant périr en sa personne,
Une grâce toute mignonne,
Un air charmant, un teint de lis,
Mille et mille agrémens jolis,
Qui des yeux étoient les délices,
Bref, une des rares Actrices
Qui pour notre félicité
Sur la Scène ait jamais monté.
Dès que l'on voyoit son visage
Tous les cœurs luy rendoient hommage,
Son discours et son action,
Inspiroient de l'atention ;
Soit qu'elle fut Reyne, ou Bergère,
Déesse, ou Nymphe bocagère,
Elle plaizoit, à tout moment.
Et comme elle étoit pleinement
De cent et cent atraits pourveue
On ne la perdoit point de veue.
Sans se froter les yeux d'oignons.
Ses Compagnes et Compagnons,
Voyant décéder tant de charmes,
Ont bien dû répandre de larmes ;
Et je crois qu'ils n'espèrent pas.
Songeant à ce qu'elle eut d'apas
Pour charmer les yeux et l'oreille.
Recouvrer jamais sa pareille.
Aprochant ses derniers momens.
Elle reçut ses Sacremens ;
Et comme durant son bel âge.
Elle joua maint Personnage,
Dans des déguizemens divers,
Voyez son Epitaphe en Vers.
Gomme c'était son habitude quand il annonçait le décès d'une célébrité de son temps, Loret ajouta une epitaphe :