Elle mesure environ 1™ 15 de hauteur
4. Il y a peu de temj s encore, elle figurait au pied d'un crucifix moderne, à côté d'un saint Jean médiocre, dans l'église Saint-Laurent, à côté de l'al^batiale. Ce saint Jean, également en bois, est un morceau ancien, mais non pas contemporain de la Vierge : il est infiniment plus compliqué et doit dater du milieu ou de la fin du xvi® siècle.
La Vierge y est représentée debout, les mains jointes, les yeux baissés, dans une attitude très simple et peu dramatique par elle-même ; les mains sont levées à la hauteur de la poitrine, la tête à peine inclinée. C'est la traduction toute naïve et traditionnelle du reste du Stahat Mater Dolorosa. Le visage n'a rien de grimaçant; les yeux sont baissés et presque clos, la bouche tombante, mais il s'en dégage une impression de tristesse profonde et pénétrante, résignée et douce, qui ne veut pas éclater, qui se retient pour rester dans la mesure et l'harmonie, et qui nous fait songer à la façon dont l'imagier de Solesmes a su exprimer la douleur tendre et discrète de sa Madeleine.
Dans les moyens extérieurs, du reste, on peut'relever également beaucoup d'analogie entre les deux œuvres. Le geste est presque le même et les traits du visage ont de grandes ressemblances : une guimpe enserre la figure, et la tête est recouverte d'un voile identique à celui de la Madeleine. L'ensemble est du reste aussi simple, aussi peu orné, aussi modeste d'apparence : un grand manteau suspendu sur les épaules, ramené et retenu sous chaque bras, forme de chaque côté deux grandes chutes de plis laineux un peu lourds, mais sans cassures inutiles et arbitraires. Le pied, chaussé d une grosse pantoufle ronde, dépasse légèrement le bas de la robe.
C'est bien là une œuvre de pur esprit, français^ qui nous fournit justement l'expression parfaite de cet art particulier dont nous indiquions les caractères et comme le tempérament, au début de ce chapitre, art calme, modéré, profond, dont les origines remontent aux temps les plus lointains de notre histoire artistique, qui prend une forme et une vigueur nouvelle à l'époque où nous sommes, et que n'a encore pénétré aucun élément exotique.
Nous ne connaissons rien dans l'art italien de ce temps qui, pour ces qualités de réserve et de douceur, puisse être mis en parallèle avec cette Vierge de Beaulieu. Dans les Flandres ou dans d'autres provinces françaises, il existe des A'ierges de douleur, qui reproduisent le même thème iconographique, mais non la même nuance de sentiment. Celle du Musée du Steen à Anvers^ par exemple, sera plus compliquée et plus violente : la tête y sera rejetée brusquement d'un côté, tandis que les mains pendent de l'autre. Celle de Lignières en Ciiampagne sera plus lourde et plus vulgaire.
En Touraine, même après la Vierge de Beaulieu, nous retrouverons bien le même type, mais non pas les mêmes qualités. Ainsi, à Crissny^ près de l'Isle Bouchard, nous avons noté deux statues en bois provenant d'un Calvaire ^ un saint Jean et une Vierge ; celle-ci est très proche, comme arrangement et comme attitude, de la statue de Beaulieu, mais avec des draperies
1. Très nettoyées aujourd'hui et placées hors de portée de la vue.
l'art de solesmes
plus chiffonnées et compliquées, avec une expression beaucoup plus banale. De même à Semblançay, une Mater Dolorosa, qui se présente avec une attitude analogue, nous offre un geste beaucoup plus accentué, des draperies plus mouvementées. C'est que ces différentes œuvres sont sans doute légèrement postérieures et déjà touchées par le maniérisme italien * .
Nous pouvons nous souvenir au contraire, d'une statue en bois, petite nature, représentant la Vierge de douleur^ que nous avons déjà notée, au Musée de la Société archéologique de Toui-s -, et dont l'inspiration n'est pas très éloignée de celle de la Vierge de Beaulieu. Si elle n'était pas légèrement antérieure, ainsi que nous l'avons supposé, celle-là serait certainement due à un atelier différent. Les traits, le geste, la draperie y sont tout autres : l'ensemble, très élégant et très expressif, est peut-être moins robuste et moins savoureux que celui de la figure de Beaulieu ; on y sent surtout une persistance beaucoup plus grande des habitudes du style gothique du xiv^ siècle, notamment dans l'agencement des plis vers le bas de la figure. Une sainte Véronique de l'église de Limeray présente aussi, dans le bas de sa draperie , une disposition analogue. C'est, du reste, comme la Vierge du Musée de Tours, une figure très digne, très grave, très simple et d'un réalisme discret.
Beaulieu-lès-Loches. — Vierge de douleur 3. (Bois.)
En admettant même que ces différents morceaux fussent tous exactement contemporains, ce que rien ne peut nous confirmer, ces œuvres n'ayant généralement pas d'histoire, nous aurions évidemment là des traces de l'activité d ^ateliers différents, travaillant dans la même région.
1 . A Loché, on retrouve également deux statuettes en bois de la Vierge et de saint Jean debout, mais infiniment plus lourdes et plus rustiques, plus proches peut-être du type gothi(iue bourguignon.