ACTE 111, SCENE V
LE ROI
Oh! ce n’est pas bien loin que j 'aurais à chercher.
Dans mes esprits lassés quand cet ennui pénètre ,
Que de fois regardant là , par cette fenêtre ,
Le spectacle mouvant qui s’offrait à mes yeux ,
J’ai dit : Heureux cet homme à l’air insoucieux,
Qui passe en colportant son humble marchandise,
Et qui s’endort sans soins comme sans convoitise;
Ce chanteur populaire, avec son gai refrain,
Que je me plais à suivre, en mon vague chagrin.
Parmi les bruits divers que le dehors m’envoie!
Heureux cet écolier, si facile à la joie.
Ce pauvre Galicien avec ses outres d’eau.
Lui qui n’a près de moi, qu’un bien léger fardeau...
Ce paisible ouvrier regagnant sa demeure,
Et tous ces gens enfin, — voyez... — comme à cette heure,
(il s’est approché de la fenêtre à droite.)
Allant, venant, causant, soit qu’ils prennent le frais,
Ou qu’aux feux du soleil ils se chauffent ! — Eh! mais.
Par saint Jacque, en voilà qui, réunis en groupe.
Forment, tout vis-à-vis, une joyeuse troupe.
Quels bienheureux éclats ! quel rire épanoui !
Regardez, chambellan... par là... voyez-vous?...
LE MARQUIS
Oui,
Sire.
LE ROI
Au milieu d’eux, vive et franche figure,
Un jeune homme se tient, leur faisant la lecture.
Un volume à la main, et d’un geste animé,
Commentant chaque trait à son public charmé.
Maintenant, en bravos éclate l’auditoire.
L’auteur et l’interprète ont là double victoire.
(Au marquis.)
Je serais curieux... Faites-moi, sur-le-champ.
Amener ce jeune homme. »
LE MARQUIS, s'inclinant.
Oui, sire.
(Le marquis donne un ordre à l’oflicier, qui sort.)
LE ROI
En la touchant
Avec un tel bonheur, cette fibre du rire.
Il m'a montré le bien auquel mon âme aspire,
La gaîté , dont l’éclair me luit si rarement.
Car vous n’ètes pas gais, soit dit sans compliment, Messieurs...