‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 149 sur 305 · Cf. plus haut, chap. VI, p · texte numérisé non relu

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l'art de solesmes

est à peu près ideiiLique, Tépoque aussi, et les deux œuvres sont cependant infiniment éloignées Tune de Taulre.

C'est la même vérité d'attitude et le même naturel aisé que nous observons dans toutes les figures du sépulcre : les porteurs robustes soutiennent solidement mais sans efl'ort ni contorsions le linceul où pèse le corps du Maître. Le disciple barbu dont l'attitude est très étudiée se penche légèrement en avant et s'apprête à répandre ses parfums dans le tombeau. La Vierge, accablée, laisse tomber ses bras dans un geste d'une simplicité admirable. Quant à la Madeleine, assise à terre, les genoux légèrement remontés, elle prie doucement, les mains jointes, la bouche posée sur ses mains comme pour étouffer ses sanglots. Seules, les deux saintes femmes de droite, celle qui, d'un geste parallèle à celui du disciple, va jeter des parfums dans le sépulcre et celle qui joint les mains sont peut-être d'une souplesse un peu recherchée, mais sans affectation aucune. On sent simplement que le sculpteur ici est admirablement maître de la forme qu'il manie et qu'il renonce sans déplaisir aux attitudes un peu massives de ses prédécesseurs.

Il en est de même dans l'exécution des draperies. Le système des Bourguignons était d'une ampleur admirable, mais il prenait à la longue des proportions accablantes et dégénérait en une sorte de formule. On sent bien que le maître de Solesmes, directement ou indirectement, a profité de leurs leçons. Tout en modérant ces débordements d'étoffes magnifiques, et sans tomber non plus dans les cassures multiples où s'amuse la verve des Flamands, il garde la souplesse

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Solesmes. — Un des Disciples du Sépulcre. (D'après le moulage du Trocadéro.)

et l'habileté de ses prédécesseurs ; il conserve même encore un peu de leur amour pour l'abondance et l'ampleur des draperies, amour qui s'atténuera entre 1500 et 1510 dans l'école de la Loire ; mais il a par-dessus tout, ce qui est bien français et bien de ce temps, un sens admirable de la mesure et de la vérité simple.

Il montre enfin un scrupule d'exactitude infini. Ses vêtements sont des vêtements réels et non arbitraires. Presque tous les personnages du groupe sont revêtus de grandes robes brochées*, dont la chape du saint Pierre reproduit exactement le travail et l'aspect; on y voit parfois, notamment sur le bord du voile de la Vierge, des broderies de lettres entrelacées 2. Tous les détails en sont très exactement indiqués. Il y a des détails, boutons de manche, tresses, franges, ou broderies, des différences de tissu, des nuances dans la qualité de l'étoffe ici souple, épaisse et moelleuse, là finement plissée et ajustée sur la forme du corps, qui témoignent d'une conscience admirable. Rien n'est laissé au hasard; tout est fait avec amour, même ce qui rie doit pas se voir. Nous n'avons pas à faire ici à un art de trompe-l'œil à l'italienne, mais à un art honnête et consciencieux. Le soin scrupuleux avec lequel sont rendus tous ces ramages, tous ces orfrois, toutes ces broderies, surtout dans le saint Pierre qui est d'une ciselure admirable, le développement aussi des orfèvreries, des colliers, des bijoux et la minutie de leur exécution sont parmi les caractères essentiels du talent de l'auteur. Ils affirment sa nationalité française, en même temps qu'ils indiquent aussi cette tendance à un art de plus en plus luxueux, de plus en plus riche et amoureux du détail précieux que nous avons vu s'annoncer à la fin du xv® siècle en France comme dans les Flandres.

Mais si nous cessons de scruter les détails pour contempler l'ensemble, ce qu'il y a de plus frappant encore dans l'œuvre du maître de Solesmes, c'est la dignité simple de tout ce groupe et l'émotion contenue qui s'en dégage, et c'est là ce qui le différencie encore mieux soit des productions de l'art italien ou italianisant, soit de celles de l'art flamand.

En ce qui concerne l'art italien en particulier, un dessin attribué à Mazzoni,

1. Cette qualité exceptionnelle des clolTes correspondait probablement à la mode et au goût du moment. La draperie bourguignonne s'était développée, comme l'on sait, à l'imitation des grands et amples vêlements de drap de Flandre qui constituaient le luxe de ^l'habillement à la cour des ducs de Bourgogne. Ici, ces somptueux vêtements reproduisent sans doute les riches étoffes de brocart et de velours qui se fabriquaient dans les ateliers de Tours.

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