ACTE IV, SCÈNE I
CERVANTES , qui, absorbé dans ses pensées, s'est assis sur le banc de pierre,
se levaat.
Je n’en demande pas : les destins incléments M'ont rendu vos rigueurs d'avance familières.
RIFADOR.
Tiens! il a le ton digne et les allures Hères!
Veuillez.du prisonnier m’exhiber le mandat,
Il ne m’en faut pas plus.
(jetant les veux sur le papier que l'oftieier lui présente.) '
Eh ! mais... avec éclat Ce nom-là par un autre est porté !
* Par un autre?
RIFADOR, se levant.
Çà ! le nom de Miguel étant aussi le vôtre,
Se pourrait-il qu’en vous, par un hasard flatteur, De Don Quichotte ici je reçusse l’auteur?
Oui.
RIFADOR.
Pardieu! je bénis une si bonne aubaine !
Touchez là!... Vous avez en moi, — le capitaine Annibal Rifador, — un ami des plus chauds,
Et qui n'aura pour vous ni grilles ni cachots !
(Au gardien qui est resté.)
Allez!
Un tel accueil, Monsieur...
RIFADOR.
Je suis loin d’être
Un savant, et n’ai pas dessein de le paraître.
Je n’eus jamais souci des Grecs ni des Romains ;
Je lis peu; mais quelqu’un m’ayant mis dans les mains Votre livre, morbleu! j’y trouvai mainte page Qui m’est allée au cœur on ne peut davantage.
C’est surtout le discours où votre chevalier,
Exaltant du soldat le glorieux métier...
Tenez, j’en puis citer des phrases tout entières!
« Pour défendre l’État, pour garder les frontières,
« N’est-ce pas le soldat qui... le jour et la nuit...
« N’est-ce pas le soldat... » et tout ce qui s’en suit!
Hier, un procureur, misérable adversaire.
Osant me soutenir une thèse contraire,
Aii! sous vos arguments, dont je tirai parti,
Comme il fut écrasé!... comme il fut aplati!...
C’est à vous que je dois mon triomphe oratoire.
Bien charmé, capitaine...
R1FAH0R.
Il est pour moi notoire ,
Sans savoir le délit qui vous est reproché,
Que votre honneur, au moins, n'en peut être ébréché.
Oh! non, ccrte... et bien loin de rougir de ma faute. Si c’en est une...
RIFADOR.
En vous je ne veux voir qu’un hôte.
Un commensal.
(Montrant la porte à droite août le beFceau.)
Voici mon propre logement.
11 a fort belle vue, et c’est un agrément;
Et puis, sur le rempart, ce berceau, cette treille,
Où, l’automne arrivant, rit la grappe vermeille...
Nous y pourrons goûter un certain vieux xérès!...
En un mot, c’est chez moi, pour vous voir de plus près, Que de vous accueillir j’ai le plaisir sensible.
Et restez-nous. Monsieur, le plus longtemps possible !
Monsieur...
(a part.)
O Joséfa! n’est-il aucun espoir?...
(Apercevant le marquis d’Olmedo qui vient d'entrer par la gauche.)
Le marquis!...