MICHEL SERVANTES
LE MARQUIS, qui s’est aussi levé.
Bah! bah! nous comprenons... soixante ducats... cent... Voyons... à ce prix-là votre fierté consent?
Hein?... cent ducats sonnants?...
CERV ASTES.
Dispensez-vous, de grâce,
Monseigneur...
Ce refus, en vérité, me passe.
Comment ! lorsqu’on vous paie... — 11 est, j’en jurerais. Plus d'un auteur livrant, et même à moins de frais.
S'il vient un acquéreur, ou ses vers ou sa prose.
Comme il est des marchands filoutant sur la dose, Fraudant sut la mesure et volant sur le poids,
Des avocats touchant des deux mains à la fois,
Des procureurs forbans, des intendants corsaires.
Mais que me font, à moi, les plumes mercenaires,
A moi, de l’écrivain gardant la dignité ?
Au fruit intact et sain, que fait le fruit gâté?
Que chacun, — c’est assez, — pour soi-même réponde ! Quoi ! si Dieu me dota d’une veine féconde,
J’en irais, pour autrui, faire un obscur trafic!
Je me transformerais en écrivain public,
Faisant à juste prix, tant par vers, tant par ligne,
Lettres ou compliments qu’on lui paie et qu’on signe !
Je ne livre pas plus, de la sorte, au passant.
L’enfant de mon esprit que l’enfant de mon sang. L’œuvre par moi vendue ainsi qu’une étrangère,
Crierait sous l’autre nom, en réclamant son père !
A moi seul mon enfant et l’œuvre de mon art !
Ce sacrifice enfin est le seul, de ma part,
Auquel l’amitié même aurait tort de prétendre. ,
Ce qu'on ne donne pas, peut-on jamais le vendre ?
LE MARQUIS
Tous ces beaux sentiments auxquels, moi, j’applaudis. Ils sont très-loin. Monsieur, de vous être interdits;
Mais aux vains mouvements d’un point d'honneur futile. Vous feriez mieux, je crois, de préférer l’utile.
P lut us, — et maintenant je n’en suis pas surpris, —