‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 193 sur 305 · BosseI)a"uf, Aniboise, p · texte numérisé non relu

BosseI)a"uf, Aniboise, p

3. Publié par Alizeri, A^nlizic... Cf. plus haut, chap. VI, p. 141 et 193-194.

4. Line lettre puldiée dans les Archives de Pari français (111, 10;')) nous montre la sollicitude particulière dont Anne de Bretagne entourait le couvent des Carmes de Nantes où son père était « ensépulturé » avec sa femme Marguerite de Foix. Mais cette lettre, qui n'est pas datée et qui peut se placer entre 1488 et l'j02, ne saurait nous fournir de renseignement i)récis.

LA VIE ET LA CARRIÈRE DE MICHEL COLOMBE

pour que ces marbres fussent mis en œuvre par des Italiens comme ceux du tombeau élevé très peu de temps après par Louis XII à sa propre famille. Mais, qui sait sous quelle influence? la reine se ravisa; est-ce par simple esprit de tradition et de résistance aux modes nouvelles? On sait qu'elle était assez peu portée pour les nouveautés. Est-ce séduite par ce qu'elle avait pu voir de l'œuvre de Michel Colombe à son passage à Tours, ou simplement décidée par l'origine bretonne du sculpteur, son compatriote ? Est-ce par un simple caprice de femme ? Toujours est-il que peu de temps après le passage du roi et de la reine à Tours, Michel Colombe devait être chargé de la majeure partie de l'exécution du mausolée projeté à la mémoire du feu duc de Bretagne.

Les comptes relatifs à l'exécution de ce tombeau paraissent perdus, et dom Taillandier, qui aurait pu les connaître, nous dit seulement, dans son Histoire de Bretagne^ à la date de l'année 1 507 ' : « la reine faisait travailler en ce tempslà par un excellent ouvrier au magnifique tombeau du feu duc son père ». Le nom de cet excellent ouvrier n'était cependant pas complètement oublié à ce moment, puisque une inscription placée non loin du tombeau et rapportée par Gaignières '^ en faisait mention. Nous avons déjà eu l'occasion de signaler cette inscription ; elle relatait qu'ici étaient réunis les corps du duc François II et de ses deux femmes, Marguerite ^de Bretagne et Marguerite de Foix, avec le cœur d'Anne héritière et fille de ce duc, « sous le royal et magnifique tombeau que cette reine fit construire à la mémoire de son père François II par maître Michel Colombe^ premier sculpteur de son siècle, originaire de V évôché de Léon en Bretagne ». Une autre inscription soi-disant relevée dans le sépulcre lors de l'ouverture qui en fut faite en 1723 disait à peu près de même que le tombeau avait été fait « par l'art et Vindusirie de maître Michel Colombe-^ ». Ce sont les textes les plus anciennement connus qui aient révélé ou conservé le nom de notre sculpteur comme auteur du tombeau de François II de Bretagne. Mais des documents, exhumés plus près de nous, nous ont appris quelques détails nouveaux sur la façon dont le travail fut exécuté.

Ce sont, par exemple, les lettres échangées à propos de la construction du tombeau et de l'église de Brou entre Marguerite d'Autriche ou son secrétaire Louis Barangier et ses agents qui ne sont autres que Jean Lemaire et Jean

1. Hist. de Bretagne, II, 239, avec celle mention en niarc/e : Comptes de rEspinaij.

2. Manusc. d'Oxford, I, 108.— Bib. Nat. Calque Pc 1, fol. 108.

3. Cf. Fournie!', Hist. lapidaire de la ville de Nantes, et Mollier, Description du tombeau de François II de Bretagne, 1727. L'inscription a été rapportée aussi dans le Dictionnaire de La Martinière, art. Nantes, t. IX, et dans la Description de la France, de Piganiol, 17b4, VIII, p. 287.

p. ViTRY. — Michel Colombe el la sculpture française.

Perréal ^ . Parmi les nombreux pourparlers engagés relativement aux projets grandioses de la princesse, il y en eut qui le furent avec Tatelier de Michel Colombe à Tours; nous y reviendrons tout à l'heure. Au cours de ces pourparlers, on fut amené naturellement à citer comme exemple le tombeau de Nantes, le chef-d'œuvre de cet atelier. Il y est fait allusion notamment dans un écrit de /5//', signé de Michel Colombe, où celui-ci déclare avoir été payé pour sa maquette du tombeau de Brou, et se réfère pour l'exécution future à la première entreprise menée à bien par lui et ses élèves. Mais c'est surtout dans une lettre de Perréal de la même année que celui-ci raconte tout au long l'histoire du monument de Nantes dont il envoie un patron ou une maquette à titre d'indication ^. Dans cette lettre il insiste très nettement et à plusieurs reprises sur le rôle de direction qui lui serait revenu à lui-même dans cette affaire : « le dit patron ai-je fait juste, dit-il, vous en pouvez parler bien au long : fay esté toujours quand on la, faisait (la sépulture) ou le plus de temps; je Vay posée en son lieu comme

autrefois vous ay contée », et plus loin : « finalement la chose a été si

bien achevée que je Vay posée au lieu désiré par la dite dame »

L'affirmation est claire : les historiens de Perréal s'en sont emparés. MM. Charvet Natalis Rondot^, de Maulde ^, Palustre^ même admettent que les plans et dessins du tombeau ont été donnés par Perréal, et il paraît bien difficile de soutenir le contraire, même connaissant la prétention de cet artiste par toute sa correspondance et n'ayant de ce qu'il avance aucune autre preuve que son dire. Perréal cherche évidemment dans cette lettre à se donner de l'importance, et l'on sent qu'il espère à ce moment devenir et rester l'unique maître des œuvres de Marguerite d'Autriche. Mais nous pouvons constater que, pour le tombeau de Philibert de Savoie, c'est encore bien effectivement lui qui tient la haute direction de l'œuvre : la maquette en petit volume payée à Michel Colombe en 1511 avait été modelée <( selon le pourtraict et très belle ordonnance faite de la main de maistre Jehan Perréal de Paris, peinctre et varlet de chambre ordinaire du roy notre dict seigneur ». Au reste, nous chercherons tout à l'heure, en étudiant le monument en lui-même, les idées qu'il peut avoir fournies, et la part qui doit lui revenir dans l'œuvre totale.

Page 1