‹ Michel Cervantes drame en quatre actes, en versChapitre 30 sur 92 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

CERVANTES, s’inclinant.

Voilà pour mon ouvrage un honneur singulier.

LE MARQUIS

Puisqu’elle a pour vos chants ce goût particulier.

J’ai pensé que des vers... d’une touche pareille...

Des vers... venant de moi... plairaient à sou oreille... Que Ton apprécierait un tribut si galant.

Très-galant, en effet.

LE MARQUIS

C’est un petit talent

Qu'en moi, sans grand effort, je trouverais sans doute ; Mais je n'ai pas de temps à perdre en cette joûte ;

Puis, on sait qu’un auteur a besoin de gagner;

Aussi j’ai préféré sur vous me renseigner.

Au lieu de vous mander, je suis venu : peut-être, *

En vous voyant chez moi, des soupçons prompts à nailiv.. Bref, je suis assez clair, et vous avez saisi?

Parfaitement.

LE MARQUIS

Très-bien; mais il faut, songez-y.

Donner les plus grands soins. Monsieur, à ma commande Et des plus fines Heurs tresser cette guirlande.

Quant au prix...

Permettez...

J’entends, en un tel cas.

Procéder largement, et cinquante ducats...

La question de prix est très-indifférente.

LE MARQUIS

Pourtant, qfand un auteur n’a ni terres ni rente,

11 vit de son état.

CERVANTES, se levant.

11 en vit noblement.

A mes yeux, Monseigneur, l’or n’est pas un aimant Qui puisse ainsi, pour peu qu’un chaland me requière, De ma muse à l’encan faire une boutiquière.

Page 1