ACTE II, SCÈNE XIII
Avec moi! Je l’aimais... et je dus la quitter!
Ma mère... — de son but que Dieu lui tienne compte! —
Aux yeux du monde, hélas! voulut cacher ma honte.
J’ai souffert, bien souffert pendant ces dix-sept ans.
O richesse ! ô grandeurs ! ô dehors éclatants ,
Que vous couvrez parfois d’amertume cachée !
Un hymen imposé me tenait attachée
Dans ces pays lointains, où je n'eus bientôt plus
Que Dieu pour confident de mes vœux superflus.
Oh! sur un tel penser quand lame se replie,
On peut bien s’étourdir, mais jamais on n'oublie.
Et je m’étourdissais. A défaut de l’amour,
Ce germe pur, en moi desséché sans retour,
L’ardente ambition s’empara de mon être.
Les rêves qu’à mes yeux je voyais apparaître Demandaient des chemins plus largement ouverts.
Veuve et libre , aussitôt je repassai les mers.
Le marquis tout à point s’offrit sur mon passage ;
Mais j’avais, de l’Espagne en touchant le rivage.
Retrouvé du passé l’implacable remord.
De cette pauvre enfant pour découvrir le sort ,
A ne rien négliger j’étais déterminée.
Par un coup du hasard, sur ma route amenée,
Avec vous. que d’abord, Monsieur, je reconnus,
Elle se rencontra : si longtemps contenus ,
Les sentiments innés de l’amour maternelle,
A sa trace attachés, m’ont guidée auprès d’elle;
Mais la voix de mon cœur avait beau me presser :
Hélas ! en la voyant, je n’ai pu l’embrasser!
Faut-il donc vous en plaindre? et de cette entrevue , Pouviez-vous espérer. Madame, une autre issue?
Le passé pour jamais n’est-il pas aboli ?
Ce fol enivrement...