‹ Michel Cervantes drame en quatre actes, en versChapitre 86 sur 92 · ACTE IV, SCENE XIV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE XIV

Ici ! vous !

MIRAI.ES

Oui , grâce au commandant.

En vain je caressais un espoir imprudent :

L’exil pour vous! l’Afrique et sa funeste plage !...

Silence !

Voilà donc quel était ce voyage !

M 1 R A LÉS

Vous ne le saviez pas?

JOSÉFA.

Eli! non! 11 me trompait!

(Avec un ton de reproche.)

Mon père !

En te cachant le coup qui me frappait,

Je pouvais contre lui trouver en moi des armes ;

Mais s’il faut endurer ton désespoir, tes larmes...

JOSÉFA v avec énergie.

Mon (désespoir?... non pas, car se désespérer,

C’est faiblir! Moi, grand Dieu! loin de vous demeurer Ici, tranquillement, heureuse et bien choyée,

Avez-vous pu le croire? Avec art employée,

La ruse, en contenant mes larmes dans mes yeux,

Eût adouci pour moi le moment des adieux;

Et puis, tout était dit! Non, le voile s’écarte ! •

Vous sentez qu’avec vous il faut bien que je parte.

Je le veux! c’est mon droit, mon devoir! Vous iriez Seul vers ce morne exil!... seul vous y languiriez,

• Tandis... Mais quelle peine ai-je donc méritée,

Pour me voir à ce point par vous déshéritée ?

LA COMTESSE , à part.

Noble enfant!...

Pense donc à mon affreux chagrin De te voir à Ceuta , sur ce rocher d’airain,

Souffrir, à mes côtés, pauvre fleur languissante !

JOSÉFA.

Je souffrirais bien plus, démon devoir absente!

•Jü

CERVANTES, prêt à s’éloigner, à la comtesse.

Gardez-la... pour toujours !

LA COMTESSE

Non... mais comme un dépôt Qu'à vos mains je rendrai, je l’espère, et bientôt.

J O S F. K A , s’attachant à son père.

Laissez, laissez venir votre consolatrice!

Laisse-moi de ta lèvre écarter ce calice !

Ce devoir, désormais plus cher et plus sacré, Laissez-moi le remplir!

LA COMTESSE, à part.

Mon cœur est déchiré!

Saint et cruel débat !

JOSÉFA.

Ces funestes, présides

N'auront point de rochers , point de sables arides Qu’un rayon de bonheur ne puisse féconder.

Si Dieu bénit mes soins et daigne les guider!

Chacun succomberait sous sa peine isolée;

Mais de quelque douceur elle est parfois mêlée.

Et l'on sent bien moins lourd le fardeau de sa croix, Quand on est deux ensemble!...

Ml RA LÉS.

Et mieux encore trois.

Je pars aussi !

Qui*? Vous?

MIRALÉS.

Oui... pour m’ouvrir l’entrée D’une carrière ici de rivaux encombrée,

Mon projet est parfait.

Détour trop généreux ,

Pour lier vos beaux jours à mon sort malheureux!

MIRALÉS.

Et moi, si c’est par goût que là je prétends vivre?

Et si c’est le bonheur que je veux y poursuivre?

Si ce lieu redouté, loin de m’être cruel,

M’attire sur vos pas comme un chemin du ciel?

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