ACTE II, SCÈNE VIII
CERVANTES, s’inclinant.
Voilà pour mon ouvrage un honneur singulier.
LE MARQUIS
Puisqu’elle a pour vos chants ce goût particulier.
J’ai pensé que des vers... d’une touche pareille...
Des vers... venant de moi... plairaient à sou oreille... Que Ton apprécierait un tribut si galant.
Très-galant, en effet.
LE MARQUIS
C’est un petit talent
Qu'en moi, sans grand effort, je trouverais sans doute ; Mais je n'ai pas de temps à perdre en cette joûte ;
Puis, on sait qu’un auteur a besoin de gagner;
Aussi j’ai préféré sur vous me renseigner.
Au lieu de vous mander, je suis venu : peut-être, *
En vous voyant chez moi, des soupçons prompts à nailiv.. Bref, je suis assez clair, et vous avez saisi?
Parfaitement.
LE MARQUIS
Très-bien; mais il faut, songez-y.
Donner les plus grands soins. Monsieur, à ma commande Et des plus fines Heurs tresser cette guirlande.
Quant au prix...
Permettez...
J’entends, en un tel cas.
Procéder largement, et cinquante ducats...
La question de prix est très-indifférente.
LE MARQUIS
Pourtant, qfand un auteur n’a ni terres ni rente,
11 vit de son état.
CERVANTES, se levant.
11 en vit noblement.
A mes yeux, Monseigneur, l’or n’est pas un aimant Qui puisse ainsi, pour peu qu’un chaland me requière, De ma muse à l’encan faire une boutiquière.