‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 150 sur 305 · Cf. chap. Vil, p · texte numérisé non relu

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.3. On a cherché (cf. Cartier, Les sculpt. de Solesmes, p. 18) à tirer des arguments historiques du collier que porte au cou le Joseph d'Arimathie, on a voulu y voir le collier de l'Ordre du Croissant ou celui de l'Ordre de Saint Michel. La médaille ou l'emblème qu'il soutenait a disparu. Cela nous paraît du reste un pui' ornement de fantaisie.

l'art de solesmes

qui est conservé au Cabinet des estampes de Munich et que nous reproduisons ici, nous révèle dans le premier jet du maître lui-même les intentions violemment dramatiques de ses compositions, et ce simple schéma nous permet de mesurer, en le comparant au dessin général du groupe de Solesmes, toute la distance qui sépare les deux arts. Il n'en serait guère autrement si nous considérions quelque estampe de Manlegna, quelque plaquette de Donatello ou quelqu'un de ses bas-reliefs des chaires de S. Lorenzo par exemple. Nous retrouverons plus tard en France ces compositions tumultueuses, forcenées , déclamatoires, ces types moins expressifs, k côté de gestes" d'une véhémence passionnée.

Mais il n'y a rien de plus opposé à l'art de Solesmes, qui est un art calme et grave, mesuré et contenu , pénétrant et puissant.

Le maître de Solesmes n'a pas cherché non plus le pathétique à la façon des Flamands ou des Allemands qui arrangent la scène de façon pittoresque, et en varient la composition avec plus ou moins d'adresse, comme Adam Krafft et ses émules par exemple, à Nuremberg, dans la chapelle du cimetière, ou sur les contreforts de Saint-Sébald. Certains auteurs de sépulcres français, chez qui l'influence septentrionale est prépondérante, ont recherché de même des effets âpres, rudes, mouvementés : à Nevers, la Vierge tombe tout d'une pièce entre les bras du saint Jean ; à Pont-à-Mousson, elle est toute pliée en deux, accablée sous une lourde draperie; k Moulins, à Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, les types sont d'une vulgarité excessive et les attitudes beaucoup plus tourmentées.

A Solesmes, au contraire, la disposition d'ensemble est la plus simple possible, et nul n'a su, à l'aide de ces divers éléments, que nous avons notés, composition traditionnelle emj^reinte de grandeur et de noblesse, réalisme puissant adouci par le sentiment de la grâce, dresser un chef-d'œuvre aussi complet, et aussi humain.

Munich. Cabinet des Estampes. — Dessin attribué à Guido Mazzoni.

C'est dans la Madeleine surtout, dans cette création qui est à peu près toute personnelle à notre imagier, qu'il arrive, avec des moyens très simples, à incarner toute l'émotion contenue et profonde, toute la tendresse respectueuse et la tristesse poignante dont son art est capable, dans une figure qui est à la fois d'une familiarité et d'une noblesse extrêmes. Dom Guéranger décrivant le sépulcre de Solesmes a fort bien senti le caractère exceptionnel de cette statue : « Elle vit, elle respire doucement, écrit-il, son silence est en même temps de la tristesse et de la prière. » Et Dom de la Tremblaye ajoute : « Nous ne croyons pas que des artistes imbus de la Renaissance italienne, encore moins des Italiens, aient jamais pu traduire, avec des moyens aussi sobres, une pensée de foi aussi profonde que cette désolation sereine plus près du sourire de l'extase que des contractions de la douleur*. » C'est là évidemment l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture française de tous les temps 2.

Unité de l'œuvre.

L'ensemble du Sépulcre de Solesmes nous paraît présenter, quel qu'en soit l'auteur, une unité de conception et d'exécution remarquable. Evidemment, le travail dura plusieurs années et nécessita la présence d'un atelier assez nombreux. Tout n'est pas de la même main ni de la même valeur. Mais il est tout à fait artificiel, croyons-nous, de faire des groupements subtils comme on l'a tenté ^, de voir par exemple dans quelques morceaux, la fin de notre art national et dans les plus puissants, dit-on, les plus vigoureux, comme les porteurs et le Christ, des œuvres postérieures dues à des artistes venus de l'étranger. Pour d'autres critiques ces dernières figures seraient précisément l'œuvre de Michel Colombe, tandis que la Madeleine, les deux Saintes Femmes et les larrons appartiendraient au milieu du xvi'' siècle et seraient dus très probablement à l'école des Richier.

S'il est vrai que certains morceaux sont d'une exécution supérieure où l'on sent tout à fait la main du maître, la disproportion de ces figures avec les autres est loin de nous frapper aussi vivement ; nous les avons toutes exami-

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